TRAITEMENT
Le traitement de Thystérorépilepsie se fait d’après les mêmes indications que celui des deux névroses qu’elle réunit en une seule. Lorsqu’il s’agit d’une maladie si grave, si tenace, si pénible pour le malade et pour ceux qui l’entourent; d’une maladie qui non-seulement dompte brutalement l’organisme, mais qui le plus souvent frappe aussi les facultés morales et intellectuelles, le premier devoir du médecin est de chercher à en empêcher le développement, l’étude de l’étiologie lui ayant fait connaître quelques-unes des conditions qui peuvent en favoriser la naissance.
La première indication, puisque l’hérédité joue un grand rôle dans la production des névroses, est, dans le cas où le médecin pourra le faire étant consulté à ce sujet par les parties intéressées, de déconseiller le mariage entre personnes atteintes toutes deux de névropathies graves, Dans ce cas, en effet, le danger est réel pour les enfants. Si le mariage existe déjà, la mauvaise prédisposition qui en résulte doit être combattue par des moyens hygiéniques et thérapeutiques cbez les- en-
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fants. Âîa preniière apparilion d’accidents nerveux (éclampsie, spasmes contractures, chorée), il faut redoubler de précautions pour écarter tout ce qui risquerait de devenir une occasion de convulsions, comme les sensations fortes ou agaçantes, la douleur, l’insolalion prolongée, la colère, la jalousie, etc., et pour surveiller avec le plus grand soin les maladies aiguës qui pourraient les faire éclater. La même surveillance doit être continuée pendant la se'’onde enfance et radolescence. L’éducation, dans l’intérêt de la santé, sera dirigée de manière à ne pas débiliter un système nerveux déjà pathologiquement impressionnable. Cela ne signifie pas qu’il faille prodiguer à l’enfant des soins trop délicats qui l’affaibliraient toujours plus, ni lui laisser voir qu’on craint pour lui les émotions et les impressions vives; cela le rendrait toujours plus irritable et plus volontaire ; on aurait précisément produit ce qu’il faut a tout prix éviter.
A un enfant ainsi prédisposé, il faut donner une bonne hygiène, de l’air, de la lumière, une nourriture substantielle, mais pas trop fortement azotée, et des exercices corporels quotidiens unis à des travaux intellectuels rendus attrayants par la variété. Loin de donner libre carrière à ses goûts et à ses capacités exceptionnelles et au-dessus de son âge, il faut les équilibrer en cherchant à amener au même niveau les hicullés et les sentiments qui sont moins développés, en ayant soin de suspendre le travail, tant intellectuel que corporel, avant que la fatigue ait amené une exaltation factice des forces. La frayeur, l’envie, les froissements d’amour-propre, la surexcitation de la sensibilité physique ou morale, la société d’enfants névrosthénisés, pouvant faire naître des accidents redoutables, il convient d’en éloigner, autant que possible, toutes les occasions. Plus tard, il fau t encore surveiller et faciliter l’établissement de la pubertéet des éipoques cataméniales.
Lorsque, malgré toutes les précautions, des accidents convulsifs ou spasmodiques viennent à se produire et qu’on en craint le retour, qu’y a-t-il à faire? Avant toute autre chose, il faut reconnaître quelle en a été la cause occasionnelle pour empêcher qu’elle se reproduise. G’est
ainsi que la régularisation des fonctions menstruelles ou génitales, le renoncement aux mauvaises habitudes et aux excès de toute nature, ont suffi quelquefois pour amener des guérisons. Si, malgré cela, les accidents se reproduisent, il faut choisir parmi les médications qui ont une action sur l’organisme celle qui, d’après des vues de saine thérapeutique, peut devenir la base d’un traitement rationnel. Les antiphlogistiques et les évacuants trouvent leur application dans quelques cas, lorsque, par exemple, la pléthore, la suppression de flux périodiques, l’état saburral gastrique ou intestinal, ont coïncidé avec 1 apparitiou de la maladie. La médication tonique et reconstituante est bien plus fréquemment indiquée, puisque, dans plus de la moitié des cas, la névropathie est liée primitivement ou consécutivement à la chlorose, à l’anémie ou à quelque cachexie débilitante. L’hydrothérapie et les ferrugineux sont très souvent utiles car ils ont une action double, sur le sang auquel ils redonnent sa constitution normale, et sur le système nerveux qu’ils sthénisent et rendent moins excitable. Les révulsions cutanées ou intestinales, les exutoires, ont obtenu des succès et ne doivent pas être négligés lorsqu’on observe l’alternance entre les accidents nerveux et quelque éruption ou sécrétion dont l’apparition fait fonction de crise. Quant aux révulsions morales produites par de vives secousses et par des impressions brusques et soudaines, leur danger nous paraît pour le moins égaler les chances d’effet salutaire qu’on peut en retirer; aussi ne les conseillerions-nous (juc pour les castrés rares où l’on peut, presque à coup sur, calculer les ébranlements qu’elles produisent.
Si nous ne mentionnons qu’en dernier lieu les médications antispasmodique et narcotique, dont l’emploi se trouve souvent indiqué dès le début, et dont on peut retirer de très précieux effets curatifs, c est que ce sont elles qui réussissent le mieux dans le traitement palliatif, lorsque le mal est ancien et ne laisse que peu d’espoir de guérison. Les substances qu’elles utilisent, et en particulier l’éther, 1 ammoniaque, la belladone, basa fœtida, l’opium, rendent des services incontestables pour faire avorter, pour retarder ou pour atténuer les
ma-
crises convulsives, el pour rendre le calme aux malheureuses lades.
Nous devons enfin parler de l’électricilé, que nous avops souvent employée à la Salpêtrière, soit sous forme de courants inlermiltents, soit en courants continus. Cette dernière méthode, très souvent employée par M. Rernak (de Berlin), et par laquelle M. Hiflelsheirn veut combattre presque toutes les névroses, M. Moreau a jugé utile d’en faire quelques expériences, et il a bien voulu nous en confier l’exécution. Or nous n’avons pas vu se produire entre nos mains les effets salutaires que M. Hiffelsheim dit en avoir retirés. Il est vrai que nous ne l’avons pas appliquée exactement comme lui ; mais nous avons été dirigé dans notre manière d’agir par les savants conseils de M. le professeur Gavarret. Malgré les résultats purement négatifs auxquels nous sommes arrivé par ce moyen empirique, sur une hystérique et sur deux épileptiques, nous croyons devoir publier les observations de ces malades (obs. IX, X et Xï), afin que chacun puisse apprécier les procédés employés.
