‹ Recherches et observations sur les causes des maladies scrofuleusesChapitre 17 sur 36 · DES MALADIES SCRUPULEUSES · texte numérisé non relu

DES MALADIES SCRUPULEUSES

est morte récemment, à l'âge de trente-quatre ans, de tubercules pulmonaires.

Au mois d'octobre i83i , j'ai soigné deux frères, l'aidé âgé de douze ans , le second de dix , ayant habituellement les amygdales tuméfiéesjusqu'au point de gêner la déglutition des aliments et le passage de l'air. Les fosses nasales, les sinus frontaux, les oreilles, le pharynx, la bouche, tout le système muqueux de la tête et du col ( moins la conjonctive), étaient dans un état catanhal habituel ; ces deux enfants ne respiraient que difficilement et en faisant beaucoup de bruit; ils avaient tous deux la bouche béante, surtout pendant leur sommeil.

J'ai observé un cas des plus graves de tumeur blanche de 1 épaule gauche chez un malade dont le frère, qu'on nous avait dit bien portant, fut admis, l'année suivaute, à I hôpital Saint-Louis, pour v être traité d'uue tumeur blanche de l'articulation tibiotarsieime du pied droit. Ces deux malades ont perdu une e œur, à quinze ans, dans un état de langueur, et un frère, à trente ans, de la variole. Cette dernière maladie n'a peut- être été mortelle qu'à cause de la prédisposition scrofuleusc du sujet (3' mémoire, observation 16).

Dans le mois d'août 1827, nous avions, à l'hôpital Saint-Louis, Marie Viard, âgée de dix-neuf ans, souffrante dune tumeur blanche du pied droit. Sa sœur ainéc avait une maladie de même nature du coude droit el du genou gauche.

Au mois de septembre 1829, nous avons recueilli l'observation du nommé Ferrât, et le mois suivant,

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celle de son frère , qui était plus jeune que lui. Ils étaient tous deux tuberculeux; tous deux avaient été ophthalmiques jusqu'à l'âge de dix ans. Le plus ordinairement, l'oplubalmie récidivait chez tous deux ensemble au printemps.

Ils avaient eu deux sœurs; l'une était morte à trois ans de la coqueluche, et l'autre à dix-huit mois du carreau.

Les deux frères avaient eu aussi la coqueluche. Chez l'aîné, elle avait paru à douze ans; elle avait duré six mois, et depuis cette dernière maladie il avait toujours eu la poitrine faible (deuxième partie, Causes pathologiques).

Deux fois, j'ai eu à traiter dans mes salles les deux sœurs atteintes de scrofule tuberculeuse du col. Dans les deux cas, la sœur la plus jeune offrait la maladie à l'état rudimentaire par lequel elle avait commencé chez la sœur aînée. Celle-ci portait, dans l'un et l'antre cas, des tumeurs tuberculeuses d'un gros vo lume.

En ville, je fais très souvent de semblables observations. Je trouve chaque jour des tubercules isolés, discrets, peu volumineux, dans les régions cervicales, chez des enfants dont les frères et sœurs offrent des tumeurs tuberculeuses très apparentes dans ces mêmes régions.

En 1827, j'ai observé une jeune fille scrofuleuse par sa mère et par sa grand'mère maternelle; elle avait eu des ophthalmies rebelles; elle était présentement affectée d'ulcères scrofuleux aux commissures des lèvres; elle avait une sœur de cinq ans qui

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était déjà ophtbal inique ( I er mémoire, observation 8 ).

J'ai été consulté de Naples, il y a dix ans, pour un jeune homme de dix-neuf ans, atteint d'une ophthalmie double du bord libre des paupières. Un an plus tard, j'ai vu à Paris une sœur de ce malade qui avait la même ophthalmie que son frère, mais beaucoup moins prononcée.

La même remarque est applicable à toutes les espèces de scrofule. On en voit des exemples à l'état le plus simple et le moins avancé dans des familles où déjà d'autres enfants éprouvent la même maladie au plus haut degré, ou même dans lesquelles des enfants en sont déjà morts.

