I. — Dematium (species
Ce JJematium a été rencontré par nous sur du bois mort humide, où il formait de petites •taches visqueuses d'un rouge orangé. Cette coloration ne se conserve pas dans les cultures artificielles, cependant dans les cultures âgées, le champignon peut prendre, lorsqu'il n'est pas cutinisé, une couleur rose ou jaunâtre quelquefois assez accentuée.. Il se développe abondamment sur les tranches de carotte qu'il recouvre d'un mycélium très épais et blanchâtre, qui par son aspect visqueux et duveté ressemble à V Oïdium lactis. Il se cultive facile-
ment dans le liquide Raulin, mais ne produit, ainsi que dans la plupart des milieux liquides, que des lambeaux de mycélium, les formes levures étant prédominantes.
(je champignon offre tous les caractères génériques d'uq Dematium. Le thalle yarie beaucoup quant à la dimension et à?la longueur des articles. Chaque article produit ordinairement un nombre plus ou moins grand de conidies, qui bourgeonnent à .leur tour et fournissent une abondaftte prolifération de conidies levures. Ces conidies ont l'aspect des levures typiques ; elles sont généralement allongées et effilées à leurs deux extrémités. Leurs dimensions varient beaucoup; les plus petites ont 4 (j^ sur 3 ; 8 à 9 ;x sur 3 à 5 paraissent être les dimensions normales. Le plus grosses atteignent i4 (^ sur 4? mais ce chiffre peut être dépassé de beaucoup au moment où elles se préparent- à germer; elles se gonflent alors, s'allongent et se cloisonnent, tout en continuant pendant quelque temps à bourgeonner.
Le mycélium est capable souvent de se dissocier et de donner un certain nombre d^oïdies ressemblant à celles de Y Oïdium lactis et chacune déciles peut bourgeonner et produire des conidies levures. IL se forme parfois aussi, en certains eçidroits, des filaments mycéliens par gonflement et cloisonnement mjiltiples de
certains articles en tous sens, des amas de cellules arrondies, correspondant à ce que Planchon désigne sous le nom de spores en massif.
Dans les vieilles cultures on observe souvent une abondante cutinisation du jnycélium et des conidîes levures, donnant lieu smjLjormes fumagoïdes caractéristiques des Dematium.
Dans quelques cas, nous avons constaté la présence de pycnides. Malheureusement, ces formations n'ont apparu que dans les premiers temps que nous cultivions ce champignon ; nous ne les avons plus obtenues depuis et nous ne les avions pas examinées d'une fg^çon suffisamment précise pour affirmer qu'elles ne provenaient pas d une impureté de là culture.
Nous n'avons pas pu déterminer l'espèce de ce Dematium. Par la forme et la dimension de ses conidies levures, il offre .assez de ressemblance «avec le Dematium pullulans^ mais il s'en distingue par la couleur rose qu'il offre dans les vieilles cultures et qu'il paraissait avoir dans les milieux où nous l'avons recueilli, ainsi que par l'existence probable des pycnides.
Aspect du champignon à Vétat frais. — Au début du développement et examiné à l'état frais, le protoplasme paraît très dense et uniforme : il y a cependant de très petites vacuoles
parsemées de côté et d'autre, renfermant un ou plusieurs granules très réfringents animés de mouvement» browniens. Les noyaux se distinguent parfois comme des espaces sphériques légèrement plus brillants que le protoplaspie. Plus tard les vacuoles augmentent de nombre et de volume ejt Ton y voit se mouvoir une grande quantité de granules de dimensions très variables, dont les plus gros se montrent sous forme de gros globules sphériques et dont les plus petits réunis les uns aux autres, présentent par leur ensemble l'aspect d'un fin réticulum. Les vacuoles se rapprochent, se fusionnent et finissent par constituer une seule vacuole par article, refoulant le protoplasme à la périphérie et traversées à certains endroits par quelques brides protoplasmiques, débris des espaces limitanfles vacuoles primitives. Les granules s'accroissent considérablement et constituent de . grosses bouler sphériques.