Quant aux courants d’induction, nous signalerons les effets obtenus chez trois des malades dont nous publions les observations. La malade de l’observation Xï, atteinte d’épilepsie pure mais intense, a été soumise aux deux modes d'emploi de l'électricité. Les courants continus sont restés sans effet; les courants intermittents paraissent avoir suspendu pendant quatre ou cinq jours des accès qui, d’ordinaire, n’avaient jamais manqué un seul jour; mais cet effet s’est bientôt épuisé, et les secousses électriques n’ont plus rien produit.—Dans l’observation II, on voit que le courant appliqué suivant des procédés différents, a toujours, une fois excepté, abrégé la durée des attaques hystéro-épileptiques, fait cesser les contractures et suspendu les convulsions; mais peut-être aussi a-t-il rendu plus fréquentes les attaques qui récupéraient par leur nombre ce qu’elles perdaient en intensité. — Chez la troisième malade (obs. Vlll), l’électricité a toujours calmé d’intolérables douleurs névralgiques avec hyperesthésie. Dans les premières applications, les courants n’ont produit qu’un effet sédatif pur, sans anesthésie ni paralysie;
-semais dans les suivantes, à l’analgésie se sont joints de la paralysie musculaire passagère, du délire, et le déplacement partiel de la douleur. Sans accuser Félectricité de cette aggravation dans l’état de la malade, nous croyons qu’elle y a contribué, puisque les mêmes complications ne s’étaient Jamais présentées auparavant.
Observation I.
Accès et vertiges épileptiques ; attaques d'hystérie avec paroxysmes épileptiformes ; accidents névropathiques presque continus.
R... (Maria-Annette), vingt-cinq ans, couturière. Pas d’hérédité nerveuse ascendante ou collatérale ; la mère cependant a longtemps souffert de l’estomac, et le père a eu en 1861 une attaque de paralysie. La malade a eu du rachitisme et n’a marché qu’à quatre ans. Elle a toujours eu un caractère un peu excitable, mais elle n’a présenté de symptômes nerveux qu’à l’âge de dix-sept ans, avant la première apparition des menstrues qui ont toujours été irrégulières, avec des suspensions de cinq à huit mois. La malade, qui est dans l’asile depuis plusieurs années, est très petite et a subi un arrêt de développement ; elle est extrêmement sujette à des palpitations, surtout au début des attaques, et à des symptômes nerveux variés qui lui laissent rarement quelques jours sans souffrance. Ce sont des névralgies et des myosalgies dans la tête, le dos, le thorax ; des douleurs cardialgiques, de la toux hystérique, delà gastralgie et des vomissements. Jamais nous n’avons vu de paralysie, de contracture ou d’anesthésie.
La première attaque est survenue à l’âge de dix-sept ans ; sa seule cause appréciable est que la malade avait reçu des coups sur la tête. Depuis lors les attaques se sont répétées sans régularité, le plus souvent elles sont hystéro-épileptiques. Elles sont annoncées un, deux, trois ou quatre jours à l’avance par un redoublement des souffrances habituelles, puis subitement la tête se fléchit et la face se tourne vers l’épaule droite sans que la malade puisse s’y opposer. Elle ne perd pas encore connaissance cependant ; elle entend tout, mais ne peut parler, sauf dans quelques cas où elle crie : « Ah! je suis malade; » puis elle tombe si elle est debout. Pendant
cette première période de l’attaque qui s’accompagne de boule hystérique, de constriction pharyngienne et de contracture des muscles du cou, la malade souffre beaucoup jusqu’à ce qu’elle perde connaissance. Cette perte arrive plus vite si, dans sa chute, la malade se heurte contre un meuble ou tombe violemment sur le plancher. Avec la perte de connaissance du monde extérieur arrive l’attaque convulsive à convulsions larges, étendues, égales ; le tronc se courbe en arc ; il y a des spasmes et des gémissements, et la malade porte ses mains au cou et à l’épigastre tout en criant : « Maman, maman, » d’une voix qui exprime la souffrance. Rien de ce qui se dit ou fait autour de son lit n’est perçu par elle à ce moment de l’attaque. Il y a un, deux ou trois paroxysmes de ce genre, puis l’attaque cesse au bout d’une demi-heure ou une heure, laissant à sa suite de la céphalalgie, de la fatigue et des points douloureux. Dans quelques-uns des paroxysmes de quelques attaques, il y a de la roideur tétanique du tronc et des membres, des grimaces de la face qui devient livide, un peu d’écume à la bouche, c’est la période épileptiforme.
Juin 1861. — Les attaques se sont rapprochées de plus en plus; elles arrivent tous les huit, quinze bu vingt jours, et sont suivies quelquefois d’un peu de délire, pendant lequel la malade déraisonne légèrement, se croit ailleurs que là où elle est, ne reconnaît pas les personnes qui l’entourent, a perdu la mémoire et a des idées singulières. Dans l’intervalle des attaques reviennent des accidents hystériques très variés, formant quelquefois de légères attaques sans mélange d’épilepsie ou bien s’y mélangeant.
20 août 1861. — Nous avons assisté plusieurs fois à des attaques identiques avec celle décrite ci-dessus et à des accidents épileptiques isolés. Aujourd’hui, après deux jours de prodromes consistant en cardialgie, pleuralgie gauche, douleurs dans le bras gauche, la malade a eu un accès épileptique. Un peu plus tard, émotionnée par ralta(|ue subite d’une autre malade, elle a eu un second accès avec convulsions courtes et égales des deux côtés, grimaces, face vultueuse, pas d’écume à la bouche, perte absolue de connaissance, le pouce gauche plié dans la paume de la main, mais Ig droit recouvrant les autres doigts.
15 octobre. — Hier nous avons vu un vertige franc et isolé d’épilepsie. Au milieu de son travail de couture, subitement les mains de la malade s’arrêtent, son regard se fixe, sa tête se dévie à droite. Pendant une demi-minute elle ne sent rien, ne perçoit rien; puis elle reprend connaissance, reste hébétée durant quelques minutes, et recommence son travail sans se rendre compte de ce qui s’est passé, sans en avoir ni conscience ni souvenir.
2h octobre. — Hier soir, notre malade déjà tourmentée par des douleurs pleuralgiques et des vomissements, eut pendant une épidémie d’attaqües sur quatre de ses voisines (attaque d’hystérie chez la première, d’hystéro-épilepsie chez la deuxième.
accès épileptique chez la troisième qui est hystéro-épileptique; angine de poitrine servant de prodrome à un violent accès d’épilepsie chez la quatrième), un véritable état de mal épileptique, le seul que nous ayons observé sur elle. Eu deux heures, elle a seize accès, chacun précédé d’une petite toux sèche, quinteuse et convulsive, suivie immédiatement de convulsions toniques de cinq à six minutes de durée, sans mouvements respiratoires et avec une roideur tétanique générale. Après cette période, la face rougit et grimace, de très violentes secousses agitent les quatre membres, la tête et le tronc qui est en pleurostothonos gauche, les pouces sont pliés dans la paume de la main recouverts par les autres doigts. Cette période clonique dure une demi-minute et est suivie d’une résolution générale qui dure jusqu’au prochain accès, interrompue seulement par quelques secousses et accompagnée de ronflement et d’écume à la bouche. La perte de connaissance a été instantanée, complète, persistante, aussi absolue pendant la résolution que pendant les convulsions. Lorsque enfin la connaissance a reparu, la crise était passée; il ne restait qu’une grande fatigue, un brisement général, mais aucun souvenir des accès et pas de trouble intellectuel.
