LEUR SIEGE DANS LES ORGANES DIGESTIFS
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Si cet axiome établi en physiologie est vrai, que plus un organe remplit de fonctions , que plus il est exercé, et plus il est exposé à être affecté ; nous sommes naturellement conduit à poser en principe , que presque toutes les maladies des enfans ont leur siège dans le tube digestif, d’après la prédominance dont il jouit. Cette opinion n’est point le fruit de l’imagina- Lion ; elle repose toute entière sur l’observation la plus exacte , et se trouve consignée d’ailleurs dans les ouvrages de Yan-Helmont , de Raglivi 5 d’Eltrauller 2 de Rega, de Sennert , de Cheyne,
3c Tissot , 3’Âlphonse Leroy, de Lespagnol, dé Baumes, de Halle, de Ranque, de Gardien, de Broussais, et de tous ceux qui savent réduire à leur juste valeur les idées hypothétiques que l’on émet en médecine (i),
Vainement on voudrait éluder la conviction' que doit faire naître tout ce que nous avons dit, lorsque sur-tout cela se trouve confirmé par de pareilles autorités. Et pourquoi contestçrait-oii cette tendance qu’ont les maladies à se porter,,* dans le premier âge, vers les organes digestifs? Tous les bons observateurs n’ont-ils p9s dit qu'un développement trop brusque , trop précoce , des facultés intellectuelles, peut engendrer l’hydrocéphale aiguë ou telle autre affection cérébrale ,par l'accumulation des forces qui s’est faite sur le cerveau ? L’accroissement précipité des organes contenus dans la poitrine , n’occasionnef-il pas également des maladies très-dangereuses , telles que des pneumorrhagies , des phthisics, des hypertrophies du cœur, etc.? (Morgagni.)? Or, il est évident que ces affections ne peuvent être considérées que comme le produit d’une
(i) L’auteur d’un ouvrage qui vient de paraître sur les maladies; des enfans nouveau-nés, M. le Dr Denis, a très-bien signale' la* fréquence des affections abdominales ; maison peut lui reprocher de n’avoir pas assez étudié l’influence des organes digestifs saisie cerveau.
aberration de la nutrition ; et , ce qui vient a l’appui de cette assertion, c’est que de telles maladies ne sont avantageusement combattues que par tous les moyens propres à dissiper cet appareil de forces vicieusement concentrées sur ces parties : iia ut rnorbus per totum corpus dispergalur , ait Hippocrates.
11 suffit , je pense , de ce simple coup-d’œil pour voir que les maladies sont en harmonie avec la disposition des organes; qu’elles y sont comme attachées par la nature ; qu’elles en découlent nécessairement. Les faits jaillissent donc de toutes parts pour confirmer le point de doctrine que nous cherchons à établir. Mais , comme la vérité chemine lentement, et que quelques esprits difficiles pourraient bien ne pas être satisfaits des preuves que nous avons fournies à l’appui de la pathologie du premier âge, je leur dirai : ne perdez jamais de vue que l’altération essentielle , primitive , de l’estomac et de l’intestin grêle se prononce d’une manière très-modérée (i), comparativement aux accidens tumultueux qui la couvrent, et qui sont
(i) MM. Prost et Broussais ont sur-tout très-bien démontre que l’inflammation de la tunique interne de la membrane muqueuse gastro-intestinale a lieu souvent et pendant long- temps sans douleur locale, qu’elle produi t le trouble des fonctions animales, «pt’eile se manifeste, eu un mot, par des sympathies éloignées.
fournis secondairement et par sympathie par le cerveau et ses annexes. Pour reconnaître le point de départ de ces désordres, il faut sans doute être doué de beaucoup de sagacité; toutefois, elle n’est pas à beaucoup près aussi nécessaire qu’une connaissance profonde des lois de la vie , et sur-tout de la prédominance des organes digestifs.
Je leur dirai : multipliez les autopsies cadavériques ; faites-les avec soin ; cbercbez-y les rapports des maladies abdominales et des désordres cérébraux , et vous ne tarderez pas à vous assurer que celles qui vous auront paru d’abord les moins adaptées à cette idée éminemment pratique , s’y rallieront néanmoins de la manière la plus heureuse. Cette manière de procéder fera naître bientôt , parmi tous les praticiens^ nous osons l’espérer , la conviction intime que si la vie des enfans a été par trop souvent compromise , c’est qu’on n’a pas suivi cette marche rationnelle , que nous nous plaisons à signaler, et qui doit désormais devenir la base de toute méthode curative.
