‹ Recherches et observations sur les causes des maladies scrofuleusesChapitre 20 sur 36 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

DE LA SANTÉ ORIGINAIRE DES PARENTS QUI ENGENDRENT DES ENFANTS SCROFDLEUX.

Lorsque les causes de la scrofule proviennent de la sauté originaire des parents, ceux-ci sont euxmêmes scrofuleux ou tuberculeux , ce qui est pour nous la même chose, et le plus ordinairement leur état de maladie est assez apparent pour qu'on puisse reconnaître aussitôt l'origine de la scrofule, dont leurs enfants sont généralement affectés.

Mais le tempérament pathologique des parents ne se dessine pas toujours assez fortement pour qu'il soit facile d'établir, dans tous les cas, la relation qui existe entre leur santé et celle de leurs enfants.

C'est par cette raison que nous aurions méconnu cette relation plus souvent que cela ne nous est arrivé, si, dès le commencement de nos recherches, nous n'avions aperçu que, dans les cas où l'hérédité

SANTÉ DES PARENTS. 7g

manquait, nous ne trouvions cependant point de causes extérieures occasionnelles.

Cette remarque générale nous a mis, pendant quelque temps, en présence de faits sans cause, c'està-dire à l'origine desquels nous ne savions pas remonter; nous touchions évidemment aux limites de la science. Il a donc fallu aller à la recherche des causes de ces faits , qui alors n'en avaient pas encore pour nous.

On a tant abusé des causes extérieures occasionnelles; on leur a accordé une influence si gratuite au sujet des maladies scrofuleusos en particulier, quoiqu'elles coïncident rarcmenl avec l'existence de ces maladies; l'hérédité au contraire les relie d'une manière si satisfaisante ; elle se rapporte si bien à leur unité en tout lieu, que j'ai été amené tout naturellement à penser que c'était encore de cette source que pouvaient naître les faits dont la cause nous restait inconnue.

Ma présomption n'a pas tardé à se réaliser. J'ai vu effectivement que les causes héréditaires sont plus nombreuses et plus fréquentes qu'on ne le pense généralement; que l'hérédité existe dans beaucoup de cas où les traces de son existence étant éloignées, on ne les aperçoit point au premier examen, mais qu'elles deviennent évidentes en étudiant mieux la santé des parents ascendants. Pour cela on ne doit pas se contenter de considérer leur état actuel de santé, il faut aussi chercher à connaître quelle a été leur santé antérieure, et quel est le tempérament de la famille.

Ces nouveaux points de vue étendent beaucoup le domaine de l'hérédité , et jettent la plus vive lumière sur une foule de faits qu'on ne savait jusqu'à ce jour rapporter à leur véritable origine. Il sera désormais facile de la reconnaître en ayant égard aux antécédents et aux coïncidences que nous venons de signaler. Alors on verra que la scrofule ne naît pas seulement de parents actuellement scrofuleux , mais qu'elle peut encore provenir : i° de parents qui ont été scrofuleux , et qui paraissent ne l'être plus; 2° de parents qu'on croit exempts de scrofule, quoique leurs frères et sœurs soient scrofuleux ; 3 de parents qui n'offrent sur eux-mêmes de signes de scrofule qu'après avoir engendré des enfants scrofuleux.

ART. I. — ne lu scrofule gtar fies parents scrofttletëjp.

Il ne faut pas croire que les faits particuliers qui ont servi à établir la généralité de la scrofule dans la famille, et la très grande mortalité qu'elle y occasionne n'auraient pu prouver autre chose. Ces mêmes faits seraient encore de bons matériaux pour les autres considérations que nous avons à présenter sur les causes des maladies scrofuleuses. La plupart d'entre eux pourraient servir également à prouver l'hérédité par des parents scrofuleux , le début de la scrofule sans causes extérieures, son invasion au milieu des conditions d'hygiène les plus propres à donner une bonne santé, etc., etc. Nous aurions pu faire remarquer toutes ces circonstances dans le plus

SANTÉ DES PARENTS. Si

grand nombre des observations particulières que nous avons produites; mais si nous avions suivi cette marche, nous n'aurions pu éviter de nombreuses répétitions, et par suite beaucoup de confusion. C'est pourquoi nous avons pris le parti d'isoler chacune des faces de la question pour les étudier en particulier dans un certain nombre de faits; c'était le seul moyen de mettre en oeuvre la plus grande quantité possible de nos observations, et de les grouper autour des lois naturelles dont elles dérivent. La scrofule par des parents scrofuleux est une de ces lois , une de ces causes héréditaires, dont nous allons nous occuper en premier lieu.