Cette uniformité de la scrofule sur plusieurs enfants d'une même famille ne s'observe pas toujours. Il ne faut même pas croire qu'elle dénote le plus haut degré de la maladie, car la scrofule n'est pas moins redoutable quand ellesemultipliesous les formcsles plus variées, pour atteindre, l'un après l'autre, tous les enfanls d'une nombreuse famille : ainsi an enfant a des tubercules au col, son frère a des caries aux pieds, sa sœur est ophthalmique, et dans la même famille, deux enfants sont déjà morts , l'un du carreau, l'autre de carie vertébrale , etc.

Il est en outre fort rare que les maladies scrofuleuses existent isolément; on remarque, au contraire, qu'elles coexistent très souvent deux à deux, trois à trois, etc., sur un seul individu, et qu'elles se compliquent. Cet individu lui-même n'offre pas les mêmes signes de scrofule à toutes les époques de sa

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maladie : il a eu, daus sa première enfance, des poux, des vers, des engelures, des ophlhalmies, des bronchites, etc.; plus tard, il a été tuberculeux avec coïncidence plus ou moins prononcée des maladies antérieures; et dans une troisième période, il a eu des abcès froids, des tumeurs blanches, etc., de sorte que l'histoire médicale d'un seul scrofuleux peut offrir le tableau nosologique de la scrofule. Mais pour avoir ce tableau plus varié, plus complet, il faut l'observer dans plusieurs familles de scrofuleux dont les enfants présentent non seulement la plupart des espèces de scrofule , mais eucore les divers degrés d'intensité qu'elles peuvent offrir dans leur marche progressive.

Pour mieux faire connaître le tempérament de famille, il faudrait démontrer la nature unitaire de toutes les maladies que nous avons déjà éuumérées; ce qui serait facile en faisant seulement remarquer leur coïncidence dans la même famille, et l'existence simultanée ou successive de plusieurs d'entre elles sur un même individu. Mais ce serait trop anticiper sur l'histoire du diagnostic; ce serait supposer connu ce qui n'a pas encore été exposé. Par la suite, je donnerai des considérations générales sur les maladies dont j'aurai fait l'histoire particulière, afin de prouver que toutes ces maladies, quelle que soit leur forme, quel que soit leur siège, qu'elles affectent la peau, les membranes muqueuses, le tissu cellulaire, la graisse, les os, etc., etc., ont une même origine et une nature commune.

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B. Exemples de la mortalité que la scrofule occasionne dans les familles.

François Fredel , âgé de dix-neuf ans, tuberculeux ophtbalmique, avait eu cinq frères ou sœurs mortenés ou morts en bas âge. Un autre frère, petit, bossu , ne pouvait se tenir sur ses jambes, quoiqu'il mangeât beaucoup ; il était mort à sept ans dans les convulsions; une autre sœur était morte à douze ans.

11 existait encore deux sœurs , lune âgée de quinze ans, l'autre de douze, toutes deux tuberculeuses et ophtbalmiques, ainsi que leur frère.

Fredel avait un frère aîné âgé de vingt et un ans, jusqu'alors bien portant (i"mémoire,observation 4).

Le nommé Gachet, que nous avons guéri de deux abcès froids dans la région coxale droite , avait eu onze frères ou sœurs, dont neuf étaient morts, la plupart en nourrice.

.l'ai publié l'observation d'un jeune scrofuleux qui avait perdu trois frères et sœurs, et qui en avait quatre autres scrofuleux comme lui ;

Celle d'un scrofuleux dont une sœur était morte de carie vertébrale à neuf ans, et qui avait deux sœurs plus jeunes que lui, déjà retardées comme lui dans leur développement ;

Celle d'un jeune homme de seize ans que nous avons guéri , à l'hôpital Saint-Louis , d'une tumeur blanche fistuleuse du genou droit. Ce scrofuleux avait perdu onze frères ou sœurs en bas âge ; il lui restait un frère âgé de quatorze ans, d'une chétive

constitution, et une sœur de trente ans qui jouissait, nous dit-il, d'une bonne santé (troisième mémoire, observations 11, 1 3 , 18).