Dans les vieilles cultures, le protoplasme se transforme en petites masses très réfringentes, à contour irréguiier et de consistance semiliquide, qui se soudent les unes aux autres en formant de gros amas se distinguant des granules antérieurs par une moindre consistance et par une moindre réfringence et qui proviennent d'une dégénérescence graisseuse du protoplasme. Dans les cultures très âgées, une grande
- impartie de la masse protoplasmique s'est trans-^ formée en globules d'huile et ces globules, entourés de quelques lambeaux protoplasmiques, soilt condensés vers le centre ; tout le reste est, rempli d'un liquide cellulaire, dans lequel nagent encore quelques granules, la plupart de ces derniers iiyant disparu en presque totalité au cours de la dégénérescence.
Les conidies levures subissent une évolution parallèle. A leur naissance, elles reuferment une vacuole provenant d'un prolongement d'une vacuole du filament qui lui a donné naissance et qui s'est séparée ensuite de la vacuole mère en lui prenant une partie de ses granules. Dans la suite on distingue le plus souvent deux vacuoles occupant les deux pôles de la cellule. Dans les cultures anciennes, on observe une dégénérescence graisseuse identique à telle . que nous avons constatée dans le mycélium.
Action des colorants. — 'Si l'on traite le champignon par la solution iodo-iodurée de Gram, le protoplasme prend une coloration jaune et les granules se teignent très légèrement en jaune pâle. Dans le protoplasma, on aperçoit souvent de place en place quelques taches brillantes qui restent incolores et qui représentent les noyaux. Le glycogène n'existe qu'exceptionnellepient.
L'éosine (i) donne une coloration rose du protoplasme et laissa les granules incolores • Les noyaux ne se difFé rendent ordinairement pas.
Le vert de méthyle colore Je protoplasma en vert pâle et donne quelquefois aux noyaux une teinte un peu plus sombre. Les granules se colorent intensivement en bleu foncé, parfois légèrement violet.
Avec la safranine, le protoplasme se teint en rose et les noyaux se distinguent parfois avec une couleur rouge foncée. Les granules se colorent en rouge , mais sans grande intensité.
Avec la fuschine.on obtient» au contraire une coloration intensive des granules en rouge ; le protoplasme devient rouge clair et les noyaux se différencient par une teinte plus foncée.
Le violet de gentiane colore le protoplasme en bleu violet, les noyaux se dessinent ordinairement comme des taches plus foncées et les granules prennent une couleur nettement rouge.
Le bleu -de méthylène et le bleu Borel teignent le protoplasme en bleu, verdàtre, les noyaux se laissent rarement apercevoir comme defe. masses d'une teinte un peu plus "vive et les granules ont une nuance qui varie du bleu
(I) Les différents fixateurs que nous avons essayés laissent toujours subsister la structure que nous avons observée à Tétat frais, avec seulement quelques contractures dans certains cas et notamment avec Talcool ou la coagulation par la chaleur, aussi ne pai*lons-nous pas de leur action.
- kk -
intense légèrement violet ou rouge sombre (i) (PL IX, fig.de 17 à 24). •
Le bleu polychrome donne des résultats analogues, mais les ^préparations sont beaucoup plus nettes: le protoplasme apparaît en bleu clair et les granules se différencient toujours avec une belle couleur toujours rouge vif (PL IX, fig. de 12 à 16).
Avec les mélanges de fuschine et de vert de méthyle suivant les méthodes employées par Wager, le protoplasme se teint en violet ainsi que les noyaux, et les granules se colorent en rouge foncé ou en bleu intense, selon la proportion de fuchsine contenue dans le mélange.
Les mélanges de bleu de méthylène et de fuschine fournissent des résultats semblables et les granules apparaissent avec une couleur bleu foncé avec parfois un reflet légèrement violacé.
Il en est de même des mélanges d'éosine et de bleu de méthylène. Ces granules se comportent donc comme les granules chromatiques de Wager €^vec ces trois dernier» colorants.
L'hémalun et les diverses hématoxyliûes colorent le protoplasme en bleu ; les noyaux se détachent sous forme de masses arrondies avec une teinte njate un peu plus foncée, entourée
(i) Nous expliquerons ces variations de coloration dans le chapitre "consacré aux corpuscules métachromatiques.
d'une aréole incolore de nucléoplasme laissant distinguer, si la décoloration a été bien effectuée, une membrane très nette (PL IX, fîg, de I à II).
