‹ Recherches et observations sur les causes des maladies scrofuleusesChapitre 16 sur 36 · DES MALADIES SCRUPULEUSES · texte numérisé non relu

DES MALADIES SCRUPULEUSES

ment reste incomplet : ainsi un scrofuleux d'une taille démesurée n'a souvent pas plus de force que celui que la scrofule arrête dans sa croissance.

Chez ces sujets, le scrotum est très relâché; les bourses sont pendantes et très allongées, offrant à leur extrémité inférieure une petite rotondité produite par la présence des testicules, qui sont de petit volume et qui ne prennent plus d'accroissement, depuis plusieurs années.

Le pénis, très volumineux, à l'état de relâchement, contraste avec l'exiguïté des organes sécréteurs de la liqueur séminale. On remarque entre les organes sécréteurs et l'organe de 1 ejaculation un défaut d harmonie qui est exclusif de toute fonction énergique, et c'est aussi ce dont les malades conviennent. Cette disposition particulière des organes de la génération est toujours congéniale, aussi bien que l'opposée; elles sont, l'une et l'autre, un des caractères de la comploxion tuberculeuse. Plusieurs fois, elles m'ont mis sur la voie du diagnostic.

La vivacité des appétits vénériens qu'on a cru remarquer chez quelques sujets tuberculeux, provient le plus ordinairement de l'éducation qui place les jeunes gens trop au-dessus de leur âge et leur donne un faux amour-propre; elle provient encore de l'excitalion des besoins naissants. Mais la réalité n'est jamais égale à l'apparence; l'excès arrive dans une limite très bornée , et l'excès eugendre une lassitude qui endort, pour longtemps, les fonctions génératrices.

Loin que les sujets tuberculeux soient plus pas-

sionnés qu'on ne lest ordinairement, ils ont, au contraire, des besoins très modérés; la continence letir est facile et n'est jamais cause de maladie; elle est même très favorable à la santé générale. C'est pourquoi on doit toujours recommander la continence aux jeunes gens qui ont eu des maladies tuberculeuses; c'est un des moyens les plus sûrs de fortifier leur santé et de leur assurer, dans l'avenir, le plus de bien-être possible.

En général , les sujets scrofuleux ne supportent ni fatigue corporelle ni contention d'esprit. Ils ont quelquefois de l'intelligence, mais point d'application ni de suite dans leurs idées; ils n'éprouvent aucune vivacité soutenue des appétits physiques, ni des facultés intellectuelles, ni des sentiments moraux; ils n'ont rien de normal, rien de fort, rien de durable. Toutes les phases de leur existence avortent ; ils n'ont ni puberté ni âge viril; les difficultés qu'ils ont à croître n'ont point de fin; leur développement physique et intellectuel reste inachevé.

Du faciès scrofuleux des auteurs.

Nous allons continuer cet essai sur la complexion scrofuleuse par quelques remarques relatives au faciès scrofuleux des auteurs.

Ce faciès ne doit pas être regardé comme propre aux sujets scrofuleux en général; car il manque le plus ordinairement; il n'existe que dans quelques cas où la scrofule fixe son siège principal, ou même exclusif, sur la face. C'est la scrofule cutanée, cellu-

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leuse , catarrhale de la face : il y a hypertrophie des lèvres, des ailes du nez, des joues, des paupières, du bord libre de ces voiles mobiles, du lobule des oreilles, de l'une ou de plusieurs de ces parties, înaisleplussouventde la partie moyenne de la lèvre supérieure Le tissu cellulaire sous-jacent participe à cet état d hypertrophie indurée qui défigure beaucoup les traits du visage.

Cesindurationspartiellessonttrèssignifieatives,el^ selient constamment àlaprédispositiontuberculeuse.

J'ai vu débuter ainsi par le grossissement des traits de la face, mais surtout par celui de la lèvre supérieure , l'invasion tuberculeuse des poumons. Quand cette hypertrophie survient et que la figure perd de sa régularité, le corps se dérange aussi intérieurement: les malades maigrissent et perdent leurs forces avant que l'appétit ne commence à diminuer, avant même que la toux ne survienne.

J'ai vu ce gonflement de la lèvre supérieure se montrer, pour la première fois, à 1 âge ordinaire de la puberté, et même quelques années plus tard, et relier ainsi au tempérament de famille des enfants qu'on avait crus sauvés de toute atteinte de la scrofule.

Je dois seulement signaler ici ces indurations partielles de la face sans les décrire particulièrement, car ce serait entrer trop avant dans le diagnostic, sur lequel nous n'avons pu nous empêcher d'empiéter déjà plusieurs fois.

Cette hypertrophie indurée de la peau et du tissu cellulaire sous-jacent coïncide, le plus ordinairement, avec un état catarrhal des surfaces muqueuses qui

peut être habituel et peu prononcé pendant plusieurs années; c'est cette complication à laquelle les auteurs ont donné le nom de faciès scrofuleux.

Loin d'appartenir aux malades scrofuleux en général, cet état de la face est au contraire fort rare; nous n'en avons jamais que peu d'exemples à la fois, et nous avons souvent fait remarquer aux élèves l'absence de ce faciès au milieu d'une population décent malades scrofuleux environ que nous avons à l'hôpital Saint-Louis.

