ART. 2. — PLANTULES
L'embryon de la graine renferme de petits grains d’aleurone dans tous ses tissus, mais ceux-ci sont très petits. Au bout de quelques heures de germination, on peut les colorer vitalement, soit dans les jeunes radicules, soit dans les jeunes feuilles de la gemmule, soit dans le scutellum ou cotylédon absorbant.
Radicules. — L'évolution des grains d’aleurone en vacuoles est aisée à suivre dans les jeunes racines. Si l’on observe des radicules très petites qui se sont gonflées seulement dans l’eau, on ne trouve encore, dans leur épiderme (1), que de très petits grains d'aleurone, et il n'existe pas encore de véritables vacuoles. Ces petits grains très nombreux se colorent vitalement en rouge dans les cellules de la coiffe et dans l’épiderme, ce qui indique une réaction neutre ou légèrement acide.
Dans une plantule d'Orge de vingt-quatre heures par exemple, on peut suivre sur une radicule toute la marche de l’évolution des grains d’aleurone en vacuoles. La base de la racine a de grandes vacuoles et les cellules les plus proches de la coiffe renferment de petits granules aleuriques : le passage se fait par des formes de gonflement et d’anastomose. Ces formes en réseau sont surtout remarquables dans le cas du Blé et les filaments vacuolaires très fins, parfois renflés à une extrémité rappellent à s'y méprendre, l'aspect « mitochondrie » (fig. 4, HO DL IL). j
Comme dans les cas nombreux déjà vus, ces formes sont en relation avec un métabolisme intense. On peut remarquer qu'elles indiquent une remise en mouvement du cytoplasme très accentuée, qui précède l’hydratation du vacuome. Ce dernier restant visqueux est entraîné par les mouvements et s'étire en filaments et réseaux variés. Plus tard, il s’hydrate très vite et les mouvements du cytoplasme n’ont plus d’in-
fluence sur lui.
(1) L’épiderme dont il s’agit, est en réalité l’assise la plus externe de l'écorce.
Feuilles. — Dans les jeunes feuilles de la gemmule, les petits grains d’aleurone se colorent de bonne heure, dans des graines qui ont seulement quelques heures de germination (fig. 6 et 7, pl. VI). Ce sont de petits grains arrondis, nombreux dans chaque cellule, et qui accusent une réaction basique au rouge neutre. Sur les germinations plus âgées, ces grains d’aleurone se montrent gonflés et il en résulte que par rapprochement, ils se fusionnent peu à peu entre eux et se transforment en un petit nombre de vacuoles plus grandes, puis enfin en une vacuole unique. Il n’y a donc pas en général, formation de réseaux vacuolaires du genre de ceux qu'on observe dans l’épiderme des racines. Le stade réseau est sauté. Cependant dans l'Orge (fig. 8, pl. VIID), nous avons pu observer sur des plantules ayant quarante-huit heures de germination, des réseaux vacuolaires très fins, colorés par le rouge neutre en une belle teinte rouge brique et dans le Blé de trois jours, des réseaux formés de filaments allongés, disposés autour du noyau et alignés suivant le grand axe de la cellule (fig. 12, CAPIDE
Voici exposées avec plus de détails quelques-unes des observations vitales que nous avons faites :
À. — Kvolution de l’aleurone chez le blé (radicules et feuilles).
Des grains de Blé sont placés trois heures à la température de 22°, sur du buvard humide : on isole ensuite une des radicules en la sectionnant à sa base, et on la place dans une solution de rouge neutre. Au Bout de quelque temps (4 heure environ), l’épiderme est coloré et on peut l’examiner facilement au microscope (fig. 2, pl. VII). Les cellules ont un cytoplasme très épais au milieu duquei le noyäu arrondi se détache en clair. Le rouge neutre est fixé par un très grand nombre de petits grains qui ont pris une couleur rose vif. Leur nombre dépasse certainement la centaine et ils ne montrent aucun déplacement sensible pendant les quelques mi-
nutes que dure l'observation (fig. 3, pl. VID. Deux ou trois gros globules réfringents dont la nature est inconnue, se montrent également dans les ceilules.
Au bout du même temps de germination, les très jeunes feuilles de la gemmule montrent un épiderme colorable vitalement. Leurs cellules renferment de très petits éléments qui prennent une couleur rouge orangé (ils sont par conséquent moins acides que les grains d’aleurone des racines de même âge). Leur forme n'est pas toujours bien facile à apprécier par suite de leur taille très réduite, mais les éléments un peu anguleux paraissent dominer. En dehors du vacuome formé de ces petits grains d'aleurone colorés, il semble que le cytoplasme et le noyau soient constitués par une très fine émulsion (fig. 10, pl. VID.