L'hématoxyline au fer de Heidenhain laisse presque toujours apercevoir les noyaux avec une couleur noir foncé et montrent très nettement leur structure. Le protoplasme est entièrement décoloré, de même que les granules qui ne s^aperçoivent que par leur réfrii;igence. Dans d'autres cas une partie des granules restent colorés en noir et ils se distinguent des » noyaux par leur homogénéité et surtout par la variabilité de leur dimension et de leurs formes et leur position dans l'intérieur des vacuoles. Dans quelques cas et çdns qu'on en puisse connaître la cause, les granules se colorent seuls et les noyaux n'apparaissent pas.
• Ainsi, il exista dans les cellules de ce cham-
pignon an protoplasme * qui se colore fortement par toutes les matières colorantes^ des noj'aux au nombre de plusieurs par article,- qui ne se révèlent distinctement que par les couleurs hématoxyliques, et enfin des granules en, nombrjs considérable^ qui se trouvent presque toujours localisés dans les vacuoles et qui possèdent une très grande affinité pour les matières colorantes^ avec lesquelles ils prennent en général une couleur rouge.
Étudions maintenant les» détails de ces différentes parties .
Protoplasme. — Le protoplasme, sur les extrémités des filaments en voie de croissance, apparaît presque homogène avec • quelques petites vacuoles. Cependant les diverses colorations lui donijent un aspect légèrement granuleux, mais ne laissent apercevoir aucuije structure déterminée.
Noyaux. — Les noyaux sont en nombre très variable dans les articles (PL I, fig, de i ày,, et PL IX, fig. de I à 5). Leur nombre dépend de la longueur des articles, laquelle varie considérablement. Cependant d'une manière gén^érSile les articles sont très allongés et contiennent un grand nombre de noyaux. .Ces noyaux sQut disposés de côté et d'autre ^ans le plasma; quelques-uns sont ep contact direct avec les vacuoles ; d'autres sont logés dans des parties pro^oplasmiques très éloignées des vacuoles.
Souvent ils sont assemblés par groupes, provenant d'une série de divisions. On en trouye jusqu'à l'extrémité terminale dç la cellule. Leur diamètre est variable suivant la dimension du filament, mais ne * diffère jamais beaucoup dans une môme cellule. 11 oscille ordinairement entre i ;x et 2^5 i^.
Ces noyaux sont assez difficiles à difféijencier, cependant l'hémalun est susceptible dé donner de très belles préparations, mais ne les laisse apercevoir qu'après une décoloration très lente et souvent môme ne les montre que sous forme de masse homogène. Il faut surtout avoir recours à rhématoxylLne au fer pour pouvoir étudier les détails de leur structure., fis soht constitués à^un nuclêohyaloplasme incolore^ entouré par une membrane très ^nettement colorée et à!* une masse de forme arrondie ou ellipsoïdale fortement colorabler Cette masse chromatique, tantôt apparaît au milieu du nucléohyaloplasme, tantôt est accolée sur une des parties de la membrane, mais on peut dire, d'une manière générale, qu'elle est périphérique et sa disposition au milieu du nucléohya- .loplasme ne dépend que de la position dans laquelle se voit le noyau. Parfois la masse chromatique est très pauvre, paraît m^me disparaître en presque totalité et l'on n'aperçoit que la membrane et le nucléohyaloplasme. Les noyaux sont presque toujours sphériques.
Cependant dans les iilaments très jeunes, où ils sont comprimés par un protoplasme très épais, ils peuvent subir certaines déformations. Ils s'allongent et prennent des formes un peu tirrégulières (PL I, fig. 7 et i4) qui- tiennent à *une certaine plasticité de leur substance, mais
non à des mouvements amiboïdes. Les noyaux sont pourtant d'ordinaire beaucoup moins plastiques que le protoplasme et lorsque ce dernier se trouve réduit à l'état d'une mince couche périphérique entourant la vacuole, il peut arriver que les noyaux subissent la pression du suc cellulaire sans être aplatis et on trouve des noyaux iaisant saillie au dehors du protoplasme et situés en partie dans la vacuole elle-même.
Ces organes correspondent aux noyaux décrits chez les moisissures par Strasburger, Von Istwanfî, Dangeard, Léger, Guégen, etc., et leur nature nucléaire est incontestable. Ces auteurs observent chez différentes moisissures des noyaux formés d'un nucléole entouré d'un nucléoplasme inbolore et quelquefois limité par une membrane, mais nous n'avons pas encore vu de structure aussi nettement expri-. mée que celles dont nous donnons le dessin d'après nps préparations. Nous avons observé en outre un certain nombre de moisissures dont quelques-unes avaient été précédemment étudiées et nous leur avons trouvé des noyaux présentant un aspect aussi net. {Aspergilluh variabilis^ Strerig. matocystis nigra^ PenicUliant glaucum^ Botrytis cinerea, Trichoderma çiridé).
