DURÉE, TERMINAISON, PRONOSTIC
La durée de la maladie est toujours de plusieurs années. « Quant à » sa terminaison, elle varie, dit M. Landouzy 5 tantôt la maladie cesse » complètement à l’époque critique, tantôt après le mariage, tantôt dès » l’établissement ou le retour régulier des menstrues, tantôt les deux >: névroses combinées disparaissent en même temps, tantôt l’épilepsie » persiste après la disparition de l’hystérie. » Ce jugement nous paraît trop favorable et un peu entaché d’idées théoriques sur la cause du mal. Nous avons eu l’occasion d’observer sept femmes qui avaient été hystéro-épileptiques. Or, toutes les sept sont encore, ou ont été jusqu’à leur mort, sujettes à des accidents nerveux revenant irrégulièrement.
La première, P..., a des accès de délire aigu.
La seconde, V..., avait des accès d’angine de poitrine et était atteinte d’une affection cardiaque (symptômes de rétrécissement aortique); elle est morte hydrôpique, et malheureusement les parents ont mis opposition à ce que l’autopsie fut faite.
La troisième, V..., est sujette à des névralgies irrégulièrement intermittentes.
La quatrième, E..., a de fréquentes migraines.
La cinquième, A .., ne peut éprouver un peu de fatigue ou une émotion même légère, sans voir survenir l’un des accidents suivants ; palpitations, accès d’asthme et parfois de l’angine de poitrine caractérisée par une douleur fulgurante dans le côté gauche de la poitrine et dans le bras gauche, avec pâleur puis rougeur de la face, refroidissement considérable de la main gauche. Un jour, ayant essayé pendant un accès d’asthme, de fumer une cigarette de datura et de tabac, à peine avaitelle aspiré une seule bouffée de fumée, que nous la vîmes prise de spasmes
<ies muscles respiraloires, de trismus, de perle complète de connaissance pendant quelques secondes, puis de délire avec loquacité durant quelques minutes, et enfin de vomissements et do céphalalgie qui persista toute la journée.
La sixième, P..., n’éprouva plus de crises convulsives, mais les contrariétés, les chagrins, les changements atmosphériques font naître chez elle des étouffements et la sensation de boule remontant de l'épigastre au cou.
Chez la septième enfin, S..., les attaques d’hystéro-épilepsie ont perdu le caractère hystérique pour conserver celui de l’épilepsie la plus pure et la plus horrible. Mais ces accès eux-mêmes ont diminué de fréffuence tout ensecompliquantd’accèsd’anginede poitrine,effrayants par leur intensité et leur longue durée, et qui se sont reproduits de plus en plus fréquemment jusqu’au moment de la mort survenue dans le courant de l’année 1862. Chez cette malade, dont l’histoire est extrêmement intéressante à plus d’un litre, nous avions observé, ainsique cela est consigné dans la thèse de M. Capellc (De l'angine de poitrine. Paris, 1861, p. 37), une sorte d’alternance entre les différents phénomènes morbides : angine de poitrine, diarrhée séreuse, dyspnée avec expectoration visqueuse, tuméfaction inflammatoire de tumeurs superficielles qu'à l’autopsie on a reconnu être formées par des ganglions lymphalb ques, et qu’on avait prises pendant la vie pour desnévromes, et une fois une sécrétion abondante d’urales dont les cristaux, reconnaissables à l’œil nu et au microscope, étaient solubles dans l’acide nitrique et donnaient, après évaporation, naissance à la purpurine sous l’influence des vapeurs ammoniacales. L’observation do celte malade offre encore, entre autres points à noter, qu’elle a succombé à une phthisie pulmonaire à marche très rapide, et que l’examen nécroscopique du système nerveux dans son entier, fait avec le secours du microscope par MM. Duguet et Charcot, n’a révélé aucune altération matérielle appréciable.
H semble, d’après ces faits, que la guérison ne peut s’obtenir sans laisser après elle quelque phénomène nerveux, qui rappelle à la malade
DUNANT. — 1863 .
qu’elle a été sujette à des attaques, et qui doit inspirer au médecin une crainte constante de voir récidiver l’affection convulsive.
Quand elle ne guérit pas, l’hystéro-épilepsie affaiblit moins que l’épilepsie pure les facultés intellectuelles, ba plupart de nos malades ont la bizarrerie et la mobilité de caractère des hystériques; quelquesunes ont des périodes d’irascibilité, d’agitation ou de délire aigu après leurs attaques,* mais l’imbécillité et la démeiM:e n’ont été notées*que rarement. Une fois cependant nous avons vu 1 imbécillité survenir. Une autre fois* des hallucinations de la vue, alternant avec l’agitation maniaque ou la compliquant, se sont unies à des impulsions subites et involontaires ou quelquefois conscientes au suicide (obs. V). Dans un troisième cas, du délire somnambulique compliqué d’extase s’est montré à plusieurs reprises (obs. Vlll).