Ce ne sont jamais les hommes robustes, originairement bien constitués, actuellement bien portants, dont la descendance est scrofuleuse. De même on doit regarder comme hors nature qu'un homme scrofuleux engendre des enfants robustes et bien constitués. La scrofule, existant soit du côté paternel, soit du côté maternel, est pour ainsi dire calquée clans les produits de la génération ; à plus forte raison, quand elle existe des deux côtés à la fois. Je regarde cette transmission comme inévitable quand elle prend sa source dans la santé du père; mais cette loi de transmission m'a paru souffrir quelques rares exceptions dans les cas où un homme saiu féconde une femme scrofuleuse.

Les scrofuleux arrivent rarement à l'âge de propager la maladie dont ils sont atteints , car la plupart d'entre eux meurent dans les premiers mois, dans les premières années de la vie, et ne dépassent

82 SANTÉ DES PAKENTS.

que rarement l'âge de puberté. A peine si le cinquième se marie , et on ne doit point le regretter, puisqu'ils ne peuvent donner le jour qu'à des êtres encore plus faibles qu'eux-mêmes, et dont l'alliance avec des personnes saines contagionne la société de maladies héréditaires.

La transmission par voie d'hérédité est néanmoins la cause la plus commune de la scrofule ; je dis même qu'elle est plus commune que toutes les autres causes ensemble, en y comprenant, comme je le fais, la phthisie tuberculeuse pulmonaire, qui, je le répète, n'est qu'une forme de cette maladie , ainsi que nous le mettrons hors de toute controverse dans l'article suivant.

J'ai donné des soins à un grand nombre d'enfants dont les parents portaient des traces évidentes de maladies scrofuleuses qu'ils avaient eues dans leur enfance ou dans leur jeunesse.

On voit dans un assez grand nombre de cas les parents transmettre à leurs enfants la même espèce de scrofule que celle dont ils ont été eux-mêmes affectés. J'ai observé des enfants scrofuleux qui avaient des tubercules, comme en avait eu l'un de leurs parents ascendants; j'en ai vu qui avaient ainsi hérité d'ophthalmies rebelles, d'abcès opiniâtres, de caries, de rachitisme , etc., etc.

Une femme qui avait eu dans son enfance des tubercules cervicaux ulcérés, et qui n'avait franchi qu'avec peine l'âge de puberté, avait eu quatre enfants, dont l'un était mort à huit mois ; les trois autres étaient scrofuleux-tuberculeux comme leur mère.

Deux d'entre eux, que nous avons eus ensemble à l'hôpital Saint-Louis, étaient en outre ophthalmiques; le troisième ne l'était point, mais il était fort sujet à des bronchites que je regarde comme de même espèce que les ophthalmies dont ses frères étaient affectés.

Une dame âgée de trente-deux ans, mère de cinq enfants, en avait perdu quatre en bas âge, et me consulta pour sa fille unique, âgée de trois ans, qui était ophthalmique, et qui avait déjà sur les yeux des taies, suites d'ophthalmies antérieures. Cette dame avait eu le même genre de maladie dans son enfance, et elle avait toujours eu, depuis, les yeux rouges, et le bord libre des paupières un peu gonflé.

.l'ai traité un écolier de douze ans d'une tumeur tuberculeuse située dans la région sous-maxillaire gauche. La mère de cet enfant porte une cicatrice tuberculeuse dans la même région, et plusieurs autres marques de la scrofule dont elle a été affectée dans son enfance.

Le nommé Barbier avait depuis quatre ans , à la partie moyenne et supérieure de la poitrine, une très large ulcération qui avait été réfractaire à tous les traitements qu'on avait mis eu usage. Le père de ce malade présentait la cicatrice d'un vaste ulcère scroluleux qu'il avait eu, pendant plusieurs années, dans la même région. Ce jeune scrofuleux, qui était atteint de la même maladie qu'avait eue son père, chez lequel elle occupait le même siège, avait un oncle paternel affecté d'ulcères aux jambes.

