II. — OroiuM LACTis '(Fresenius
Caractères morphologiques, — L'O. lactis connu 'depuis longtemps a d'abord été considéré cemme très polymorphe. Un grand nombre de recherches furent faites dans ce sens (Gienkowski, Billroth, Haberlandt, Brefeld) ; le premier de ces observateurs rattache VO. lactis au Chalara mycoderma et peut-être aussi au S. mycoderma ^ini.
Billroth prétend que les conidies sont capables de développer une forme semblable aux Saccharomyces ; Haberlandt croit découvrir dans cette espèce la formation de sporanges.
Brefeld considère VO. lactis comme une forme isolée appartenant aux organismes inférieurs et peut-être une de celles dont on suppose que les formes supérieures se sont développées. •
GUILLISRMOND. 5
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Hansen reprit l'étude de cette moisissure et démontra son indépendance du Chalara mycoderma et du S. mycoderrna. Enfin il ne put* jamais obtenir les sporanges " décrits par Haberlandt.
Nous l'avons trouvée sur des fromages de Neuchâtel, que nous avions laissés fermenter pendant quelques jours sous cloche et où élite Ibrmait un léger duvet blanchâtre recouvrant entièrement le substratum, et nous l'avons étudiée dans un travail antérieur.
Cette moisissure présente les caractères suivants : le thalle est cloisonné ; les cloisons sont réparties d'une manière irrégulière ; leur nombre diminue à mesure que l'ourse rapproche des extrémités. Chaque filament fojirnit un certain nombre de branches latérales, chacune d'elles naissant immédiatement au-dessous d'une cloison; elles ne se développent généralement que sur un seul côté.
Les spores ne naissent que lorsque l'accroissement est terminé. A ce moment les extrémités des filaments se cloisonnent abondamment et chacun des articles nouvellement formés se détache pour donner une spore. Enfiu, ces spores ne se produisent pas seulement aux extrémités, mais on en voit en même temps se former un grand nombre au milieu même des filaments par le môme procédé, par simple
dissociation des articles : les cloisons se rapprochent à différents endroits d'un filament, pour fournir autant de spores qui se détachent à mesure. Le mycélium se divise ; et dans les cultures âgées, on ne distingue plus que des débris épars du mycélium entremêlés à un nombre considérable de spores. En somme, chacune* de ces spores doit ôtre considérée comme résultant d'une simple fragmentation du mycélium. 11 n'y a pas à proprement parler de véritable fructification.
Il arrive le plus souvent que les spores ainsi formées , continuent à se développer dans le milieu où elles sont nées. Elles s'allongent dans un sens quelconque, se cloisonnent et se fragmentent de nouveau, à la façon des Schizosaccharomyces; cependant il existe aussi des formes très irrégulières, arrondies, qui paraissent être dues à un mode intermédiaire entre le bourgeonnement et la segmentation.
On coifiprend donc que ces spores soient de taille essentiellement variable. Leur dimension oscille entre i5 X 7 et 3i X 7 [x. Leur forme est également peu constante. Le plus souvent elles sont rectangulaires, c'est du moins la forme typique, mais d'autres peuvent être ovales, cubiques et même splrériques.
Les spores germent d'ordinaire en produisant un tube germinatif généralement placé à l'une
de leurs extrémités et dirigé perpendiculairement ou. obliquement par rapport à leur axe, donnant des figures qui rappellent la forme d'un marteau.
Dans les milieux très favorables à sçi nutrition, VO. lactis donne lieu à des formes allongées, avec mycélium touffu très ramifié et fructification tardive. Au contraire dans les* milieux défavorables, les spores émettent souvent des tubes germinatifs, qui, au lieu de produire un mycélium, se dissocient immédiatement pour former un chapelet de spores, et les spores nouvellement formées peuvent à leur tour ge multiplier par allongement dans difl*érents sens et formation de cloisons médianes, produisant ainsi une série de formes levures morphologiquement très voisines du Sch. pombe et que nous proposons de désigner sous le nom de formes Schizosaccharoniyces.
