OBSERVATION XIX
Trois jours; coliques; cris aigus; convulsions; contraction des
membres ; opisthotonos • accès convulsifs très-rapprochés ^ trèsviolens, — Une potion huileuse et un lavement de camomille et de ■ lait font rendre parles selles un amas glaireux , accompagné de méconium , qui calme instantanément tous les symptômes ; retour à la santé.
{Chalupt, Essai sur les convulsions les plus fréq, des enfans en état de fiev . , cbs. pend, plus, années à la Guadeloupe, Paris 1824.)
L’épouse de M, étant accouchée d’uji
garçon fort et bien portant, le 4 mars 1820, je
(1) Odier, qui d’abord accordfi une confiance sans bornes aus purgatifs, s’éleva ensuite avec force contre leur emploi. S’ils be préviennent pas l’hydrocéphale aiguë : dit-il , loin de 1| pjæçdef, ils l’accélèrent.
fus appel*? , le 7 au matin , pour remédier | des coliques intenses dont ce dernier était atteint depuis plusieurs heures. Je le trouvai effectivement en proie à de vives douleurs , qu’annonçaient assez les cris déehirans qu’il faisait entendre , et les violentes torsions auxquelles il se livrait. J’employai immédiatement les moyens usités en pareil ca$? et le calme parut se rétablir ; mais l’orage ne tarda pas à reparaître avec plus de force. Je mis en usage tout ce que prescrivait la circonstance ; ce fut en vain : les^ coliques ou plutôt les convulsions se multiplièrent , et ne laissèrent plus entre elles qu’un très-court intervalle. Il était alors dix heures du malin. Yoici les phénomènes qu’on observait pendant leur durée : l’enfant poussait d’abord quelques cris aigus et contractait fortement ses membres; le ventre devenait tendu ; la tête se renversait sur le dos, opisthoionos ; les ailes du nez, la partie des joues qui les avoisine, et les lèvres perdaient insensiblement leur couleur naturelle, pour prendre bientôt une teinte violacée et devenir ensuite tout-à-fait noires. Cet état s’étendait successivement au reste de la face , au tronc et aux extrémités, en sorte que le corps .offrait véritablement le même aspect que celui d’un négrillon : ce phénomène était du à la suspension apparente de la respiration et de la eh>
<ulation, au point que, pour la plupart du temps, il devenait absolument impossible de rencontrer aucun battement du cœur et des artères. Pour y remédier, je présentais à P entrée des narines le bouchon d’un flacon d’ammoniaque dans la vue d’exciter la membrane pituitaire , et forcer ainsi le cerveau a réagir sur les puissances muséum laires chargées de la dilatation de la poitrine. Ce moyen eut d’abord quelques succès , mais bientôt les convulsions acquérant une durée et une intensité plus grandes, il ne produisit plus aucun effet; en sorte que, vers midi , cet état de mort apparente se prolongea tellement , que j’avoue que je crus l’enfant privé de la vie. La personne qui le tenait sur ses genoux se disposait meme à l’emporter hors de la chambre de sa mère , lorsqu’il fit subitement une courte inspiration : il revint dès-lors peu à peu a la vie, mais pour retomber bientôt dans la même situation. Cet état se répéta plus de quinze fois dans la journée , et dans chacune d’elles on eut pu déclarer que la mort avait lieu. La durée de ces accès était vulgairement de dix ou douze minutes ; mais aucun d’eux n’en présenta d’aussi longue que celui qui arriva vers cinq heures du soir. La respiration et la circulation parurent anéanties, malgré l’observation la plus attentive, pendant près d’une demi-heure. Aux divers svmp-
tonies énoncés ci-dessus se joignit le froid de toute la surface du corps; le tronc devint et resta violacé ; la mâchoire inférieure offrait une rigidité plus forte que jamais; les pupilles étaient dans une immobilité complète ; les ailes du nez retirées et la face comme grippée ; l’aspect général du corps avait enfin la physionomie d’un cadavre. Aucun des moyens usités en pareil cas ne fut oublié, mais en vain. Je regardais cette fois la mort comme certaine, et me préparais à me retirer, lorsque le petit malade fit une profonde et courte inspiration ; elle fut suivie , quelques moraens après , d’une seconde , puis d’une troisième , et successivement jusqu’au retour à l’état naturel.
