‹ Recherches et observations pathologiques sur le spinitis, ou inflammation de la moelle épinière, faites à l'Hôtel Dieu de MarseilleChapitre 12 sur 19 · I. OBSERVATION SUR UN TÉTANOS · texte numérisé non relu

I. OBSERVATION SUR UN TÉTANOS

Joseph Toy, âgé de 19 ans, d’une constitution forte, garçon cafetier , transporte, le jour de la St.-Michel, 29 septembre i8i8, tous les meubles du café où il était employé ; le soir, étant tout baigné de sueur , il s’expose à l’air froid, et éprouve peu à, près des frissons violens avec douleur et resserrement des mâchoires, contraction spasmodique des muscles masseters j sensation douloureuse à la base de la poitrine, répondant à l’appendice xyphoïde;

CPS symptômes apportent de la gêne dans la mastication; la déglutition devient difficile ; néanmoins , le lendemain , il se livre à se» occupations habituelles ; mais , le même jour, les muscles masseters > temporaux et tous ceux de la face se contractent par intervalles ; le Irismus est plus prononcé ; le malade éprouve un sentiment de roicleur dans la région cervicale ; malaise ; douleur à la base de la poitrine plus forte , s’étendant jusqu’à la partie postérieure du cou , et empêchant de prononcer aucune parole. Le même état continue jusqu au soir du 3 octobre, époque à laquelle il est obligé de garder le .lit ; les symptômes s’aggravent, ce qui détermine Toy à se faire transporter à rHôtel-Dieu le 4 octobre , et offre tes symptômes suivans r

Décubitns dorsal ; tête immobile et inclinée en arrière ; resserrement des mâchoires; muscles masseters contractés et arrondis ; rigidité permanente des muscles de la partie postérieure du cou ^ du dos et du bas-ventre ; insomnie opiniâtre, avec douleur à la partie inférieure du sternum ; anorexie; langue blanchâtre; point de selles depuis le 5.® jour ; respiration entrecoupée; pouls dur et fréquent; transpiration peu abondante.(Tisane pectorale, layement.]|

5 octobre , 6.® jour de la maladie. Tous les muscles superficiels font saillie. (Saignée du bras.)

6 octobre , 7.® jour. Effet peu marqué de la saignée. (Seconde

saignée.)

7 octobre, 8.® pur. Supination , roideur du tronc et prineîpalemeiit cia cou ; yeux injectés et larmoyans, trismus; tension du bas-ventre ; contraction subite et par intervalle des muscles du tronc suivie de vives douleurs an con, au dos et à la poitrine ; spasme très-violent, que le moindre mouvement détermine ; anorexie^ ifficulté extrême pour sortir la langue; les inlersections des muscles droits abdominaux sont très-marquées ; déglutition difficile; resserrement spasmodique du pharynx et de l'oesophage a 1 in roduct.ou d'un liquUe quelconque; respiration entrecoupée; pouls dur et fréquent ( 3 .' saignée ; lo grains poudre Dow« à prendre toute» les cteux heures, petit-lait stiblé) ; transpiration aboudanle aidee

par î a|)|.)lication d’une couverture de laine dont on enveloppe le corps; ami^lioration sensible dans les symptômes.

Soir du 7 octobre. Décubitus en supination; tête immobile; face grippée; rigidité des muscles; trismus moins marqué; sentiment de pression à la poitrine ; ventre tendu et douloureux; roideur du tronc et du cou ; insomnie; amertume de la bouche; soif; anorexie ; pouls moins dur; urines rares; sueurs abondantes. (Infusion de fleurs de sureau ; lo grains poudre de Dower avec lo grains teinture volatile de Gayac.)

8 octobre , 9-® jour. Mouvemens de la tête plus libres ; spasme moins marqué; immobilité des yeux; dilatation des ailes du nez; trismus moins fort; ventre légèrement tendu ; sommeil tranquille ; déglutilion moins difficile; pouls dur et fréquent; sueurs abondantes. (Même s remèdes.)

