CHAPITRE IL
LES ORGANES DIGESTIFS SONT DANS l’ENFÀNCS LES ORGANES PRËDOMÏNÀNS. j
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Il ne suffit point d’avoir prouvé , d’une maimère péremptoire , contre l’opinion généra ter ment reçue , que 1e cerveau n’est point l’organe prédominant dans l’enfance ; il s’agit actuelle* ment d’établir, si c’est, comme nous l’avoua énoncé plus haut , l’estomac et l’intestin grêle qui jouissent de celte supériorité momentanée sur le reste du corps, et que nous avons désignée sous le nom de prédominance . u
Si nous ouvrons le livre de la nature , nous y verrons tous les phénomènes propres à établir ce genre de preuves. Mais que sont ces phénomènes aux yeux du médecin physiologiste ? C’est le résultat de Faction de s certains organes (i) ;i
• (i) Si nous portons nos regards sur le tube digestif de l’enfant^ ïious voyons que sa longueur est de six à huit fois celle de tout
et personne n’ignore que Y enfance , comme la' jeunesse, la virilité et la vieillesse, présentent à l’anatomo-physiologisle des organes particuliers, dont Faction et l’énergie sont en rapport immédiat avec les phénomènes qui sont propres à chacune de ces quatre grandes divisions. Ainsi , le phénomène que nous observons dans l’enfant est Y accroissement de ce petit être, et à ce grand acte se trouve subordonné tout ce qui se passe dans l’économie. Or , s’il est vrai , et ce point est incontestable , que Faccroissement soit , à celte époque, le principal , j’ai presque dit l’unique but où tende la nature, il doit en résulter que les organes destinés à la nutrition , foyer qui sert de centre à tous les mouvemens , doivent offrir une énergie plus marquée , et avoir une prédominance réelle sur toutes les autres parties. C’est une vérité que n’auraient jamais dû permettre d’ignorer les progrès rapides de l’organisme , un appétit sans cesse renaissant et une digestion extrêmement active , parce qu’il faut qu’elle soit proportionnée au besoin qu’a le jeune individu de croître et de réparer. Mais , me dira-t-on ,
le corps, et que l’intestin grêle, qui commence à l’estomac et babouche en bas dans le gros intestin , forme à lui seul les quatre cinquièmes de tout le canal intestinal. Or, n’est-ce pas dans cette sorte d’hjpertrophie qu’oa doit chercher la raisoa de la plupart
de scs maladies ?.
Comment une chose aussi frappante peut -elle avoir été si généralement méconnue? C’est que « les pensées les plus simples échappent, par leur simplicité même , aux esprits les plus élevés. » ( Laromiguière , Leçons de philosophie , 1. 1.)
Si nous examinons actuellement ce qui se passe chez l’homme fait , nous voyons que la délicatesse de l’estomac , la débilité de la puissance digestive , sont extrêmement favorables au développement des facultés intellectuelles , c’est-à-dire que , lorsque celles-ci sont très-développées , les organes digestifs se trouvent , au contraire , plongés dans l’inertie. C’est ce qui se trouve très-bien exprimé dans cette phrase si connue d’Amatus Lusitanus : « Un mauvais estomac , dit-il, suit l’homme de lettres, comme l’ombre suit le corps. » Nous avons appris , en effet , dans l’étude de la physiologie , que plus un organe acquiert de force , plus les autres ont de faiblesse , parce que , la somme de nos forces .vitales étant limitée , ce que l’une obtient en plus est aux dépens des autres. Or , rien ne s’oppose plus aux opérations de la pensée que la digestion, et vice versâ. D’un autre côté , tout le monde sait également qu’une preuve aussi manifeste que réelle de l’infé riorité des facultés intellectuelles,
consiste dans un grand développement des forces musculaires, ctsc rencontre ordinairement chez
ces individus doues de ce tempérament que
j’appelle gulosum (i), c’est-à-dire, chez ces,
espèces de brutes voraces qui ne vivent que pour
manger, quorum deus venter est , pour parler le
langage d’Horace. Nous lisons, au contraire,
dans Gelse , que les gens de lettres sont faibles ,
tristes, maigres, pâles ; et dans la vie des hommes
illustres de Plutarque, que Cicéron mangeait
très-peu à cause de la faiblesse de son estomac ,
et qu’il était si maigre qu’il ne semblait composé
que de peau et d’os. Sénèque , Virgile , Pope,
etc., étaient si décharnés qu’ils ressemblaient à
un squelette. Que de savans pourraient s’ap-
proprier ce vers d’Ovide :
Vix habeo tenuem quœ tegat ossa cutem ;
La nutrition et l’accroissement sont donc les deux actes principaux dont doit s’occuper et dont s’occupe la nature durant les premières années de la vie. On sent dès-lors qu’il faut la laisser faire , et se bien garder de contrarier ses efforts , son travail , dans cette direction primitive. Il est évident , en effet , pour tout homme qui sait observer et réfléchir, que l’éducation des facultés
(i) une excellente dissertation sur les temperamens , son-4
tenue par M. Jonac, à la Faculté de Médecine de Montpellier, an. 1824 , n° 16.
physiques doit passer avant celle des facultés morales et intellectuelles. Mais si , par une institution mal entendue, il nous arrive d’intervertir cet ordre ; si , au lieu de laisser à l’enfant le temps nécessaire pour la nutrition et l’accroissement, nous vouions faire briller l’homme moral et intellectuel de tout l’éclat qu’il peut jeter à l’époque où l’homme physique doit être cultivé avec soin , il en résultera nécessairement des fruits précoces qui n’auront ni maturité , ni saveur, et qui ne tarderont pas à se corrompre. On voit bien briller alors , dans la république des lettres, dit M. Cailleau, des enfans célèbres avant le temps d une juste célébrité ; mais, pareils à ces corps célestes qui scintillent un moment à la brillante voûte des deux, et qui disparaissent avec la rapidité de l’éclair , ces jeunes sujets obtiennent notre admiration sans doute , mais nous ne faisons que passer , ils ne sont déjà plus. Toujours tristes , toujours mélancoliques comme Pascal , sans cesse occupés d’idées profondes et d’écrits au-dessus de leur âge , ils voient l’acte de la nutrition s’altérer de jour en jour , et les tenir constamment dans un état de faiblesse et de langueur. Le cerveau exerce alors une influence prédominante et vicieuse ; il devient comme le centre de tous les goûts , de tous les penchans, de toutes les affections, lorsqu’on le
fait trop vivre , a dit , avec son énergie ordE «aire , Yan-Helmont, qui eut si souvent des idées profondes et pleines de sagesse. Sa force est surabondante , et toutes les autres parties de Féconomie animale souffrent de cet excès qu’il appelle exubérant .. Il ne faut donc jamais, s’il est possible , que cet organe si essentiel se fasse centre dans le premier âge de la vie , où l’on doit tâcher d’avoir des fleurs, pour avoir un jour des fruits exeellens.