Revenons à la complcxion scrofuleuse : parlons de l'embonpoint flatteur dont on a doté d une manière trop générale les sujets scrofuleux, plus particulièrement les femmes que les hommes, et dont on a fait une complexion particulière.

Au sujet de cet embonpoint, nous ferons les mêmes observations que celles que nous avons présentées relativement au faciès scrofuleux des auteurs; nous dirons que cet embonpoint n'est pas ordinaire aux scrofuleux, et que lorsqu'il existe, on observe toujours quelque coïncidence fâcheuse qui révèle sa nature.

Les femmes de cette complexion sont de taille ordinaire; elles ont la peau blanche et colorée, le teiut frais et rosé, les yeux un peu humides, et la cornée transparente, légèrement bleuâtre ; elles ont de l'embonpoint, de la fraîcheur et des formes arrondies. Cette complexion emprunte, quelquefois, des premières années de la jeunesse, un certain éclat, une apparence de beauté que le inonde regarde, bien à tort, comme une beauté réelle et comme l'apanage d'une bonne organisation. Mais pour le médecin observa-

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teur, cet état de santé est loin d être satisfaisant, car cette beauté éphémère que l'on admire n'est que la prédisposition scrofuleuse elle-même, fortement exprimée sur l'enveloppe tégumentaire et graisseuse du corps; cet état est le présage certain, le signe avantcoureur des maladies scrofuleuses qui surviendront, spontanément, dans un temps plus ou moins éloigné. 11 met sur la voie de prédictions qui ne sont ordinairement pas comprises, et qui quelquefois sont mal accueillies des parents; malheureusement elles ne se réalisent que trop tôt sur les jeunes femmes et sur leur progéniture.

Quelque avantageuse, en effet, que puisse paraître celte complexiou, elle présente néanmoins le défaut d'harmonie que nous avons signalé au commencement : ces belles apparences de santé forment contraste avec quelques uns des signes suivants qui appartiennent à la scrofule. La pupille est trop dilatée; il y a un léger épiphora, des orgelets sur les paupières, un coryza habituel, des engelures rebelles; la bouche est en ogive; les dents sont blanches, mais trop longues et trop serrées; souvent les dents sout noires, et même happées de carie; le col est trop gros en avant; les maux de gorge sont très fréquents; il y a des sueurs partielles d'une odeur pénétrante; les cheveux sont rares, mal nourris; ils sont trop secs, ou trop gras; il existe une leucorrhée habituelle qui, en certains cas, est fort abondante ; il y a souvent dysménorrhée, quelquefois aménorrhée, et rarement la menstruation est régulière. Il est très commun que des femmes qui ont beaucoup d'embonpoint man-

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quent d'appétit et ne prennentque fort peu de nourriture; très souvent les femmes de cette complexion sont sujettes à des migraines dont elles ont beaucoup à souffrir toute leur vie. Enfin cet embonpoint ne résiste pas longtemps aux progrès de la prédisposition scrofuleuse, et il n'est pas rare qu'il soit remplacé par un amaigrissement assez prompt, qui ride profondément et pour toujours des femmes encore jeunes.

.le vais rapporter un fait de cette complexion dont la nature scrofuleuse a échappé à trois praticiens du premier ordre.

Au mois de mars i833, on conduisit à Paris une demoiselle du département du Cher pour consulter sur un œdème des paupières dont elle était affectée depuis plus de trois ans.

Cette demoiselle, âgée de treize ans et demie, était réglée et bien réglée depuis dix-huit mois; elle était de petite taille, très colorée, très fraîche , et d'un embonpoint remarquable ; les trois médecins qui la virent avant moi trouvèrent surprenant qu'on eût entrepris un \ oyage à Paris exprès pour leur présenter une jeune fille aussi bien portante.

Je fus d'un avis contraire ; au premier aperçu je regardai cet œdème des paupières non comme une maladie importante, mais comme le signe d'une prédisposition scrofuleuse héréditaire , dont on pouvait compléter le diagnostic en interrogeant la vie médicale de cette jeune malade et celle de sa famille.

Je fus confirmé dans mon opinion par les premières questions que j'adressai aux parents.

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Cet œdème avait effectivement été précédé de l'hypertrophie de la lèvre supérieure, et de tubercules cervicaux qui avaient disparu depuis que la maladie avait fixé son siège sur les paupières.

En outre , cette demoiselle était fille unique ; elle avait perdu un frère et une sœur en bas âge , et son grand-père du côté maternel était mort tuberculeux pulmonaire avant l'âge de trente ans.

En considérant ces antécédents je ne fus nullement étonné que le médecin delà famille eût éveillé la sollicitude des parents sur la santé du seul enfant qui leur restât des trois qu'ils avaient eus. La persistance seule de cet œdème depuis plus de trois ans annonçait du reste qu'il avait sa cause dans le tempérament, et que cette cause était grave.

Je vais plus loin : cet œdème des paupières pouvait suivre une marche différente, il aurait pu se montrer tout d'abord, et exister pendant des années sans antécédents ni coïncidences, comme cela a lieu très fréquemment pour les tubercules du col et l'hypertrophie indurée de la lèvre supérieure; dans ce cas-là même, il réclamait encore par lui seid l'attention du médecin, car son existence était incompatible avec une bonne santé. La coloration de la peau, la fraîcheur, l'embonpoint, formaient avec ce signe un contraste marqué comme pour nous avertir que lui seul devait nous guider et nous mettre sur la voie de la santé générale, et que nous ne devions pas nous en laisser imposer par des apparences trompeuses.