Dangeard et la plupart des auteurs consi-»
dèrent la masse colorée du noyau comme un
nucléole. Guégen, dans l'incertitude, la désigne peut-être plus correctement sous le nom de chromobtaste que nous adopterons. Nous ne croyons pas que ^ cette masse chromatique puisse être assimilée à un véritable nucléole ; elle né paraît pas en avoir la fonction et comme on ne distingue aucun autre élément dans le nucléohyaloplasme, et' que, d'autre part, c'eipt cette masse chromatique qui joue le rôle le plus important dans la division nucléaire ainsi que nous allons le voir, il semble qu'on soit obligé de reconnaître qu'elle constitue la partie fondamentale du noyau, dont la chromatine, au lieu de former un réseau, serait accumulée en' un seul granule (i). Cette forme de noyau^ qui semble très commune chez les Champignons inférieurs et qu'on retromve chez certains Protozoaires, correspondrait donc aux nucléoles-
(I) Cependant on trouve dans le mycélium des Ascomycètes supérieurs et des Basidiomycètes des noyaux quitont une stueture absolument semblable et qui au moment où ils ont sidïi la fusion qui précède la formation de Tasque ou de la baside, acquièrent une dimension beaucoup plus considérable et laissent apercevoir dans le nucléohyaloplasme quelques fines granulations chromatiques. On pourrait se demander si dans ce mycélium et chez notre champignon, cette chromatine ne serait pas adhérente à la membrane qui comme nous l'avons remarqué possède une grande affinité pour les matières colorantes. D'autres cas analogues ont été signalés récemûient. Ces observations pourraient faire attribuer au chromoblaste la 'signification d'un véritable nucléole.
GUILLIBRMOND. 4
noyaux de Carnoy. On sait que Telistence de ces nucléoles-noyaux a été fort contestée.
•Guignard, il est vrai, considère le nucléole comme un chromosome pljiis gros que les autres mais Z^charias a montré que ces deux éléments étaient chimiquement différents et que le nucléole ne contenait pas de nucléine. Cette question est donc très contestable. Quoiqu'il en soit, nous inclinerions à penser cfue le noyau de ces champignons est uniquement composé d'un nucléohyaloplasme, limité par une membrane et de chromatine condensée en une seule masse. Il n'existerait pas de nucléole. C'est peut-être l'interprétation la plus vraiseniblable.
Diçision du nojyau. — La division dû noyau se manifeste par les stades suivants : qp trouve des figures où le noyau s'est légèrement allongé et est formé de deux chromoblastes ayant quelquefois la forme de deux demi-disques se regardant par leur face diamétrale et très rapprochés l'un de l'autre (PL I, fig. 3, 8, lo, i4, i6, 26 et PL IX, fig. 3, 4^ 10). Dans d'autres figures, le noyau est plus allongé et comprend deux cliromoblastes distinctement séparés par un intervalle de nucléohyaloplasme. Enfin il arrive que l'on distingue, dans certains stades analogues, la formation d'une membrane séparatrice très mince. Dans beaucoup de cas, la
membrane ne se distingue pas J)endant ces divisions, mais quelquefois elle se laisse apercevoir d'une façon très nette (PI. I, fig. lo) et il semble qu'elle persiste toujours. Ces divisions se font, en effet, presque constamment dans les
extrémités des filaments en voie de croissance
et dans des endroits où le protoplasme par sa densité et sa forte coloration masque souvent la membrane des noyaux même à l'état de repos.
Ces figures de division avaient été déjà constatées, avec moins de netteté, par Guégen et Dangeard, dans le P. glaucum, et par Bouin chez différentes levures. Ces auteurs s'accordent à considérer ceg divisions comme des cas intermédiaires entre la mitose et l'amitose, comme dès stades d'anaphase d'une karyokinèse dont les chromosomes ne se distingueraient pas,^ étant données leurs petites dimensions et dont l'ensemble apparaîtrait comme deux masses disposées aux deux pôles (i). Les figures de ces auteurs peuvent laisser le doute, mais les nôtres nous paraissant plus significatives et l'on voit les deux masses tellement uniformes que nous croyons pouvoir affirmer leur homogénéité. 11 ne s'agirait donc pas d'une karyokinèse ; mais
* (i) Ces figures de division pourraient en effet. être rapprochées des divisions du micronueleus des infusoires observées par Balbiani, mais ici on ne distingue jamais les striations décrite^ par cet auteur.
