‹ Recherches d'anatomie et de physiologie pathologiquesChapitre 21 sur 66 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

Huit ans; céphalalgie; symptômes de gastro-cnce'phaîite ; assoupissement continuel; rêvasseries; déglutition impossible; mort le neuvième jour. — 'Trente vers lombrics très-longs dans l’ estomac } et six près de la vulve cœcale. (Dr Holye, Dissertation.)

F. Helye , âgé de 8 ans, d’une constitution robuste, se plaignit, dès le principe de sa maladie, de douleurs de télé , d’une soif intense ,

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de picotemens dans l’estomac et de perte de l’appétit. Les deux premiers jours se passèrent, sans qu’il fît usage d'autres médicarnens que de l’eau gommée. Comme j’étais malade moimême , je fis appeler M. M***, médecin adjoint de l’hôpital.

Le 3e jour, les symptômes avaient augmenté d’intensité; les yeux étaient larmoyans, la pupille très-dilatée , la peau brûlante; des rêvasseries avaient lieu , l’épigastre était un peu douloureux. M. M*** pensa que ces symptômes caractérisaient une gastro-encéphalite.

(Vingt sangsues sur l’épigastre et six de chaque côtédu cou, sur le trajet des veines jugulaires.)

Le 4e jour, les douleurs cérébrales et épigastriques devinrent plus vives; la soif était inextinguible ; la langue blanchâtre , sèche, par* semée de petits points rouges sur les bords et vers la pointe.

( Application de l±o sangsues à l’épigastre et au cou.)

Le 5e jour , un peu d’assoupissement eut lieu après l’application des sangsues ; les symptômes se prononcèrent d’une manière plus alarmante * le bas-ventre était très-douloureux au toucher % le jeune malade avait des vomissemens et était par momens dans une sorte de délire ; il grinçait des dents et éprouvait en outre un senti*

ment de piqûre dans diverses régions de l’abdomen.

{ Application de 60 sangsues , eau gommée pour boisson , sinapismes aux pieds. ) *

Le 6% les symptômes furent les memes que les précédens; néanmoins, sur le soir, il y eut de l’apyrexie , quoique le malade continuât à se plaindre de sa tête et de son ventre.

(Application de 5o sangsues , lavement légèrement purgatif, même boisson.)

Le 7e jour , le malade tomba dans un assoupissement continuel ; les paupières étaient à demi fermées et ne laissaient voir que la cornée opaque ; son cœur battait avec force ; son pouls était inégal ; la lèvre inférieure était tremblante; les rêvasseries étaient continuelles*

(Applications froides sur la tête, lavemens purgatifs, vésicatoires aux jambes.)

Le 8e jour, la déglutition devint impossible i ce jour-là, l’enfant fut livré à la volonté de sa mère, et on prescrivit , pour la contenter, des antheîminthiques en frictions et en lavemens. II semblait que l’instinct maternel était bien plus clairvoyant que l’esprit du médecin ; malheureusement cet instinct fut trop tard écouté, La mort eut lieu du 8e au qe jour.

L’autopsie fut faite par l’aide-major en pré*- ®ence de trois sous-aides,

Les trois grandes cavités furent explorée^ avec soin. La tête n’offrit aucune trace de maladie ; on n’observa même pas la plus légère congestion dans les vaisseaux des méninges et de l’encéphale. Tous les organes contenus dans la poitrine furent trouvés en bon état. Le pharynx, l’œsophage et l’estomac furent ouverts ; l’on trouva dans ce viscère 3o vers lombrics trèslongs ; les plus petits avaient quatre pouces. On ouvrit tout le canal intestinal, et on vit six autres lombricoïdes près de la valvule cœcale.

Réflexions. Cette observation est un exemple frappant de ce que peut l’esprit de système. Sans faire attention, en effet, aux picotemens de l’estomac, mais sur-tout à ces petits points rouges dont la langue se trouvait parsemée , et que nous regardons comme pathognomoniques de la présence des vers dans les organes digestifs, M. M*** fit appliquer, en six jours, malgré l’exaspération des symptômes et sans respect pour l’âge du malade, 182 sangsues sur l’épigastre et autour du cou. Cependant cette persistance , cette augmentation des symptômes * étaient bien faites , ce me semble , pour dessiller les yeux de M. M***; mais un aveugle partisan de Broussais ne pouvait point changer son traitement. Aussi une mort prompte fut la suite

inévitable de ce traitement intempestif. A l’ouverture du cadavre , on ne trouva aucune trace d’inflammation , ni dans le cerveau , ni dans la poitrine , ni dans la cavité abdominale. Il est donc bien évident que tous les désordres , observés pendant le cours de la maladie , sont dus aux 36 vers lombrics contenus dans l’estomac et le tube intestinal.

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