Observation II.
Attaques-accès complexes kystero-.épileptiques extrêmement intenses; accès et veniges épileptiques isolés; anesthésie permanente hémiplégique droite ; contracture passagère du même côté; influence de l’électricité d’induction.
L... (Rosalie), âgée de trente-huit ans, enfant trouvé, élevée à la campagne. A onze ans, frayeur d’un chien enragé. A seize ans, seconde frayeur très vive à la vue du cadavre d’une femme assassinée par son mari. A dix-neuf ans, traversant un bois avec une somme de 200 francs, elle fut poursuivie par un homme et éprouva une violente émotion. La malade se souvient de tout cela avec une grande précision, à chaque attaque où l’hystérie a une part elle répète automatiquement quelques paroles (toujours les mêmes) qui s’y rapportent, mais sa mémoire fait défaut sur tout le reste.
Les accès d’épilepsie paraissent avoir débuté après la première frayeur, avoir redoublé d’intensité après la seconde et s’être compliciués d’hystérie après la troisième. Dès lors les deux névroses n’ont pas cessé de se montrer et de se mélanger en différentes proportions, tantôt isolées, tantôt combinées dans des accidents convulsifs d’une effrayante intensité. On parvient cependant à distinguer dans les paroxysmes ce qui appartient à chaque névrose.
Les grandes crises sont habituellement précédées pendant quelques heures d’agi-
DUNANT. - 1863 .
tation maniaque, de tristesse, de céphalalgie, de malaise. Puis, tout à coup, la malade tombe avec ou sans cri initial, et ses membres se contracturent avec une force effrayante, se tordent et se pelotonnent. Les doigts et les mains sont fortement fléchis, les avant-bras et les membres intérieurs le sont aussi, les genoux appuient sur la bouche, les pieds sont enroulés sur leur bord interne comme dans le varus équin. De temps en temps les contractures augmentent encore ou bien diminuent un peu. La malade est littéralement pelotonnée, elle a des secousses, des convulsions cloniques, des mouvements brusques d’une violence extrême; à peine si cinq ou six personnes peuvent la contenir. De temps en temps elle se frappe la poitrine avec force et avec une très grande rapidité à la région précordiale. On est obligé d’interposer un coussin pour éviter la production d’ecchymoses ; car si 1 on cherche, à empêcher par la force ce mouvement, de même que si on essaye de lui étendre les membres contracturés, on détermine de grandes souffrances et une exaspération dans la contracture et les convulsions. Pendant les intervalles de rémission légère des convulsions, la connaissance est conservée mais incomplètement. Elle crie qu’on lui tire la jambe, le bras ou la tête, qu’elle a des animaux dans les yeux, la tête ou le ventre ; ses idées sont incohérentes. Elle profère, avec une voix perçante, des plaintes et des paroles de fureur si elle entend dire quelque chose qui la contrarie. Avec des questions fortes et précises on parvient à capter son attention et à obtenir quelques réponses, bientôt remplacées par des paroles sans liaison. Elle cherche à mordre elle-même, ou ceux qui l’entourent, ou bien ses oreillers.
Pendant les exacerbations de la contracture, la connaissance est entièrement abolie, la face se congestionne, les yeux sont convulsés, hagards ; les pupilles sont dilatées. Dans ces moments, où l’épilepsie domine très évidemment, il y a insensibilité absolue et générale. Dans les périodes hystériques, au contraire, l’anesthésie est incomplète à gauche, mais complète à droite, où elle demeure persistante entre les accès sans jamais cesser. Dans ces mêmes phases épileptiques, il y a contracture plus forte mélangée de secousses, lividité de la face, puis résolution passagère de quelques muscles seulement, mais pas d’écume à la bouche tant que l’attaque doit continuer encore. On dirait que l’accès épileptique n’est, pas encore à maturité complète, et ce n’est que lorsque l’attaque a duré plusieurs heures avec des prédominances alternatives d’hystérie et d’épilepsie qu’elle se termine par un accès franc d’épilepsie intense, à trois périodes tonique, clonique et résolutive, avec écume abondante à la bouche, résolution générale et détente de tous les muscles, ronflement; après quoi, il y a des cris, des paroles relatives aux événements de sa vie qui ont occasionné les attaques; mais la malade n’a nullement conscience de ce qui vient de se passer; elle exécute des mouvements de projection du bassin, elle éprouve le besoin de se gratter et délire pendant quelques minutes. Enfin la con-
naissance revient, elle demande à boire, et alors seulement l’attaque est terminée.
Pendant plusieurs jours encore, elle reste agitée, maussade, ayant des retours d’attaques hystériques légères ou d’épilepsie. Quelques attaques sont suivies de la contracture de tout le côté droit, qui est anesthésié. Pendant trois, quatre ou huit jours, il faut sonder la vessie pour en retirer l’urine, passer la sonde œsophagienne pour nourrir la malade. Un violent accès d’épilepsie, quelquefois deux ou trois successifs, sont nécessaires pour que la contracture cesse, et il reste alors pendant quelques jours de l’incontinence d’urine. La malade reste ensuite plusieurs semaines sans attaque, n’ayant que des vertiges, des malaises, un peu de stupeur, puis reparaît une crise.
25 janvier 1801. — Nous avons déjà observé, depuis le 1" janvier, plusieurs attaques comme celle que nous venons de décrire et d’autres moins fortes où tan tôt l’hystérie, tantôt l’épilepsie domine. Il y a de fréquents vertiges épileptiques, sans cri initial et sans prodromes, mais avec contractions et décoloration de la face, convulsions des yeux, insensibilité et perte de connaissance absolue pendant une minute.
2à février.— Aujourd’hui la malade a eu une attaque identique avec celle décrite plus haut ; elle n’en avait pas eu depuis le 20 janvier.
12 mars. — Elle a pu uriner seule hier pour la première fois depuis le 24 février. L’électrisation de la vessie n’a presque pas eu d’effet salutaire. Les règles ont paru hier.
