DINANT
Tissot n’aclrnct pas que « les accès de suffocalion hystérique qui res- » semblent quelquefois beaucoup aux attaques épileptiques aient les
véritables caractères de l’épilepsie, « quoiqu’on en ait fait une espèce particulière d’épilepsie. {Traité de$ nerfs, art. Epilepsie, §30.)
La variété d’épilepsie que Sennert a désignée sous les noms d’epilepsia genitalis on ab utero, il l’a établie pour rappeler la cause sympathique qui produit les convulsions, mais il ne la considère pas comme un mélange de l’hystérie avec l’épilepsie.
Willis un des premiers rapporte un cas d’hystérie dégénérée en épilepsie. Cette transformation a été aussi mentionnée par Hoffmann : ci Spasmi violentiores, quales inmalohysterico^ in epilepsiam desinunt; » et par van Swieten : « Intérim tamen admodum hœc mala sunt, et « passio liysterica swpius observata fuit in epilepsiam mutari. » {Comment. sur les Aphor. de Boerfiaave.) De nos jours elle est encore observée, ainsi que le constate M. Briffaut dans son excellente thèse inaugurale {Rapports de l’hystérie et de l'épilepsie, 1851). « A la Salpêtrière, » dit-il, il est donné de voir l’hystérique devenant épileptique, restant » l’imet l’autre, ce qui constitue l’hystéro-épilepsie, ou bien l’épilepsie « dominant de plus en plus, et anéantissant en quelque sorte l’hystérie >4 primitive. »
D’après Pomme, l’épilepsie hystérique n’est que l’épilepsie ordinaire, « ayant son point de départ à l’utérus, dont les vaisseaux resser- » réset desséchés forcent le sang à refluer vers le cerveau»; sa théorie est donc inverse de.celle de Cullen. {Traité des affections vaporeuses des deux sexes, iSOli.)
Selon Maisonneuve, il y a toujours dans « l’épilepsie hystérique » un point de départ à l’utérus et les symptômes de l’affection hystérique. Lorsque ces mêmes symptômes se retrouvent chez l’homme, c’est l’épilepsie vaporeuse ou hypochondriaque. {Recherches et observations sur /’épi/epsie, thèse inaugurale, 1803.)
Louyer-Villermay parle de « l’hystérie épileptiforme »; il désigne sous ce nom non-seulement l’hystérie qui présente quelque symptôme épileptique, mais aussi l’épilepsie vraie, si elle se développe sous quel-
que influence utérine. (Article Hystérie du Dictionnaire des sciences médicales, t. XXIIL)
Esquirol, le premier à notre connaissance, a dit : « H est des hystériques qui sont en même temps épileptiques. » {Traité des maladies mentales, 1838, t. p. 28/|..) — MM. Casauvielli et Bouchet ont puhlié deux observations d’épilepsie compliquée d’hystérie. {Archives générales de médecine, décembre 1825 et janvier 1826.)
En 1833 {Traité philosophique de l’hypochondrie et de l'hystérie), M. Dubois (d’Amiens) regardait l’hystérie épileptiforme comme de l’hystérie ayant un degré de plus dans l’intensité des symplômes.
M. Alègre, dans sa thèse, paraît avoir été le premier à parler de riiysléro-épilepsie à accès complexes. {Dissertation sur l'épilepsie et l'hystérie, 1833.)
Dans son travail statistique {Archives générales de médecine, 1836), M. Beau a décrit trois formes d’hystéro-épilepsies : la première, à attaques d’hystérie séparées des accès d’épilepsie; la seconde, à attaques complexes; la troisième, à attaques d’hystérie avec vertiges épileptiques.
Dans le Traité de l'hystérie (1846) de M. Landouzy, on trouve un bon article sur l’hystérie compliquée d’épilepsie (accès épileptiques séparés des attaques hystériques) et sur i’hystéro-épilepsie à accès complexes, plus deux observations à l’appui. Dans celui de Brachet, publié l’année suivante, l’auteur dit avoir vu l’hystérie dégénérer en épilepsie. Quant à Sandras {Traité des maladies nerveuses), il distingue l’hystéro-épilepsie ou hystérie mélangée d’épilepsie, et l’hystérie épileptiforme ou à apparence épileptique.
M. Herpin aune opinion différente; il croit à la complication de l’hystérie par l’épilepsie, mais il pense qu’il y a eu erreur de diagnostic dans tous les cas où l’on a admis que les deux névroses étaient réunies dans une môme attaque. « Nous n’avOns rencontré, dit-il, qu’une seule » fois la complication de l’épilepsie et de l’hystérie, et nous n’avons » jamais vu un seul cas d’accès hystérico-épileptique ou constitué par
» une combinaison des symptômes de l’hystérie et de l’épilepsie. » {Du pronostic et du traitement de l’épilepsie, p. Û59.)
M. Delasiauve admet l’existence de l’épilepsie précédée ou accompagnée d’hystérie. Il admet aussi que l’épilepsie utérine, celle qui a son point de départ dans l’utérus, présente assez fréquemment des symptômes hystériques. {Traité de l’épilepsie, p. 260 et 279.)
Enfin M. Briquet dit positivement que rhystéric peut se compliquer d’épilepsie, ce quicxmslilue rhystéro-épilepsie, laquelle, est quelquefois coévalo et quelquefois consécutive soit à l’hystérie, soit à l’épilepsie. (Traité de l’hystérie, p. S99.) — M. Marcé professe les mômes idées. {Traité pratiqué des maladies mentales, p. 5ù5.)
On le voit, tous les auteurs n’ont pas compris cette question de la môme manière, parce qu’ils n’ont pas tous donné au mot liystéi'ie la même signification. D’après le sens étymologique, et conformément à l'idée erronée qu’ils se faisaient de la nature de cette maladie, la rattachant toujours à l’iilérus, beaucoup de médecins n’ont voulu désigner sous les noms d’épilepsie hystérique, d’hystérie épileptiforme, elc., qito l’épilepsie pure et sans mélange survenant à l’occasion d’un fonctionnement pathologique et même physiologique, ou d’une altération morbide de l’utérus ou de ses annexes. Aujourd’hui le mot hystérie n’entraîne plus avec lui que l'idée d’une névrose générale protéiforme se révélant le plus souvent par des spasmes et des convulsions. Aussi, dans l’ignorance où nous sommes sur sa nature et sur son origine réelle, convient-il de ne tenir compte que des symptômes, et, sans trancher, comme Georget, la question de savoir si l’épilepsie n’est qu’un degré avancé de l’hystérie, devons-nous déclarer qu’il y a hystérie avec épilepsie ou hystéro-épilepsie toutes les fois qu’on observe sur un môme malade la réunion de phénomènes qui, s’ils étaient isolés sur deux malades différents, constitueraient chez l’un de l’épilepsie, chez l’autre de l’hystérie. C’est ainsi que l’ont entendu Sandras, Brachet, MM. Alcgre. Beau, Landouzy, Delasiauve, Moreau, Briquet, Marcé, etc.; et nous croyons ne pouvoir mieux faire que de suivre leur exemple.