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OBSERVATION XIII

Quatre ans; toux; anorexie; douleur frontale; subdelirium q coma; mouvemens spasmodiques; fièvre; diarrhe'e avec ténesme; ventre tendu et douloureux; vomissemens bilieux 2 — diminution de tous les symptômes après une application de sangsues sur la cavité abdominale ; guérison complète quatre jours après.

Marie-Caroline Gros , âgée de 4 ans ? d’un tempérament lymphatique , toussait et éprouvait , depuis quelques jours, de la répugnance pour les alimeos , lorsqu’elle fut prise , le 9 octobre 1825, d’une douleur frontale très-vive et pour laquelle on réclama nos soins. R.endu auprès de la jeune malade , je la trouvai dans une agitation qui formait un contraste frappant avec sa tranquillité naturelle. Elle m’offrit en outre les phénomènes suivans :

Peau sèche ; chaleur modérée ; pouls fréquent ; langue aride , blanchâtre ; abdomen légèrement tendu , à peine sensible. L’examen de la poitrine ne présente rien de particulier. Cet état ne me parut point exiger une médecine très-active.

(Pédiluve sinapisé, eau d’orge édulcorée avec le sirop de guimauve. )

i3 Octobre, Subdelirium ; assoupissement j pupilles dilatées ; mouvemens spasmodiques ; urines rares et foncées en couleur; dévoiement \

peau sèche et brûlante ; céphalalgie grava tlve * cris plaintifs.

(Quatre sangsues sur les apophyses mastoYdes; même boisson. )

Le soir , la céphalalgie est moins forte ; diarrhée avec ténesme.

(Lavement avec une décoction de tête de pavot. )

Le 4 , nuit très-agitée , rêvasseries , somnolence ; face tantôt pâle , tantôt colorée ; lèvres sèches et rugueuses ; langue gonflée et rouge sur la pointe ; nausées fréquentes ; ventre tendu et douloureux ; narines couvertes d’un enduit pulvérulent; démangeaison du nez; la tête et les membres soulevés retombent de leur propre poids. Soupçonnant , d’après la constitution de l’enfant , que la présence des vers dans le tube intestinal pouvait bien être la cause de ces phénomènes insolites dont il vient d’être question je prescrivis le sirop de mousse de Corse éthéré et un lavement avec l’huile d’olive combinée: avec l’huile de Ricin.

Deux ou trois selles sans vers. Meme état.

Le soir , augmentation des symptômes ; vo* missemens bilieux. La malade pousse des cris affreux dès qu’on touche l’abdomen , et rejette avec force la main exploratrice ; peau sèche ; chaleur âcre , brûlante.

(Demi -bain tiède, six sangsues sur Fepigastre , cataplasmes émolliens ; eau de poulet pour boisson. )

Légère diminution dans les symptômes. M. C. a uriné quatre fois., et rendu par les selles beaucoup de matières muqueuses et glaireuses ; la peau est moins sèche et sa température plus naturelle. Les douleurs de la cavité encéphalique et du ventre ne sont pas à beaucoup piès aussi intenses.

(Demi-bain tiède, deux lavemens émolliens,' même tisane , bouillon d’herbes. )

Le soir, amélioration croissante ; la tête surtout n’est que peu ou point douloureuse.

Le 16, la malade a dormi presque toute la nuit ; elle voudrait manger ; le ventre est un peu douloureux. Meme prescription que la veille;

Le soir, M. C. se livre sur son lit à de petits amosemens. On lui donne quelques alimens bien légers et en très-petite quantité.

Le ig , guérison.

Réflexions. Parmi les symptômes que nous a offerts la malade qui fait le sujet de cette observation , on a dû en remarquer quelques-uns de ceux qui appartiennent à l’irritation de la membrane muqueuse intestinale. Mais, je l’avouerai avec franchise , ils étaient tellement modères.»

que je les crus déterminés par mie affection cérébrale. Ainsi se trouve justifiée l’application des sangsues sur les apophyses mastoïdes. A ce sujet , nous ferons observer que ces vers aquatiques peuvent alors , en vertu de celte loi vitale ubi stimulus , ibi fluxus , déterminer sinon un raptus considérable vers le cerveau , y établir du moins un centre de fluxion , qui donnent ensuite lieu l’un et l’autre aux accidens les plus funestes. L’appareil digestif des enfans malades ne saurait donc cire examiné avec trop d’attention. On s’est déjà convaincu en effet , et on voit encore par cet exemple , que, quoique faiblement exprimée , la gastro-entérite n’en existait pas moins, qu’elle était la cause de tous les phénomènes encéphaliques, et qu’il a fallu l’attaquer d’une manière directe pour les dissiper entièrement.

OBSERVATION XÎV.

Trois ans; anorexie; céphalalgie ; nausées ; assoupissement; constipalion ; douleur abdominale; cris brusques , plaintifs; convulsions générales ; coma ; respiration irrégulière ; vomissement bilieux ; grande chaleur dans le ventre qui est trèssensible cà la pression; lroid des extrémités: — Sangsues sur V épigastre ; demi-bain tiède ; fomentations émollientes y amendement notable j continuation de ces moyens ; guérison.

