‹ Recherches d'anatomie et de physiologie pathologiquesChapitre 12 sur 66 · PHALE AIGUË · texte numérisé non relu

PHALE AIGUË

Lorsqu’on lit les ouvrages des divers auteurs, qui ont écrit sur cette maladie , on est vraiment étonné de la série nombreuse des symptômes qu’ils lui ont assignés. Mais grâces à l’analysé sévère qu’on emploie aujourd’hui, et principalement aux progrès de l’anatomie pathologique , on a reconnu que la plupart des phénomènes que l’on regardait comme pathognomoniques de l’hydrocéphale aiguë , sans aucun vestige de phlegmasie récente ou ancienne , appartenaient le plus souvent aux lésions organiques , qui pré-

(0 MM. Dugès et Pourché nous ont dit avoir observé des faits semblables.

cèdent ou accompagnent l’épanchement. Comparez , en effet , les symptômes des méningites ou des encéphalites avec ou sans épanchemens séreux , et vous ne tarderez pas à reconnaître la justesse de cette observation.

Mais quels sont donc les signes propres à décéler qu’un épanchement de sérosité a lieu sans aucune espèce de lésion organique de l’encéphale , du moins appréciable à nos sens ? Un assoupissement plus ou moins considérable avec collapsus , ou interrompu , dans quelques cas r\ par des mouvemens désordonnés , brusques et même convulsifs ; une respiration inégale ou très-lente , ou suspirieuse (i) ; une diminution dans les sensations externes et internes et la chaleur animale ; de la lenteur et de l’inégalité dans la force et la fréquence du pouls ; une altération plus ou moins profonde de la face qui est tantôt colorée , et tantôt décolorée ; une dilatation constante de la pupille ; une insensibilité complète de la rétine ; une certaine fixité des yeux qui restent souvent entr’ouverts comme dans une sorte d’extase ; et enfin , dans le dernier degré de la maladie , une teinte de la cornée , qui paraît comme privée de vie , et souvent

(î) M» Cru millier regarde ce signe corame pathognomonique;

(Couverte d’une petite couche albumineuse : tels sont les caractères essentiels de l’èpanchement lui-mème.

Si l’on trouvait toujours aussi bien dessines les traits qui appartiennent , soit aux affections de l’abdomen , soit à celles de , l’encéphale , on n’entendrait plus parler des difficultés que présente leur diagnostic ; mais la nature , qui se joue de tous nos calculs , est loin d’offrir cette marche régulière. D’ailleurs , l’étroite liaison qui unit ces deux parties , vient encore embarrasser le praticien meme le plus habile et le plus réfléchi , et en impose toujours aux médecins peu attentifs. Or, comme il n’y a qu’un pas de la vérité à l’erreur , il devient dès-lors indispensable de bien préciser tout ce qui peut servir à nous faire reconnaître dans quel cas la maladie est primitive , dans quel cas elle est sympathique ; et comme , quand il s’agit de la vie des hommes , on ne saurait trop embrasser la vérité, j’aime mieux encourir le reproche d’étre trop long, que celui d’avoir omis quelques détails.

Il est , sans doute , souvent très-difficile de se décider entre des phénomènes morbides qui paraissent jouer un rôle également important; cependant on peut annoncer , avec certitude, la préexistence de l’irritation de la membrane

