‹ Recherches d'anatomie et de physiologie pathologiquesChapitre 60 sur 66 · OBSERVATION XLV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XLV

Trois ans ; valétudinaire ; vomissemens bilieux ; céphalalgie ; constipation; collapsus ; respiration irrégulière ; tète renversée en arrière , inclinée à droite; trismus ; rétraction des muscles droits ; mort le 16e jour. — Ramollissement de l’estomac et de V œsophage y ganglions mésentériques tuméfiés , rouges y pneumonie tuberculeuse y méningite de la base y encéphalite légère des hémisphères sur-tout à gauche et des parties moyennes y épanche-^ ment ventriculaire. >

(Senn, ouat cit . , ois. 12e , p. 70.)

Henriette Léman , âgée de 3 ans, fut apportée à l’hôpital des Enfans , le 11 juillet 1824 4 dans l’état suivant:

Collapsus ; respiration embarrassée , irrégulière ; lèvres couvertes d’écume ; mâchoires fortement rapprochées ; tête renversée en arrière ; yeux tournés en haut ; pupilles dilatées , insensibles ; cornées obscurcies , recouvertes d’un enduit muqueux ; pouls petit (i3o) ; peau chaude. Sa mère nous apprit qu’elle était malade depuis quinze jours ; qu’elle avait eu des vomissemens bilieux répétés , et s’était beaucoup plainte de la tête ; qu’un médecin appelé avait fait administrer un vomitif qui avait produit peu d’effet ; qu’enfin elle était constipée depuis plusieurs jours et sans connaissance depuis quatre seulement. Regardant la mort comme inévitable et très-prochaine , je me con-

tentai de faire appliquer des sinapismes très-* chauds sur les extrémités inferieures ; aucune boisson ne put être administrée à cause de Timon l’on était de la faire avaler.

Le 12, même état à peu de chose près; les muscles droits de la face paraissent plus rétractés ; T enfant pousse des cris plaintifs lorsqu’on cherche à écarter les paupières ; la tête est fortement renversée en arrière et inclinée à droite ; respiration bruyante ; bientôt râle trachéal, et mort à sept heures , vingt - huit heures après l’entrée , au seizième jour de la maladie,

Examen dtj cadavre quarante heures après ïa mort.

Cadavre bien conformé , sans embonpoint , ne présentant pas de trace de putréfaction,

Appareil sensitif interne. Arachnoïde fort sèche , luisante ; vaisseaux des membranes gorgés de sang , sur-tout à gauche ; là , le tissu sous-arachnoïdien est fortement injecté dans le fond des anfractuosités.

On ne peut enlever ces membranes sans détacher de petites plaques formées par la substance corticale , qui paraît ramollie ; la substance blanche paraît saine dans les deux hémisphères ; les ventricules latéraux contiennent deux à trois

possibilité

onces de sérosité légèrement trouble ; le sèptum* la voûte à trois piliers sont ramollis , diffluens,; ainsi que les parois postérieures dès ventricules ; ces parties sont traversées par des vaisseaux rouges assez nombreux , et les couches optiques sont dans l’état normal.

Le cerveau enlevé , on aperçoit à sa base une infiltration gélatineuse, séro-purulenire , du tissii sous-arachnoïdien , qui se trouve aux environs de f entrecroisement des nerfs optiques et dans toute retendue de la scissure de Sylvius gauche. Dans tous ces points les membranes sont épaissies et très -consistantes ; la même altération s’observe vers le hiatus de Bichat. Autres parties de l’encéphale saines,

Appareil respiratoire. Adhérences intimes et anciennes des plèvres gauches ; injection de la muqueuse bronchique ; lobe supérieur du poumon gauche, farci de gros tubercules et de cavernes , hépatisé en arrière ; poumon droit sain.

Appareil digestif. Œsophage sain jusqu’à trois pouces du cardia ; là , on observe un ramollissement de toutes ses membranes dans une étendue de deux pouces environ ; elles sont changées en une matière gélatiniforme , rosée, présent tant l’apparence de la colle demi-liquide.

Une altération semblable se remarque vers la

grande courbure de l’estomac ; on reconnaît facilement que l’altération a commencé par la face interne, car elle y est beaucoup plus étendue qu’à l’ extérieur ; à peine reste-t-il çà et là quelques traces du corps muqueux , dans toute la moitié gauche de l’estomac , tandis que la séreuse est changée en gélatine dans l’étendue d’un pouce carré seulement; on aperçoit, dans l’épaisseur de cette substance gélatiniforme , des vaisseaux contenant de petits globules noirs qui paraissent formés par du sang altéré ; les intestins grêles présentent çà et là quelques plaques de Rrunncr boursoufflées et de l’injection.

Ganglions mésentériques , avoisinant la valvule 9 tuméfiés et rouges ; autres organes sains,

Réflexions. Si l’on pèse bien la valeur des symptômes que présenta d’abord H. Léman , on sera forcé d’admettre que l’inflammation gastrointestinale a préexisté à celle de l’encéphale et de ses dépendances ; préexistence au reste que viennent pleinement confirmer les recherches d’anatomie pathologique. Ainsi, l’ouverture du cadavre nous fait voir un ramollissement gélatiniforme considérable de l’œsophage, qui n’est qu’une extension d’une altération semblable de l’estomac ; car ce premier organe s’altère si rarement , que lorsqu’il présente des lésions

organiques , on est sûr d’en rencontrer de pa* reiiles dans le second.

Il serait peut-être inutile d’observer que } pour arriver au point d’effectuer le ramollis* cernent gélatiniforme, l’inflammation parcourt successivement divers degrés , et se présente sous plusieurs formes dont la dernière est ce même ramollissement qui est presque toujours le prélude des perforations qu’on appelle spontanées. Si les symptômes propres au ramollissement gélatiniforme restèrent inaperçus , c’est que la méningite et l’encéphalite , au développement ou aux progrès desquelles dut beaucoup contribuer l’émétique donné en ville , avaient fait des progrès tels , qu’elles voilèrent entièrement ceux: de cette altération abdominale , qui d’ailleurs , • nous devons le noter, ne se manifestent pas toujours d’une manière assez sensible pour pouvoir, être appréciés. Si, comme l’ont irrévocablement prouvé les recherches d’anatomie pathologique le ramollissement gélatiniforme n’est que le résultat d’une inflammation chronique , il devient dès-lors impossible de concevoir qu’il eût pu exister dans le cas qui nous occupe ; attendu que l’affection cérébrale , qu’on chercherait vainement , d’après cela , à considérer comme primitive , n’a duré que seize jours.

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