Au sujet de la complexion scrofuleuse, nous avons parlé d'une demoiselle du département du Cher, âgée de treize ans et demi, qui était fille unique, ayant perdu un frère et une soeur en bas âge, et qui était affectée elle-même d'une infiltration séreuse des paupières.

Au mois d'août 1 83 1 , j'ai donné des soins à une demoiselle de dix-neuf ans, tuberculeuse et ophthalmique depuis cinq ans; elle avait en outre des coryzas fréquents, et des incrustations dans le nez; la peau était grasse , hypertrophiée ; les cheveux rares et mal nourris.

La mère de cette jeune personne était morte de tubercules pulmonaires, à trente ans.

Cinq enfants étaient morts en bas âge ; un sixième avait succombé à dix-neuf ans et demi , tuberculeuxpulmonaire.

Cette demoiselle n'avait plus qu'un frère de dixhuit ans qui, déjà, avait eu une carie fisluleuse de l'os maxillaire inférieur; il était très retardé au physique et au moral ; se fatiguail beaucoup par le inoindre exercice, et contractait des rhumes avec une grande facilité, ce que je regardais comme de mauvais augure pour sa poitrine.

.l'ai cité dans mon premier mémoire sur l'emploi de l'iode dans les maladies scroluleuses le cas d'une jeune fille affectée de scrofule tuberculeuse,qui avait déjà perdu huit de ses frères ou sœurs, et à laquelle

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il ne restait plus de sa famille qu'une sœur plus âgée qu'elle de deux ans , qui était tuberculeuse pulmonaire (i er mémoire, observation 1 1).

Au mois d'octobre 1 833 , une dame âgée de quarante-deux ans m'a consulté pour sa fille âgée de seize ans, qui avait été amputée de la jambe droite, deux ans auparavant, pour une tumeur blanche du pied. Cette dame a eu une fausse couche et cinq enfants, dont il ne lui reste plus que la jeune fille dont je viens de parler.

Le nommé Deslongchamps avait eu dix-sept frères ou sœurs. Il en avait perdu quatorze ; le plus âgé de ceux-ci n'avait que cinq ans quand il est mort.

11 y a douze ans, j ai traité le fils unique d'une dame qui a eu onze enfants. Ce malade, âgé de dix-neuf ans, avait une tumeur blanche du pied droit; sa mère est morte de la poitrine depuis quelques années.

Antoine Eymer, âgé de vingt-neuf ans, le seul d'une famille de sept enfants qui eût résisté aux atteintes de la scrofule, que nous avions traité fort heureusement en 1829, est rentré en 1 835 à l'hôpital Saint- Louis, où il est mort tuberculeux, le dernier de sa famille. Nous aurons â parler de ce malade dans un autre travail , au sujet des tubercules des os.

Voilà, je présume, un nombre suffisant d'observations particulières pour prouver l'hérédité de la scrolule par sa généralité dans la famille et parla très iorte mortalité qu'elle y occasioune parmi les enfants, mortalité qui est plus considérable que par aucune autre maladie.

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Nous retrouverons les mêmes caractères avec le même degré devidence dans les deux articles suivants , et même dans tous les autres articles de notre ouvrage; car, dans tous, l'hérédité domine comme une cause générale qui unitise les maladies scrofuleuses, en les rapportant toutes à la même origine.

Plusieurs fois, il nous a fallu tenir compte de l'adultère pour compléter nos observations sur les causes des maladies scrofuleuses. Mais on comprendra que* nous ne devons point nous appesantir sur un sujet aussi épineux; c'est pourquoi nous laisserons à la sagacité du lecteur le soin de combler les lacunes qu'il trouvera dans ce court aperçu.

Les hommes le moins observateurs sont souvent frappés de certaines ressemblances étrangères à la complexion de la famille et d'une origine illicite à laquelle il est assez ordinairement facile de remonter; on a aussi quelques occasions de remarquer l'absence des maladies scrofuleuses dans une famille où ces maladies auraient dû exister, le père étant évidemment scrofuleux ; d'autres fois , on voit les premiers enfants naître avec des symptômes de scrofule et les suivants offrir les attributs d'uue bonne organisation , etc. Tons ces faits, analysés rigoureusement, découlent de la loi de l'hérédité, et loin d'être des faits exceptionnels, ce sont, au contraire, des faits confirmalifs de cette loi.