Une chose bien digne de remarque , c’est que, dans toutes les maladies sympathiques qu’on observe dans l’enfance , on n’y rencontre jamais ces cruelles affections , qui nous privent de la plus belle portion de notre existence , de
l'usage des facultés intellectuelles ; tandis quë les aliénations mentales sont si fréquentes chez l’homme fait. Cette réflexion , qui se présente tout naturellement, et qui ne fait que donner une nouvelle force à notre manière de voir, nous porte à cette conséquence rigoureuse, que si l’on n’observe point la mélancolie , la manier dans le premier âge, c’est que les facultés intellectuelles ne sont pas encore son partage, et que f 'on ne peut perdre que ce que l’on a. Nous ferons remarquer, en outre, que les insensés ont en général un appétit qui tient presque de la voracité. Ne dirait-on pas qu’il y a échange de fonctions entre ces deux systèmes? Ce qui semble justifier celte assertion, c’est que si ces individus reprennent l’usage de la raison pendant un temps plus ou moins long (les intermittences dans ces maladies sont , en effet , assez fréquentes), on voit aussitôt l’énergie des organes digestifs diminuer, et ne reparaître que lorsque ces malheureux sont de nouveau privés de ces facultés incompréhensibles de notre être. C’est là ce que j’ai été à même d’observer chez unç personne du sexe qui se trouve dans cette fâcheuse position.
Bien que les considérations dans lesquelles nous sommes entré , paraissent suffisantes pour rendre raison de cette prédilection , si je puis
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héexprimer ainsi , qu’ont les maladies d’aller se fixer dans les premières années sur l’estomac et les intestins , nous devons cependant signaler, tout ce qui peut servir à en donner encore , s’il est possible , une explication plus satifaisante.
Or , si par l’exercice de ses fonctions , lé système digestif se trouve toujours en contact avec des agens extérieurs, et en corrélation avec la peau , ce siège de la perspiration cutanée on doit dès-lors concevoir qu’une cause meme légère , qui dans un autre temps n’aurait pas occasioné le moindre dérangement dans la santé, < ou bien qui aurait produit des maladies différentes , porte aisément ce système au degré de suractivité morbide, d’où résulte l’inflammation de la membrane muqueuse gastro -intestinale.' Cette phlegmasie est peut-être la maladie la plus fréquente de cet âge , et cependant à peine en est-il fait mention dans les auteurs ; aussi est-eîlé malheureusement très-souvent méconnue, et peut-être encore plus souvent confondue avec la méningite. Cette double erreur tient } d’une part, à ce que , perdant de vue que la vitalité est alors en excès(i), l’on a considéré les
(i) Presque toutes les maladies des enfans, en effet, sont inflammatoires , et si elles ne sont pas aussi franchement inflammatoires que dans Page adulte, c’est qu’elles sont balancées par l’abondance des sucs muqueux qui gorgent "alors le tissu Cellulaire»
ïnaladîes de l’enfance comme présentant tontes le cachet de la faiblesse : de~là , l’abus des toniques , des stimuîans ; de l’autre , en ce que l’inflammation du système digestif présente à cet âge un caractère tellement latent , que le plus souvent on n’en soupçonne pas même l’existence, et enfin en ce que l’altération de celui-ci attaque immédiatement le cerveau, en vertu de l’étroite sympathie qui unit ces deux organes : de-là , tous les symptômes qui peuvent faire croire à une maladie cérébrale idiopathique ou primitive.
Une affection vaguement indiquée par Tlœ~ derer et Wagîer, signalée d’une manière moins équivoque dans les observations publiées par Hunter, et décrite par les médecins sous le nom de perforation spontanée de l’estomac , a donné lieu également à beaucoup de méprises. Plus tard , Jæger écrivit sur le même sujet ; mais ses idées ne présentèrent point encore ce degré d’exactitude qu’on était en quelque sorte en droit d’exiger de cet observateur. Après avoir combattu l’opinion émise par Hunter sur' le ramollissement gélatiniforme de l’estomac et des intestins ; après en avoir donné la description ; après en avoir cité les exemples qui s’étalent offerts à son observation ; après lui avoir assigné deux marches , l’une subite et
l’autre lente ; après avoir enfin expose les symjn tomes propres à chacune , le médecin aulique s’occupe de la partie qui pouvait en dévoiler la nature , de l’autopsie cadavérique. Notre intention n’est point de signaler ici tous les résultats extispices que lui ont fournis les individus qui avaient succombé ; mais nous ne pouvons nous empêcher de dire que la membrane muqueuse gastro-intestinale semblait toujours convertie en une sorte de mucus gélatineux, soit dans toute son étendue ^ soit dans quelques points isolés. Eh bien ! avec des faits si précieux , cet auteur,1 chose presque incroyable ! laissa échapper la vérité qu’il lui eût été néanmoins si facile d’embrasser. Comment, en effet , ne pas reconnaître que ce ramollissement n’était qu’un produit de la gastro-entérite? On pense bien qu’une fois engagé dans l’erreur , l’auteur dut faire usage d’une thérapeutique tout-à-fait irrationnelle , et par conséquent très-funeste. Aussi M. Broussais, dont on ne peut plus taire le nom quand il s’agit de phïegmasies , ne manque pas de lui en faire les plus vifs reproches. Il blâme également les opinions plus ou moins gratuites que les Huntcr , les Chaussier , les Fleischmann , et plusieurs médecins allemands ont émises tourà-tour pour expliquer cette altération gastrointestinale. Le Professeur du Yal-de-Grâce était
trop sur son terrain pour ne pas combattre victorieusement çes diverses hypothèses , et pour ne pas prouver, d’une manière péremptoire y que le ramollissement gélatiniforme n’est qu’un mode de terminaison de l’inflammation des organes digestifs.
