‹ Recherches d'anatomie et de physiologie pathologiquesChapitre 49 sur 66 · OBSERVATION XXXIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXIV

Neuf ans; douleur abdominale; céphalalgie intense; expulsion de plusieurs vers ascarides^ lombricoïdes ; constipation opiniâtre; vomissemens ; délire ; strabisme ; assoupissemen t profond ; perte des facultés intellectuelles ; difficulté de respirer; sensations milles; mort le 8e jour. — sldhérences anciennes entre la plèvre pulmonaire et la plèvre costale ; gastro-entérite ; épanchement de sérosité ( quatre onces environ ) dans les ventricules laterauxi *

( Leclerq , Diss. cit. )

Le 20 avril 1820, Louis Eordier, âgé de cjr ans, est admis à l’hôpital. Dix jours auparavant enfant, doué d’un tempérament lymphatn

que et (Tune faible constitution, avait éprouvé de vives douleurs de ventre et de vioîens maux de tête , pendant la duree desquels il rendit par le bas plusieurs vers ascarides, lombricoïdcs ,' et vomit à différentes reprises , la veille de son entrée à l’hôpital. Il s’était gorgé de gâteaux et de vin; cette faute de régime ayant exaspéré les symptômes que nous venons d’énumérer, ce fut alors que ses parens se déterminèrent à réclamer pour lui les soins de la médecine.

Le 20 avril, à la visite du matin, voici les symptômes offerts par ce malade :

Céphalalgie violente ; figure animée ; intégrité des facultés intellectuelles ; yeux humides ; agitation continuelle ; bouche mauvaise ; langue chargée d’un enduit blanchâtre et sans rougeur à sa pointe ou sur les bords ; appétit nul ; soif vive ; gonflement léger des amygdales ; ventre douloureux à la pression, sur-tout vers l’épigastre ; constipation opiniâtre depuis cinq jours; poitrine un peu moins sonore à gauche qu’à droite ; respiration libre et sans toux ; pouls rare et déprimé ; peau chaude et sèche,

( Prescription : limonade , potion gommeuse avec éther sulfurique 3 |3, fomentations avec l’huile camphrée sur îe ventre, deux lavemens avec camphre 3 (3, cataplasmes émolliens sur l’ abdomen , deux sinapismes aux jambes.)

Pendant la journée du 20 avril, on observé qu’en parvenant dans l’estomac , les boissons exaspéraient les douleurs abdominales et augmentaient l’agitation à laquelle le malade est en proie. Au milieu du jour et vers le soir, vomisse me ns répétés ; une selle peu copieuse.

Le 21, l’état du malade est plus satisfaisant que la veille ; les amygdales ont moins de volume, les douleurs de tête et de ventre moins de violence ; cependant, vers les dix heures du matin , de nouveaux vomissemens ont lieu ; une selle ; pouls toujours lent et déprimé ; délire doux et fugace pendant la nuit.

( Meme prescription que ci-dessus. )

Dans la nuit du 21 au 22, délire continuel et vomissemens fréquens; état moins bon que îa veille ; mais le malade est maître de sa raison; il se plaint de souffrir à la tête et à l’épigastre; figure animée; pouls dur, rare.

( Même prescription , plus six sangsues sur la Région épigastrique.)

Le 23 , cessation du délire , mais continuation fdes autres symptômes, et en outre, strabisme qui paraît dépendre de la direction vicieuse dans laquelle se trouve entraîné l’œil gauche.

Le 24, les maux de tête et de gorge cessent;' il en est de même du délire ; le strabisme et Jcs douleurs épigastriques persistent , quoique

hvec moins cle force. Le malade vomit encore mais plus rarement ; la peau conserve sa sécheresse ; le pouls est plus fréquent et plus développé ; une selle.

( Prescription : limonade, potion gommeuse avec éther sulfurique demi-gros, lavemens camphrés, cataplasmes sur le ventre, quatre sangsues à F épigastre , deux gros de mousse de Corse pour deux onces d’infusion. )

Le 25 , violent délire auquel succède un assoupissement profond ; cris presque continuels ; langue rouge sur les bords et à sa pointe ; épigastre très-douloureux ; peau chaude et sèche ; pouls fréquent et concentré une selle obtenue par le moyen des lavemens.

