PREMIÈRE PARTIE
Recherches sur l’évolution des vacuoles et la formation des tannins dans les méristèmes
des Gymnospermes,
INDIGATIONS HISTORIQUES.
Lorsque nous avons entrepris l'étude du système vacuolaire chez les Gymnospermes, on ne connaissait rien de son évolution dans les divers organes de ces plantes : on ignorait même si le vacuome présentait dans ce groupe des caractères semblables à ceux qui venaient d’être signalés chez les Algues, les Champignons et aussi chez quelques Phanérogames Angiospermes.
Tout d’abord, il nous fut facile de constater que les jeunes feuilles des bourgeons de Conifères (If, Cèdre, Melèze, Abies etc.) se prêtaient très bien à l’emploi des colorations vitales. Mais une question se posa tout de suite : pourquoi les vacuoles se montraient-elles avec un colorant comme le bleu de crésyl, tantôt colorées en bleu, tantôt, mais plus rarement, colorées en violet, c’est-à-dire métachromatiques ? Le problème n’avait pas encore été abordé : le résoudre avait un certain intérêt, car, à cette époque, une controverse s'était engagée entre M. Guillermond et M. P. A. Dangeard sur la question de la métachromatine. M. Guillermond soutenait que la substance vacuolaire des Phanérogames n'avait aucun des caractères de la méltachromatine et qu'elle ne se colorait même pas métachromati-
quement.
Les colorations vitales provenaient, selon lui, de la fixation
Pr rre
du colorant par des composés phénoliques fréquents dans la cellule végétale.
Nos observations apportèrent la réfulation de ces critiques. en montrant que le phénomène de la mélachromusie des vacuoles n’était pas un fait accidentel, mais qu'il se produisait régulièrement dans certaines cellules. Nous eûmes bientôt l'occasion de reconnaître que la coloration mélachromatique n'avait lieu que dans les éléments les plus jeunes et les moins différenciés du méristème des feuilles, cest-à-dire dans les cellules embryonnaires. En outre, la comparaison que nous avons faite de l'action d’un autre colorant, le rouge neutre, a montré que ces cellules embryonnaires se teignaient en rouge orangé, ce qui indiquait une réaction légèrement alcaline, ‘tandis que les vacuoles à tannin qui en dérivent, prenaient une teinte rose violacée accusant une acidité marquée. Ainsi, les cellules les plus jeunes des méristèmes, celles qui se colorent métachromatiquement en coloration vitale, doivent cette métachromasie à leur alcalinité.
Cette découverte de l’état plus ou moins alcalin ou tout au moins neutre du milieu vacuolaire dans les cellules de méristème, chez les Gymnospermes, a été pour nous, dans la suite de ces recherches, un guide constant: nous avons vérifié que c’est une loi presque générale.
A côté de ce problème concernant la réaction du suc vacuolaire, il s'en présente un autre, qui est en étroite relation avec lui, c’est celui du mode de formation des tannins.
C’est pourquoi cette étude peut encore être considérée comme celle de la naissance et de la formation d’un épiderme sécréteur à tannin, et elle est ainsi une contribution à la connaissance du mode de formation de ces composés. |
Les tannins, on le sait, sont des corps extrêmement répandus chez les végétaux. Ils donnent lieu à une exploitation industrielle dans les écorces de beaucoup d'arbres non seulement indigènes (Chêne, Châtaignier) mais aussi exoliques (Rhizophora, elc..….). Ils sont fréquents chez les Conifères 2
Nr tous les arbres éludiés par nous en renferment dans leurs feuilles ; les épidermes sont très souvent entièrement sécréteurs et cest principalement dans ce tissu que nous avons recherché de quelle manière apparaît le tannin,
Un travail de ce genre sur les lannins n’a été abordé que d'une manière {rès incomplète, et les principales indications à ce sujet se trouvent dans des travaux déjà anciens (Klerker 1888, Gardiner 1883).
Le tannin des Conifères a été étudié au point de vue chimique, par Braemer: mais sa localisation cytologique n’a Jamais fait l'objet d'aucun travail récent à ma connaissance. On n'a pas noté non plus le mode d'apparition d'un tannin dans un point de végétation, avec le lieu de son apparition et les caractères de sa formation rapide ou progressive.
On sait, d'autre part, que ces corps ont élé signalés comme dérivant des mitochondries, par M. Guillermond, M. Moreau, et dernièrement par M. Politis : les recherches de M. P. A. Dangeard ont réfuté cette opinion et nous avons vérifié l'exactitude de ses vues, en ce qui concerne les Gyÿmnospermes.
Il est nécessaire de donner maintenant quelques renseignements sur la technique des colorations vitales qui a servi pour ces recherches, puis nous décrirons l'évolution des vacuoles dans l’'If, premier exemple sur lequel ont porté les observations chez les Conifères ; l’évolution des vacuoles sera décrite
ensuite dans les autres types.