15 mars.— Nouvelle grande attaque complexe. Je l’électrise avec la machine d’induction. Un pôlehumideest placé à la nuque, et le pinceau tire des étincelles sur toutes les parties contracturées. En cinq minutes toute contracture a cessé, la résolution est complète; il n’y a pas eu d’accès d’épilepsie; l’attaque a avorté, mais elle renaît aussitôt. A chaque fois que les convulsions se reproduisent, la faradisation est reprise sur le côté non anesthésié; alors, si la connaissance est conservée, la malade crie, se débat, et les convulsions cessent ; si la connaissance est déjà perdue, le courant la ramène. — La malade se plaint d’une douleur à l’épigastre; j’électrise cette partie, et la douleur diminue pour recommencer dès que le courant ne passe plus. — Un accès épileptique est imminent, les yeux se convulsent, la face grimace, le cou se roidit; j’électrise, et les convulsions s’arrêtent, la connaissance revient. — La malade accuse alors une aura qui monte de la jambe gauche vers la cuisse et le tronc ; elle sent qu’un accès se prépare. En effet,, un léger étourdissement pardt, suivi des phénomènes terminaux ordinaires des attaques : cris, besoin de se gratter, et la crise est finie en trois quarts d’heure, au lieu de trois ou six heures qu’elles durent habituellement.
16 mars.— Nouvelle attaque; nouvelle faradisation identique avec celle de hier, avec le même résultat.
6 avril. — Nouvelle attaque, nouvelle faradisation ; résultat identique. L’attaque dure une heure et un quart, et se termine par un accès d’épilepsie comme les 15 et 16 mars.
10 avril. — Depuis trois jours, l’agitation n’a pas cessé; les attaques se succèdent avec de très courts intervalles de somnolence. L’électricité, essayée à plusieursreprises, n’a pas eu le même effet que précédemment.
11 avril. — La contracture du côté droit a succédé aux attaques. La faradisation, essayée longtemps, ne l’a fait cesser que pour quelques minutes; elle est revenue aussi forte après.
Décembre 1861. — 11 y a eu plutôt aggravation dans l’état de la malade. Les attaques complexes avec accès isolés et vertiges se renouvellent de temps à autre» Les périodes pendant lesquelles il faut employer la sonde pour vider la vessie sont plus longues. L’électricité, toutes les fois qu’elle a été employée (tantôt avec les conducteurs secs sur les points contracturés, tantôt avec les conducteurs humides sur la colonne vertébrale), a eu le même effet d’abréger la durée totale de l’attaque complexe, quelquefois en déterminant l’apparition immédiate de l’accès épileptique terminal. Cet effet n’a manqué qu’une seule fois, le 10 avril. L’éther en inhalation a un grand pouvoir pour faire cesser les convulsions, mais elles reparaissent au bout de quelques heures. La douche sur le bas-ventre détermine souvent l’expulsion de l’urine, mais presque toujours aussi elle provoque un accès épileptique. Le cathétérisme produit quelquefois le même effet.
Décembre 1862. — D’après les renseignements fournis par notre collègue M. Duguet, l’état de cette malade n’a nullement changé depuis une année.
Observation 111 .
Hystéro-êpilepsie dont les crises complexes ont des périodes distinctes d'hystérie et d'épilepsie; accès épileptiques isolés ; contracture hémiplégique avec secousses rhythmiques.
C... (Fanny), âgée de vingt ans. Mère très irritable, morte il y a cinq ans ; père bien portant; pas de frère ni de sœur.
Convulsions dans la première enfance. |A seize ans, n’ayant jamais eu d’attaque de nerfs auparavant, elle assista à la mort de sa mère, et immédiatement ses règles, qui coulaient, s’arrêtèrent, et elle eut une première attaque qui dura vingt-quatre
heures, avec perte de connaissance, La seconde attaque parut un mois après. Les suivantes se rapprochèrent, et, h une certaine épotiue, elles revenaient tous les jours pendant deux mois. La malade, dont l’intelligence est peu active, ne peut donner de renseignements plus détaillés. Elle est petite, maigre, et d’une constitution faible; elle tousse fréquemment, sans présenter de signes de tuberculisation à l’auscultation. Elle louche légèrement; sa parole est lente et un peu embarrassée ; elle est très sujette à des palpitations, à des nausées, à des douleurs vagues, surtout avant ses attaques.
Tous les mois environ, elle est malade pendant plusieurs jours de suite. Entre ces périodes, elle a des accès d’épilepsie isolés, mais pas très complets. Dans les séries maladives, l’hystérie et l’épilepsie se combinent diversement, mais l’hystérie domine presque toujours. La plupart du temps, les attaques se présentent comme suit : après quelques prodromes, tels que malaise général, tristesse, douleurs, nausées, vient une attaque hystérique, avec perte apparente de connaissance et avec des mouvements très étendus. Sans percevoir rien de ce qui se passe autour d’elle, elle paraît dominée par le souvenir ou par la vue de sa mère mourante, car elle crie sans cesse ; « Maman,maman, réponds-moi; ah! maman,tu ne me réponds plus. » Puis survient un moment de calme; elle reste couchée sur le côté gauche, les yeux ouverts et fixes, dans une insensibilité et une immobilité complètes. La respiration se fait bien, il y a quelques secousses dans le côté droit delà face. Après deux ou trois minutes de ce calme, tout à coup se montre l’épilepsie; la tête se dévie à droite, la face pâlit, les membres se roidissent et s’agitent plus fortement du côté gauche, la figure se convulse et devient livide, l’écume paraît à la bouche, la perte de connaissance et de sensibilité est absolue; puis la prostration sans ronflement et l’hébétude précèdent le retour à la lucidité. L’attaque est alors finie, ou bien recommencent les phénomènes hystériques, puis les épileptiques plusieurs fois de suite. Quelquefois elle a des attaques hystériques isolées ou des accès épileptiques isolés. Entre les attaques elle a une anesthésie permanente complète de tout le côté droit. De ce côté, les piqûres de la peau ne saignent pas. Jamais ce côté n’est atteint de chorée, tandis que du côté gauche les membres sont, après quelques-unes des attaques, en état de contracture et agités de secousses rliythmiques choréiformes persistant pendant plusieurs jours, jusqu’à ce qu’un accès d’épilepsie vienne y mettre fin.
12 avril 1862, — Depuis trois jours les attaques hystéro-épileptiques se sont répétées plusieurs fois. Cette nuit il y a eu un accès d’épilepsie isolé qui a laissé après lui la chorée hémiplégique gauche.
17 avril. — La chorée a disparu peu à peu et sans attaque sous l’influence des
douches froides. Souvent elle est arrêtée par l’application de ventouses scarifiées le long de la colonne vertébrale.
29 avril. — Trois accès et trois étourdissements épileptiques hier. L’analgésie et l’anesthésie du côté droit existent non-seulement au toucher, mais aussi au pincement, à la piqûre et aux mouvements imprimés.
27 mai. — Accès et attaques fréquentes ces derniers jours; dans leurs intervalles il subsiste des douleurs cardialgiques et des lipothymies.
30 juin. — Depuis six semaines la malade prend des douches froides ; sa santé générale s’est légèrement fortifiée, l’affection convulsive n’a pas changé.