Lorsque les jeunes germinations de Blé ont vingt-quatre heures, il*y a peu de différence à noter dans l'aspect du vacuome. Dans les radicules, les grains d’aleurone très réfringents sont visibles sans aucun artifice ; après coloration vitale. ils ont une teinte rose vif, un peu violette. Ils sont quelquefois assez gros et gonflés, et comme ils sont sensiblement moins nombreux que dans les stades précédents, il y a eu certainement des fusions de grains d’aleurone ensemble. En tous cas, sur ces très jeunes plantules, il n'y a encore aucune vacuole ‘assez grande, digne de ce nom, dans tout l’épiderme de la radicule. Les cellules de la coiffe ne contiennent aussi, à cette époque, qu'un grand nombre de petits grains d'’aleurone isolés, colorés en rose presque violacé.
Dans les jeunes feuiiles, on trouve des grains d’aleurone plus gros que ceux qui existaient auparavant dans la graine ; certains d’entre eux même, situés dans les cellules du sommet de la feuille sont assez volumineux, et paraissent contenir un suc assez fluide, pour être considérés comme de petites vacuoles. Ceux qui sont situés dans les éléments de la base des feuilles sont noyés dans un cytoplasme épais et très granuleux ; ils peuvent être assez déformés, pour prendre parfois
l'apparence de courts filaments arqués, mais oh n'observe aucun réseau produit par la réunion de plusieurs grains entre eux.
Nous avons examiné un assez grand nombre de ces jeunes feuilles, ce qui était nécessaire, étant donné que la gemmule est déjà formée de feuilles de tailles très différentes les unes des autres ; l’épiderme se montre toujours très perméable et la coloration vitale se fait vite et bien. Dans aucun cas, nous n'avons pu constater de réseaux vacuolaires ou de grandes
vacuoles, même au sommet des feuilles.
Jeunes plants de Blé de 48 heures à 22°. — Les changements survenus pendant la deuxième période de vingt-quatre heures sont considérables. La racine principale peut atteindre un centimètre de longueur, et les autres radicules se sont beaucoup accrues, elles aussi. Les cellules les plus éloignées de la pointe de la racine sont les éléments les plus âgés ; leur vacuome provient au cours des divisions successives de celui des cellules de la graine ; il est à l’état de grandes vacuoles normales se colorant en rose par le rouge neutre. Ces vacuoles résultent du gonflement et de la fusion entre elles des vacuoles aleuriques déjà indiquées sur les plantules de vingt-quatre heures’ (19 05e 10 bla ID
À la pointe de la racine, les cellules sont beaucoup plus petites, peu allongées ; leur vacuome provient également sans aucun doute, de celui des cellules de la graine, mais il s’est conservé dans ce mérisitème terminal, dans un état réduit de granules et de filaments, analogue à celui qui existait dans la graine. Les initiales qui forment ce méristème sont disposées en trois groupes dont l’un produit la coiffe, l’autre l’épiderme et l’écorce, le troisième le cylindre central.
On constate dans les éléments découpés par ces initiales, une évolution du vacuome d'autant plus accentuée, que les cellules sont plus éloignées du centre de croissance et sont
Le
par conséquent plus âgées.
Les cellules de la coiffe sont produites en grand nombre, et les plus âgées se détachent constamment à la périphérie. Les plus jeunes ont encore de nombreuses petites vacuoles rondes isolées, mais plus tard ces vacuoles se présentent à l’état d’anastomoses, puis elles confluent finalement en une seule grosse vacuole qui refoule le noyau sur le côté. C’est à cet état que les cellules s’exfolient naturellement (fig. 14, PEER): |
L'épiderme est d’abord constitué par de petites cellules courtes, dont le vacuome est formé de grains séparés. Pour obtenir la coloration vitale et faire l’observation de ces très jeunes cellules d’épiderme, il faut avoir soin d'enlever, en frottant l'extrémité de la racine entre les doigts, les cellules de la coiffe qui sont peu adhérentes. Il reste alors une zone assez courte, conique, occupée par les cellules de coiffe qui sont trop intimement soudées entre elles pour être détachées par ce procédé, et on dégage ainsi une petite étendue &’épiderme jeune qui serait autrement recouvert par une partie des tissus de la coiffe. Les cellules les plus jeunes de l’épiderme ainsi dévoilé ne sont pas séparées des initiales dont elles proviennent de plus de quatre ou cinq épaisseurs de cellules. Leur état vacuolaire est donc, à peu de choses près, celui des initiales elles-mêmes (1).