muqueuse gastro-intestinale , d’après la douleur qui se fait sentir à la région épigastrique, sur-tout quand la douleur de tête est moins vive. Ce signe est d’autant plus certain , que l’on observe en même temps la diarrhée , la rougeur des bords et de la pointe de la langue , l’inflammation de la conjonctive, delà membrane mucoso-nasale , le trait naso-buccal , des nausées , des vomissemens, et au très symptômes carac téristiques de la gastroentérite. Les phénomènes qui dénotent cette inflammation, qu’on reconnaîtrait plus souvent,principalement dans le début, si l’on y apportait une plus grande attention ; ces phénomènes, dis-je , continuent ordinairement à se manifester au milieu de ceux qui sont le produit de la méningite ; parfois ils semblent disparaître complètement. Si d’on donne alors des stimulans , même fort légers, on les voit reparaître momentanément , et quelquefois même pour ne plus cesser qu’avec la vie. C’est faute d’avoir tenu compte de la douleur épigastrique , souvent peu intense , de la rougeur de l’anus , des bords et de la pointe de la langue , etc., qui ont lieu dès le commencement de la maladie, qu’on a considéré les coliques violentes qui se manifestent parfois, comme le signe d’une entérite sympathique qui viendrait compliquer la méningite. Ce n’est pas que nous prétendions que celle-ci ne

puisse être primitive ; mais il est certain que les observateurs lui ont donné trop d’attention , et trop peu à l’irritation de l’estomac et des intestins (i). Au reste , les commémoratifs , qui ne doivent jamais être oubliés dans ces circonstances, achèveront de jeter le plus grand jour sur un point qui a été jusqu’ici enveloppé des plus épaisses ténèbres. Or, comme la réunion de ces deux inflammations constitue le danger le plus imminent que puissent courir les enfans , nous ne saurions trop recommander d’employer, dès qu’on serait appelé auprès d’un de ces malades, les moyens les plus aptes à combattre la gastroentérite ; on verrait par-là disparaître , presque toujours , tous les symptômes que l’on regarde comme essentiels de l’irritation encéphalique. C’est sans contredit pour avoir négligé cette méthode de traitement, fruit de la plus judicieuse observation , que certains auteurs , tels que Robert Whytt, Fothergill , Watson , etc., ont considéré la méningite , qu’ils désignaient toujours sous le nom d’hydrocéphale aiguë , comme essentiellement mortelle. Mais, pour obtenir un succès complet , il ne faut jamais perdre de vue les phénomènes constitutifs de l’affection céré-

(0 Voy. tom. IX, p. 2 5oy du Dictionnaire abrégé des Sciences

médicales»

braie, c’èst-à-dîre, que si l’on pensé qu’elîè aiteu le temps de se développer ou que les symptômes sympathiques soient très-prononcés , it faut, sans hésiter, faire marcher de pair les agens thérapeutiques des cavités abdominale et encéphalique.

D’après ce que nous venons de dire , et d’après ce que nous avons déjà dit dans le chapitre où il est question des signes de l'hydrocéphale aigu*é,j sans aucun vestige d’inflammation, soit récente^ soit ancienne * du cerveau ou de ses annexes, or* sera conduit à ne plus confondre les symptômes qui appartiennent à F épanchement proprement dit , avec ceux de la gastro-entérite : cette méprise , en effet , devient dès-lors très-difficile* On peut en dire autant , ce me semble , de la' gastro-intestinale avec désorganisation gélatiniforme ; et s’il existait quelques doutes à cet égard * il suffirait de reproduire le tableau comparatif tracé par M. le Profr Cruveilhier pour les dissiper entièrement.

Lorsqu’on aborde * dit-il , un ënfant affecta de cette maladie * s’il est éveillé, on est frappé( par son humeur chagrine , incomparablement plus grand è que dans aucune autre affection ; on ne peut le toucher, ni l’observer , pas meme le regarder , sans provoquer des cris aigus. Il veut continuellement changer de place 3 continuelle^

fnent boire. La soif est insatiable : des vases entiers de liquide ne font que l’irriter. Ce signe l’un des premiers qui se manifestent , est spécifique. L’enfant est-il assoupi; ses yeux sont à demi-fermés, inégalement ouverts ; on dirait un profond sommeil , mais il suffit du plus léger contact pour l’éveiller et exciter sa mauvaise humeur. Les cris spontanés qui interrompent si 'souvent son assoupissement , sont des cris plaintifs,, non articulés, accompagnés de contorsions , comme dans les violentes coliques» Les facultés intellectuelles sont saines jusqu’au dernier moment*

