ART. 1. — ALBUMEN
L'albumen dans les graines étudiées (Blé, Orge, Avoine, Maïs) est toujours formé d’une partie interne dont les cellules sont mortes et ne se colorent pas : cette zone centrale de l’albumen, qui est de beaucoup la plus considérable, est formée de grandes cellules remplies de grains d’amidon extrêmement abondants. Entre ces grains, il y a sans doute un peu de substance albuminoïde, mais celle-ci ne se trouve pas à l’état de grains d’aleurone : le vacuome qui a dû exister avant la maturation est donc devenu complètement indistinct.
La coucheexterne de l’albumen diffère profondément des précédentes. Elle constitue l’assise protéique qui peut être simple ou bien double et même triple (Orge). Cette assise se sépare assez facilement du reste de l’albumen après quelques jours de germination, et elle donne lieu à des colorations vitales remarquables lorsqu'on en place un fragment dans une solution de rouge neutre dilué. Elle est formée de grosses cellules polyédriques à membranes épaisses, qui renferment de très nombreux grains d’aleurone arrondis ou ovales, lesquels fixent le colorant d’une manière intense et lui communiquent une teinte métachromatique.
Dans le cas de l’Orge, il faut trois jours de germination à 22°, pour qu'on puisse facilement séparer l’assise protéique
du reste de l’albumen (1). Gette opération se fait en découpant ‘au moyen d’un scalpel, une petite portion des téguments, de telle sorte que la couche protéique qui y est adhérente se trouve isolée des cellules amylacées. On place ce fragment de tissu dans une solution de rouge neutre ; l’assise protéique absorbe avidement ce colorant par sa face interne, tandis que du côté externe, elle est protégée par l’imperméabilité du tégument séminal. Lorsque la coloration est achevée, on observe la face interne de la couche protéique qui apparaît comme un carrelage régulier de cellules colorées vitalement. Au contact, se trouvent des grains d’amidon de tailles diverses qui sont déjà isolés, mais ne paraissent pas encore sensiblement altérés : quand ils sont trop nombreux, ils gênent l'observation, et l’on doit s’en débarrasser en raclant doucement la face interne de l’assise protéique.
Si, au lieu de germinations d'Orge, on applique le même traitement à de jeunes plants de Blé ou d’Avoine ayant 48 h. ou 24 h. de germination, on obtient des résultats absolument comparables. Avec le Maïs, ii est nécessaire d'attendre cinq ou six jours avant que l’état des tissus permette leur dissociation facile.
Nous avons essayé de nous rendre compte de l’état de l’assise protéique après quelques heures seulement de germination. Chez le Maïs, on arrive à isoier l’assise et à la mettre en contact avec le bain colorant, mais les cellules ne se colorent en aucune façon, ce qui tient sans doute à une certaine imperméabilité des membranes au début de la germination.
Les caractères de l’aleurone dans l’assise protéique sont un peu différents dans les quatre types étudiés. L'Orge, le Blé, l’Avoine, ont des grains d’aleurone qui renferment des inclusions : celles-ci sont des globoïdes arrondis, réfringents qui demeurent incolores après teinture vitale. Dans le Bié, on en trouve un, deux, ou trois par corpuscule d’aleurone ; plus
(1) Nous avons observé l’assise protéique au bout de 48 heures, mais l’examen offre une plus grande difficulté. Les caractères des cellules sont les mêmes.
rarement quatre ou cinq. Dans l’Orge, un seul globoïde est
Le Maïs a des grains d’aleurone qui se colorent en
fréquent.
enfermer aucune inclusion (fig. 12,
totalité et ne paraissent r LEON D PAUL)
C’est la substance fondamentale protéique du grain d’aleurone qui fixe énergiquement le colorant vital. En général, la teinte prise est homogène ; cependant, chez l’Orge, il se produit dans la vacuole aleurique un ou plusieurs globules protéiques de précipitation colorés en rouge foncé, alors que le reste de la vacuole garde une teinte rosée.
Ces précipitations ne se voient pas sur les très jeunes germinations, et elles n'apparaissent que lorsque le suc vacuolaire s’est un peu dilué. Il en est de même pour le Blé, et lorsque des globules se précipitent dans la cavité aleurique, celle-ci se décolore presque complètement.
La teinte prise en coloration vitale indique en général l’alcalinité (Blé, Orge, Avoine), mais dans le cas du Maïs, la teinte du rouge neutre est rose et indique plutôt un état neutre ou acide.
En dehors des grains d’aleurone, le cytoplasme paraît renfermer en abondance de petites granulations, peut-être de nature graisseuse. En tous cas, il n’y a aucune trace d’amidon.
Pendant toute la durée de la période germinative, l’assise protéique reste vivante et l’on peut constater au moyen de colorations vitales que son état et celui des grains d’aleurone qu'elle renferme varie peu.
À la fin de cette période, la désorganisation survient très rapidement, mais auparavant les grains d’aleurone se réunissent (Orge) en un petit nombre ou même une seule vacuole qui continue à se colorer vitalement, dans une cellule en voie d’altération et dont le cytoplasme commence à se détacher de la membrane. Le suc vacuolaire prend alors une teinte rose. Il n'y à donc jamais formation de réseau vacuolaire dans l’assise protéique au cours de la germination (fig. 24 pl. VII).