Le nommé Aujard, âgé de quarante ans, de faible complexion, souffrant parfois de la poitrine, avait une

ophthalmie palpébrale double dont l'origine remontaitàla petite vérole qu'il avait eue dans son enfance,

Son fils, âgé de seize ans, entré à l'hôpital Saint- Louis, dans le cours de l'année 1829, était affecté de la même ophthalmie palpébrale double depuisl'âge de cinq ans 5 il l'avait contractée, comme son père, àla suite de la variole.

Un second fils, âgé de treize ans, avait eu, à l'âge de cinq ans, une ophthalmie qui avait duré deux ans.

Une fille, âgée de quatorze ans et demi , était ophthalmique depuis sa septième année.

Le nommé Salmon avait été ophthalmique pendant plusieurs années de son enfance, et depuis il avait une affection catarrhale des voies aériennes. Cet homme était père de onze enfants , dont sept étaient morts en bas âge. Il lui en restait quatre , sur lesquels trois étaient ophthalmiques; le quatrième était notre malade à l'hôpital Saint-Louis; il était couvert d'ulcères scrofuleux, et de cicatrices encore plus nombreuses sur le tronc et les membres. Plusieurs de ces ulcères étaient fistuleux , quelques uns avaient donné issue à des esquilles. La maladie du jeune Salmon avait commencé à l'âge de sept ans, et n'avait plus offert depuis que de courtes l'émissions.

Au mois de décembre i83o , une jeune dame rachi tique, de petite taille , sujette à une leucorrhée abondante, me consulta pour un de ses enfants, âgé de six ans et demi, qui était déjà rachitique. Cet enfant avait , en outre , des tubercules cervicaux et niésentériqueset les amygdales habituellement grosses; il était fort sujet aux engelures et fort pâle.

Cet enfant avait une sœur de cinq ans et demi qui avait, comme lui, la taille déviée de droite à gauche.

Au mois de janvier 18^1 , un homme qui portait une cicatrice scrofuleuse au côté droit du cou, et qui était, dans le moment, assez bien portant, nous présenta à la consultation de l'hôpital Saint-Louis son fils âgé de dix ans, affecté dira ulcère tuberculeux situé sur la joue droite, au-devant de l'oreille. Cet enfant avait plus d'un [/oint de ressemblance avec son père...

Cet homme avait eu deux autres enfants: une fille qui était morte à cinq ans d'hydrocéphale, en quarante-huit heures ; un fils qu'il avait perdu à l'âge de deux ans de cette dernière maladie, et chez lequel elle avait été précédée de convulsions.

Il y a cinq ans, on m'amena à la consultation de l'hôpital Saint- Louis une jeune fille de la banlieue de Paris, âgée de seize ans, affectée de tumeurs tuberculeuses ulcérées au cou; la mère de cette enfant était morte , dix ans auparavant, dans une des salles du pavillon Gabrielle, de la même maladie.

Le nommé Frison , un des premiers malades sur lesquels nous avons fait nos expériences sur les préparations iodurées, et que nous avons guéri, en 1827, d'une tumeur tuberculeuse au côté gauche du cou , ('•lait né d'un père qui avait eu des tubercules ulcérés dans les régions cervicales, et qui était mort tuberculeux-pulmonaire à trente et un ans.

Au mois de mai 1837, nous avons perdu à l'hôpital Saint-Louis un tuberculeux nommé Delpech; il laissait quatre enfants en bas âge , qui , tous quatre,

moururent tuberculeux en moins de trois mois , après la mort de leur père ; le plus âgé d'entre eux n'avait pas encore atteint sa septième année.

Cette dernière observation, très abrégée, nous offre cependant trois points très importants à considérer: 1° l'hérédité de la scrofule ; 2° sa généralité dans la famille; 3° la mortalité qu'elle y occasionne.

