SYMPTOMES ET DIAGNOSTIC
Tous les symptômes de l’hystérie et de l’épilepsie, dans toutes leurs variétés, peuvent se rencontrer chez les hystéro-épileptiques réunis en plus ou moins grand nombre. Nous n’avons pas h les décrire ici, cela nous entraînerait beaucoup trop loin sans utilité, puisqu’ils sont retracés dans les ouvrages consacrés spécialement à chacune des deux névroses. Nous répéterons simplement ce que nous avons déjà dit : il y a hystéroépilepsie toutes les fois que, sur un même malade, se réunissent des symptômes qui, s’ils étaient isolés sur deux malades différents, constitueraient chez l’un de l’hystérie, chez l’autre de l’épilepsie. La seule
particularité à noter c’cst que, dans bon nombre de cas, les symptômes se dévient de leur type, lis offrent des anomalies, des irrégularités, des caractères mixtes ; ils tiennent parfois autant de l’hystérie que de l’épilepsie, à ce point qu’on ne sait plus laquelle des deux est prédominante. « Quoiqu’on reconnaisse, ditM.Landouzy (loc. cit., p. 151), dans » les crises séparées, le type auquel elles appartiennent, on peut re- » marquer cependant certaines nuances apportées à la symptomato- » logie de l’épilepsie par l’hystérie, et de l’hystérie par l’épilepsie. Dans » l’hystéro-épilepsie à crises complexes, les prodromes sont moins ma- » nifestes et plus prochains que dans l’hystérie; la perte de connais- » sance est immédiate et complète, les convulsions peuvent manquer » comme elles manquent chez un grand nombre d’hystériques et d’épi- » leptiques ; mais il n’est pas exact de dire quelles sont plus violentes » que dans l’hystérie. »
Le diagnostic de l’hystéro-épilepsie n’est pas difficile ; le mal est trop grave et trop tranché pour permettre une longue hésitation. On ne peut être embarrassé que lorsque, en l’absence de tout renseignement, on assiste à une crise convulsive chez un malade qu’on voit pour la première fois. Mais dans ce cas il suffit de remarquer que le malade est ^ans fièvre pour éloigner toute idée d’une affection aiguë du cerveau ou de ses enveloppes. La rapide cessation des accidents et les renseignements fournis par le malade quand il reprend connaissance, dissipent la crainte d’un empoisonnement par les slrychnées ou par le chloroforme, et permettent de constater que les convulsions ne sont produites ni par l’éclampsie puerpérale, ni par l’alcoolisme. Le tétanos se reconnaît à des convulsions toniques, dont la persistance et le siège éclairent le médecin. Dans les cas d’empoisonnement saturnin, dans ceux de tumeur syphilitique, cancéreuse ou tuberculeuse de l’encéphale, donnant lieu à des convulsions hystéro-épileptiformes symptomatiques, le médecin sera souvent mis sur la voie du diagnostic par l’existence d’autres symptômes dus à la même cause qui a produit les convulsions.
La principale difficulté du diagnostic consiste à distinguer l’hystéroépilepsie de l’épilepsie et de l’hystérie, et à préciser la part que prend
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chacune de ces deux névroses dans les accidents de l’affection mixte. Il faut de plus la débarrasser des exagérations et des simulations que se plaisent à y ajouter certaines malades.
Pour quelques auteurs, l’hystérie n’existe que par les attaques convulsives. (Pour plus de clarté, et d’accord avec plusieurs praticiens, nous désignerons sous le nom à’attaques les crises convulsives de l’hystérie, et sous celui d’accès les convulsions épileptiques.) Georget ne la définit que par ce seul caractère, et dans une discussion au sein de la Société de médecine du département de la Seine, le !i décembre 1857 (Gazette hebdomadaire, 1®’' janvier 1858, p. 12), M. Bourguignon a déclaré que la convulsion est un signe pathognomonique de Thystérie. Aujourd’hui, néanmoins, de l’avis presque unanime, l’hystérie comprend bien autre chose que les attaques convulsives. «Elle n’est pas, » dit M. Gendrin (Archives générales de médecine, septembre 1846, » p. 113), uniquement caractérisée par des attaques spasmodiques re- » produites par intervalles; c’est une maladie continue qui présente » toujours, dans les intervalles des attaques, des symptômes qui suffi- » sent pour la caractériser. » De toutes ses manifestations les plus fréquentes sont l’état nerveux ou hystéricisme de Cullen (nervosisme de M. Bouchul, névropathie protéiforme de M. Cerise), puis l’hyperesthésie et l’anesthésie dont M. Gendrin a fait le cachet, le caractère constant et permanent de l’hystérie. Plus accidentellement, la paralysie, la coniraelure, le coma, la syncope, les perversions du sentiment et des sensations internes, la catalepsie, l’extase, le somnambulisme, les hallucinations, le délire et la manie.