Nous venons de voir l'œdème des paupières former un contraste fâcheux avec les apparences de

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beauté que peut produire la scrofule. Dans l'exemple suivant, nous verrons ces mêmes apparences coïncider avec un coryza chronique.

Une clame de Rouen, âgée de vingt-sept ans, d'une assez belle apparence de santé , me consulta, il y a quelques années, pour un coryza chronique, dont elle était affectée depuis sa première couche qui avait eu lieu huit ans auparavant. La membrane pituitaire était d'un rouge vif au-dessous du cornet inférieur, où je crus apercevoir quelques petits points d'ulcération permanente.

Il existait quelques autres signes révélateurs du génie scrofuleux : dilatation habituelle des pupilles; gonflement des paupières, mais surtout de leurs bords libres; les os spongieux trop développés; la peau trop blanche, etc.

Les antécédents relatifs à la santé de cette dame et à celle de sa famille dans laquelle il y avait des tuberculeux, donnaient encore plus d'importance aux sigues que nous venons d'énumérer; et loin d'être de peu d'importance , comme le pensaient plusieurs praticiens,cessignes nous parurent, au contraire, d'un présage fâcheux, si l'on n'y faisait une sérieuse attention. Ce que nous venons de dire du coryza chronique serait applicable à l'otite, à la leucorrhée, à laplupart des symptômes delacomplexion scrofuleusequi peuvent coïncider avec un certain embonpoint que le monde regarde trop généralement comme de bonne nature, mais dont le médecin doit juger bien autrement.

On ne saurait dire à quel point nos connaissances

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sont arriérées à cet égard. Il y a quelques années, nie trouvant dans une campagne des environs de Paris, la conversation tomba sur les dames les plus belles de la cour de Charles X. En tête de celles auxquelles cette qualification fut accordée d'une voix unanime, on nomma une dame qui suivait mes conseils depuis plus de six mois. Elle était la sixième personne de sa famille qui recevait mes soins, et la cinquième sur laquelle j'avais observé le même genre de maladie. On prononça le nom d'une autre daine qui ne m'était pas connue sous le rapport dont je parle. Quelques mois plus tard , je me trouvai en relation avec cette dame pour des tubercules souscutanés qu'elle portait dans plusieurs régions, et dont la génération avait déjà terni l'éclat de son embonpoint; peu d'années auparavant ; son père avait succombé à la phthisic tuberculeuse pulmonaire.

Nous avons peu de scrofuleux qui aient les cheveuxblonds: plus de la moitié ont les cheveux noirs; parmi les autres, le plus grand nombre ont les cheveux châtains et plus souvent châtain toncé que châtain clair. Les mêmes observations peuvent être ap pliquées à la couleur des yeux. Nous les ferons aussi relativement à la couleur de la peau, qui esl plus souvent brune que blanche.

Au sujet de la couleur des cheveux, nous ferons une remarque relative à l'âge de nos malades; ceux-ci ont généralement de quinze à vingt ans ; ce qui peut, jusqu'à un certain point, expliquer la couleur brune de leurs cheveux. On sait effectivement que les cheveux prennent une couleur plus foncée à mesure

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que les entants graudissent, et que des enfants qui sont très blonds dans les premières années de leur vie, ont, en général, des cheveux châtains à divers degrés, et quelquefois même des cheveux noirs, quand ils arrivent à leur adolescence. Ces observations générales, qui sont si contraires à tout ce que l'on a écrit sur la couleur des cheveux, des yeux et de la peau des sujets scrofuleux , peuvent néanmoins être vérifiées chaque jour dans mes salles, à l'hôpital Saint-Louis.

Les enfants scrofuleux n'offrent individuellement que quelques uns des phénomènes que nous venons de passer en revue. Ces signes n'existent réunis que fort rarement; ils s'associent en nombre variuble, à des degrés qui se divisent jusqu'à ne plus présenter que des nuances qu'il est encore facile de saisir, mais qu'on aurait de la peine à exprimer. Dans certains cas, ces signes décroissent de manière que la complexion scrofuleuse peut passer inaperçue, quoiqu'elle existe réellement, comme nous aurons occasion de le faire voir dans plusieurs des articles où nous traiterons de la santé des parents qui engendrent des enfants scrofuleux.

La complexion scrofuleuse offre donc beaucoup de différences, depuis le plus haut degré qu'elle puisse atteindre jusqu'à celui où elle est le moins prononcée. Mais quelques différences qu'elle puisse offrir, elle est très reconnaissable dans le plus grand nombre des cas; elle l'est presque autant qu'une maladie scrofuleuse particulière ; personne ne s'y trompe; tout le mondte sait faire la différence d'un

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enfant bien constitué d'avec un enfant de complexion scrofuleusc ; les parents seuls peuvent s'aveugler à cet égard, et cet aveuglement doit être compté au nombre des causes les plus ordinaires du progrès des maladies scrofuleuses.

Ainsi, dans le plus grand nombre de cas , la cnmplexion des sujets tuberculeux est saillante au point qu'il est à peine nécessaire d'être médecin pour la reconnaître; ce n'est donc point sur le diagnostic des cas de ce genre que nous devons insister ; nous devons plutôt arrêter notre attention sur les cas où cette complexion est peu marquée, et plus particulièrement encore sur ceux où on ne reconnnaît plus son existence que par sa transmission aux enfants.