DFS MALADIES SCROFUI.E[!SFS 6l

AHT. MM. — Ma' hérédité des maladie» scrofu* leuaet», observée dans les diverses branches issues d'une origine commune.

Je passe à une seconde série d'observations, dans laquelle l'hérédité n'est pas moins évidente par le développement parallèle de la scrofule dans les diverses branches issues d'une origine commune.

J'ai guéri un jeune homme d'une énorme tumeur blanche fistuleuse du coude droit. Son cousin germain , fils de frère, était couché, dans la même salle, à côté de lui , pour une affection de même nature dans l'articulation tibio-tarsienne droite.

Dans le printemps de 1 833, j'ai traité un enfant de huit ans, nommé Flcury, de scrofule cutanée esthiomène de la joue gauche. Sa cousine, fille de la sœur de son père, est morte à la même époque de caries et de tubercules scroluleux.

An mois de juin i83i, j'ai été consulté pour une dame du département de la Vienne, âgée de trente ans; cette dame souffrait d'une tumeur blanche ulcérée, fistuleuse, du genou droit, dont le commencement remontait à l'âge de cinq ans; elle avait des tubercules ulcérés dans la plupart des régions celluleuses sous-cutanées, et elle est morte tuberculeuse pulmonaire, dans le dernier degré de marasme, à trente-trois ans. Elle avait en trois enfants qui étaient morts tous trois dans le premier mois de leur naissance. Je traitais en même temps, à Paris, le cousin germain de cette dame d'une scrofule euta-

née esthiomène de la face et des poignets. Quelques années après, on me consulta pour sa sœur, chez laquelle la maladie porte principalement sur le système osseux, et qui est aussi menacée de tubercules pulmonaires.

J'ai vu, il y a dix ans, une demoiselle du département de l'Allier, qui avait une fissure sur la face interne du lobule de l'aile droite du nez. Le lobe et les ailes de cet organe offraient une hypertrophie rouge indurée, particulière à la scrofule esthiomène, sur laquelle on voit souvent se développer des pustules, et, par suite, des ulcères de mauvaise nature. Cette demoiselle était fille unique , ayant perdu une sœur aînée , qui était morte, à treize ans , couverte d'abcès froids , à la suite de la variole ; un frère hydrocéphale, à deux ans et demi, et un autre frère qui était mort à dix-huit mois. Son oncle paternel avait eu huit enfants, dont six étaient déjà morts. Il ne lui en restait plus que deux, dont un était tuberculeuxpulmonaire et dans un état d'émaciation avancée; l'autre était très faible.

Une jeune dame me consulta, il y a plusieurs années, pour sa fille, âgée de huit ans, atteinte de coxalgie avecallongement du membre inférieurdroit. Cette dame était accompagnée de sa sœur, qui me dit avoir eu quatre enfants etn'avoir pu en élever aucun. J'ai connu deux sœurs profondément tuberculeuses : l'aînée, âgée de trente-six ans , a eu des hémoptysies chaque année, en automne, pendant douze ans; la seconde, plus jeune de trois ans que l'aînée, a expectoré, pendant trois ou quatre ans, des frag-

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ments de tubercules pétrifiés, du volume d'une petite lentille , offrant des aspérités et des angles très saillauts , sans que l'expectoration en fût douloureuse ni accompagnée d'hémoptysie.

Ces deux sœurs ont chacune deux enfants , un garçon et une fille : les quatre enfants sont tuberculeux comme leurs mères.

Au mois de juin i834, j'ai été consulté pour deux cousines du département du Nord. L'une avait une tumeur blanche du genou droit, avec nécrose du tiers inférieur du fémur; l'autre était tuberculeusepulmonaire, et avait déjà perdu une sœur de cette dernière maladie.

Le nommé Bérard, âgé de vingt-trois ans, atteint de luxation spontanée de la tête du fémur [droit, avait un cousin germain du côté maternel affecté de coxalgie du même côté, mais sans luxation effectuée.