comme d'atttre part un pareil mode ne peut guère être exactement assimilé à un phénomène de fragmentation, qui donne lieu généralement à des divisions très irrégulières et inégales, nous croyons pouvoir lexonsidérer comme un cas un peu particulier d'amitose qui serait commun à la plupart des champignons inférieurs eX qui consisterait en une coupure de la masse chromatique en deux portions égales suivant sa partie médiane. Un pareil mode de . division se rapprocherait donc à certains égards de la mitose, mais serait beaucoup plus voisin de Tamitose.
Formation et structare des conidies-leçures.
— Les conidies levures se forment surtout sur les extrémités des filaments en voie de croissance.. Les noyaux s'y divisent abondamment de rtianière à fournir Un noyau à chaque conidie.
Chacune de ces conidies apparaît d'abord sous forme d'un très petit bourgeon qui se développe peu à peu* et dans lequel s'introduit Tun des noyaux et une partie" de la vacuole du filament qui lui a donné naissance. 4
La conidie une fois séparée s'accroît, sa vacuole primitive, très petite à l'origine, augmenta de volume, puis soit qu'elle se &ivisc, soit qu'il se forme d'autres vacuoles, on distingue bientôt deux vacuoles ou deux groupes de
vacuoles qui se placent aux deux pôles de, la cellule, la partie médiane étant occupée* par un protoplasme très dense dans lequel est contenu le noyau (PL I, fig. i3, 14, i5 et fig.^ de 17 à 26).
Ce noyau est donc typiquement unique dans chaque cellule; mais une fois détachées du mycélium, les conidies ne tardent pas à donner, lieu à un actif bourgeonnement de formes levures et leur noyau est sans cesse envoie de bipartition. Cette division précède ordinairement l'apparition des jeunes bourgeons et Ton comprend que Ton puisse rencontrer fréquemment plusieurs noyaux dans chaque cellule levure (PL I, fig. i5). Le noyau se divise de la même manière que dans les filaments. La division s'effectue ordinairement à l'endroit même où le noyau est situé, sans qu'il change de place et par conséquent le plus souvent dans la partie médiane de la cellule. Les nouveaux noyaux se dirigent ensuite aux deux extrémités de la cellule ou sur les parties latérales où se produisent les bourgeons. Nous n'avons observé aucune relation entre la position du noyau et le point de naissance des bourgeons, contrairement à ce qu'avait signalé von Istwanfi dans les conidies levures d'Ustilaginées et dans certaines moisissures.
Plus tard, le bourgeonnement cesse de se
GQOgIc
produire, la culture étant épuisée ; les deux vacuoles de chacune de ces formes levures se réunissent ordinairement en une seule et le noyau est rejeté sur Tun des côtés de la membrane; puis commencent les phénomènes de dégénérescence.
Dans les oïdies, on remarque une ou plusieurs vacuoles et plusieurs noyaux. Le nombre de ces noyaux est variable (PL i, fig. 5, 9 et 12). Ces oïdies ont en somme une structure identique à celle que nous décriions chez V Oïdium lactis.
Corpuscules métachromatiques. — Ce champignon possède, comme nous l'avons dit, une richesse exceptionnelle de granules réfringents localisés le plus ordinairement dans les vacuoles. Nous les appellerons corpuscules métachromatiques. L'origine de ces corpuscules paraît liée à celle des vacuoles, car dès la naissance des vacuoles, on les voit déjà apparaître. Les filaments jeunes paraissent à première vue être exempts de vacuoles ; ce n'est que plus tard que celles-ci se montrent définitivement. Cependant si l'on examine avec attention un filament en voie de croissance, on s'aperçoit qu'il contient une certaine quantité de granules entourés d'une zone hyaline. En suivant le développement des vacuoles, nous avons pu constater que ces petits
espaces clairs entourant les corpuscules métachrqmatiques n'étaient autre chose que l'origine des vacuoles ; plus tard ils s'accroissent, se rejoignent et se fusionnent pour constituer des vacuole* nettement caractérisées.