Les faits de ce genre sont si nombreux , que nous avons dû en traiter, particulièrement, dans plusieurs des articles relatifs à la santé des parents qui engendrent des enfants scrofuleux. C'est un point sur lequel nous pensons avoir fait faire quelques progrès au diagnostic.

La complexion scrofulcuse peut être méconnue, parce qu'elle n'est que fort peu prononcée, et que les individus ont d'ailleurs de bons éléments d'organisation qui masquent longtemps la disposition morbide avec laquelle ils sont nés. On voit dans les familles scrofuleuses quelques personnes qui passent la puberté, qui arrivent à l'âge adulte, et qui survivent longtemps àleurs frères et soeurs qui ont succombe à des maladies scrofuleuses; mais ces faits rares ne sont cependant point des faits exceptionnels; ils n'ont qu'une durée limitée; le temps ramène le plus ordi-

nairement les individus qui en ont joui à la loi commune de la famille, et leur mort naturelle arrive de même par des maladies scrofuleuses.

Voici un exemple fort curieux de cette révélation tardive du tempérament de famille :

J'ai vu, il y a quelques années, cette fatale prédisposition se montrer, pour la première fois, à cinquante-six ans, chez une dame dont la mère et deux sœurs étaient mortes jeunes de tubercules pulmonaires.

Cette dame était affectée d'une hypertrophie générale avec induration de la peau et du tissu cellulaire , qui avait commencé à l'âge de vingt ans et qui était devenue très incommode vers l'âge de quarante ans, à cause des progrès considérables quelle avait faits. D'ailleurs la santé générale avait toujours été assez boune. J'ai connu cette dame pendant plus de vingt ans , et ne l'ai jamais entendue tousser ni se plaindre de sa poitrine; j'avais même toujours ignoré qu'il y eût des tuberculeux dans sa famille ; je ne l'ai appris que parce que j'ai été mis sur la voie de m'en informer en voyant survenir aussi tardivement et d'une manière aussi brusque une tuberculisation pulmonaire qui s'est terminée par la mort trois ou quatre mois après son invasion. Nous verrons plus bas des faits de même espèce que je présenterai sous un autre point de vue.

Les maladies héréditaires sont comme les traits du visage et les formes extérieures corporelles, qui foui aussi partie du tempérament de famille. La ressemblance de ces formes extérieures nous échappe

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quelquefois, parce que son temps n'est pas encore venu, parce quelle n'est pas assez exprimée , ou à cause de certaines particularités individuelles qui nous frappent d'abord davantage; mais le plus souvent ces particularités s'effacent avec le temps, et l'on reconnaît la parenté entre frères et sœurs qui ont eu une physionomie comparativement très différente jusqu'à un certain âge, ou même jusqu'à un âge fort avancé.

Je vais citer un fait des plus curieux de ce genre , pour faire voir que dans certains cas où la complexion scrofuleuse n'existe qu'au degré le moins apparent, elle est pourtant transmissible aux enfants, et qu'après avoir existé longtemps sans être remarquée, elle peut se prononcer, à un âge plus avancé, avec des caractères tellement significatifs, qu'on ne peut plus s'empêcher de la reconnaître ,, et qu'il n'est plus possible de douter de l'origine héréditaire des maladies scrofuleuses dont les enfants sont atteints.

Une dame qui avait les apparences extérieures d'une belle complexion et d'une bonne santé, avait néanmoins des enfants et des petits-enfants scrofulcux; ce dont elle paraissait fort étonnée, quoiqu'elle eût une sœur dans le même cas. Elle en avait une troisième qui était un peu rachitique, et à laquelle elle était loin de ressembler vingt ans auparavant. Mais depuis qu'elles ont atteint l'âge de retour, ces deux sœurs ont acquisuneressemblancequiest devenue des plus frappantes. La première fois que je l'ai remarquée, c'est en les voyant pleurer ensemble

la mort d'un enfant scrofuleux , qui était la petitefille de l'une et la petite-nièce de l'autre; elles pleuraient delà même manière; aujourd'hui elles ont le même son de voix , la même accentuation ; un mouvement particulier des commissures des lèvres , qui résulte en partie de la perte des mêmes dents chez les deux sœurs; leurs traits en général se sont affaissés de la même manière; les signes extérieurs de la parenté sont devenus des plus apparents.

Je suis fort éloigné de regarder cette ressemblance tardive comme un accident; elle était tracée dans les premiers linéaments de l'organisation, et le temps de son apparition était marqué comme l'est d'avance l'ordre de succession des âges: aussi estelle arrivée spontanément, sans qu'on puisse lui assigner aucune cause extérieure, pas même l'influence de l'imitation , ces deux sœurs n'ayant point vécu ensemble depuis plus de trente ans qu'elles sont mariées ; de même les maladies héréditairesnaissentavec nous, elles font partie intégrante de notre organisation, et elles ont leur époque marquée de développement.