Septembre. — Aucune amélioration ; l’état de la malade est le même.
2^1 octobre. — Hier soir plusieurs malades voisines avaient leurs attaques, chacune avec son cachet propre ; l’une de l’épilepsie précédée d’angine de poitrine, une seconde un état de mal épileptique (obs. I), une troisième une attaque d’hystérie ; notre malade qui avait été indisposée toute la journée, eut une attaque avec grandes convulsions hystériques du tronc et des membres. Quoique camisolée, elle se jette en avant, se rejette violemment en arrière, en criant comme de coutume : « Maman, ah! maman, réponds-moi.» Les bras sont projetés au loin, la figure est rouge, mais non convulsée, la tête non déviée, il y a insensibilité et perte de la perception pour tout ce qui se fait autour d’elle. Après cinq minutes de cette agitation survient du calme avec de l’extase et quelques secousses dans la face, mais la perte de connaissance persiste. Tout à coup la face se dévie à droite, la face grimace, le regard se fixe, c’est un accès d’épilepsie à trois périodes, tonique, clonique et résolutive, avec stertor, écume et stupeur.
20 décembre. — Hier une attaque hystéro-épileptique suivie de chorée. Ce malin la douche a calmé la chorée et déterminé un accès suivi de contracture dans tout le côté gauche. Au bout de deux heures, trois accès très rapprochés d’épilepsie la font cesser.
Décembre 1862. — D’après le dire de la malade elle-même, des médecins et des surveillantes, aucun changement notable n’est survenu dans son état.
Observation IV.
Hystéro-épilepsie. Attaques d'hystérie, quelques-unes avec paroxysmes épileptiformes.
Acc'es épileptiques.
B... (Henriette), âgée de vingt-six ans, lingère. Père mort poitrinaire, mère bien portante; sur huit frères et sœurs, trois sont morts poitrinaires, les autres se portent bien.
La malade, qui a une constitution chétive et des signes de tuberculisation pulmonaire, paraît avoir été épileptique avant l’âge de vingt ans, car elle faisait des chutes sans prodromes avec perte de connaissance, contusions et période d’agitation. Réglée depuis l’âge de dix ans, elle est souvent plusieurs mois sans voir; les époques menstruelles n’ont aucune influence sur l’apparition des crises qui ont toutes le cachet de l’hystérie. Pendant onze mois, nous avons eu des doutes sur les symptômes épileptiques que les surveillantes affirmaient avoir vus sur cette malade ; les attaques que nous avions observées étaient purement hystériques, de longue durée, avec cris, convulsions cloniques très étendues, perte de connaissance, abolition des sensations externes et perte de souvenir. Quelquefois elles sont annoncées par une douleur dans la région cardiaque, par des palpitations, de la mauvaise humeur ; d’autres fois leur début est brusque. Elles ne viennent jamais à époques fixes.
5 décembre 1861. — Ce matin nous avons assisté pour la première fois à un accès épileptique. En marchant, tout à coup, la malade tombe à la renverse en poussant un grand cri et en perdant connaissance. Dans sa chute son peigne pénètre dans le cuir chevelu et fait une plaie qui saigne abondamment. Elle a un accès d’épilepsie complet qui dure cinq minutes ; cotivulsions tétaniques, roideur et con-torsion des membres, grimaces de la face qui est hideuse à voir. Après quelques instants de résolution elle reprend connaissance et conserve un peu d’hébétude pendant deux ou trois minutes ; elle est très étonnée de voir son sang et d’apprendre qu’elle s’est blessée.
6 décembre. — Ce matin il y a une épidémie d’attaques hystériques et hystéroépileptiques ; cinq malades en ont à la fois. Notre malade a d’abord une attaque hystérique : spasmes, convulsions étendues, les bras s’agitent en tous sens comme chez une personne qui lutte, cris, face vultueuse non convulsée, insensibilité à toute excitation. La malade cherche à mordre, et une mèche de ses cheveux étant entrée dans sa bouche elle les coupe avec ses dents, les mâche et les avale sans qu’on ait pu s’y opposer. Ils provoquent de l’étouffement, des haut-le-corps, et sont enfin rendus mélangés à une écume visqueuse. A ce moment, il se fait une détente générale avec retour incomplet de la connaissance. Puis de nouveau apparaît une crise convulsive instantanée, commençant par de la roideur des membres qui sont contournés et se continuant par d’autres phénomènes épileptiformes : arrêt de la respiration, face hideuse, pâle puis livide, paupières ouvertes et yeux convulsés en strabisme convergent, mâchoire déviée à gauche et fixe, contracture fibrillaire des muscles de la face ; perte absolue de connaissance et de sensibilité. Ensuite secousses cloniques rares, puis résolution, pas d’écume, retour rapide à la
connaissance. L’accès est passé, mais bientôt reparaissent les accidents hystériques puis les épileptiques.
9 décembre 1861 .—Des attaques identiques avcccelle du 6 ont reparu le 7 et le 8.
Décembre 1862. —Après une diminution dans la Iréquence des attaques, la malade était sortie de l’hospice. Elle a dû y rentrer au bout de quelques mois, l’amélioration ne s’étant pas maintenue.
OasEavATioN V.
-Accès épileptiques ^ quelques-uns d'apparence hystériforme. Hallucinations. Impulsions irrésistibles, délire et agitation maniaque. Exemple rare d'hérédité.
D... (Fanny-Désirée), âgée de vingt-cinq ans. Père épileptique, mort dans une ■Tittaque; grand-père paternel somnambule; un oncle paternel aliéné ; une cousine, issue de germaine de son père, est épileptique et idiote; mère hystéro-épileptique morte il y a dix ans ; deux frères morts aujourd’hui étaient épileptiques ; deux sœurs sont bien portantes ; le seul enfant qu’ait eu la malade est mort à huit jours dans des convulsions qui avaient commencé à l’instant de la naissance. D’après les informations qu’a prises M. Moreau, ces renseignements fournis par la malade sont exacts.
La malade a eu des convulsions à l’âge de cinq ans. Depuis lors elle a toujours eu des crises de nerfs, les unes avec conservation, les autres avec perte de la connaissance ; jusqu’à l’âge de dix-neuf ans, cela paraît avoir été de l’épilepsie pure (chutes, morsures de la langue) ; à cet âge ont paru de longues attaques avec cris -et grandes convulsions. La malade a été traitée par M. Falret, à la Salpêtrière, et par M. Morel, à Saint-Yon. Pendant le travail de l’accouchement (août 1860), elle eut des convulsions qu’on appela de l’éclampsie. Avant sa couche elle avait passé dix-huit mois bien portante au sortir de Saint-Yon ; mais depuis lors les attaques sont revenues comme auparavant.