Cette idée a été aussi exprimée par M. Cruveilhier , a qui nous devons en outre un diagnostic plus exact , plus facile , et un traitement plus simple , plus rationnel. C’est ce dont on peut s’assurer en consultant l’excellente Monographie (i) qu’il a publiée sur cette affection , qui régna épidémiquement à Limoges , sa ville natale où il pratiquait alors la médecine , et dans les environs , à la fin de l’été de 1819 ; affection à laquelle cet observateur a donné le nom àe gastro-intestinale des enfans avec désorga nisation gélatiniforme , et qui a , comme on peut le voir par le tableau qu’il en trace , beaucoup d’analogie avec l’hydrocéphale interne , ou ma** ladie cérébrale . Ces deux affections , en effet tj si différentes par leur siège , ont néanmoins des caractères de ressemblance tellement frappans , que les praticiens paraissent les avoir presque toujours confondues.
(1) Mëdecine-pratique éclairée par l’anatomie et la physiologie pathologique j premier cahier, Pairis 1822,
Le développement , dans l’intérieur du canal intestinal, de ces animaux parasites, connus sous le nom de vers , entraîne aussi la même erreur , qui est également beaucoup plus frequente qu’on ne croit (i).
Un amas de mucosités où de matières bilieuses contenues dans l’estomac et les intestins , de mauvaises digestions , le développement progressif ou subit de gaz, etc. , peuvent encore donner lieu aux mêmes résultats. On sent cependant combien il importe de décider si les aecidens que l’on observe sont primitifs ou sympathiques. L’erreur dans ce cas est meurtrière.
Il ne faut donc jamais perdre de vue, dans le traitement des maladies des enfans , cette liai-^
(i) Je sais bien que quelques médecins affectent aujourd’hui de ne pas y croire ; ils vont même jusqu’à regarder cette considération comme puérile , comme oiseuse. Mais ce superbe dé-i dain pourra-t-il résister aux faits que nous citons dans notre troisième partie , et qu’il nous eût été si facile de multiplier? JSe rejetons donc point certaines idées , par cela seul qu’elles appartiennent à ce que quelques - uns nomment la vieille médecine, ou qu’elles ne s’accordent point avec leurs opinions. Sachons conserver cette noble vénération que méritent les anciens , et ne refusons jamais aux modernes celle qui leur est due. Tous ont contribué à agrandir le domaine de la science; tous nous ont donné de bons préceptes; tous nous ont laissé de véritables canons pratiques. Pourquoi cette maxime si connue de Baglivi n’est-elle pas la devise de tous les médecins ? k Je ne finis, disait l’illustre praticien de Rome , ni pour les anciens 9
bî pour les modernes : je suis pour la raison et la vérité, s
son étroité qui existe entre l’abdomen et Fence-* * phaîe ; liaison qui a été si bien signalée par la plupart des auteurs anciens, et mieux encore par les modernes, notamment par J. H. Rahn (i) , -et de nos jours par MM. Prost, Broussais , etc. Toutefois, gardons-nous bien de regarder, à l’exemple de ces derniers , les affections de l’encéphale comme étant toujours l’effet sympathique d’une irritation primitive de la membrane muqueuse gastro-intestinale (2). Gardons-nous bien aussi d’adopter l’opinion contraire , c’està-dire , celle de certains partisans du système
(1) Mlriim inter caput et viscera abdominis commerciuml G œit. 1771.