Un autre cousin, qui était également du côté maternel, âgé de onze ans, était ophtlialmique depuis l'âge de cinq ans , à la suite de la variole.

Le nommé Delaunay, tuberculeux et opbthalmique, avait un favus. Sa sœur, âgée de dix ans, était également tuberculeuse et affectée de favus.

Ce jeune homme avait déjà perdu deux sœurs de tubercules pulmonaires: l'une d'elles, avant de mourir, à l'âge de trente-cinq ans, avait eu deux enfants qui étaient déjà tous deux atteints d'ophthahnie comme leur oncle.

Nous avons eu, au mois de juin 1 835, à l'hôpital Saint-Louis, deux jeunes scrofuleux qui étaient cousins germains par leur père et par leur mère, les pères

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ayant épousé réciproquement la sœur l'un de l'autre.

J'ai, en province, des malades que j'ai traités à Paris pendant plus ou moins de temps, et pour lesquels je me trouve ensuite en relation avec différentes personnes de leur famille. Parmi celles-ci, on reconnaît les parents consanguins à leur ressemblance pins ou moins marquée avec le malade en traitement, ressemblance qui existe quelquefois alors même que les premières apparences semblent l'exclure le plus fortement.

Presque toujours cette ressemblance physique comporte une certaine communauté de santé et de maladie. Lorsqu'on se livre à ce genre d'investigation, ou ne tarde pas à reconnaître qu'il est rendu parfois fort difficile, par suite d'un instinct particulier d'amourpropre qui porte les hommes à se taire dès qu'où leur montre qu'ils peuvent ressemblera des malades scrofuleux; mais une fois sur la trace de ces observations, il suffit de quelques ménagements que doune l'habitude d'interroger les malades pour juger de la nature, souvent identique , des maladies qui peuvent exister dans les diverses branches d'une même famille.

Je me suis trouvé plusieurs fois en relation avec un jeune homme âgé de vingt-deux ans au sujet d'un de ses cousins qui avait une tumeur blanche scrofuleuse du genou droit. Ce jeune homme, petit de taille et un peu contrefait, m'assura, à plusieurs reprises, que la branche dont il était issu n'offrait aucun signe de scrofule. Plus tard, néanmoins, j'appris de luimême qu'il avait une sœur dont la taille était déviée, el qu'on avait inutilement essayer de redresser par

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les procédés orthopédiques. Le mécontentement qu'il en ressentait lui fit dire ce que son amour-propre lui avait fait taire jusqu'alors. Ce jeune homme lui -même, comme je viens de le dire, n'avait pas la (aille droite ni la taille de son âge. Chez lui, comme chez sa soeur, la scrofule avait fixé son siège particulier sur le système osseux. Il en était de même de leur cousin, qui était dans le moment sous ma direction.

11 serait donc très facile de multiplier les exemples de même espèce que ceux que nous venons de rapporter dans cet article. Mais nous devons nous abstenir d'entrer dans de plus longs développements, parce que nous avons à traiter le même sujet sous un autre point de vue, dans un des articles du chapitre suivant (chapitre II, art. m).

ART. III. — I/ltéwétiité tles »nattnlies »«•*•»ftttf'itaeu observée parmi ten emfattt» ifr tUfférentH lits.

Lorsque le père ou la mère se marient plusieurs fois, les enfants de chaque lit offrent une santé particulière. Ils sont scrofuleux toutes les fois que l'on des parents ascendants est affecté de scrofule, et cette transmission cesse d'avoir lieu lorsque les père et mère sont également purs de maladies héréditaires.

Syriaque Bataille était affecté de scrofule cutanée esthiomène du lobe du nez. Sa sœur avait un ulcère de même nature au même endroit. Leur père avait eu un bouton chancreux à la lèvre inférieure.

Leur grand-père en avait eu un semblable sur l'angle intérieur de l'œil gauche.

Ils avaient un frère , né d'un second mari de leur mère, qui n'avait rien de semblable.

Au mois de septembre 1 833, une dame âgée de trente-deux ans me consulta pour un enfant de onze ans, atteint d'une luxation spontanée, effectuée, du fémur gauche , avec abcès consécutifs dans le tiers supérieur et antérieur de la cuisse. Cet enfant était émacié à un degré fort avancé; il est vrai qu'on le tenait au lit depuis six mois , ce qui est toujours fort nuisible aux sujets scrofuleux.