La similitude que l'on peut remarquer dans les signes extérieurs de la scrofule chez les parents et chez leurs enfants n'est souvent que l'état actuel du diagnostic au moment où l'on recueille l'observation. Tel enfant qui est ophtbalmique comme son père ; tel autre qui offre une tumeur tuberculeuse dans la même région où sa mère a une cicatrice , suite d'une tumeur de même espèce, .auront plus tard d'autres signes de scrofule; car , dans le plus grand nombre de cas, les maladies scrofuleuses coïncident plusieurs ensemble, et se succèdent pendant la vie des scrofuleux. On voit raremeut une maladie scrofuleuse rester toujours la même, et occuper le même siège jusqu'à sa guérison, ou jusqu'à sa terminaison funeste. Un enfant qui est actuellement ophthalmique sera plus tard tuberculeux ; il aura des caries aux phalanges, une coxalgie, etc., etc.; et s'il succombe , ce ne sera qu'après avoir éprouvé la plupart des maladies scrofuleuses.

Assez souvent j'ai observé la coïncidence de la scrofule sur trois générations. Lorsqu'on observe la scrofule sur trois générations à la fois, le plus ordinairement la troisième générations éteint presqu'en naissant, .l'ai connu deux sœurs dont la mère avait au

SANTÉ DES PAREKTS. 87

cou des traces évidentes de scrofule, et qui était, en outre, affectée d'un squirrfae au sein droit, survenu à 1 âge critique. Ces deux sœurs , mariées toutes deux , n'ont pu élever d'enfants ; je doute qu'elles atteignent elles-mêmes l'âge de retour, et, si elles y arrivent, il ne leur sera pas moins funeste qu'à leur mère.

Je citerai encore l'exemple suivant , celui d'une dame qui n'a survécu aux maladies scrofuleuses dont elle a souffert dans sa jeunesse , que pour perdre cinq enfants dans son sein et donner le jour à deux filles scrofuleuses comme elle, et qui ne pourront élever des enfants.

Une dame du département de l'Aube, âgée de soixante-quatre ans, est venue me consulter cette année pour des douleurs qu'elle éprouvait dans le membre abdominal droit; elle a eu dans sa jeunesse une tumeur blanche de l'articulation tibio-fémorale du même membre et des abcès froids dans la région des trochanters. Cette dame est de petite taille; elle est rachitique, voûtée, maigre, couperosée.

Mariée à vingt ans, elle a fait d'abord cinq fausses couches qui ont toutes été suivies de pertes abondantes de sang pendant deux mois et demi. Deux ans après sa dernière fausse couche , elle est accouchée à terme d'une fille ; elle en a eu une seconde trois ans après la première. Ces filles ont été mariées toutes les deux à 1 âge ordinaire, quoiqu'elles fussent de très faible complexion.

L'aînée est âgée de trente-quatre ans; elle a eu deux enfants: une fille qui est morte à huit mois; un garçon qui a présentement quatorze ans , et

88 SANTÉ DES PARIÏNTS.

qui est à Gauterets pour une tumeur blanche de l'articulation tibio-fémorale droite.

La seconde, âgée de trente et un ans, a été mère de deux filles qu'elle a perdues. Ces deux jeunes femmes ont fait aussi des fausses couches comme leur mère, mais je n'ai pu en savoir le nombre.

J'ai vu naître, il y a cinq ans, un enfant très petit et très faible qui est mort au bout de son sixième mois, n'ayant pu se nourrir, quoiqu'on ait tout fait pour sa conservation. Je pense que le père de cet enfant ne sera pas plus heureux par la suite , parce que je l'ai traité, il y a vingt-quatre ans , d'hydrocéphale chronique , et parce qu'il est lui-même scrofnlenx par son père. Ce fait contient trois générations scrofuleuses dans un quart de siècle! La troisième s'éteint en naissant.

Dans bien des cas , cette troisième génération ne voit pas le jour; les mères avortent le plus souvent, et il en est même qui ne peuvent porter aucun enfant à terme.

On peut ajouter à ces exemples d'hérédité ceux que nous avons déjà rapportés dans les articles précédents, et par la suite nous en ferons connaître un plus grand nombre à propos des différents rapports sous lesquels nous avons encore à étudier les causes des maladies scrofuleuses.

