TECHNIQUE DES COLORATIONS VITALES
On considère ordinairement que l'observation de la cellule vivante n’est possible que dans des cas assez limités. Lorsqu'il s'agit en outre d'observer des cellules colorées vitalement, il est bien évident qu'on se heurte à des difficultés plus grandes encore que celles qui résulteraient d’un simple examen direct, car l’action du colorant n'est pas immédiate ; elle doit souvent
être prolongée, ce qui risque fort de désorganiser el finalement de tuer les éléments que l'on désire observer.
C'est pourquoi le choix des objets pour l'examen en coloration vitale a été longtemps assez restreint.
Pfefter a utilisé à cet effet des plantes assez variées, dont ila observé surtout les épidermes, à cause de leur situation superficielle ; les épidermes des jeunes racines se prêtent très bien à ces expériences et il n’a tenté que plus rarement de colorer vitalement les. jeunes organes aériens.
M. P. À. Dangeard a beaucoup élargi le mode d'emploi des colorants vitaux, en montrant qu’on peut colorer des organes aériens (jeunes feuilles, jeunes pétales, etc...) lorsque ceux-ci sont encore très jeunes et que l’épiderme est encore perméable, ou bien en utilisant la pénétration du colorant qui se fait peu à peu par les surfaces de section des petits objets placés dans le bain colorant. Il a fait ainsi des colorations chez les Geranium et Pelargonium, les Asparaqus, etc... Tous les jeunes organes étudiés par lui s'étant montrés colorables vitalement, il a conclu à la généralité du phénomène chez les Phanérogames. En outre, M. Dangeard colorait vitalement les levures, les filaments et les spores de champignons variés et de nombreuses algues (Chlorophycées, Phacophycées, Chlamydomonadinées).
Lorsque nous avons fait nos premiers essais de coloration vitale, nous avons employé la même technique, qui avait réussi à M. P. A. Dangeard : elle consiste en une immersion de durée variable des objets vivants, dans une solution plus ou moins concentrée du colorant vital.
Une des difficultés réside dans l'appréciation de la concentration optima, car on ne peut donner une règle absolue en celle matière qui dépend beaucoup des exemples sur lesquels on opère, et aussi du colorant vital employé. Ainsi, le rouge neutre élant peu toxique, peut servir avec une concentration assez forte sans inconvénients (1/5000). Le bleu de méthylène et le vert Janus seront au contraire employés très dilués (1/100.000).
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D'autre part, il arrive fréquemment que les solutions de rouge neutre préparées d'avance se précipitent d'elles-mêmes, ce qui les met hors d'usage, et il est pratiquement commode de fabriquer sa solution au moment de s'en servir, en jetant un peu de poudre colorante dans une petite quantité d'eau. En opérant de cette façoà, il faut apprécier au jugé la concentralion optima Celle qui réussit dans le plus grand nombre de cas, correspond à une solution de bleu de crésyl ou de rouge neutre Yariant entre 1/1000 et 1/10.000.
Les solutions faibles, au 1/100.000 et même au 1/1.000.000, ont été préconisées par Pfeffer. Ceci ne convient que pour des colorants à grand pouvoir tinctorial comme le bleu de méthylène ‘qui possède encore, dilué au 1/100.000, une coloralion très appréciable (une goutte de solution placée sur lamelle a une teinte bleue très nette) ; au contraire, une solution de bleu de crésyl à la même concentration est à peine teintée (une goutte sur lamelle parait incolore. Il en est de même pour le rouge neutre. Ces deux colorants n’ont d’ailleurs pas été employés par Pfeffer.
Pour les teintures vitales, les matières colorantes qui peuvent être utilisées sont nombreuses ; nous en donnons plus loin la liste, avec les caractères de leur coloration dans un chapitre spécial ; les deux principaux sont Îe rouge neutre et le bleu de crésyl. Lorsqu'on a en vue seulement de mettre en évidence les vacuoles, il est préférable de se servir d’un ou deux colorants reconnus comme étant les meilleurs ; employés dans ce but, le bleu de crésyl et Ie rouge neutre donnent toute satisfaction et nous leur avons donné la préférence sur tous les autres. |
Lorsque nous avons étudié de jeunes feuilles, il nous a paru qu'il était à peu près inutile de réaliser un milieu isotonique parfait pour observer les cellules vivantes. En effet, les jeunes feuilles entières ou les fragments de feuilles peuvent être examinés dans l’eau ordinaire sans aucun inconvénient ; dans ces conditions, tant que les membranes ne sont, pas
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lésées, la cellule est protégée et peut réster vivante pendant des heures sans aucune altération, ne laissant filtrer l’eau et les colorants qu'avec une extrême lenteur. La plupart du temps même, la pénétration du colorant n'a pas lieu à travers les épidermes intacts et se produit Seulement par la région coupée de l'organe ; si l'on veut alors colorer vitalement certains éléments particuliérs, il faut faire une incision appropriée dans les tissus et amener ainsi les cellules dont on veut obtenir la coloration, assezprès d’une surface de section. Par cette région; l'éau et le colorant pénétreront suffisamment pour amener au bout de quelque temps, la coloration des éléments que l’on à en vue
‘Un exemple illustrera celte manière de faire. Chez le Rosier; il'existe dans les jeunes folioles, des cellules situées principalement à l'extrémité des dents, dont le contenu cytoplasmique ést très épais et le vacuome invisible ; il est très intéressant, par conséquent, d’en obtenir la coloration vitale. Or, si l’on place une foliole dans une solution d’un colorant vital, celui-ci ne passe qu’au niveau de la surface de section ét ne réussit jamais à pénétrer au travers des membranes intactes. Il'‘en résulte l'impossibilité à peu près complète d'obtenir par ce moyen la coloration vitale des dents qui sont trop éloignées d'une surface coupée, car si l'on prolonge le séjour dans le bain colorant, il se produit bien à la longue une entrée du colorant, mais elle coïncide avec la mort ou l’altération de la cellule.
Au contraire, si l’on fait une section passant très près de la base: des dents, il sera facile de produire la coloration des cellules embryonnaires qui se trouvent à l'extrémité ou à la base de certaines dents.
Ces indications peuvent paraître superflues ; cependant, ce sont parfois des artifices de ce genre qui permettent de réussir là où d’autres ont échoué.
Le temps nécessaire pour obtenir une coloration vitale est très variable : il dépend principalement de la pérméabilité des
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objets étudiés et de la nature du colorant employé. Il faut parfois plusieurs heures pour obtenir un résultat important et avec certaines teintures spéciales (vert Janus) un contact de vingt-quatre heures avec le colorant peut être nécessaire.
La méthode des colorations vitales qui vient d'être exposée
soulève certaines objections qu'il faut examiner.