Cette dame avait eu d'abord deux fausses couches; ensuite , elle avait mis au monde un troisième enfant, celui qu'elle me présenta, et enfin trois autres enfants qu'elle avait perdus en bas âge. J'avais déjà regardé sa santé comme la cause de cette mortalité ; je fus tout-à-fait confirmé dans mou opinion, quand elle me dit que son mari, âgé de cinquante ans, avait des enfants d'un premier lit qui jouissaient d'une bonne santé.

Il n'est pas douteux que, dans ce cas, la mère aurait eu des enfants scrofuleux de plusieurs lits , si elle se fût mariée plusieurs fois , et que son mari n'en aurait pas eu d'un second mariage, si, cette seconde fois, il n'avait pas épousé une femme scrofulcuse.

J'ai rapporté dans un autre travail l'histoire d'un jeune homme âgé de vingt et un ans, ophthalmique des deux yeux depuis sa plus tendre enfance, et qui, depuis l'âge de dix-huit ans, avait eu plusieurs abcès froids dans différentes régions du corps, et cinq ulcères tuberculeux sur les côtés du col, avec altération profonde de la peau. Le père de ce jeune homme

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avait en six enfants d'un premier lit : tous étaient entachés de scrofule. Il en avait eu six autres d'un second mariage: tous étaient exempts de cette maladie ( troisième mémoire, observation ia).

Cette observation est semblable à la précédente : dans les deux cas la scrofule a lien par la mère. Dans le premier, c'est la seconde progéniture qui est scrofuleuse; dans le second, c'est la première. Dans les deux exemples , le père a eu des enfants scrofuleux de l'une de ses deux femmes, de celle qui était scrofuleuse, tandis qu'il en aurait eu de toutes deux, si toutes deux eussent été atteintes du vice scrofuleux, comme cela est arrivé dans l'exemple suivant.

Je connais un homme robuste qui a épousé deux sœurs tuberculeuses-pulmonaires, et qui a eu des deux lits des enfants scrofuleux. De son premier mariage , il en a eu deux , dont l'un était un garçon qui est mort à trois ans, tuberculeux-mésentérique; l'autre était une fille qui a succombé, à douze ans, racbitique et tuberculeuse-pulmonaire.

Desaseconde femme, qui est morte de la poitrine, comme la première, cet homme a eu trois enfants, dont deux sont morts en bas âge. Le troisième, âgé de quatre ans, est infirme au point qu'on ne l'a pas ramené de nourrice. Ces cinq enfants, issus de deux sœurs tuberculeuses, sont nés petits et faibles : leur existence passagère n'a été qu'une suite desouffrances qu'ils éprouvaient déjà dans le sein de leurs mères; car celles-ci avaient eu des grossesses fort laborieuses, qu'il faut attribuer à leur état personnel de santé et à celui de la santé des enfants qu'elles portaient

dans leur sein (2 e partie, Causes pathologiques).

L'exemple qui précède nous présente un homme sain ayant des enfants scrofuleux provenant de son mariage avec les deux sœurs, qui étaient tuberculeuses-pulmonaires.

L'exemple suivant est celui d'un père scrofuleux ayant des enfants scrofuleux de deux lits, quoique ni l'une ni l'autre de ses deux femmes ne fût atteinte de scrofules.

Un homme, âgé de quarante ans, m'a consulté pour une de ses filles, âgée de dix-sept ans, qui était affectée de scrofule celluleuse de la face. Les joues, les lèvres, les ailes du nez, les paupières étaient hypertrophiées et indurées à un très haut degré. Il y avait dysménorrhée; chaque époque des règles était laborieuse et n'aboutissait qu'à un écoulement de sang qui durait faiblement deux ou trois jours tout auplus.

Quelque temps après , on me ramena celte demoiselle avec une de ses sœurs, âgée de huit ans. Celleci était d'un second lit; elle avait un spina ventosa des deux phalanges du gros orteil droit; un abcès du volume d'un œuf de pigeon au-dessus du condyle interne de l'humérus droit; une otite chronique du menu- côté; de sorte que, chez ce second eufant, on voyait déjà réunies la scrofule des os, la scrofule du système cellulaire et celle du système îrtuqueux.