Pour le moment , nous ne multiplierons pas davantage les exemples d'hérédité par des parents scrofuleux , et il est d'autant moins nécessaire d'en citer un plus grand nombre, qu'il n'y a ici rien de nouveau à prouver, l'hérédité des maladies scrofuleuses

S4WTK DI-S PAKENTS. 8q

n'étant généralement point contestée par les praticiens. Il est d'ailleurs très facile d'acquérir sur ce point de doctrine la conviction la plus entière, en interrogeant seulement quelques malades scrofuleux avec un peu d'attention.

Ait T. MM. — Mie la scrofule par tles parent* 'lu.berct€lettje-t*Mlino»taires.

J'ai traité de cette espèce d'hérédité en particulier, afin de mettre mieux en évidence la parenté des maladies scrofulcuses et des tubercules pulmonaires, et de faire ressortir plus clairement la filiation réciproque et très commune de ces maladies; je dis plus , leur nature identique.

Quoique cette idée ne soit point nouvelle, on dirait qu'elle est inconnue de nos jours, à voir à quel point les médecins se préoccupent des causes occasionnelles et de la localisation des tubercules ; à voir aussi combien la pratique est généralement éloignée des indications qui découlent de la nature scrofuleuse des tubercules pulmonaires.

Sydenham a si bien reconnu la similitude de ces maladies, qu'il désigne la phtbisie tuberculeuse-pulmonaire sous le nom de scrofule des poumons , expression de doctrine dont j'ai acquis la preuve anatomique , que je développerai dans un autre ouvrage sur le tubercule, dont la rédaction est terminée.

Portai regarde la maladie qu'il appelle phtbisie pulmonaire d'origine comme une maladie de nature scrofuleuse; il revient assez souvent sur cette idée pour qu'on puisse être étonné que nos contempo-

rains n'en aient pas tenu compte et s'en soient même tout-à-fait éloignés dans leur pratique.

La similitude delà scrofule et des affections tuberculeuses est trop manifeste, trop constante pour avoir échappé complètement à Bayle et à Laënnec; mais on doit regretter que , sur ce point de doctrine, ces bons observateurs soient moins avancés que Portai. Leur silence sur la nature scrofuleuse des tubercules pulmonaires a été surtout fâcheux par l'accès beaucoup plus facile qu'il a donné aux idées de localisation, et, par suite de ces idées, aux médications les plus dangereuses qu'on puisse mettre en usage dans le traitement des tubercules pulmonaires. Si ces deux auteurs, qui jouissent à bon droit d'une grande autorité , eussent travaillé à dévoiler mieux encore qu'on n'avait fait avant eux la nature scrofuleuse des tubercules pulmonaires; s'ils avaient signalé le progrès toujours plus rapide de cette affection, par le traitement et le régime antiphlogistiques basés sur l'étiologie prétendue inflammatoire des tubercules, ils auraient empêché l'abus qu'on a fait de la saignée dans une maladie qui ne réclame point les émissions sanguines comme méthode générale de traitement.

La nature commune de la scrofule et des tubercules pulmonaires est des plus manifestes; en effet, ces deux maladies ont également une origine héréditaire; elles sont, l'une et l'autre, générales dans la famille, et elles y occasionnent la même mortalité. Ces trois caractères, qui leur appartiennent au même degré, suffiraient pour établir la similitude de ces maladies; mais nous allons rendre cette similitude

SANTE DES RARENTS. gi

encore plus évidente en faisant voir, i° que la scrofule a le plus souvent une origine tuberculeuse ; 2 que ces deux maladies coïncident, ordinairement dans la même famille; 3° que tous les scrofuleux sont tuberculeux-pulmonaires.

1° Origine tuberculeuse de la scrofule. — La scrofule a le plus souvent une origine tuberculeuse ; plus de la moitié des scrofuleux ont des tuberculeux-pulmonaires dans leurs parents ascendants. Les maladies scrofuleusesde toute espèce, destubercules cervicaux, mésentériques, pulmonaires, etc.; des tumeurs blanches, des caries, des ophthalmies, des bronchites, des vers intestinaux, l'hydrocéphale aiguë ou chronique, etc., etc., régnent dans des familles sans autre raison que l'existence de tubercules pulmonaires chez l'un des parents ascendants.