9 octobre , 10.® jour. Exacerbation pendant la nuit; décubitus en supination ; regard fixe ; spasme pendant lequel la tête et les talons sont les seules parties qui appuyent sur le lit; le tronc se relève de manière à former un demi-cercle à concavité correspondant au dos; déglutition plus facile ; bouche pâteuse ; langue jaune; constipation; bas-ventre douloureux; pouls souple et peu fréquent; transpiration abondante. (Mêmes remèdes , lavement émollient.)

Soir. Mêmes symptômes.

10 octobre^ \i.^ jour. Yeux fixes et saillans ; flexion et contraction des membres dans les mouvemens de spasme ; sommeil tranquille ; déglutition difficile ; constipation ; respiration entrecoupée; pouls dur et fréquent ; soubresauts des tendons ; chaleur à la peau ; transpiration peu abondante. (Mêmes remèdes, deux lav^emens.)

Soir du 10 octobre. Douleur plus forte au cou , au dos et à la base de la poitrine ; sentiment de pression sur la paroi thorachique ; vomissement et selles provoquées par la tisane stibiée ; pouls serré ; chaleur à la peau; urines et transpiration nulles.

11 octobre, 12.® jour Éruption miliaire sur toute l’habitude du corps ; alteration des traits de la physionomie ; douleur dans les régions du cou.et du dos; yeux immobiles, regard fixe; contraction

spasmodique des angles des lèvres ; roldenr générale ; langue jau- Dcltre, dure et contractée; déglutition difficile; selles milles ; gêne de la respiration ; pouls simple et peu fréquent.

Soir. Altération des traits de la face ; front sourcilleux ; rire sardonique; langue rouge et contractée-, pouls moins fréquent. (Mêmes remedes , potion camphrée. ) A cinq heures le malade éprouve des convulsions violentes; mort un quart d’heure après.

Autopsie.

Habitude extérieure. Bas-ventre tendu ; peau chagrinée et présentant l’empreinte de boutons qui en recouvraient toute la surface ; rigidité extrême des muscles du cou, de la poitrine et des gouttières vertébrales ; rougeur et infiltration sanguine du tissu cellulaire qui en réunit les fibres ; boursouffiement du tissu celluleux qui sépare les couches profondes et les faisceaux les plus internes des transversaires épineux.

Canal vertébral. Engorgement, infiltration sanguine, rougeur trèsmarquée du tissu cellulaire qui revêt le névrilème de la moelle; strie très-apparente sur le trajet des vaisseaux qui rampent à sa surface ; les traces de l’inflammation sont plus marquées vers la partie supérieure au niveau des cinq premières vertèbres cervicales ; elles sont moins prononcées à la fin de la région dorsale, et sont trèsévidentes vers la partie inférieure des lombes; membranes séreuses, plus enflammées encore que le névrilème : celui-ci est de couleur purpurine ; engorgement des vaisseaux capillaires; épanchement séreux ; formation de fausses membranes dans les intervalles des troncs nerveux qui composent la queue de cheval; les traces de la phlogose ne sont pas si apparentes à la terminaison des nerfs sacrés : là on n’aperçoit ni fausses membranes , ni liquide séreux logé dans leur

intervalle. , . ,

Poitrine et abdomen- Traces de phlogose a la face supérieure du diaphragme et à la portion correspondante au centre phrénique ; même

état du cœur en plusieurs points de sa surface exterieu- e. ■

II. OBSERVATION SUR UN TÉTANOS SURVENU APRÈS L’EXTIRPATION D’UN BOUTON CIIANCPÆÜX

Pierre Fournier , âgé âe 56 ans , fut admis à l’IMtel-Dieu de Marseille, pour être guéri d’uu ulcère de mauvaise nature, occupant la commissure droite de la lèvre inférieure, et qui en peu de temps fit assez de progrès pour envahir les parties envirônnantes , sans anticiper néanmoins sur la lèvre supérieure. On appliqua sans succès la pâte arsenicale : ce qui porta à avoir recours à l’instrument, les bords et la surface de 1 ulcère ayant été rafraîchis par l’excision des chairs baveuses qui s’en élevaient. On plaça cinq points de suture entortillée, qui parvinrent à mettre les bords saignans en contact-, leur rapprochement était si exact qu’on avait lieu d’espérer une réunion immédiate , sans difformité bien apparente , malgré les ravages que la maladie avait déjà faits ; mais Fournier , peu disposé par son humeur impatiente à observer ce qui lui avait été prescrit pour ne pas contrarier le travail de la cicatrisation , enleva, pendant la nuit , te bandage unissant que l’on avait été obligé d’appliquer pour soutenir les points de suture* Cette imprudence de sa part et les efforts qu’il fit pour se plaindre des douleurs qu’il endurait, commencèrent la déchirure des lèvres de la plaie , qu’un tiraillement exercé par lès aiguilles écarta, de manière à laisser presque toute la partie antérieure de l’arcade dentaire inférieure à découvert*