Ce sont des faits comme celui que je viens de rapporter qui jettent quelque perturbation dans la doctrine des causes héréditaires. Ils sont fort nombreux et de plusieurs sortes. Lorsqu'ils se présentent à notre examen, on ne manque jamais de nous assurer que les parents jouissent d'une bonne santé, et que l'on ne peut attribuer aucune cause originaire aux maladies scrofuleuses dont leurs enfants sont p.FFeet&Ji t.n première cho»? ù ftilrë, en pareille occtt-

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sion, est de s'informer si les enfants ont été soumis à des causes extérieures de maladie , à des causes assez puissantes, assez longtemps prolongées pour les rendre scrofuleux. L'absence de ces causes extérieures une fois constatée, il faut savoir attendre; on verra, par la suite, que cela m'a souvent réussi , et que j'ai trouvé, plus tard, des causes d'hérédité qui m'avaient échappé dans mes premières investigations.

La généralité des maladies scrofuleuses dans la famille est aussi constante que celle de la complexion scrofuleuse. Je ne saurais dire combien de fois j'ai rattaché des cas particuliers de scrofule au tempérament de la famille ; combien de fois j'ai fait remarquer la généralité de cette maladie dans une famille où Ton croyait qu'un seul enfant en était affecté.

.l'ai été consulté, au mois d'avril dernier, pour une tumeur blanche fistuleuse de l'articulation mélacarpo-phalangienne du doigt indicateur de la main gauche, caractérisée surtout par la carie et le développement hypertrophique des extrémités articulaires. Lorsque je vis le malade pour la première fois, la tuméfaction de la main gauche était portée au point que le diamètre antéro- postérieur de la main, dans la partie affectée , égalait presque le diamètre transversal, et que le creux de la lace palmaire avait disparu. Le pus n'ayant pas une issue

facile par les orifices fistuleux , je fis pratiquer deux contre-ouvertures, l'une à la face palmaire, l'autre à la face dorsale de la main. Un stylet introduit dans les ouvertures et dans les orifices fistuleux , faisait sentir une altération profonde des os.

Le malade était un jeune homme de vingttrois ans, de taille moyenne, ayant les cheveux, la harhe et les sourcils noirs, la peau brune, le système musculaire assez bien développé. Il avait joui d'une bonne santé jusqu'à l'âge de vingt ans, époque à laquelle avaient paru pour la première fois des tubercules au cou, qui avaient laissé des cicatrices très apparentes dans les régions cervicales.

La constitution physique de ce malade aurait pu (aire douter de la nature scrofuleuse de cette tumeur blanche; mais cette affection ayant été précédée de la génération de tubercules cervicaux , ce malade devait appartenir à la famille des scrofuleux.

Voilà un jeune homme, assez bien constitué, qui présente, pour la première fois, des symptômes de scrofule à vingt ans, et chez lequel la maladie se manifeste par les- signes les moins équivoques , savoir, des tubercules au cou et plus tard une carie des os de la main.

Une affection aussi nettement dessinée, survenant sans aucune cause occasionnelle (ce jeune homme se trouvant dans de bonnes conditions hygiéniques), pouvait-elle exister isolément dans sa famille? Nous ne pouvions le penser, quoiqu'on eût répondu à nos premières questions que tous les antres enfants se portaient bien. Ce ne fut que parla suite, et en in-

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sistant, que dous finîmes par apprendre que la scrofule était générale dans la famille, et que la cause en était dans la santé du père.

Ce jeune homme avait une soeur âgée de seize ans. On nous apprit qu'elle était en traitement d'une ophthalmie avec ulcération et staphylôme de la cornée transparente. Cette ophthalmie était plus que suffisante pour nous mettre sur la voie, et nous faire présumer qu'il existait quelque autre symptôme de scrofule. Aux questions que nous fîmes à cet égard, il nous fut répondu que cette jeune personne était apathique, nonchalante, non encore réglée. Ayant été consulté pour elle quelques semaines plus tard , nous la jugeâmes tuberculeuse pulmonaire au plus haut degré; minée par la fièvre hectique, elle avait la peau sale, terreuse et collée sur les os; les extrémités inférieures étaient œdématiées; il y avait une ascite considérable.

L'œil gauche offrait effectivement une ulcération de la cornée transparente; mais ce n'était là qu'un accident bien secondaire de la diathèse scrofuleuse qui avait existé longtemps auparavant inaperçue. 11 n'était plus temps de reporter l'attention principale sur cette diathèse, à laquelle cette jeune malade a succombé quelques semaines après mon premier examen.

Il y a une seconde sœur, âgée de dix-huit ans, qui est réglée, mais très sujette à s'enrhumer.

Il y en a une troisième, âgée de treize ans, qui en paraît à peine dix; c'est un enfant dans toute l'acception du mot. Elle a mal ;ui ucz.

Enfin notre malade a un frère âgé de neuf ans, qui porte des tubercules dans les régions cervicales.

Le père de ces cinq enfants est âgé de cinquantetrois ans. 11 a eu le nez rongé par un ulcère à l'âge de trente-huit ans. Quelle était la nature de cet ulcère? Était-elle scrofuleuse ou syphilitique? c'est ce que nous n'avons pu vérifier. Nons penchons pour la première opinion; mais cela n'est pas très essentiel au fond, puisque, dans l'un et l'autre cas, les conséquences peuvent être les mêmes, et que cet homme porte les stigmates d'une affection qui peut rendre sa descendance scrofuleuse (chap. I, sect. 1™, art. 1; sect. a , art. î).