Protoplasme. — Dans les cultui'es sur tranches de carotte," le protoplasme est d'abord très dense et homogène ; il est creusé de très petites vacuoles contenant quelques corpuscules métachromatiques. Ces vacuoles se multiplient, augmentent de volume, et le protoplasme tout entier se trouve rempli d'un très grand nombre de vacuoles très rapprochées les unes des autres qui lui donnent un aspect alvéolaire.' Au fur et à
mesure que les filaments se développent, les vacuoles se fusionnent les unes aux autres pour constituer d'énormes vacuoles remplissant la plus grande partie des articles. Le protoplasme est alors réduit à une mince couche pariétale ; plus tard il présente des phénomènes de dégénérescence et se transforme en globules d'huile.
Les corpuscules métachromatiques sont toujours en petites quantités dans VO. lactis^ et n'atteignent jamais de grandes dimensions (PL II, fig. 8 et lo).
En revanche le glycogène existe en très grande abondance dans ce champignon. Il apparaît ordinairement sous forme de petits granules très nombreux, qui naissent dans le protoplasme tout près des vacuoles ; quelquefois il imptègne tout le protoplasme. Lorsque les vacuoles se sont fusionnées, il pénètre dans leur intérieur et les remplit. Le traitement par l'iodo-iodiire de Gram donne alors aux vacuoles une teinte d'un brun acajou. Souvent une partie de ce glycogène paraît rester insoluble et l'on remarque fréquemment, dans dés vacuoles pas du tout outrés faiblement colorées en brun acajou, des globules de forme variable, quelquefois très gros, qui montrent au contraire d'une manière très nette la réaction du glycogène. En examinant le champignon à Tétat frais, on aperçoit fréquemment dans les
vacuoles des globules qui se distinguent très difficilement et qui présentent un peu l'aspect des globules d'huile, mais s'en différencient facilement par leur très faible réfrigence. Si l'on place un morceau de mycélium dans une goutte d'eau et sous une lamelle et qu'on observe au microscope en introduisant graduellement sur le bord de la préparation, à l'aide d'une pipette, quelques gouttes d'une solution très diluée d'iodo-iodure de potassium, on voit ces globules donner progressivement la réaction du glycogène. Ce glycogène semble persister pendant très longtemps dans les vacuoles, et ne disparaît que partiellement dans les vieilles cellules.
Dans les milieux liquides, tels que le liquide Raulin, où l'on remarque un développement très semblable, le glycogène est au contraire en très petite quantité dans les vacuoles et paraît disparaître très rapidement au moment de la pleine multiplication du champignon.
Dans les milieux peu nutritifs, on observe des phénomènes de dégénérescence très précoces. Les filaments se vident et la plus grande partie du protoplasme se transforme en globules d'huile. Dans certains endroits où le protoplasme était le plus abondant, la multiplication peut encore se continuer pendant quelque temps; on voit se rassembler quelques
corspiiscnles métachromatiques et une petite quantité de glycogène, puis il se produit des cloisons transversales qui peuvent délimiter
• quelque spores. 11 est curieux de voir que ce sont ces parties qui contiennent le plus de globules d'huile et que les spores formées dans ces conditions renferment une forte proportion de résidus de la dégénérescence protoplasmique. Aussi peut-on se demander si ces globules d'huile, qui chez le D. species sont incojistestablement des produits de dégénérescence, ne représenteraient pas chez VO. lactis des matières de réserve. Remarquons cependant qu'ils apparaissent d'autant plus vite que le milieu où sç trouve le champignon est plus impropre à l'alimentation ; d'autre part, au moment de la germination, ils paraissent subsister, et restent localisés dans la spore sans *être assimilés; aussi, y a-t-il peut-être plus de raisojis pour les considérer comme des produits
' de dégénérescence. Le fait que les spores se forment dans les endroits qui contiennent ces globules s'explique en effet si l'on envisage que ce *sont les seules parties qui renfermaient du protoplasme, le reste étant occupé par les vacuoles, et que si ce protoplasme s'est transformé pour une large part en huile, il en reste cependant une partie active.