La demoiselle du premier lit avait un frère qui était d'une faible constitution, et dont le développement était très lent sous tous les rapports.

Celle qui était issue d'un second mariage , et dont trois systèmes organiques étaient déjà atteints de

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scrofule, avait une sœur plus âgée qu'elle de dixhuit mois, qui, comme elle, avait une otite chronique de l'oreille droite; elle offrait, en outre, un état catarrhal de toutes les surfaces muqueuses, et elle était sujette à des vers intestinaux.

Le père de ces quatre enfants est resté fils unique, après avoir perdu trois sœurs en bas âge; il a eu luimême une enfance très maladive. Son développement a été très retardé par unfavus qui a résisté, pendant des années, à divers traitements; il est allé aux armées à l'âge de dix-huit ans, et sa santé en a été sensiblement fortifiée; il est néanmoins, présentement, à l'âge de quarante-deux ans, d'une constitution maigre, et d'une taille au-dessus de la moyenne; sa poitrine est étroite; sa voix est voilée, peut-être même pectoriloque. Son père était resté fils unique de six enfants.

Ce cas est un de ceux qui donnent bien l'idée de la manière dont les familles scrofuleuses s'éteignent par le progrès naturel de la scrofule : le grand-père reste seul de six enfants, le père reste seul de quatre enfants; il a lui-même quatre enfants, tous quatre scrofnleux. Que voulez-vous que produisent ces quatre enfants?

Dans l'exemple qui précède, nous avons vu un homme scrofnleux avoir des enfants scrofnleux de deuxlits, quoiqueuisa première ni sasecondelemme ne fussent scrofuleuses. L'exemple suivant est celui d'une femme scroiuleuse qui a eu des enfants scrofuleux de deux maris, qui ne l'étaient ni l'un ni l'autre , avec cette circonstance que son second

mari avait eu quatre enfants sains d'un premier lit.

Le nommé Coudert, malade à l'hôpital Saint- Louis en 1829, avait éprouvé toutes les espèces de maladies scrofuleuses à un très haut degré d'intensité. Le père de ce jeune homme avait eu quatre enfants d'un premier lit , tous quatre fort bien portants. Il en avait eu trois de sa seconde femme, tous trois scrofuleux; notre malade en était un.

Cette seconde femme avait eu un premier mari, duquel elle avait eu quatre enfants, dont deux filles étaie n t tuberculeuses-pul m onai ces.

Enfin j'ai vu le cas d'un homme marié trois fois , et qui n'avait eu des enfants scrofuleux que de son second mariage. 11 en avait eu trois de celui-ci, un garçon que nous avons eu à l'hôpital Saint-Louis, et deux filles. L'une d'elles est morte à dix ans de tumeur blanche du genou ; l'autre, qui avait eu des tubercules cervicsux dans son enfance, jouissait d'une bonne santé à quarante ans. Cet homme n'avait eu que des enfants bien portants de sa première et de sa troisième femme.

Réflexions sur les observations contenues dans les trois articles précédents.

Les observations que nous avons résumées dans les trois articles qui précèdent ne donnent qu'une idée encore incomplète de la généralité de la maladie et du nombre des morts dans les familles scrofuleuses. Nous manquons des éléments nécessaires pour compléter ces observations; nous ne connaissons le nombre des enfants scrofuleux que lorsque

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nous pouvons en juger par nous-méme. Les parents, en général, s'abusent, se flattent sur la santé de leurs enfants , qu'ils croient souvent bien portants, quoiqu'ils soient déjà manifestement scrofuleux; et alors même que la maladie éclate par quelque fait bien marquant, il est rare que cet averlissemcntéveille leur sollicitude sur la santé de leurs autres enfants. Leur aveuglement à cet égard va souvent au-delà de ce que l'on pourrait imaginer. Une mère qui uousprésenteun enfant scrofuleux commence, ordinairement, par affirmer qu'elle n'a que celui-là de malade, et nous témoigne quelquefois une certaine surprise de ce que la scrofule a pu atteindre un de ses enfants, tous les autres étant exempts de cette maladie. Ces erreurs naissent de l'opinion où l'on est dans le monde qu'il n'y a de scrofule que celle qui enlaidit la figure, qui siège à la face et dans les régions cervicales, tandis que cette maladie peut se montrer sous des formes et à des degrés très variés dans tous les organes et dans toutes les régions de l'économie.