Ainsi voilà un exemple dans lequel nous avons été consulté pour un fait de scrofule que l'on nous a assuré être isolé dans une famille de cinq enfants; la constitution du malade militait fortement en faveur de cette assertion.

On vient de voir comment, à l'occasion d'une tumeur blanche scrofuleuse, nous avons relié la santé des enfants à celle de leur frère , et comment , malgré les apparences, malgré les assurances qui nous avaient été données, nous avons cependant établi la généralité de la maladie parmi les cinq enfants et son origine dans la santé du père. Le résultat de cette analyse n'a rien qui doive nous étonner. S'il y a un fait impossible en pathologie, c'est celui d'un enfant tuberculeux ayant trois soeurs et un frère qui ne le soient aucunement.

La généralité de la scrofule dans la famille me pa«

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raît irrévocable à ce point que je ne crains pas de l'appliquer aux enfants qui sont absents.

Pendant le printemps et l'été de l'année 1837, je soignais à Paris le fils d'un propriétaire de la Dordogne, qui avait deux filles sur lesquelles il m'avait donné plusieurs fois les assurances les plus positives qu'elles jouissaient d'une bonne santé. Je pris sur moi néanmoins de lui donner le conseil de les amener à Paris à son premier voyage. 11 revint effectivement avec ses trois enfants l'année suivante. En le voyant , et avant d'avoir adressé aucune question à ses filles, je lui demandai , du regard seulement, s'il croyait que je me fusse trompé.

Ces jeunes demoiselles ont eu dans leur enfance des signes d'hydrocéphale chronique. Elles ont de grosses têtes ; le tronc et les membres sont arrêtés dans leur croissance.

L'aînée, âgée de dix-huit ans, est brune, maigre, de pelite taille, très mal réglée, et n'a aucun âge sur sa figure.

La seconde, âgée de onze ans, a la peau blanche, les cheveux châtains; elle a eu particulièrement une fort mauvaise rougeole, à la suite de laquelle a subsisté une double ophthalmie qui a fait craindre qu'elle ne perdît la vue. Deux ans plus tard, quand j'ai vu cette demoiselle, elle avait encore les yeux rouges , et cette rougeur était habituelle depuis la fièvre exanthématique.

Ces deux sœurs éprouvaient de fréquentes hémoptysies. Elles ont perdu leur mère de phlhisic tuberfiilen«e ptilmonnhvi

Il y a quelques années, je donnais des soins à une demoiselle de vingt ans qui avait un nombre infini de tubercules ulcérés dans les régions cervicales et supérieure antérieure de la poitrine, et probablement aussi des productions de même nature dans les poumons. Cette tuberculisation remontait aux premières années de la vie: aussi avait-elle arrêté le développement corporel. La jeune malade n'était pas encore réglée; elle n'avait jamais d'appétit; elle était d'une faiblesse extrême , et pouvait à peine marcher un quart d'heure. 11 y avait plusieurs exemples de tuberculisation pulmonaire chez les parents ascendants, plus particulièrement du côté paternel.

Cette demoiselle était au traitement ioduré depuis un mois, lorsque je proposai à sa mère d'appliquer ce même traitement à une autre de ses filles, âgée de vingt-deux ans, qui jouissait pourtant d'une assez bonne santé. Mais, à lapremière vue, j'avais remarqué qu'elle n'était pas assez développée pour son âge, et qu'elle avait une légère déviation de la taille, ce dont sa mère convint avec moi.

Cette dame avait laissé dans sa famille deux antres enfants plus jeunes : une fille et un garçon. Elle m'assura que ces deux enfants se portaient bien; je lui fis néanmoins à leur sujet, et quoiqu'ils fussent absents, quelques remarques relatives à leur appétit, à leur accroissement, à leurcomplexion, augenre de maladies auxquelles ils étaient plus particulièrement sujets, etc. Mes observations sur ces différents points ébranlèrent la confiance dans laquelle elle était que

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la santé de ces deux derniers enfants n'avait pas de rapport avec celle de sa fille aînée, et elle s'était décidée à les faire venir à Paris, ce qui n'eut lieu cependant que deux ans plus tard, et dans des circonstances que je n'avais que trop bien prévues.

Peu de temps après que cette clame fut de retour chez elle, son fils éprouva des symptômes graves de scrofule, ce qui décida sa famille à faire un second voyage à Paris. Cet enfant, âgé de dix ans, avait une hypertrophie des vertèbres cervicales, formant une grosse tumeur ovoïde allongée, occupant la moitié gauche de la partie postérieure du col ; la tête était renversée de ce côté; l'enfant toussait; il était pâle, sans appétit et d'une telle faiblesse sur ses jambes que, quoiqu'il lut logé près de chez moi, dans le plus beau quartier de Paris, on le conduisait en voiture à ma consultation.

Cet enfanta guéri, comme sa sœur aînée, par deux traitements iodurés, de cinq mois chacun. A la suite du premier, il avait déjà acquis une aptitude très remarquable à se promener à pied, plusieurs heures, dans Paris, où dans les promenades des environs. Depuis le second traitement, cette puissance musculaire a fait de nouveaux progrès, et cet enfanta montré beaucoup d'agilité, d'adresse et de force, dans les exercices gymnastiques.