La thérapeutique que je mis jusqu’alors en usage fut variée autant que possible , et consista dans l’emploi de tous les médicamens externes capables de faire cesser un état aussi alarmant., et de rendre au ventre la liberté qu’il avait perdue depuis la nuit , ce qui avait amené con-? sécutivement le météorisme à un assez haut degré : j’employai ainsi les frictions opiacées et camphrées , les embrocations émollientes sur le .ventre, les bains généraux, les lavemens, les sangsues derrière les oreilles, les sinapismes, etc. Il ne m’était permis d’administrer aucun remède à l’intérieur: il suffisait ; en effet, de
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présenter une cuiller à la bouche pour déterminer immédiatement une convulsion. Vers six heures et demie du soir, je fis de nouveau plonger l’enfant dans un bain tiède , mais cette fois avec f intention de Fy laisser aussi long-temps que possible. Il y demeura effectivement audelà de trois heures : on avait soin de maintenir l’eau à la même température. Durant le séjour dans le bain , il se manifesta plusieurs convulsions ; cependant j’observai qu’on pouvait toujours rencontrer quelques contractions du cœur , en y apportant une attention soutenue ; mais alors elles étaient très-faibles et rares, au point qu’on n’en comptait souvent pas dix dans une minute , et on ne pouvait , quoi qu’on fît, apercevoir le mouvement d’élévation de la poitrine. Au bout de deux heures, le ventre était moins tendu, et l’eau devint un peu sale , présentant à sa surface quelques particules glaireuses. On notait aussi de temps en temps Fapparition de quelques gaz. Une heure après, l’abdomen s’affaissa d’une manière très-sensible, et l’eau devint absolument trouble. Je me félicitais donc de cette amélioration, quand toubà-coup il survint une convulsion qui, par sa force et sa durée, surpassa toutes les autres. Je me décidai en conséquence à faire retirer reniant du bain ^ et le fis envelopper dans des linges
chauds. Gn frictionna le ventre avec nn Uniment camphré et opiacé , et on administra un lavement anodin. On coucha le petit malade, il était alors dix heures du soir. Nous attendîmes l’évènement au milieu des plus vives inquiétudes. Nous fûmes cètte fois agréablement trompés ; l’en-
faut s’endormit paisiblement pour ne s’éveiller qu’a quatre heures du matin. Dans cet intervalle, il poussa quelques plaintes , mais sans s’agiter ; il rendit quelques gaz et urina plusieurs fois* A son réveil , il jeta des cris qui annonçaient plutôt le besoin que la douleur. Je lui fis donner quelques cuillerées à café d’urrc potion huileuse aromatisée , qu’il avala parfaitement. On lui administra en outre un lavement de camomille et de lait. Le petit malade s’endormit de nou¬
veau jusqu’à sept heures. En visitant alors ses linges, nous trouvâmes un paquet de matières glaireuses condensées, roulées en peloton et parsemées de concrétions laiteuses ; il avait le
volume d’une petite orange. La nature de celte selle , qui fut accompagnée de beaucoup de mé¬
conium , fut dès-lors plus que suffisante pour expliquer la violence des douleurs et des convulsions.
Réflexions. A quoi doit être attribué cet amas glaireux dans les intestins? L’enfant était forte-
Ment constitué; la mère, d’une faible Çotriplexion, n’avait pas beaucoup de lait. Le nouveau-né* trouvant ainsi peu de nourriture , témoignait ses besoins par des cris répétés et par la succion qu’il exerçait sur tous les objets qu’il rencontrait ; mais, au lieu de s’en tenir aux substances sucrées et légèrement laxatives qui doivent composer l’aliment de l’enfant pendant les deux ou trois premiers jours, sur-tout lorsque la mère n’a pas encore assez de lait , on mit immédiatement le $ein d’une nourrice étrangère à sa discrétion , et pour surcroît de mal on lui donna de la bouillie. On conçoit facilement tous les accidens que ces deux circonstances pouvaient produire, le mé* t onium n’ayant pas encore été évacué.
Rien de plus évident ici , je pense , que le caractère sympathique des convulsions sous l’influence de l’irritation de la membrane muqueuse des intestins.