(2) Aillant cette assertion est vraie «tans le plus grand nombre des maladies des enfans, autant elle nous parait fausse dans les maladies des âges suivans , mais principalement chez l’adulte où le cerveau est alors l’organe prédominant. Il n’est pas difficile de prévoir que je n’entends désigner par là que l’homme,
qui, par un exercice plus ou moins répété de ses facultés intellectuelles , fait un centre de eet organe. Car il serait par trop ridicule de regarder , d’après le sens que nous avons attaché au mot prédominance , le cerveau de tous les adultes, des porte- * faix, des cultivateurs, par exemple, comme exerçant un empire réel sur tous les autres systèmes d’organes. Cela seul suffît pour faire sentir tous les inconve'niens attachés à cette ancienne distinction , émise par presque tous les auteurs ; je veux parler de l’opinion de ceux qui fixent la prédominance du cerveau dans l’enfance , celle de la poitrine dans l’adolescence, celle du système gastrique dans l’àge mûr , et celle du système urinaire dans la vieillesse.
nerveux , qui prétendent qu’il faut toujours diriger vers le cerveau les moyens thérapeutiques, meme dès l’apparition des premiers symptômes. En nous plaçant entre ces deux extrêmes, nous obtiendrons , n’en doutons pas , des résultats que se flatteraient en vain d’obtenir les fidèles sectateurs de l’une ou l’autre de ces deux opinions exclusives. Mais , pour les obtenir ces résultats , que de difficultés à vaincre î II est trèsdifficile, en effet , de distinguer l’inflammalion de la partie profonde de la membrane muqueuse^ gastro-intestinale , qui d’ailleurs , comme nous l’avons déjà noté , a un caractère extrêmement latent de la maladie cérébrale des enfans, mais principalement des nouveau -nés , si l’on se rappelle sur-tout combien peu est développée chez ces derniers la vie de relation. Cependant,1 sans un diagnostic exact, l’observation la plus scrupuleuse ne conduit qu’à des résultats infidèles , et la thérapeutique ne repose que sur de mauvaises bases.
Mais , tout en appréciant les difficultés que présente le diagnostic des maladies des enfans , n’allons pas , pliant devant les préjugés qui ont si souvent nui aux progrès de la science, répéter, avec le ton de la conviction , comme le pratiquent tous les jours des médecins fort recommandables d’ailleurs, que les maladies des enfans
offrent des difficultés insurmontables , ou sont du moins beaucoup plus difficiles à reconnaître que celles des adultes. Cette sentence désolante f dit M. Desruelles (i) , éloigne les jeunes médecins de l’étude spéciale des maladies de F enfance* et , avant meme que l’expérience leur ait donné les moyens d’apprécier le degré de confiance qu’elle mérite , ils entrent dans la carrière médicale préoccupés de cette idée. Aussi beaucoup d’entre eux ne donnent qu’une légère attention aux maladies des premiers âges de la vie ; ils les appréhendent comme s’ils étaient convaincus que tout n’est qu’incertitude dans leur diagnostic, et qu’empirisme dans leur traitement.
Le passage suivant , que nous lisons dans la Médecine-pratique de M. Cruveilhier , nous a paru tellement propre à déraciner le préjugé contre lequel nous nous élevons, que nous n’avons pu résister au désir de le transcrire en entier* Nous sommes privés , il est vrai , dans le diagnostic des maladies des enfans , dit le Professeur de Paris , de tous les renseignemens que peut donner le malade lui-même ; mais aussi nous avons des corps neufs à traiter ; mais les organes
(i) Conférez le Mémoire sur les difficultés que présente le diagnostic des maladies des enfans, etc., qu’il a publié dans le Journal général de Médecine, t. XJ£XYIIS p» i63*
&ouffrans parlent aux sens du médecin habilë à les interroger, d’une manière bien plus éloquente que tous les discours ; mais nous sommes délivrés de ces affections morales, de ces préjugés d’éducation, de ces maladies antérieures, de ces récits mensongers où l’on semble prendre à tâche de nous induire en erreur en dénaturant les faits, en insistant sur les choses accessoires, en glissant légèrement sur les choses importantes , ou en Ses omettant tout-à-fait ; en nous traçant, pour ainsi dire d’avance, la ligne dans laquelle nous devons marcher , sôus peine de perdre la confiance et de passer pour un mau-* vais médecin. Disons donc que les maladies des enfans , prises à temps , sont en général plus faciles à guérir que celles des adultes ; que si l’activité de la nutrition et de tous les mouvemens organiques rend les désordres bien plus rapides , la même activité rend les remèdes bieii plus efficaces.