12 avril 1861. — Peu de jours après son entrée dans le service, elle a une forte attaque convulsive qui dure plusieurs heures et qui laisse après elle, dans les membres du côté gauche, de la contracture, suivie le lendemain de paralysie avec anesthésie.
14 avril. — On constate de la contracture de la face; la mâchoire inférieure, entraînée en arrière, est maintenue fixe dans cette position, la lèvre inférieure contracturée s’enfonce horizontalement dans la bouche, les élévateurs des ailes du no et de la lèvre sont aussi contracturés.
16 avril. — La contracture de la face a fait place à des contractions choréilormcs qui occasionnent des grimaces continuelles.
26 avril. — Hier soir il y a eu une attaque convulsive complexe, pendant laquelle la malade, insensible à toute excitation externe, parlait à haute voix de noyée, do pendue, et enfin de cadavre étendu sur une table; sa figure exprimait la terreur, Ce matin elle se souvient d’avoir eu comme un mauvais rêve et de s’être vue ellemême noyée, pendue et disséquée. Elle rapporte ces hallucinations à une impression très vive de frayeur qu’elle eut à son arrivée à Paris en visitant la morgue.
7 mai. — La malade a eu du délire plusieurs fois; ce matin ce sont des contractions de la face. Elle prend de la belladone depuis quinze jours (pilules de Bretonneau). L’hypnotisme provoque le sommeil, la cessation des grimaces et fait naître le délire. L’éther en inhalations procure un sommeil paisible avec cessation des contractures.
31 mai. — l,es hallucinations variées et passagères de la vue et de l’auïe, les attaqueshystériformes, les accès d’épilepsie, la contracture ou les convulsions delà face alternent entre elles d’un jour à l’autre. Les hallucinations laissent souvent après elles une grande tristesse. Aujourd’hui la malade est très susceptible et irritable.
8 juin. — Agitation, préoccupation, impossibilité de fixer l’attention sur quoi que ce soit.
23 juin. — Il y a une extrême mobilité dans tous les phénomènes. Avant-hier c’étaient des hallucinations, hier une sorte d’anéantissement de la pensée, et le soir un violent accès d’épilepsie, à la suite duquel l’agitation a été si grande qu’on a dû employer la camisole de force. Ce matin, accès complexe hystéro-épileptiforme dont vqici le tableau : Après quelques mouvements convulsifs de la face, les traits se tirent, le maxillaire inférieur se retire en arrière, la lèvre inférieure se repliant sur. les dents. Les yeux, très mobiles d’abord, se fixent, les paupières se ferment à demi, il y a du strabisme convergent. Au bout de quelques minutes, la tête se meut très rapidement par un mouvement de rotation, alternative à droite et à gauche. La malade pousse des gémissements, de petits cris plaintifs, mais ne peut parler. La face rougit, le corps se roidit, les bras sont contracturés et très fortement fléchis; les pouces sont pliés et serrés par les autres doigts. 11 n’y a pas de grands mouvements, mais la malade s’arqueboute de la tête et des pieds sur son lit, dont elle fait plier les barreaux de fer dans un violent effort d’extension. Pendant tout ce temps elle grince des dents. Tout à coup la résolution arrive, les yeux se rouvrent et restent fixes, le regard est sans expression. Après un instant de repos, la malade s’agite et l’accès recommence sans que l’écume paraisse jamais à la bouche. Après ces accès, elle s’agite et déchire ce qui lui tombe sous la main. Ce matin elle a des hal-
DUNANT.— 1863.
lucinations et répond à un être invisible qui paraît la tournaenter. Toutes les questions qu’on lui adresse restent sans réponse, elle ne les a pas perçues.
26 juin. — Hier soir un accès franc d’épilepsie avec écume à la bouche.
1" juillet. — Hier la malade déchirait ses vêtements, elle ne peut dire pourquoi, c’est quelque chose de plus fort qu’elle qui l’y pousse, quoiqu’elle cherche à résister. Ce matin elle a une crise convulsive avec cris et grande agitation, et se terminant par un accès d’épilepsie avec ronflement et écume à la bouche.
4 juillet. — L’agitation est constante et extrême; la malade veut se tuer; elle menace, crie et mord ; on a dû la descendre au quartier de force. Hier, elle a eu trois accès convulsifs.
Décembre 1861. — L’état de cette malade a peu changé. Les phénomènes morbides ont toujours une extrême mobilité, que l’emploi du hachisch, pendant deux mois, n’a fait que rendre plus appréciables.
Observation VL
Attaques hystériques^ Vertiges épileptiques.
T... (Louise), âgée de trente-six ans. Réglée à vingt et un ans, cette malade a une forte constitution , mais elle éprouvait avant le début de sa maladie de fréquentes pertes de connaissances (probablement des vertiges épileptiques comme ceux qu’elle a encore). Elle ne peut fournir d’autres renseignements, parce que sa mémoire s’est affaiblie beaucoup ; elle paraît avoir été intelligente. La première attaque convulsive survint vers vingt-deux ans, un mois après avoir été fortement impressionnée par la mort de son frère qui s’était brûlé la cervelle. Â l’âge de sept ans, elle avait eu déjà une peur très vive en voyant sa mère assassinée.
Sur l’observation prise à l’époque de son entrée dans l’asile, nous ne voyons mentionnées que les grandes attaques hystériques. Elle a cependant, d’après le rapport des dames surveillantes, des filles de service et de toutes les malades voisines, des étourdissements fréquents, qui se passent de la manière suivante. Si la malade n’est pas debout, elle se lève sans laisser tomber ce qu’elle tient à la main ; elle perd connaissance, ne répond plus aux questions qu’on lui adresse; son teint devient blême, ses yeux s’enfoncent, son expression est celle d’une idiote; puis au bout de une ou deux minutes, l’intelligence renaît rapidement.
Les attaques que nous avons vues plusieurs fois appartiennent à l’hystérie. Elles surviennent de préférence, mais non exclusivement, au moment des règles. La malade sent venir ses attaques et demande à être camisolée. Pendant les jours qui
précèdent, il y a de l’insomnie; le caractère est irritable et mobile. Plus tard appa-’ raissent la boule, la dysphagie, les spasmes du larynx et enfin les convulsions étendues et très fortes du tronc et des membres. La respiration est gênée; le cou grossit, la face est rouge, les yeux sortent de leur orbite. Des cris violents témoignent que quelque chose se passe dans l’intelligence de la malade, qui semble assister à la mort de sa mère, car elle s’écrie : « Je vois des assassins ; étanchez ce sang. « Ces exclamations sont accompagnées de gestes d’effroi et une expression d’horreur se peint sur son visage, qui est bouleversé. Après cette forte crise, tantôt la malade revient à elle définitivement, ou jusqu’à un nouveau paroxysme; tantôt il reste de la contracture et des secousses peu étendues dans les membres, de la roideur du cou, de l’écume à la bouche, puis la résolution arrive, et la malade reprend connaissance ; il lui semble qu’elle a fait un mauvais rêve.