Noyaux. — Les noyaux sont constitués d'uii chromoblaste entouré d'une aréole claire^ dont il est souvent difficile d'apercevoir là membrane limitante. Cependant dans les filaments un peu • âgés où le protoplasme est moins abondant et laisse plus facilement distinguer les noyaux, ils ressortent très nettement avec leur membrane ♦et montrent alors une structure analogue à celle des noyaux du D. species (PI. XI, fig. de I à 7, fig. 9 et de II à 19). Leur diamètre atteint environ i [x. ♦;
Le nombre des noyaux est très variable; chaque article en" con,tient de treize à vingt, mais ils peuvent être -beaucoup plus nombreux surtout aux extrémités des filaments où ils atteignent facilement le chiffre de trente ou quarante.
La division des noyaux s'observe surtout aux extrémités des filaments, c'est-à-dire dans la région d'accroissement^ tandis qu'il est rare* de la rencontrer dans les autres partiçs du mycélium. Sur les filaments en voie de crois-* sance> les noyaux restent toujours localisés un peu au-dessous de la région terminale qui contient un protoplasme très épais retenait fortement les matières colorantes. Les noyaux s'y divisent activement et s'avancent à l'extrémité des filaments au far et à mesure que celle-ci s'acci'oît, restant toujours ainsi dans la région subterminale.
Le même phénomène se produit pour la for- • mation des bourgeons latéraux. On voit d'abord apparaître un petit prolongement rempli de protoplasme à la base duquel les noyaux se divisent porur nfe s'y introduire que lorsqu'ils auront atteint une certaine longueur.-
La division s'effectue par un processus analogue à celui que nous avons étudié chez le D. species. Elle se manifeste par les phases suivantes : à certains endroits on remarque le , noyau constitué de deux masses accolées l'une à l'autre et réunies dans une même aréole ; dans d'autres figures, il apparaît comme formé de deux parties distinctement séparées, mais toujours enveloppées pjtr une même aréole. Enfin, on observe fréquemment des noyaux disposés par paires et très rapprochés l'un de l'autre, provenant sçns doute d'une bipartition récente. Les spores contiennent dé un à trois noyaux, le nombre le plusiréquent est de quatre ou cinq. Les spores naissent simplement par un cloisonnement abondant sans que le noyau paraisse jouer un rôle important dans leur formation.
On le voit ordinairement se diviser dans la région terminale avant la formation des spores, puis les clois(Jns se forment et les spores peuvent se détacher du mycélium ou bien elles fournissent chacune une ou plusieurs cloisons nouvelles et dans ce cas les noyaux» peuvent
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continuer leur division dans l'intérieur même de la spore de façon à maintenir leur nombre àpeu près égal dans les spores filles (PL II, fig. i3).
Les spores appartiennent donc à cette catégorie que Dangeard désigne sous le nom à^oïdies et qui se caractérisent par leur mode de formation qui se produit simplement par une fragmentation du mycélium et par leur structure toujours plurinucléée (PL II, fig. q] ii, 12 et i4). •
C'est également par un procédé analogue que les spores se développent soit pour former des oïdics secondaires (formes Schizosaccharomjrces)^ soit pour germef définitivement en produisant un tube germinatif : les oïdies contiennent un nombre variable de noyaux : un moment -avant de se cloisonner, .quelques-uns de ces noyaux commencent à se diviser, puis on voit se former une membrane qui sépare la cellule en deux cellules filles (PL II, fig. i5, 16, 17, 18, 19).
Résumé. — Ainsi, on observée chez ce champignon une structure très voisine de celle du précédent. L'O. lactis ne se distingue guère du D. species que par le peu de corpuscules métachromatiques renfermés dans ses vacuoles.
Par centre, ;le glycogène, exceptionnel chez
le D. species^ est ici très abondant. Il naît d'abord sous forme de granules très près des vacuoles et se déverse ensuite dans ces vacuoles.
Dans les formes levures qui morphologiquement sont très voisines du Sch. pombe^W existe une structure plurinucléée qui les distingue Iiistologiquement des cellules du Sch. ponibe quij comme nous le verrons, ne contiennent qu'un seul noyau (i).
(I) M. Duclaux considère VO. lactis comme très ressemblant au Sch. pombe et comme par exemple étant kSch. pombe ce que le mycoderme du vin est à la levure de bière (Traité de microbiologie, "X. III, p. 639). En réalité, il n'existe enti^e VO, Idctis et le Seh, pombe qu'une ressemblance superflcielle.