Cependant, en dehors des vacuoles, il peut exister un certain nombre de ces granules dans le protoplasme et il semblerait plutôt que tous ces granules aient une origine protoplasmique. Ils paraîtraient se former dans les mailles du protoplasme limitant* les vacuoles pour pénétrer dans ces vacuoles au fur et à mesure* qu'elles se développent. Lorsque celles-ci se sont fusionnées pour constituer de grosses vacuoles, il subsiste toujours quelques restes de travées protoplasmiques, représentant le contour des vacuoles primitives et c'est précisément dans ces endroits aii)si que sur tout le pourtour de la vacuole,* que se trouve localisé le plus grand nombre de granules.
Ces corpuscules métachromatiques sont très variables par leur forme et par leur dimension; les uns sont gros (environ 3, 5 fx de diamètre), ordinairement sphériques, quelquefois cependant à contour légèrement lobé ; les autres, très petits et plus ou moins anxieux, sont réunis en masses confuses, ou présentent par leur disposition ui\ aspect plus ou moins réticulé.
Si Ton examine un filament jeune coloré par rhémalun, on est frappé de voir un protoplasme coloré en bleu pâle, contenant un assez grand nombre de petites vacuoles, se succédant quelquefois à intervalles à peu près régdliers (Pl.X, fig. I et 5) ; elles renferment ce contenu granulaire, dont les éléments offrent souvent Taspect d'un fin réticulum et se colorent si intensivement, qu'au premier abord on serait tenté de prendre les vacuoles pour des noyaux vacuolaires constitués d'un nucléohyaloplasme incolore et d'un nombre considérable d'éléments chromatiques. Mais une décoloration prolongée ne laisse aucun doute sur leur nature extranucléaire, car elle fait apparaître dans le protoplasme les organes' que nous avons décrits, qui présentej^t tous les caractères des noyaux, et que .tous les auteurs qui ont étudié les champignons inférieurs considèrent comme tels. Au moment où. naissent les conidies, la vacuole du filament la plus voisine du jeune bourgeon s'y introduit avec le protoplasme, ^n s'allongeant, puis en se rétrécissant dans le col qui sépare la nouvelle cellule du filament et se divise en deux vacuoles, dont l'une reste dans le filament et dont l'autre se trouve logée dans la conidie (PK X, fig. 12). En même temps les deux vacuoles ont gaiylé chacune une portion ' des granules contenus dans la vacuole primi-
tive. Les mêmes phénomènes se produisent dans le bourgeonnement des conidies levures • et toujours la vacuole mère se divise en même 'temps que le noyau et laisse une part de son contenu aux deux vacuoles filles. Ces divisions de vacuoles, qui paraissent être suivies d'un partage de leur contenu, augmentent encore leur analogie avec des noyaux. Souvent aussi (fa trouve dans certains filan^nts un grand nombre de petites vacuoles contenant un seul corpuscule métachromatique, et présentant fout à fait Taspect du ntoyau, ce qui complique beaucoup l'étude hîstologique de ces champignons et peut donner lieu à de graves erreurs. Ces corpuscules sont, comme on Ta vu, de taillç très variable, mais les plus gros d'entre eux sont le plus souvent entourés d'un très grund nombre de petits ; souvent même ceux-ci s'accolent intimement aux gros et masquetit Içur contour de telle sorte que ces derniers paraissent s'alimenter des petits et que les gros granules semblent être le résultat de le\ir fusion (PL X, fig. 17).
« Dans les filaments plus âgés, le protoplasme n*est constitué que d'une mince zone périphérique entourant une op plusieurs énormes vacuoles et ces vacuoles sont remplies d'une très grande quantité de granules qui alors deviennent tous sphériques et prennent des
dimensions considérables pouvant atteindre jusqu'à 5 ;/. (PI. X, fig. i4i i5 et i6).
Les colorations de ces granules soit à Théma- . lun, soit au bleu de méthylène, soit môme dans • certains cas à Thématoxyline de Heidenhain, les montrent constitués d'une paroi qui prend énergiquement la couleur et d'un centre plus ou moins hyalin, qui reste beaucoup plus pâle. Quelquefois cetjte paroi est entr'ouverte à Tnn de ses pôles et effre l'aspect d'un croissant.
Ces corpuscules métachromatiques possèdent une consistance solide ; fei on les écrase à l'aidé d'une pression exercée sur la lamelle qui recouvre la préparation, ils ne se déforment généralement pas, mais se brisent.
