‹ Recherches d'anatomie et de physiologie pathologiquesChapitre 20 sur 66 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Dix-huit mois; céphalalgie ; constipation ; cris aigus ; contractions spasmodiques des muscles de la face et des membres; nausées; subdelirium alternant avec un état comateux ; soubresaut des tendons; respiration courte, précipitée; vomissemens muqueux et glaireux; douleur dans la région épigastrique; convulsions générales; carphologie; déglutition impossible; mort le 10e jour. — Gastro-entérite très-intense j hépatite légère.

Rose Privas , âgée de 18 mois, d’un tempérament sanguin , avait joui d’une bonne santé jusqu’au moment du sevrage. Vingt jours après , elle se plaint d’une douleur sus-orbilaire ; nuits agitées; frisson suivi de chaleur ; urines rares, colorées ; constipation.

Le 3 avril 1824, on me présenta la jeune malade dans l’état suivant :

Tristesse et maigreur remarquables ; face inégalement colorée , ou pour mieux dire comme si on l’eût battue de verges ; pupilles dilatées et contractées par intervalles ; céphalalgie trèsintense ; cris aigus ; peau sèche ; chaleur âcre , pouls dur, fréquent ; refus de montrer la langue* En parcourant les cavités thoracique et abdominale , ma main augmente à peine les souf-

frances de la malade ; sa le le , au contraire , est d’une sensibilité extrême,

( Quatre sangsues derrière les oreilles , lavement avec une décoction de fleurs de mauve ^ pédiluve sinapisé , eau d’orge pour boisson. )

4 Avril. La malade paraît un peu soulagée^ Le lavement n’a pas été rendu.

( Eau de tilleul gommée , même lavement , pédiluve sinapisé. )

A six heures , douleurs de tête intolérables parole précipitée , embarrassée ; peau sèche et brûlante ; pouls petit, concentré ; yeux saillans injectés ; contractions spasmodiques des muscles de la face et des membres ; envies fréquentes de vomir et d’aller à la selle ; difficulté d’uriner.*

(Deux sangsues aux tempes , mixture antispasmodique , lavement émollient, sinapismes aux jambes , eau de veau nitrée.)

5 Avril. Subdelirium alternant avec un état comateux ; soubresaut des tendons ; respiration courte , précipitée ; vomissemens de matières muqueuses et glaireuses ; selles liquides, légèrement verdâtres ; urines assez abondantes.

( Continuation de la mixture , eau de riz gommée. )

Le soir , persistance de tous les symptômes.

6 Avril. Même état que la veille. La malade se plaint en outre d’une vive douleur et d’un

sentiment de chaleur insupportable dans l’abdomen ; soubresaut épigastrique ; pour la première fois elle montre la langue , qui est sèche et raboteuse ; les lèvres présentent le meme aspect ; la physionomie , profondément altérée,1 exprime à la fois l’anxiété et l’abattement ; soif inextinguible ; pouls petit , concentré.

( Demi-bain tiède , quatre sangsues sur l’épigastre , cataplasme émollient.)

A onze heures, déjections fétides, involontaires; convulsions générales ; carphologie ; dents couvertes d’un enduit fuligineux ; pouls vermiculaire ; déglutition impossible. A trois heures du soir , mort.

Autopsie cadavérique six heures après la mort (i).

Tête. Arachnoïde légèrement injectée ; les autres parties sont dans l’état physiologique.

Poitrine. Tous les organes contenus dans cette cavité , ne présentent rien de remarquable.

Abdomen. Membrane muqueuse de l’estomac épaissie, boursouffîée , fortement colorée , et se laissant facilement déchirer ; en outre, quelques ulcérations , plus ou moins étendues , \ bords perpendiculaires.

(i) Elle fut faite en ma présence par M* II. Bousquet, étudiant en médecine}

En incisant l’intestin de manière à découvrir

la membrane interne , nous aperçûmes un grand nombre de vaisseaux fortement injectés , et une quantité assez considérable de sang noir extravasé , qui nous fit croire un instant qu’elle était gangrenée. — Foie légèrement phlogosé.

Réflexions. On voit encore par cette observation combien d’erreurs pratiques , j’allais dire meurtrières , doivent entraîner les symptômes qu’on a donnés comme pathognomoniques des affections cérébrales des enfans , lorsqu’on se hâte de déduire les agens thérapeutiques de leur seule présence. Ici , sans doute , les antiphlogistiques , dirigés vers la tète , n’ont pas été nuisibles , mais ils ont été du moins inutiles. Ce qu’il y a sur-tout de remarquable dans ce cas , c’est que jusqu’au dernier moment, aucun signe ne nous a révélé la gastro-entérite ; tandis que les phénomènes encéphaliques se sont manifestés avec une intensité telle , qu’ils semblaient ne plus laisser aucun doute sur l’existence de la méningite. Toutefois, nous n’avons découvert, à l’ouverture du cadavre , aucun vestige d’mflammation , ni dans le cerveau , ni dans ses annexes ; car que peut-on conclure de celle légère injection de l’arachnoïde , sinon qu’elle a été évidemment déterminée par la phleg-

f FDD )

teasic de la ïnembrane muqueuse gastro-intestinale? Faisons remarquer à ce sujet qu’on aurait bientôt trouvé dans l’encéphale des traces non équivoques d’inflammation, si celle de l’estomac ’et des intestins se fut prolongée quelques jours de plus. Or, il n’en faut pas davantage, à certains auteurs, pour leur faire regarder la gastroentérite , tantôt comme sympathique , tantôt comme une simple complication ; et ce qui ne contribue pas peu à alimenter cette erreur , c’est que la pblegmasie abdominale s’efface ordinairement au fur et à mesure que la méningite fait des progrès. Voilà , je ne crains pas de le dire, ce qui a dû et ce qui doit avoir lien dans le plus grand nombre de cas. Les recherches anatomico-pathologiques de MM. Prost, Broussais, Scoutetten, autorisent ce langage ; l’observation

le justifie.

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