Observation Vil.
Attaqijæs isolées d’épilepsie et d’hystérie. Observation copiée sur les registres de la Salpêtrière.
.« B... (Désirée), enfant trouvé, A cinq ans, a été mordue par un chien, a eu la variole, et à douze ans une fièvre cérébrale. Ce n’est qu’à quatorze ans qu’a paru la première attaque hystériforme, après une peur violente. Elle a été traitée à Blois pour ses attaques, et y a eu de la lypémanie; et plus tard, à la Salpêtrière, dans le service de M. Baillarger, pour de la mélancolie avec idées de persécution.
« J’ai été témoin, dit l’auteur de l’observation, de plusieurs attaques. Elles sont alternativement franchement hystériques et franchement épileptiques, se terminant parfois sans accident, parfois par du mutisme eteles vômissements, le plus souvent par des hallucinations et d’autres phénomènes d’aliénation mentale. »
Observation VIII.
Hystérie à symptômes très variés. Attaques se compliquant tardivement d’accidents épileptiques. Douleurs intolérables. Délire. Extase. Effets obtenus par l’électricité d’induction.
L... (Alexandrine-Maria), âgée de vingt-deux ans. brocheuse. Le père, deux soeurs et un frère se portent bien ; la mère a un caractère très vif et emporté; un second frère paraît atteint d’une maladie du coeur. La malade, dans son ertfance.
a toujours souffert de céphalalgie ; elle a eu des éruptions cutanées prurigineuses pour lesquelles elle a été traitée à l’hôpital des Enfants par les sullureux et les amers. L’érupiion disparaissait rapidement, pour reparaître dès qu’elle cessait le traitement. A quinze ans, ces éruptions avaient cessé complètement, lorsque parurent aux jambes de grosses pustules douloureuses traitées par M. Gosselin, h ^hôpital Cochin, au moyen de cataplasmes et de cautérisations au nitrate d argent. A dix-sept ans, les règles parurent ; elles ont toujours été difficiles et irrégulières. Pendant la première époque menstruelle, la malade dit avoir eu peur et être tombée immédiatement dans un état d’hystéricisme, et le lendemain dans sa première attaque de nerfs. Elle avait pleuré toute la journée, et c’est le soir qu’elle tomba subitement sans connaissance. Cette première attaque paraît avoir duré plusieurs jours; les suivantes se répétèrent tous les huit jours environ, jusqu’à vingt et un ans.
En juillet 1860, les attaques firent place, sans cause appréciable, à d’atroces douleurs de jambes, revenant surtout au moment des règles, mais se prolongeant longtemps après leur disparition. Elles occupent exclusivement les pieds et les jambes, principalement du côté gaucho; ce sont des élancements, des sensations intolérables de broiement, de coups de lancettes; la marche les exaspère ; le moindre contact, le poids le plus léger les décuple ; mais elles ne sont pas seulement superficielles, elles occupent toute l’épaisseur du membre, et toutes les parties, depuis les genoux jusqu’aux orteils. Depuis leur apparition, les règles se montrent un peu plus régulièrement.
15 janvier 1861. — Les accès de douleurs étaient très violents hier et avant-hier, mais sans coloration ni chaleur anormales à la peau. Les exacerbations spontanées sous forme d’élancements sont presque continuels et arrachent des cris déchirants à la malade, qui cependant est courageuse. Les vésicatoires, la belladone, employés très souvent jusqu’ici, n’ont eu aucun effet sédatif.
18 janvier. — Les douleurs ont un peu diminué, et se sont transportées beaucoup moins fortes dans le bras, l’épaule et le cou, toujours du côté gauche.
26 janvier. — Les règles reparaissent et font éclater une violente attaque d’hystérie qui dure douze heures : la malade affirme que c’est la première depuis six mois. Voici quels sont ses symptômes; Malaise, palpitations, boule, perte apparente de la connaissance et des sensibilités, cris ; « Maman [ maman ! » convulsions très fortes et très étendues des bras, du tronc et de la tête ; spasme pharyngien ; pouces en abduction et étendus ; pas d’écume; rémission; nouveau paroxysme et terminaison par des rires et un sommeil réparateur; émission d’urine abondante au réveil. La malade ne peut dire ce qui s’est passé pendant son attaque, mais elle a la conscience d’avoir été malade.
5 lévrier. — Après 1 attaque du 26, il y a eu pendant plusieurs jours de petites
attaques sans aucune douleur de jambes; mais ce matin il en paraît de légères.
7 février. — A onze heures du malin, les douleurs s’exaspèrent, et en quelques minutes atteignent une très grande intensité. La malade pleure, se lord, s’arrache* les cheveux de douleur et supplie qu’on lui coupe les jambes. Avec l’appareil électromédical de Rulimkorff, j’électrise avec les éponges mouillées le nerf sciatique gauche (côté le plus douloureux), un des pôles sons la plante du pied, l’autre au point desortie du nerf, entre l’ischion et le trochanter. Une exacerbation extrêmement vive se produit, suivie d’engourdissement de tout le membre avec disparition complètede la douleur au bout de deux minutes de durée du courant. Le même résultat est*; ensuite obtenu sur le membre droit. Après dix minutes de calme, les douleurs reparaissent avec toute leur intensité dans le côté gauche. En cinq minutes d’électrisation, elles sont de nouveau calmées. Le courant faible est maintenu pendant un quart d’heure. Une heure après, retour des douleurs; nouvelle faradisation produisant une exacerbation d’abord, puis un calme complet. Le courant est continué peu intense pendant une heure, et le repos dure tout le reste du jour et toute la nuit, sauf de rares élancements qui troublent à peine le sommeil.
9 février. — Hier et aujourd’hui les douleurs ont reparu plusieurs fois; à chaque fois la faradisation employée aussi près que possible de leur début, les a calmées rapidement en produisant un engourdissement de tout le membre, sans toutefois abolir la sensibilité au contact, ni la contractilité qui demeure intacte et sous l’empire de la volonté.
19 février.— A cinq heures du soir, attaque d’hystérie qui dure une heure et qui est suivie de pleurs, puis d’hilarité et enfin de délire somnambulique. Un contentement extrême est peint sur la ligure de la malade; ses yeux sont ouverts, mais elle paraît ne rien distinguer de ce qui l’imtoure, elle ne répond pas aux questions et ne les entend pas ; toute l’étendue de sa peau est anesthésiée, son pouls est calme, elle rit et s’écrie : « Ah que je suis contente! >) Elle parle des fleurs du jardin du Luxembourg et chante des chansonnettes qu’elle a chantées autrefois dans ce jardin en faisant des rondes avec ses amies de pension. Les inhalations d’éther lui font reprendre connaissance très rapidement en arrêtant le délire. La malade croit alors avoir dormi et veut dormir encore; elle demande à boire, elle est gaie et reconnaît toutes les personnes qui l’entourent; elle répond très bien aux questions, mais elle n’a aucun souvenir de ce qui vient de se passer et n’a rêvé à rien. Après cinq minutes de lucidité vient une attaque que suspendent les inhalations d’éther, et la malade reprend enfin pleine possession d’elle-même. Elle éprouve quelques nausées et un peu de céphalalgie, ce qui peut être allribuô à l’éther qu’elle a respiré. Elle ne conserve aucun souvenir de ce qui lui est arrivé depuis le début de l’attaque.