La troisième soeur, qui était âgée de dix-neuf ans, paraissait n'en avoir que quatorze. Elle n'était pas encore réglée, et n'offrait aucun autre signe de nubilité. Elle était doue frappée d'arrêt de développement, ce signe infaillible du tempérament tubercu-

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leux, que j'ai souvent fait remarquer aux élèves dans mes leçons cliniques à l'hôpital Saint-Louis, et sur lequel j'appellerai l'attention particulière des praticiens afin qu'ils accordent, à l'avenir, à cet état physiologique toute l'importance qu'il mérite dans le diagnostic des maladies scrofuleuses.

Cette demoiselle a fait deux traitements , comme son frère et sa sœur aînée, mais avec beaucoup moins de succès, car les règles n'ont paru qu'une fois, et ne sont pas revenues ; le corps n'a guère pris d'accroissement.

Dans cet exemple que je viens de citer de la généralité de la maladie dans la famille , il n'avait pas été difficile de rendre sensible la ressemblance qui existait dans la santé des deux sœurs aînées, quoique chez l'une l'état scrofuleux eût atteint un très haut degré, et que l'autre n'offrît encore qu'un arrêt de développement peu marqué et une légère déviation de la taille. Ces deux derniers symptômes, qui auraient pu rester inaperçus sous les apparences d'un physique des plus agréables, étaient cependant suffisants pour justifier mon diagnostic; ils l'étaient d'autant plus, que ces deux symptômes coïncidaient, dans ce cas, comme c'est assez ordinaire, avec d'autres signes moins saisissables sans doute, mais qui, pris ensemble , étaient très significatifs.

Relativement aux deux enfants plus jeunes, j'avais assuré, sans les avoir vus, qu'eux aussi étaient tuberculeux, et ce second diagnostic ne tarda pas à être vérifié, comme cela devait arriver. Toutes les fois, en effet, que la scrofule se montre avec autant d'in-

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tensité sur un enfant, on peut assurer que tous les autres sont affectés de la même maladie. 11 ne peut y avoir de différences que celles relatives à la forme , au siège et au degré.

Terminons par un exemple recueilli à la clinique de mon hôpital :

Jean Montel, âgé de seize ans , menuisier, entra à l'hôpital Saint-Louis au mois d'avril 18-29. Il avait des tubercules ulcérés dans les régions cervicales; une carie fistuleuse de la fourchette du sternum, une autre de la malléole interne gauche, avec trois fistules dans cette partie. Il était très faible sur ses reins, et nous trouvâmes beaucoup d'empâtement dans la région lombaire.

Ce jeune homme nous dit avoir perdu trois frères et deux sœurs en bas âge ; il ne lui restait plus qu'un frère âgé de sept ans qui n'était pas d'une bonne venue, et une sœur plus jeune qui étaitnée aveugle. Un an après sa sortie de notre hôpital, Jean Montel alla mourir tuberculeux pulmonaire à l'Hôlel-Dieu.

Son jeune frère fut admis à l'hôpital Saint-Louis dans le cours du mois de septembre 1 835.

Il avait des tubercules au côté gauche du col et dans l'aisselle correspondante; il était aussi affecté d'une carie qui avait pour siège l'olécrâne du coude gauche, à la face interne et inférieure duquel on voyait un orifice fistuleux. Les mouvements d'extension du bras ne pouvaient s'effectuer complètement.

Ce malade était petit, peu développé, blond, ayant la peau fine, blanche, le nez un peu gros, la lèvre supérieure épaisse, avec quelques croûtes qui prove-

liaient d'un coryza récent; il avait' la même contplexion que son frère aîné, que j'avais traité six ans auparavant, et lui ressemblait tellement que lorsque je le vis pour la première fois , je m'arrêtai devant son lit et l'appelai par son nom de famille.

Mais outre la ressemblance de leur complexion , ces deux frères avaient encore les mêmes signes de scrofule , des tubercules et des caries ; tous deux devaient ressembler aussi aux trois frères et aux deux sœurs qu'ils avaient perdus très jeunes, le plus âp T é n'ayant que neuf ans. Il leur restait, avons nous dit, une sœur aveugle-née. Qui peut douter que ce ne soit par suite du tempérament de famille que celle enfant est venue au monde avec mie pareille infirmité?

Je puis attester que je n'ai jamais vu un enfant scrofuleux dont les frères et sœurs fussent entièrement exempts de scrofule. J'ai vu, au contraire, qu'ils ressemblent tous, plus ou moins, à celui d'entre eux qui offre des signes extérieurs de cette maladie ; il n'est même pas rare qu'un ou plusieurs enfants aient déjà succombé.

Il est contre nature que des parents aient des enfants de deux espèces aussi différentes que des enfants scrofuleux et des enfants qui ne le soient point.

Je dis ceci sans restriction aucune et sur l'autorité des faits que je viens de développer; plus bas, je présenterai sommairement une autre série de faits de même espèce, afin que la loi de la généralité delà scrofule dans la famille soit encore mieux connue et à l'abri de toute controverse. Arrivons au second caractère de l'hérédité,

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§ *. De la mortalité Oan» le» famille»

gcrofuleuses.