Dans l’hydrocéphale aigue sans lésion organique , il y a de même assoupissement et cris ; mais quelle différence ! l’assoupissement est continuel et va sans cesse en augmentant ; on peut toucher , remuer, tourmenter l’enfant ; il ouvre les yeux qu’il referme aussitôt , sans proférer aucune plainte ; les pincemens ne suffisent même pas pour l’éveiller. Les cris spontanés sont brusques , articulés ou inarticulés , suivant qu’il sait ou ne sait pas parler ; ces cris sont presque toujours accompagnés de mouvemens en masse ou de mouvemens partiels et désordonnés , de positions bizarres. L’enfant ne demande rien ; mais si on lui introduit des alimens dans la* bouche , il l;es dévore ; des boissons , il les avate

tlVec avidité, Les vomissemcns, Je pools lërit ëi inégal , la décomposition de la face , sont communs à Tune et à l’autre maladie ; mais si l’on Considère les différences relatives à l’âge auquel elles se déclarent * la maladie gastro-intestinale* dépassant rarement l’âge de deux ans , et l’hydrôcéphale aigue embrassant depuis deux jusqu’à dix-huit ans ; enfin ■ $ si l’on à égard à l’inégalité de la respiration qui se manifeste dès les premiers momens de l’affection cérébrale , on évitera

toute espece d’erreur 1 même dans la première période^

Quoique les symptômes de la méningite et de l’hydrocéphale aigue proprement dite aient la plus grande analogie avec ceux que détermine la présence des vers dans les voies digestives , il est néanmoins assez facile de les distinguer lorsqu’on examine attentivement les signes que hous avons déjà exposés , et qu’on a en outre le soin de recueillir tous les renseignemens qui se rattachent plus ou moins à cette importante question. Â cet effet , on doit toujours se rappeler que la production des vers est en général favorisée par toutes les causes débilitantes, et sur-tout par un mauvais régime ; que dans l’hydrocéphale j soit avec ou sans lésion organique i l’appétit est détruit , tandis que, dans les affec^ tions vermineuses 1 il est ordinairement aug^

mente ; qoe l’aigreur et la fétidité de rhalcirte^ qui peuvent pour ainsi dire être regardées* comme un caractère essentiel de la présenter des vers , ne s’observent jamais dans l’hydrocé-* phale aiguë ; que dans celle-ci l’enfant porte sa main à la tête , tandis que , dans les affections vermineuses, c’est plutôt vers les narines qu’il dirige ses doigts , à cause du prurit dont ces parties sont le siège ; que dans les maladies encéphaliques , presque tous les praticiens citent un mouvement par ticulier de rotation de la tête sur F oreiller , qu’ils n’ont jamais eu occasion d’observer chez les enfans tourmentés par les vers ; que dans ce dernier cas , le coma f le délire , la cécité r l’aphonie se succèdent souvent avec rapidité, tandis que,, dans l’hydrocéphale ces mêmes symptômes se montrent très -opiniâtres , etc. , etc»

Si les helminthes , contenus dans les organes digestifs, peuvent, par leurs phénomènes sympathiques sur le cerveau , déterminer l’hydrocéphale aiguë avec ou sans altération organique,, on devine bien qu’en les évacuant on verra disparaître presque instantanément tous les symptômes encéphaliques; mais ai-je besoin de dire que ceux-ci doivent être combattus comme s’ils étaient primitifs , toutes les fois qu’ils ont acquis un haut degré d’intensité , à fortiori , si

ï’affection cérébrale se trouvait déjà développée? On ne doit pas non plus se borner à ne voir toujours que les vers , et à ne s’occuper exclusivement que de leur expulsion ; il faut , dans beaucoup de cas et de prime-abord , diriger les âgens thérapeutiques vers l’irritation abdominale , déterminée par la présence de ces animaux. Sans ces précautions, on se flatterait en vain de réussir: tout, en effet, se bornerait alors à des demi-succès,

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