28 février. — La malade a passé ces sept derniers jours dans un état de délire léger entrecoupé de temps en temps par des attaques. Hier elle en est sortie conservant seulement de la gastralgie.
15 mars. — Après quinze jours de bien-être relatif, les douleurs ont reparu cette nuit dans les deux jambes jusqu’aux genoux. J’électrise comme il a été dit précédemment et avec le même résultat.
16 mars. — Les douleurs reparaissent ; l’électricité les calme encore, mais en produisant une paralysie des mouvements qui dure environ trois heures. Il n y pas d’anesthésie, mais un peu de délire.
S avril. — Retour des douleurs, dans le membre inférieur gauche seulement. Le courant avec les conducteurs humides les calme encore, mais quelques instants après un des conducteurs ayant cessé d'être en contact avec la peau, il survient une exacerbation terrible qui émeut tellement les malades voisines que plusieurs ont des attaques chacune dans sa forme habituelle. La première a une syncope, la seconde des vomissements, la troisième un vertige épileptique, la quatrième une attaque d’angine de poitrine, la cinquième enfin (la malade de notre observation lï), une attaque d’hystéro-épilepsie. Le circuit rétabli, la douleur se calme. Depuis quelque temps un traitement général tonique et antispasmodique a été institué ; viande rôtie, vin de quinquina et de Bordeaux, douches froides, gymnastique et un opiat renfermant quinquina, valériane, belladone et sirop d’écorce d’oranges amères.
9 mai. — Hier est survenu du délire somnambulique. La malade raisonne, mais d’une façon bizarre et qui ne lui est pas habituelle; elle prend une chaise percée pour une marmite ; elle n'a pas dormi pendant la nuit, mais elle s’est tenue tranquille pour ne pas troubler le sommeil des autres malades. L’anesthésie est complète au point qu’une urtication qui donne naissance à des papules énormes et d’un rouge intense ne procure à la malade qu’une très légère sensation de cliatouillement.
11 mai. — Même état; la peau est froide, d’un blanc mat, complètement exsangue; la malade est plongée dans une indifférence et dans une inertie désespérantes. Le soir une attaque met fin à cet état, et au réveil il ne reste aucun souvenir sur les événements des trois derniers jours. On a beau rappeler à la malade ses actes et ses paroles, elle ne peut croire ce qu’on lui dit et en demeure très affectée.
2 juillet. - Ce matin, pendant la gymnastique, la malade a eu un vertige que madame la surveillante, qui l’a observé, appelle épileptique.
11 juillet. — Ce matin elle avait été soumise au drap mouillé. Une heure après subitement elle a jeté un cri, puis il y a eu contraction de tous les muscles extenseurs ; les yeux étaient convulsés en haut, la tête fortement renversée en arrière
la face rouge, absolument comme dans un accès d’épilepsie. Jamais nous n’avions observé ces phénomènes chez elle. Ils ont duré une minute, puis une attaque hystériforme, sans écume à la bouche, est survenue.
9 septembre. — Depuis deux mois il n’y a eu d’accidents que de loin en loin. Aujourd’hui il y a des douleurs dans le membre inférieur gauche. L’éthérisation ne réussit pas à les calmer, non plus que.l’électricité qui détermine des spasmes du larynx. La voix s’éteint, le pouls baisse, la malade semble à l’agonie et accuse un froid glacial dans les jambes dont la température n’a cependant pas varié. Toute la journée elle paraît épuisée et demeure plongée dans un état extatique. Le soir survient une attaque d’hystérie semblable à toutes les autres, mais après le paroxysme, et avant le retour à la connaissance il s’y mêle des accès épileptiques. Les grandes convulsions ayant cessé, les membres supérieurs restent étendus et rigides, les pouces sont fléchis dans la paume de la main, les autres doigts sont étendus ou fléchis. La tête se dévie à droite, la face ne grimace pas. Il y a des secousses dans les bras à la fin de chaque expiration, qui est bruyante et qui amène de l’écume à la bouche. La perte de connaissance est totale, les pupilles sont égales, l’insensibilité est absolue et universelle. Au bout d’une minute résolution et coma. Puis au réveil les yeux s’ouvrent, mais la malade ne dit rien ; elle paraît ne rien voir et cherche à rassembler ses idées ; une expression d’étonnement se peint sur sa figure. Ces accès se répètent plusieurs fois de suite à de très courts intervalles, et sans que la malade ait le temps de reprendre complètement connaissance ; elle dit seulement après quelques-uns d’entre eux, et dans un état de demi-lucidité : « Allons travailler, je veux repasser le linge. » Les questions les plus variées, les excitants de toute nature restent sans réponse et sans effet. Le chloroforme en inhalations, la compression de l’épigastre enrayent ou retardent quelques accès qui font alors place à de l’extase. Le pinceau électrique fait cesser cette extase, et pendant un instant la connaissance renaît, on obtient même quelques réponses de la malade, mais l’extase recommence bientôt et dure jusqu’à minuit,
25 octobre. — Pendant un mois la santé a été assez bonne. Hier soir une attaque hystérique, survenue sans cause appréciable, a été suivie de somnambulisme, après lequel tout à coup s’est montré un accès produisant fixité du regard, pâleur de la face, contracture, roideur des membres, puis convulsions cloniques, courtes et égales, écume à la bouche, ronflement, puis résolution et retour au somnambulisme avec anesthésie complète et générale.
25 décembre. — Deux fois depuis deux mois la malade a eu des douleurs de jambes; l’électricité les a calmées.
Décembre 1862. — La malade est dans une période heureuse ; depuis cinq mois elle n’a pas eu d’attaque, aussi lui a-t-on permis de sortir de l’asile. Cette année.
au lieu (le l’électricité, on a employé avec un plein succès, contre les douleurs des jambes, le chloroforme en applications locales.
Février 1863. — L’amélioration ne s’est pas maintenue; deux mois après sa sortie, la malade a été reprise d’attaques, puis de douleurs, puis de nouvelles atta • ques pendant quinze jours consécutifs. Les douleurs avaient une intensité extraordinaire et n’ont pu être calmées ni par l’électricité, ni par le chloroforme en applications locales ou en inhalation.