Un secoud caractère de l'hérédité qui coïncide toujours avec le premier que nous venons d étudier, c'est la mortalité qui règne dans les familles scrofuleuses. La mort moissonne la moitié des enfants scrofuleux dans les premières années de la vie. On voit beaucoup de familles dans lesquelles il ne reste qu'un ou deux enfants sur huit ou dix, quelquefois sur un plus grand nombre, et ceux qui survivent quelque temps à leurs frères et soeurs sont scrofuleux ; la fin de ces derniers n'est même trop souvent différée que de quelques années, car il n'est pas rare que des parents qui ont eu beaucoup d'enfants ne puissent en élever aucun.

Une mortalité aussi effrayante, par des maladies de même nature, ne peut avoir qu'une cause générale qui prend sa source dans la santé des parents ascendants. Des causes extérieures accidentelles ne produiraient pas exclusivement des maladies scrofu- 1 en ses; elles occasionneraient, au contraire, des maladies de plusieurs espèces qui, dans aucun cas, ne moissonneraient les familles comme le font les maladies d'origine héréditaire.

Les deux caractères que nous venons de signaler, savoir, la généralité de la scrofule dans la famille, et, par suite, la mort du plus grand nombre des enfants, non seulement démontrent l'origine héréditaire de

ÔO HÉRÉDITÉ

cette maladie, mais encore doivent être regardés comme les signes de l'hérédité au plus haut degré que Ton connaisse. Aucune autre maladie ne peut être comparée , sous ce rapport , à la scrofule ; l'épilepsie, le suicide, l'aliénation mentale, le cancer, la goutte, l'apoplexie, etc., ne sont pas aussi généralement répandus, et ils n'occasionnent pas une mortalité aussi hâtive , aussi générale que celle que l'on observe dans les familles scrofuleuses.

Peut-être même pourrait-on avancer que les maladies héréditaires, en général, sont d'origine scrofuleuse à un degré plus ou moins éloigné, et que les caractères de l'hérédité sont en raison de la parenté des maladies héréditaires avec la scrofule.

Ces deux caractères dominent l'histoire de la scrofule; on les retrouve à chaque page de cette histoire; ce sont deux signes qui indiquent l'origine commune, la nature unitaire des maladies scrofuleuses; leur étude est donc le fondement nécessaire de toutes les autres parties du diagnostic. C'est pour cette raison que nous allons chercher à leur donner toute l'évidence possible, en exposant, ainsi que nous l'avons promis plus haut , une nouvelle série d'exemples que nous puiserons à trois sources principales: i°dans la famille, 2° dans les diverses branches issues d'une origine commune, 3° dans la santé particulière des enfants de différents lits.

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Ait T. M. — Ei'héréailé des analatlie» scvofuleuse» étuttiée dans la famille.

Nous allons rapporter successivemeut des faits relatifs à la généralité de la scrofule dans la famille, et à la très grande mortalité des enfants qui en est la suite inévitable.

A. Exemples de la généralité île la scrofule dans la jamille.

Dans les exemples que nous allons citer pour faire connaître le tempérament de famille , on remarquera que ce tempérament est exprimé au point que non seulement les enfants sont tous scrofuleux , mais que plusieurs d'entre eux sont affectés de la même espère de scrofule.

En 1 83 1 , j'ai été consulté pour une demoiselle âgée de dix-neuf ans, alitée, depuis sept mois, pour une tumeur blanche de l'articulation coxo-fémorale droite , avec allongement du membre inférieur correspondant et imminence de luxation spontanée. Un frère de cette demoiselle est mort de cette dernière maladie l'année précédente , à l'âge de dix-sept ans. Un second frère a déjà éprouvé plusieurs atteintes de coxalgie qui doivent faire craindre, dans cette famille, un troisième exemple de tumeur blanche de l'articulation coxo-fémorale.

Peu de temps auparavant, j'ai guéri de la même espèce de scrofule un jeune homme âgé de seize ans,

chez lequel il y avait coxalgie avec allongement du membre inférieur droit. La sœur de ce jeune homme, âgée de vingt-cinq ans, avait déjà été affectée de cette même maladie, suivie de luxation spontanée effectuée et d'un raccourcisment de dix centimètres environ.

Au mois de mai i83o, nous avions à l'hôpital Saint-Louis un jeune homme de dix-sept ans, atteint de tumeur blanche ulcérée, fistuleuse, du coude gauche (3 e mémoire, observation i5).

Un an plus tard , nous avons eu également dans nos salles un frère de ce malade, plus jeune que lui, et affecté , comme lui , de tumeur blanche du coude.

A la même époque, nous avons recueilli l'observation des deux frères Servit , qui , tous deux , avaient une tumeur blanche du genou.

Il y a plusieurs années , j'ai soigné deux enfants d'un armateur de Nantes, tous deux affectés d'opbthalmie palpébrale congéniale.

Ces deux enfants avaient deux frères jumeaux, âgés de sept ans, malades tous deux d'otorrhée de l'oreille droite. Les quatre frères étaient évidemment affectés de la même maladie, c'est-à-dire de scrofule catarrhale;les deux aînés avaient sur les yeux ce que les deux plus jeunes avaient dans les oreilles.

.l'ai connu un jeune homme âgé de vingt-six ans, qui avait une double otonhée chronique, dont le commencement remontait aux premières années de sou enfance.

11 avait une sœur ainée qui portait une affection de même nature dans les fosses nasales , et chez laquelle cette maladie était également congéniale. Cette dame

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