RÉFLEXIONS SUR LES DEUX CAS DE TÉTANOS
Les deux observations que nous venons de rapporter, si différentes par les causes qui paraissent avoir déterminé les maladies des deux sujets chez lesquels elles ont été recueillies, n’offrent pas moins entre elles quelque analogie par les symptômes qui les ont accompagnées , et sur-tout par les résultats que l’autopsie cadavérique a présentés. Dans le premier cas, nous trouvons réunis tous les signes qui caractérisent un tétanos spontané, succédant à l’une des causes générales qui produisent les maladies les plus communes, et souvent les plus dissemblables en apparence par leur nature , mais qui ne diffèrent entr’elles que par la nature et les fonctions des divers tissus qu’elles affectent. La cause qui a produit le tétanos chez le dernier malade,
(i) Ges deux observations m’ont été communiquées par M. le docteur Ducros. Qu’il me soit permis ici' de lui adresser des remercîmens publics , pour les avis qu’il a bien voulu me donner dans mes recherches pathologiques. Je craindrais de blesser la modestie de ce jeune médecin,, si fe parlais de sou mérite distingué et de son saoYir.
est , au contraire , plus spécialement attachée à la production de cette affection terrible, et les annales de la chirurgie militaire n offrent que trop dWmples de victimes qu’elle a faites dans les hôpitaux, à la suite des blessures. M. le docteur Louis Valentin, que j’ai eu l’honneur de voir à Marseille , a été à même d’observer le tétanos dans les pays chauds , et a pu se convaincre de tous les dangers de cette maladie terrible. Nous croyons inutile d’appuyer par des faits ce que nous avançons. Nous nous bornons ici à montrer l’analogie qui existe entre les symptômes qui accompagnent le tétanos et les signes qui font reconnaître le spinitis , en admettant, avec les pathologistes modernes , que le plus grand nombre de symptômes que nous observons dans les maladies , ne sont le plus souvent que les effets d’une lésion vitale des organes qui président aux grandes fonctions.
Ne pourrait-on pas , sans être taxé d’exagération, soutenir que, dans un très-gr^d nombre de cas, le tétanos n’est que le résultat de l’inflammation de la moelle épinière ? Quelle est la maladie qui s’accompagne de symptômes plus en rapport par leur nature avec l’organisation et les usages du système que l’on suppose affecté ? Les phlegmasies les mieux étudiées et les plus connues , celles des organes parenchymateux de la poitrine et du bas-ventre s’annoncent-elles par des phénomènes extérieurs plus évidens et plus caractéristiques ? Cette altération profonde dans les usages du système musculaire qui accompagne le tétanos, peut-elle être expliquée sans qu’on admette que le centre d’où partent les nerfs qui se rendent aux muscles de la vie animale ne soit lui-même le plus souvent affecté? Si cette assertion pouvait être attaquée dans les cas de tétanos traumatique, pourrait - elle être combattue avec autant d’avantage , lorsque cette maladie, si souvent funeste par l’importance de l’organe qui en est le siège, survient, comme dans le premier cas / sans être précédée par aucune lésion antérieure? Ce serait s’inscrire en faux contre l’évidence la plus palpable, que de supposer la moelle épinière étrangère à tous les désordres que présentent, dans l’un et l’autre cas , les systèmes nerveux et mus-
cUlaire de ïa vie animale. En voyant les résultats que l’autopsie cadavérique nous a offerts , on ne pourra nier que l’épanchement de sérosité , la formation des fausses membranes , répaississement de l’enveloppe séreuse du prolongement rachidien , le ramollissement de la moelle, les engorgernens sanguins des vaisseaux, etc.-, on ne pourra, dis-je, nier qu’ils tiennent à la même cause qui Les produit dans les membranes du cerveau , ou dans son parenchyme, dont la structure est identique , et que d’ailleurs l’inflammation entraîne les mômes désordres pendant la vie, et présente les mêmes résultats sur le cadavre. Nous sommes loin de nier qu’une simple irritation nerveuse de la moelle épinière puisse décider le tétanos ; bien loin de là , ceci confirme une partie de notre proposition, mais nous jétablissons seulement que Tinflamuiation produit cette maladie.
L’épilepsie peut encore, dans certains cas, être produite par le spinitis ; il paraît que , dans !çe cas , la naaladie part de la moelle (épinière , qu’elle s’irradie dans le cerveau où elle produit l’épilepsie. L’épilepsie, étant accompagnée dc la perte des sens et des facultés intellectuelles, est une maladie cérébrale.
M. Esquirrol a dernièrement présenté, à la Faculté de Médecine, un Mémoire sur l’épilepsie , dans lequel il établit, d’après l’examen cadavérique d^ i 5 individus morts de cette maladie, qne la moelle jétait affectée dans tous les cas* (Bulletin de la Fac. 4^ médecin^ de Baris, U