Ces opinions erronées viennent , je le répèle , de l'amour des parents pour leurs enfants, et de l'aveuglement qui en est une conséquence très ordinaire; ils se hâtent d'affirmer d'avance ce qu'ils désirent, et, à leur insu, ils cherchent à nous iufl encer. Mais nous avons l'habitude de tout voir per nousméme; et malgré ce que peuvent nous dire les assistants, nous continuons à nous info ner. de la santé des autres enfants, et alors nous obtenons bientôt la certitude qu'ils ont tous une prédisposition commune et semblable à celle de l'enfant que nous avons sous

les yeux. Parmi ces autres enfants sur la santé desquels les parents sont dans la plus trompeuse sécurité, on en rencontre souvent qui sont déjà plus profondément scrofuleux que celui pour lequel on nous consulte, et qu'on a regardé comme seul atteint de scrofule, parce qu'il offre quelque signe plus vulgaire de cette maladie.

On a pu voir, dans le récit des observations que nous avons présentées à propos de la généralité de la scrofule dans la famille , que nous ne sommes arrivé à l'établir et à la faire reconnaître qu'en résistant aux informations négatives qui nous étaient données.

La première observation est celle d'un jeune homme tuberculeux et affecté de tumeur blanche, cpie l'on regardait comme seul scrofuleux de sa famille, quoiqu'il eût trois soeurs et un frère que la scrofule n'a pourtant pas épargnés. Une de ses sœurs, âp,ée de seize ans, était déjà tuberculeuse-pulmonaire à un degré si avancé, qu'elle a succombé peu de temps après qu'au grand étonnement de sa famille, qui n'en était nullement avertie, nous eûmes prononcé que cette jeune fille était encore plus malade que ses frères et sœurs.

La seconde et la troisième observation nous offrent également l'existence du vice scrofuleux manifestée dans la famille par les faits les plus saillants, les parents conservant, néanmoins, une sécurité complète sur la santé de leurs autres enfants.

Convenons, cependant, que la pratique médicale doit être e.i partie responsable de ces illusions : les médecins, en général, donnent aux maladies scrofu-

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leuses un nom particulier auquel ils n'ajoutent que rarement le nom véritable, le nom générique, celui qui leur est commun et les réunit toutes dans un même genre. L'enseignement est si éloigné des vues d'ensemble que nous cherchons à propager, que les maladies scrofuleuses sont disséminées dans plusieurs services des hôpitaux, selon qu'elles affectent les yeux, la peau, le système osseux, les poumons. Avec des notions aussi superficielles de diagnostic, l'on n'arrivera jamais à connaître la complexion de famille qui est le point de départ de toutes ces maladies.

Quant au nombre dis morts, bien qu'il soit plus facile de le compter que de reconnaître le tempérament de famille sur chaque individu en particulier, nous ne l'avons guère qu'approximaiivement; les parents ne se le rappellent pas toujours, et les enfants que nous interrogeons dans les hôpitaux n'ont souvent qu'un souvenir incertain du nombre de frères et sœurs qu'ils oui perdus. Ainsi que pour le nombre des enfants atteints de scrofule, les renseignements qu'on nous donne sur le nombre des enfants morts de cette maladie sont ordinairement au-dessous de la vérité. Ce qui le prouve, c'est que ce nombre augmente souvent, en questionnant de nouveau les malades sur les antécédents.

Quel que soit ce nombre à une époque donnée, il va toujours en augmentant par la suite; il a plusieurs fois augmenté depuis la première rédaction de ce mémoire. Il a dû augmenter plus souvent que cela n'est venu à ma connaissance , et il n'est pas douteux que la mort ne fasse encore des victimes parmi ceux

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