Jean-Etienne Roques , âgé de 3 ans , d’an tempérament sanguin , bien constitué , avait

perdu l’appétit depuis huit a dix jours, lorsque je fus consulté. Dans la nuit du 3o mai 182?), il s’était plaint de fortes douleurs de tête , et de nausées continuelles. Yoici Fétat dans lequel je le trouvai le 3i mai à 8 heures du matin :

Tendance à l’assoupissement ; face tirée ; paupières entrouvertes qui ne laissent voir que le blanc de l’œil ; langue saburrale dans le milieu , légèrement rouge vers ses bords ; peau sèche; pouls petit, serré; constipation; douleur abdominale s’étendant de devant en arrière, et allant se terminer au dos vers les vertèbres lombaires. Dès qu’on le remuait , il faisait entendre de petits cris brusques , plaintifs , et retombait aussitôt dans l’assoupissement.

( Deux sangsues aux tempes , et deux derrière les oreilles , sinapismes à la plante des pieds , embrocations huileuses sur tout le basventre , lavement avec une décoction de graine de lin. )

Sept heures du soir. Il y a eu un peu de calme 'dans la journée ; l’assoupissement est moins profond , mais le malade est inquiet et très-agité ; peau sèche et brûlante ; fièvre ; soif vive ; éclat brillant des yeux ; céphalalgie intense ; sentiment pénible et douloureux lors de l’émission des mines.

(Emulsion camphrée , eau de gomme pour

boisson, demi-lavement: on enveloppe les mollets avec de la moutarde. )

ier Juin. Mouvemens convulsifs generaux ; loquacité presque continuelle qui est remplacée par un coma profond ; fades abattu , souffrant ; respiration fréquente , irrégulière ; ventre tendu, douloureux à la pression.

(Yésicatôire à la nuque, pédiîuve sinapisé ,• potion éthérée , fomentations émollientes sur la région épigastrique. ) ,

Le soir , à quatre heures , tous les symptômes ont empiré : cris plaintifs ; yeux entièrement renversés en haut ; pupilles dilatées , n’oscillant que faiblement à l’approche d’une lumière ; subdelirium ; vomissement de matières poracées survenu à la suite d’une légère prise de bouillon de viande ; langue très-sèche ; soif ardente ; froid des extrémités qui contraste , d’une manière remarquable , avec la chaleur de l’abdomen jj constipation.

La persévérance , l’augmentation meme des symptômes , malgré l’emploi des agens thérapeutiques énumérés , jointes à la suppression de la perspiration cutanée , des urines , des matières fécales, et au vomissement qui avait eu lieu, tout me fit croire que les phénomènes morbides qui m’avaient fait regarder la ma-? iadie du jeune Roques comme ayant son siège

dans la cavité encéphalique , étaient purement sympathiques d’une irritation de la muqueuse gastrique.

( Quatre sangsues sur l’épigastre , demi-lavement avec une décoction de graine de lin , eau de gomme pour boisson , cataplasme émollient après la chute des sangsues. )

2 Juin. Le sang a coulé abondamment ; le malade a un peu dormi ; amélioration générale; toutefois le ventre est plus douloureux que la veille.

( Demi-bain tiède , fomentations émollientes, même lavement: le précédent n’était pas encore rendu. )

Le soir, grande diminution de tous les symptômes ; le malade a uriné plusieurs fois ; ses urines sont rouges , sédimenteuses ; il a été deux fois à la garde-robe.

(Bouillon de pain , lait coupé avec l’eau d’orge. )

3. Juin. Nuit très-calme ; sommeil assez prolongé ; mais la région épigastrique est toujours un peu douloureuse à la pression.

( Trois sangsues sur cette partie , demi-bain tiède , lavement. )

Le soir , le malade n’accuse aucune douleur.

Le 4 et le 5 , le mieux continue,

Le 6 , guérison parfaite.

Réflexions. Lorsqu’on lit cette observation i on voit les traits de l’hydrocéphale aiguë tellement prononcés, qu’on a d’abord peine à concevoir que le traitement , dirigé contre celle

maladie , l’ait plutôt aggravée que diminuée. Mais pouvait-il en être autrement ? Et devionsnous , en agissant ainsi , nous attendre à dissiper des symptômes cérébraux , qui avaient leur point de départ dans la cavité abdominale? Non; et ce sont sans doute des cas analogues qui durent porter Whytt , YVatson, Fothergill , Nisbet, Thomas, Haliday , Baraillon , etc. , à considérer l’hydrocéphale aiguë comme incurable. Cette affection est une maladie très - grave , souvent meme mortelle , j’en conviens ; mais est-ce une raison pour la placer toujours audessus des moyens thérapeutiques ? Des faits nombreux de guérison attestent tous les jours la puissance de l’art , et font disparaître ainsi cette funeste prévention. Espérons même que lorsque la prédominance des organes digestifs sera suffisamment appréciée ,. on comptera autant de succès qu’on éprouvait autrefois de revers. Yoyez ce qui a eu lieu au début de cette maladie ; voyez , au contraire , ce qui arrive alors que nous diagnostiquons une gastro-entérite. A peine un traitement approprié à cette maladie est-il rpi$ en œuvre, que tous les symp-

tûmes encéphaliques s’améliorent sons son influence, et rétablissent, en six jours, l’équilibre le plus parfait.

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