Aussitôt que l’inflammation considérable qui avait accompagné la première opération fut diminuée, on procéda de nouveau à la réunion des bords de la plaie par une seconde application de la suture entortillée-, le malade se montra plus docile, lorsque, lé deuxième jour , des douleurs vives se font sentir dans la région cervicale et sont accompagnées de contractions violentes et convulsives des. muscles masseters et temporaux ; et la fièvre , qui avait été modérée le premier jour augmenta et s’accompagna de paroxysmes ; le basventre devint dur ; le faisceau des muscles droits se dessinait à travers la peau ; la rigidité et la contraction des autres muscles s’exaspéraient par l’application de la main sur divers points de la

surface du corps, auxquels ils correspondent : cette application étant réiléïée , le spasme de\ient général, et dans cet état, le malade éprouve une sutFocalion imminente ; les douleurs se f:)fd sur-tout sentir vers la base de la poitrine. On prescrit deux saignées dans 1 espace de deux heures ; mais l’effet qu’elles amènent est momentané , et on a dès-lors recours à l’opium dont la dose est portée , dès le premier jour , k cinq grains ; le malade prend en outre une , potion dans laquelle entrent demi-grain de camphre et dix grains de musc. Le soulagement que ces remèdes occasionnent n’est pas de longue durée ; tous les muscles superficiels deviennent tour-à-tour le siège de la maladie ; la prédominance des fléchisseurs est sur-tout remarquable par la contraction et la dureté considérable du biceps brachial et des ischiatiques.

Les points de suture ne purent pas long-temps résister aux mouvemens convulsifs des muscles labiaux, et, dès le troisième jour, les aiguilles avaient abandonné les bords de la plaie ; la perte de substance que les deux opérations avaient nécessitée semblait augmenter encore par la crispation permanente des traits de la face; ce qui donnait au nialade un aspect aussi horrible que difficile à décrire.

L’emploi soutenu de l’opium et du musc sembla amener quelquè amélioration dans les symptômes ; mais la maladie , qui jusqu’alors avait paru se juger promptement par une terminaison funeste, sembla prendre une marche plus lente; presque tous les muscles qui avaient été affectés les premiers jours furent peu-à-peu moins contractés ; le malade put ouvrir la bouche et faire exécuter quelques mouvemens à la tête ; la constipation cessa à mesure que ceux des parois abdominales furent rétablis. Cependant les muscles dorsaux et ceux qui recouvrent les côtes de la poitrine n’avaient pas encore cédé ; la gêne de la respiration était toujours extrême ; enfin , le malade , affaibli par la perte continuelle et abondante de salive qui se faisait par la plaie, réduit au marasme autant par les douleurs excessives qu’il avait endurées, que par la difficulté qu’il éprouvait à avaler du bouillon, succomba le vingt-troisième jour après l’invasion du tétanos.

i;aotopsîe, faite trois heures après la mort, me présenta les résultats suivans : l’examen des cavités du crâne , de la poitrine et du bas-ventre, n’olFrait rien de remarquable. Le canal rachidien ayant été ouvert, je trouvai un épanchement séreux et blanchâtre entre la moelle et ses enveloppes; la surface interne de celles-ci, recouverte par une substance molle et de la même couleur que la sérosité, était épaissie en quelques points, et offrait en outre, dans les parties correspondantes, une épaisseur plus marquée. Cette matière , plus dense vers la région lombaire, confondue avec des espèces de fausses niembranes qui unissent les gros troncs nerveux qui en partent, identifiait complètement la moelle avec ceux-ci, et semblait avoir acquis une consistance homogène et lardacée. En certains endroits, ces altérations organiques du centre nerveux étaient moins apparentes dans les autres régions de lepine (i).

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