Au moment de la dégénérescence, le protoplasme se transforme peu à peu en petites gouttelettes d'huile, les vacuoles disparaissent et les globules d'huile se fusionnent et constituent de grosses masses formées de la juxtaposition de deux ou trois globules occupant le centre de la cellule et entourées encore par quelques microsomes de protoplasme. Tout le reste de la cellule est occupé par un liquide» cellulaire. Les corpuscules métachromatiques ont disparu en presque totalité^ il en reste cependant encone quelques-uns dans le liquide cellulaire (PI. I, fig. 27, 28, 29 et 3o).
Nous avons provoqué ces phénomènes de
dégénérescence en plaçant un mycélium jeune et,prospère dans de Teau distillée. Au bout de quarante-huit heures, on ne trouvait dans les filaments que des débris de protoplasme et une grande quantité de globules d'huile. Les corpuscules métachromatiques avaient diminué de nombre et de taille, cependant il en subsistait une, petite quantité dans la plupart des filaments^; dans quelques-uns ils avaient complètement disparu.
Beaucoup d'auteurs ont confondu tes corpuscules avec les globules d'huile, niais ils ne montrent aucun des caractères michrochimiques des corps gfas.
Ils ne se dissolvent ni par Téther ni par le chloroforme ; Tacidie osmique ne les brunit pas.
Les globules d'huile protenant de la dégénérescçnce protoplasmique se colorent au contraire en brun foncé par Taçide osmique et se dissolvent par Téther et le chloroforme. Ils se distinguent en outre de ces corpuscules par une moins forte réfringence et des contours moins réguliers. Enfin ils ne se colorent jamais par les colorants nucléaires (i). •Une coloratioii à rhémalun suivie d'un traitement par l'acide
(i) Matruchot a observé au contraire chez les Mortierellées des globules d'huile proveiftint de la. dégénérescence protoplasmique, qui fixaient certaines matières colorantes produites par des bactéries chromogènes.
osmique permet de très bien différencier lés globules d'huile, qui brunissent sous TactiQu de l'acide osmique, des corpuscules métachromatiques colorés en rouge par Thémalun.
Par leur aspect souvent réticulé dans Tintérieur des vacuoles, par leur affinité pour les colorants du noyau, par les caractères qu'ils manifestent vis-à-vis des mélanges de fuchsine et de vert de méthyle et à bien d'autres égards, ces corpuscules paraissent correspondre aux grailules nucléaires de Wager et nos observations ' ultérieures nous confirmeront dans cette idée.
Ces caractères les mettent en effet en pareuté avec la chromatine,comme Wager et Eisenschifz l'ont pensé pour les levures ^ Cette hypothèse pourrait se soutenir chez les levures comme nous le verrons et dans les conidies levures de notre champignon : dans ces. dernières en ^et, les deuxT vacuoles, polaires chargées de petits granules fortement colorables pourraient être considérées comme des noyaux; le véritable noyau se colore d'une manière beaucoup moins vive ; très souvent il est voisin ou en contact direct de l'une de* ces vacuoles, étant donnée l'étroitesse de la cellule, et comme il laisse difficilement apercevoir sa structure, il pourrait être assimilé à un nucléole. Mais lorsqu'on étudie les filaments mycéliens, que l'on y voit, dans les grosses vacuoles, ces* corpuscules prendre
• . • -Gi-
cles tailles considérables, allant jusqu'à plus de 5 IL, et occuper, avec la vacuole, la presque totalité de la cellule, cette interprétation n'est plus adn^issible. D'autre part, les noyaux du nîycélium, de taille supérieure, offrent une • *
structure différenciée et sont très distinctement séparés des vacuoles, surtout dans les filaments ,
jeunes. Cependant il paraît exister une relation » ' •
entre les noyaux et les corpuscules métachromatiques et» Ton voit souvent certains de ces corpuscules se grouper au voisinage du noyau et l'entourer, mais ce rapport entre ces deux corps très distincts doit être attribué à une autre cause, ainsi que nous le montrerons dans la suite.
Enfin, ces corpuscules ne possèdent aticune des réactions michrochimiques de la nucléine. ^
Les dissolvants de la nucléine 'indiqués par Zacharias les laissent intacts, ils résistent aux solutioAs de potasse caustique à lo p. loo, aux ,
solutions concentrées de carbonate de soude, aux solutions d'acide chlorhydrique à quatre ^
parties d'acide pour trois d'eau après vingtquatre heures de traitement, mais ils perdent la propriété de se colorer et ne la recouvrent souvent même pas après un lavage prolongé.