Leur vacuome est à l’état de petits granulés irréguliers ou de petis filaments qui se colorent en rose vif (fig. 3, pl. VIT. Un peu plus loin de la coiffe, mais toujours dans la zone avoisinante, des formes de filaments très longuement étirés deviennent fréquentes, ainsi que des réseaux d’une délicatesse extrême, dont l’ensemble entoure le noyau comme d’une corbeille délicatement treillagée (fig. 4 et 5, pl. VID. Les filaments par leur taille et leur disposition, ont les plus grandes ressemblances avec des « mitochondries » (2), mais leur ori-
(1) On peut d’ailleurs par un autre procédé, celui des coupes, obtenir une coloration vitale des initiales elles-mêmes.
(2) D'autant plus que la substance qui les forme, très réfringente, est très visible sans aucun artifice de préparation. C’est un exemple de plus démontrant la réalité des faits observés en coloration vitale,
gine, de même que leur destinée ultérieure, montre qu'il ne s’agit là que d’un phénomène de convergence. Très rapidement, en effet, ces réseaux se gonflent, se fusionnent, se disloquent au gré des mouvements du cytoplasme, puis leur ensemble affecte bientôt l'apparence de deux grosses masses vacuolaires réunies autour du noyau central par des trabécules allongés et sinueux. Toute cette évolution se fait dans une région de quelques millimètres située au-dessus de la coiffe et plus haut, il n’y a plus que des cellules dont la grande vacuole unique se colore uniformément en rose et qui représentent l’état normal des cellules végétales adultes. En même temps que ces transformations de l’appareil vacuolaire se produisent, les plastes qui devaient être à l’état de petits granules dans les plus jeunes cellules, se muent en petits amyloplastes composés. Les microsomes, comme d'ordinaire, restent invariables pendant ce temps.
Dans les jeunes feuilles, les phénomènes se passent à peu près de la même façon que dans les radicules, mais l’évolution se présente d’une façon moins schématique. L'épiderme des jeunes feuilles absorbe très bien par toute sa surface très perméable, et le rouge neutre donne une teinte orangée au vacuome. À la base, se trouvent des corpuscules d'assez petite taille, généralement arrondis ; au sommet, les éléments vacuolaires sont plus fluides, plus larges et accolés les uns aux autres. Sur des germinations plus avancées, la substance vacuolaire encore ductile, forme fréquemment des masses mamelonnées, placées aux extrémités de la cellule et réunies dans la région nucléaire par des trabécules irréguliers. Il suffit ensuite de la rupture et de la disparition des trabécules puis de la liquéfaction du vacuome pour obtenir l’état adulte CES UE EE
B. — Evolution de l’aleurone chez l'orge.
Nous avons essayé les colorations vitales sur des graines
qui avaient été placées trois heures dans l’eau à la température de 22°. Comme dans le Blé, on peut obtenir dès ce moment la coloration des petits grains d’aleurone de l’épiderme ; il suffit pour cela d'isoler une des petites radicules, de la sectionner à sa base et de l’immerger dans une solution du colorant vital (rouge neutre de préférence). On constate que Îles petits grains d’aleurone qui sont au nombre de 50 à 100 par cellule, se colorent en rose vif ; leur forme est arrondie ou un peu anguleuse. Il n’y a encore ni vacuole ni réseau vacuolaire dans l’épiderme (fig. 3, pl. VII).
Dans l’Orge qui a germé pendant vingt-quatre heures, le vacuome se colore plus facilement et toujours en rouge. A la base de la radicule, il y a de grandes vacuoles et dans la région intermédiaire jusqu'à la coiffe, l’épiderme renferme des granulations ou des filaments vacuolaires à divers états, mais pas de réseaux.
Dans les jeunes feuilles, à cette époque, le vacuome est assez divers. Il y a des files de petites cellules renfermant de petites vacuoles rondes se colorant en orangé ; elles proviennent du simple gonflement des grains d’aleurone de l’embryon ; d’autres cellules situées à la base ou vers le milieu du limbe ont un vacuome finement réticulé, également alcalin. Enfin, les grandes cellules du sommet du limbe, ont de grandes vacuoles se colorant d’une façon homogène en rouge orangé ; plusieurs de ces grandes vacuoles ont tendance à devenir acides.
Dans les plantules qui ont germé 48 heures, on observe facilement après coloration vitale de l’épiderme des radicules, l’évolution vacuolaire à partir du méristème terminal. Les cellules les plus voisines de ce méristème, c’est-à-dire les plus proches de l'extrémité de la radicule, ont leur substance vacuolaire sous forme de petits filaments ou de granules. Il ne se produit pas de réseaux à proprement parler, et quand il y en à, ils n’ont pas la délicatesse de ceux que nous avons signalés dans le Blé, mais il y a souvent des figures filamenteuses variées. Le passage aux grandes vacuoles se fait par gonfle-
ment et réunion progressive des éléments du vacuome méris-
tématique (fig. 4 et à, pl. VII).