On cesse l’usage de la mousse de Corse ; de nouvelles sangsues ne sont point appliquées sur le ventre ; du reste , même traitement.

Le 26, les symptômes sont les mêmes que le jour précédent; seulement ils offrent plus de gravité.

( Prescription : limonade , potion gommeuse avec éther sulfurique S (3 , lavemens camphrés , cataplasmes sur le ventre, deux sangsues derrière chaque oreille , un vésicatoire à une jambe. )

Le 27 , anéantissement des facultés intellectuelles ; continuation de l’assoupissement ; figure pâle et décomposée ; strabisme plus marqué;

afnouvemem automatiques par lesquels le malade cherche à attirer vers lui tous les objets qui l’environnent ; ses cris ont cessé ; son pouls est fréquent et petit ; depuis deux jours, pas de selle.

( Prescription : potion gommeuse avec éther sulfurique 3 |3 , limonade, petit-lait, sinapisme à une jambe , cataplasmes érno liions sur le (ventre. )

Le 28, respiration difficile ; sensations nulles; yeux ternes et recouverts de mucosités ; pupilles dilatées ; pouls imperceptible. La mort a lieu à jn heures du matin.

Autopsie cadavérique , trente - six heures apres la mort.

Crâne. Les enveloppes du cerveau ne présentent rien de particulier; les circonvolutions cérébrales sont déprimées ; les ventricules latéraux dilatés , le droit sur-tout , et contiennent à eux deux quatre onces environ de sérosité limpide.

Thorax. D’anciennes adhérences unissent à gauche la plèvre pulmonaire à la plèvre costale ; du reste les poumons sont parfaitement

sains.

- Abdomen . La membrane muqueuse de l’estomac offre quelques rougeurs vers le bord supérieur de cet organe , sur- tout aux environs

3a pylore. L’iléon a sa membrane muquemë aussi très-infectée dans une étendue de deux pieds à partir du cæcum , mais elle n’est épaissie dans aucun de ses points ; tout le gros intestin est rempli de matières dures et globuleuses; le conduit digestif ne contient pas des vers.

Pieflexions , Cette observation nous fournit un exemple remarquable de gastro-entérite déterminant une hydrocéphale aigue, dont toutes les exacerbations coïncident parfaitement avec celles de l’affection primitive. D’abord , cet enfant a des vers qui lui causent des douleurs de ventre dues à l’irritation intestinale que fait naître leur présence dans le conduit digestif ; en vertu de la sympathie qui règne entre ce dernier organe et le cerveau , des douleurs de tête se font ressentir. Bientôt , l’intempérance du malade augmente son irritation intestinale , et avec elle s’accroît aussi celle de l’encéphale ; des vo* missemens surviennent , ensuite le délire. Six sangsues appliquées sur l’épigastre diminuent l’inflammation intestinale ; le délire cesse. L’ensemble des symptômes et les vers que le malade a rendus déterminent le médecin qui le traite à lui administrer la mousse de Corse. Cette substance irrite sans doute davantage les intestins : <* Car elle peut nuire , comme la dit Mr

• ( ai6 )

Barbier, lorsqu’il existe une extrême susceptibilité des organes digestifs, un état de phlogose dans la cavité gastrique ou les intestins » : et alors, malgré les quatre sangsues appliquées en même temps sur l’estomac, les symptômes caractéristiques de la gastrite viennent mettre hors de doute l’existence de cette affection. Ainsi , sensibilité très-vive à l’épigastre ; vomissemens fréquens ; rougeur de la langue à sa pointe et sur les bords; fréquence et concentration du pouls; chaleur et sécheresse de la peau ; en même temps, les phénomènes qui dénotent l’irritation des organes encéphaliques, acquièrent plus d’intensité ; aussi le délire prend non-seulement plus de force , mais devient continuel ; et l’assoupissement , indice de 1 épanchement qui cause la mort du malade , lui succède.

Page 1