INDICATIONS HISTORIQUES
L'évolution du vacuome dans les méristèmés des Gymnospermes conduit à des résultats généraux qui sont les suivants : le système des vacuoles qui se développe au moment de la croissance et de la différenciation des tissus, provient dans tous les cas d’un système préexistant d'éléments vacuolaires. Ceux-ci se présentent dans les cellules les plus jeunes, soit sous forme de petites vacuoles arrondies à contenu épais ou fluide, soit sous forme de masses irrégulières ‘de consistance épaisse, soit encore comme des réseaux très variables d’aspects et par: fois très fins dont la nature visqueuse apparaît certaine.
Ces états du vacuome paraissent conditionnés, en partie par la vie ralentie des méristèmes durant la saison hivernale, mais surtout par des caractères spéciaux aux méristèmes comme l'abondance du cytoplasme et la faible teneur en eau ; il n'est pas douteux également que la nature de la substance vacuolaire puisse entrer en ligne de compte à un moindre degré. D'autres tissus sont bien connus pour présenter des conditions analogues : ce sont les graines, où les cellules se trouvent dans des conditions de vie ralentie, et de faible
teneur en eau. Nous nous sommes proposé de rechercher sous quel état se présentait le vacuome dans les graines et de déter- ?
miner son évolution pendant la maturation et pendant la germination.
Déjà. avant de commencer nos recherches, on pouvait présumer que l'état du vacuome dans.la graine était représenté
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par les grains d’aleurone décrits dans des cas très nombreux.
Ces grains étaient en effet dépuis les travaux de Pfeffer. de Wakker, de Werminki, considérés comme dérivant de vacuoles pendant la maturation ct comme se transformant de nouveau en vacuoles à la germination. Aussi plusieurs auteurs les envisageaient-ils comme des hydroleucites albuminifères desséchés (Van Tieghem), ou des vacuoles riches en albumines et concrétées par suite du dessèchement.
Mais cependant beaucoup d'obscurité subsistait en ce qui concerne ces corps et leur véritable nature : on n’admettait pas en effet la même origine pour les grains d’aleurone du Ricin formés dans des vacuoles et ceux des Légumineuses formés dans le protoplasme (1). D'autre part, les grains d'aleurone dont l’origine est vacuolaire, proviennent-ils d’une précipitation dans une grande vacuole, ou sont-ils le résultat de la concrélion de vacuoles préalablement isolées : au moment où nous avons abordé ce sujet, ces questions étaient ignorées. De même, si la transformation des grains d’aleurone en vacuoles à la germination était généralement adoptée, il ne s'ensuivait pas forcément qu'elles étaient l’origine du système vacuolaire de la plantule. Rien n'empêchait de supposer que d'autres vacuoles prenaient naissance à ce moment en des points quelconques du protoplasme : c'était même là une opinion courante, car la possibilité d’une néoformation des vacuoles était admise sans conteste.
Une citation empruntée à un fascicule récemment paru d'un Traité classique, va nous montrer d'ailleurs quelles sont les idées actuelles au sujet de l'aleurone : les transformations de l’aleurone au cours de la germination sont en effet décrites de la façon suivante : « À ce moment, à mesure que l'eau pénètredans toutesies cellules de la graine, les grains d'aleurone se gonflent; puis on constate que le ou les globoïdes augmentent de volume et se morcèlent ; les fragments de ces
{1} Rendle. On the development of {he aleurone grains in the Lupin, (Ann. Botan. 1883).
derniers se répartissent autour du cristalloïde qui se gonfle également, se divise, puis se dissout, sa substance se mélant à la masse fondamentale du grain. Le grain d'’aleurone tout entier perd ensuite son individualité et se mêle au proloplasma ; seuls persistent encore, à ce-moment, des fragments de globoïdes qui finissent eux-mêmes par disparaître. » (G. Bonnier et Leclerc du Sablon, Trailé de Bolunique, fascic. VL,:p. 2007). On voit par la lecture de ce passage quelle étrange conception s était établie au sujet des grains d’aleurone : autant dire que l’on ignorait complètement leur véritable nature.
Ainsi, au moment d'entreprendre ces recherches sur l’aleurone, celte question se présentait à nous sous un aspéct des plus confus. Aucune unité de vue n'avait pu s'imposer au sujet de la véritable signification de l'aleurone; le problème de sa formation dans les graines, de même que celui de son utilisation par la plante germée demeurait encore en partie mystérieux et, de l'avis général, la solution en était très difficile à obtenir.
Les recherches cytologiques de M. Guilliermond et Beauverie, (1908) n'avaient pas apporté de clartés nouvelles en ce qui concerne la nature de l’aleurone. Il était nécessaire en effet, que la notion du vacuome soit introduite et que l'observation vitale pût montrer tous les termes de passage entre l’aleurone et les vacuoles normales. |
Les observations que nous avons réalisées au moyen de colorations vitales, nous ont permis d’arriver sur tous ces points à des certitudes, qui permettent maintenant de rattacher l’aleurone d'une manière très satisfaisante pour l'esprit, aux phénomènes d'évolution générale du vacuome.
Nous avons fait nos premières observations sur l'aleurone des Gymnospermes, en prenant pour type le Pin maritime, à cause de ses graines relativement grosses et de sa facilité de germination. Les recherches suivantes ont porté sur l’aleurone du Ricin et l’aleurone des Graminées. Leur étude constituera autant de chapitres séparés.