‹ Recherches d'anatomie et de physiologie pathologiquesChapitre 59 sur 66 · OBSERVATION XLIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XLIV

Onzeans et demi; faible constitution; pneumonie et entéro-colite chroniques; vomissemens; céphalalgie; irrégularité de la respiration; collapsus ; vive sensibilité des tégumens ; affaiblissement gradué ; mort le ice jour. — Pneumonie chronique et gastrite chronique passées à Vétat aigu / méningite de la base y encéphalite des parties moyennes j épanchement ventriculaire »

(M. Senn, ouvr. cit. , o'bs. ioe y p* 5g.)

Thérèse Ârrouard, âgée de onze ans et demi, entra , pour la seconde fois, â l’hôpital des Enfans , le 5 octobre 1824. Pendant les quatre jours qu’elle y était restée le mois précédent , on avait reconnu une pneumonie chronique gauche ; douze sangsues avaient été appliquées sur ce côté , puis un vésicatoire ; mais ses pare ns ayant voulu l’emmener , on n’avait pu guère juger de l’effet produit par ces moyens; voyant qu’elle ne guérissait point chez eux , iis nous la ramenèrent dant l’état suivant :

Maigreur extrême ; peau sèche et pâle , peu développée ; langue rouge sur les bords, pâteuse vers son centre ; un peu de dévoiement ; en examinant la poitrine , on reconnaît du râle muqueux et sous-crépi tant en arrière et en bas des deux côtés.

(Solution de gomme arabique , julep gommée diète, vésicatoire au bras.)

fflBg ) /

On observe peu de changement les jours su i van s.

Le io , vomissement de matières bilieuses ; peau chaude et sèche ; pouls (120) ; langue recouverte d’un enduit jaunâtre. La malade avait ïnangé un gâteau en cachette.

(Mauve , diète absolue.)

Le 11, céphalalgie sus-orbitaire droite ; pouls {108) irrégulier ; respiration pas sensiblement altérée ; pas d’évacuation. On craint une méningite ; mais, la malade étant très-faible, on attend encore.

Le 12 , somnolence ; abattement ; peau trèschaude; face colorée; pouls peu développé (i25). La malade accuse une douleur frontale , et paraît fatiguée par les questions ; elle craint la lumière ; la respiration est irrégulière et de loin en loin suspirieuse ; la toux augmente la douleur de tête ; l’épigastre est très-sensible à la pression ; constipation.

(Hydromel , julep gommé , dix sangsues sur î’épigastre , cataplasme émollient , sinapismes aux pieds.)

Le sang coule assez abondamment ; le soir , la céphalalgie est beaucoup moins forte ; nuit calme.

Le i3 , pas de douleur; réponses justes, faciles ; peau chaude; pouls (ii5); respiration*

assez régulière ; pas de soif ; une évacuation | toux.

(Hydromel , looch blanc , pédiluve sinapisé.)

Cette amélioration se soutient pendant les vingt-quatre heures.

Le 4 , la somnolence reparaît ainsi que la douleur de tète; nausées; fréquence du pouls;] évacuations. •

(Solution de gomme arabique, douze sangsues sur Fabdomen , sinapismes mitigés aux pieds.)

Le sang coule sans procurer de FamendementJ

Le i5, mêmes symptômes ; de plus , injection forte des conjonctives autour de la moitié inférieure des cornées ; vive sensibilité à la lumière ; langue gonflée , rouge ; sensibilité des tégumens du tronc ; grande irascibilité ; on n’ose pas revenir aux moyens actifs.

(Vésicatoires aux jambes. )

Le 16 , respiration très-irrégulière ; pouls petit (n 5); les cornées paraissent ramollies inférieurement , sur-tout la droite.

Le 17, les symptômes s’aggravent ; Fenfant pousse des cris aigus dès qu’on la touche ; le ramollissement des cornées augmente ; les pupilles sont très-dilatées , sur-tout la droite ; le isoir , peu de sensibilité , collapsus ; dans la nuit, agitation.

Le i3, même état ; on fait suppurer les vési-

cataires.

Le 19, membres supérieurs roides ; sensibilité du tronc ; l’affaiblissement augmente , et la malade s’éteint sans convulsion , à deux heures de l’après-midi , au dixième jour de la maladie.

Examen du cadavre vingt heures après la mort.

Dernier degré de maigreur ; émaciation.

Appareil sensitif interne . Arachnoïde entièrement sèche ; circonvolutions déprimées éga-

lement des deux côtés. Yers la partie moyenne de l’hémisphère droit et le long des vaisseaux principaux des membranes , on aperçoit de petites plaques jaunâtres, formées par du pus infiltré dans le tissu sous-arachnoïdien ; cerveau injecté et ferme. En incisant par tranches minces l’hémisphère gauche , on sent une fluctuation profonde ; le ventricule ouvert , il s’écoule cinq onces de sérosité limpide, qui provient en partie de celui du côté opposé , car ils communiquent entre eux et avec le troisième ; la cloison , la commissure des couches optiques et les piliers antérieurs sont ramollis , fortement pointillés de rouge. A la hase du cerveau existe une infiltration gélatiniforme et purulente du tissu sousarachnoïdien , qui occupe sa partie moyenne , les scissures de Sylvius et les environs du hiatus de Bichat. Dans tous ces points , les mena-

bran es sont épaissies , opaques et granulées. Le mésocéphale , le cervelet et le prolongement rachidien sont parfaitement sains.

Appareil respiratoire. Adhérences anciennes des plèvres gauches ; ganglions bronchiques volumineux et tuberculeux ; poumon gauche hépatisé daus sa moitié inférieure ; il contient y ainsi que le droit , beaucoup de tubercules miliaires. - ' -

Appareil circulatoire . Etat normal.

Appareil digestif. Muqueuse gastrique d’un* jaune clair, parsemée de stries blanches, formées par le derme à nu , le corps muqueux étant dé! mit dans ce point et ramolli dans d’autres ; muqueuse des intestins grêles assez fortement injectée; ceux-ci, revenus sur eux-mêmes , contiennent quelques matières bilieuses.

Muqueuse des gros intestins injectée par plaques et sans velouté ; ganglions mésentériques développés ; quelques-uns sont tuberculeux. Foie gorgé de sang ; bile poisseuse dans la vésicule ; rate , pancréas et autres viscères abdominaux dans l’état sain.

P\.éflexions. « Dans cette observation qui se rapproche beaucoup de la XLIP , nous voyons, dit M. Sens , Finflammation des membranes du cerveau débuter sous F influence de Firrila-

tion gastrique, produite par un écart de régime, puis céder momentanément , cette irritation étant combattue , pour reprendre ensuite avec plus de force , se compliquer d’encéphalite et amener la mort. La faiblesse du sujet ayant empêche de persister dans l’emploi des saignées, il est impossible que ce soit à cette circonstance que nous devions d’avoir trouvé les parties moyennes , quoique ramollies, fortement piquetées de rouge ; car , chez tous les autres malades plus vigoureux et largement saignés , la couleur n’était point altérée, et ce pointillé rouge n’existait pas. Ce cas vient bien à l’appui de ceux qui regardent tous les ramollissernens comme suite de l’inflammation , les symptômes ayant été parfaitement semblables à ceux observés dans le cas où le ramollissement des mêmes parties a été rencontré sans injection. » Certes , il serait difficile de présenter des réflexions qui fussent plus en harmonie avec notre manière de voir : voilà ce qui nous a engagé à les transcrire littéralement.

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