Cela nous permettra de comprendre dans la suite comment chez des organismes plus petits qup les levures, où ces corpuscules s'aperçoivent
plus difficilement à l'état frais, ils peuvent paraître solubles dans ces diverses substances.
Leur résistance vis-à-vis des dissolvants de la nucléine, de même que le cara,Ctère très spécial de leur coloration qui est uù des plus beaux exemple's de métachromasie et dont nous étudierons plus tard la signification, nous les ont fait assimiler à des corps qu'on trouve chez beaucoup de bactéries. Babès, qui les a étudiés un des premiers, leur donne le nom de corpuscules métachromatiques, hésitant à leur donner la signification de véritables noyaux. Emst leur attribuant un rôle considérable dans la formation des spores les désigne sous le nom de grains sporogènes. Enfin Bûtschli les étudie sous le nom de grains rouges et les distingue nettement de la chromatine. Le nom de grains rouges semble-avoir prévalu. Les deux désignations de corpuscules métachromatiques et de grains rouges sont correctes, mais nous avons adopté la première en raison de sa priorité. Ces corpuscules ont fait l'objet d'innombrables controverses qui sont loin d'être résolues et que nous essayerons d'éclaircir au cours de notre étude.
Ces corps ont le caractère essentiel de se colorer toujours en rouge arec presque toutes les matières colorantes et de fixer le bleu de méthylène à l'état vivant. Nous examinerons
dans un chapitre spécial ce que Ton doit penser de leur nature et nous renvoyons à cet endroit la discussion des nombreux travaux auxquels ils ont donné lieu. Certains obsertateurs les avaient déjà signalés chez quelques^ champignons, mais aucune observation précise n'a été faite jusqu'ici sur la présence et le rôle de ces corps chez les champignons : c'est cependant là bien plus que chez le^ bactéries qu'on aurait pu obtenir les résultats les plus précis, étant donnée la grosseur relative qulls y atteignent.
Cependant, Maire les a décrits chez l' Ustilago mayàis; il les sépare nettement des globules d'huUe et les différencie des noyaux. Il les considère comme des corps extravacuolaires et entoures d'une zone hyaloplasmique ; ce serait pour cet observateur des produits de rebut.
Le rôle paraît difficile à trancher. On ne peut guère admettre cette dernière opinion, puisqu'ils sont liés au maximum de vitalité du champignon et qu'ils sont d'autant plus nombreux que celui-ci est plus jeune et placé dans des conditions plus favorables, mais au contraire le fait qu'ils participent au bourgeonnement et . qu'ils disparaissent en presque totalité au cours de la dégénérescence nous donne à penser que ce sont d^s produits de réserve.
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Résumé. — Il existe donc chez ce champignon un protoplasme qui, d'abord dense et homogène, se creuse peu à peu de vacuoles qui, par leur fufeion, finissent par occuper la majeure partie des articles.
Ces vacuoles renferment une quantité considérable de globules réfringents^ ordinairement animés de mouvements browniens, qui pénètrent avec ^Ues dans les jeunes bourgeons et sont en rapport avec le maximum de vitalité du champignon. Ces corps, qui jusqu'alors n'avaient pas attiré l'attention des mycologues, possèdent une forte électivité pour les matières colorantes avec lesquelles ils prennent souvent une teinte rouge ; nous les avons assimilas aux grains de chromatine de Wager, mais contrairement à l'opinion de «et auteur, ils n'ont aucun caractère nucléaire et doivent être identifiés aux corpuscules métachromatîques de Babès {grains rouges de Bûtschli).
A la fin du développement apparaissent des phénomènes de dégénérescence du protoplasme, qui se transforme en globules d'huile que l'on ne doit pas confondre avec les corpusoules meta-chromatiques.
On remarque en outre des noyaux très nette-, ment définis, d'une structure très simple. Ces noyaux se divisent par un procédié Qui paraît être voisin de Vamiiose.
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Dans les formes levures,» on observe deux vacuoles polaires chargées de corpuscules ^métachtomatiques et un seul noyau situé au centre de la cellule. Cette structure des formes levures de Dematium^ qui n'avait pas été étudiée jusqu'alors, est absolument conforme à celle que nous constaterons chez les levures.