On ne peut pas davantage caractériser l’épilepsie exclusivement par les accès convulsifs, quoiqu’ils en soient le symptôme de beaucoup le plus fréquent. Il ne faut pas oublier qu’elle se manifeste assez souvent par des vertiges, ou d’une façon plus bornée, par des accidents nerveux très variables, tels que de simples secousses convulsives, certains tics, certaines angines de poitrine, des troubles passagers de la sensibilité générale ou spéciale, des accès de délire aigu, de manie ou de monomanie impulsive, et enfin par l’imbécillité et la démence.
La plupart de ces symptômes ne laissent aucun doute sur le diagnostic à poser ; personne ne prendra pour de l’hystérie le vertige épileptique, ou pour de l’épilepsie le spasme hystérique, même lorsqu’ils se trouveront réunis sur un seul malade. Mais pour les crises convulsives, la question est un peu plus difficile ; les auteurs ne s’entendent pas sur ce qui différencie les convulsions des deux névroses. Celui qui nous paraît en avoir donné le meilleur diagnostic différentiel est M. Briquet, dont nous reproduisons ici le tableau comparatif. [Loc. ciL, p. 390.)
Hystérie.
Les attaques qui n’ont pas lieu à des intervalles très rapprochés, ont presque toujours une cause appréciable.
Dans les seuls cas où les attaques ont lieu, soit plusieurs fois par jour, soit tous les jours, soit à des époques fixes, il n’y a pas de cause appréciable.
L’attaque a presque toujours un point de départ, soit primitif, soit secondaire, et le plus souvent ce point est l’épigastre.
Dans les cas rares où l’estomac n’est pas le siège des premiers malaises, ceux-ci partent, soit de l’encéphale , soit des membres.
Il y a toujours des malaises, un globe hystérique et de la strangulation quelques instants avant la perte de connaissance.
L’hystérique, avant de tomber, a le temps de gagner un abri.
Les convulsions se rapportent à la mimique des passions, des sensations ou des actes ordinaires de la vie.
11 y a rarement de l’écume à la bouche.
Épilepsie.
Les attaques paraissent presque toujours sans cause appréciable, elles viennent sans motif apparent.
Les attaques n’ont jamais lieu aussi fréquemment ni à des intervalles aussi réguliers que le font les attaques hystériques.
Jamais l’épigastre n’est le point de départ ; il existe quelquefois une aura qui a ordinairement son siège dans les membres.
La perte de connaissance est mstantanée, et n’est précédée d’une aura que dans quelques cas rares.
L’épileptique tombe subitement au milieu des occupations qui lui offrent le plus d’intérêt.
La convulsion est une sorte de tétanos ne ressemblant pas aux mouvements qui ont lieu dans l’état physiologique.
Il y a toujours de l’écume à la bouche.
Hystérie.
L’attaque se termine par des sanglots, par des pleurs, et dans quelques cas très rares par le sommeil ; puis ont lieu les urines caractéristiques.
Après l’attaque, il y a toujours vingtquatre heures de céphalalgie, de malaise et de courbature dans les membres.
L’attaque dure un temps assez long, au moins un quart d’heure.
Épilepsie.
Rien de particulier à la fin de l’attaque, le malade semble seulement se réveiller.
Après l’attaque, il y a quelquefois de la céphalalgie qui n’a que quelques heures de durée, et point d’autres malaisés.
L’attaque dure très peu de temps, dix à douze minutes au plus.
Ce tableau montre d’une façon très ajiproximativement exacte les moyens de diagnostic dans les cas ordinaires ; mais les cas exceptionnels et mixtes sont nombreux, et il n’est aucun des caractères énumérés ci-dessus qui ne puisse manquer là où on croirait le trouver, ou se montrer là où il n’est pas attendu. Nous croyons faire une œuvre de quelque utilité en cherchant à démontrer, par le rapprochement de quelques fragments des traités spéciaux, que toutes les différences entre les attaques hystériques et les accès épileptiques se résument en ce que l’épilepsie est plus cérébrale que l’hystérie, et que la volonté du malade conserve un reste de pouvoir sur les convulsions hystériques, tandis qu’elle n’en a plus aucun sur celles de l’épilepsie. Chemin faisant, nous indiquerons par leur numéro d’ordre celles de nos observations qui sont confirmatives des faits que nous cherchons à mettre en relief.