I^a scrofule a si généralement une origine tuberculeuse, que dans deux salles contenant quatre-vingtquatre lits, j ai constaté communément l'existence de la phthisie tuberculeuse pulmonaire sur plus de la moitié des parents ascendants. Ce résultat est encore au-dessous de la réalité. La proportion des cas dans lesquels l'origine héréditaire de la scrofule est tuberculeuse doit être plus forte. Un grand nombre de malades manquent de renseignements , ou ne peuvent en donner que de trop vagues, sur la santé de leurs familles; d'antres ne peuvent attribuer la mort de leurs parents à la phthisie tuberculeuse, parce que cette maladie ne s'est pas fait connaître par des signes assez évidents.

C'est pourquoi , aux observations générales que je

g2 SANTÉ DIS PARENTS.

viens de présenter, et qui sont basées sur les déclarations des malades , que l'un de leurs parents ou tous deux étaient morts de la poitrine, en nous dounant à cet égard des détails qui nous ont paru suffisants, nous devons ajouter encore une autre série d'observations dans lesquelles nous n'avons pas eu de renseignements assez positifs pour admettre formellement l'existence de la pbtbisie tuberculeuse, mais dans lesquelles il est cependant facile de reconnaître que cette dernière maladie est le principe héréditaire de la scrofule. Dans la plupart de ces cas, en effet, on nous a dit que les parents étaient d'une constitution faible, et qu'ils étaient morts jeunes; deux circonstances d'après lesquelles il est très probable qu'ils sont morts tuberculeux-pulmonaires.

Nous avons enfin constaté plusieurs cas de mort prématurée chez de grands parents, que nous ne mentionnons que pour mémoire.

q° Coïncidence des maladies scra/u/enses et des tubercules pulmonaires dans lajamille. — Les considérations qui précèdent sont encore justifiées par la coïncidence très commune de la phthisie tuberculeuse avec les antres maladies scrofuleuses. Les enfants scrofuleux ont souvent des frères et sœurs tuberculeux-pulmonaires. J'ai traité à Paris, en i83o, un jeune enfant du département de la Moselle, d'une scrofule cutanée esthiomène de la joue droite. Ce malade a perdu un frère aîné et une sœur de la poitrine. Ils étaient issus tous trois d'une mère morte tuberculeuse-pulmonaire à trente ans.

Le nommé Belon avait les régions cervicales rem-

SANTÉ T)FS PARENTS. g3

plies de tumeurs tuberculeuses Sa mère était morte tuberculeuse-pulmonaire; il avait perdu un frère, à vingt ans, de la même affection ; il avait une sœur de dix-neuf ans qui toussait habituellement depuis qu'elle avait eu le croup dans sa première enfance (2 e partie, Causes pathologiques).

Domergue était opbthalmique et affecté de caries profondes; il avait eu un frère qui mourut à huit ans de fièvre cérébrale; une sœur qui mourut à douze ans ophtbalmique et tuberculeuse-pulmonaire. Ces trois enfants étaient nés d'un père qui avait succombé, à l'âge de trente-sept, ans, aux progrès d'une tuberculisation des poumons; ils avaient tous trois liérité de la même prédisposition à cette redoutable maladie.

Nous allons voir maintenant que les malades scrofuleux eux-mêmes sont tuberculeux- pulmonaires comme ceux de leurs frères chez lesquels la scrofule ne s'est montrée que sur les organes delà respiration.

Dans les familles scrofuleuses on perd des enfants de la poitrine, et réciproquement dans les familles tuberculeuses-pulmonaires quelques enfants succombent à des maladies scrofuleuses. Dans le langage ordinaire, une famille est scrofuleuse quand ce sont les maladies scrofuleuses qui causent une plus grande mortalité que les tubercules pulmonaires; elle est tuberculeuse lorsque la tuberculisalion du poumon moissonne un plus grand nombre d'enfants que les autres maladies scrofuleuses-

Les praticiens font encore une différence tellement essentielle entre la scrofule et le tubercule, qu'ils traitenl ces maladies sans établir entre ellesau-

cune relation. On traite un malade affecté de tumeur blanche sans attacher aucune importance à la mort d'un frère qui est survenue par le développement de tubercules pulmonaires. D'un autre côté, on suit la marche progressive d'une tuberculisation du poumon sans établir aucune relation entre cette dernière maladie et des exemples de tumeur blanche qui ont existé , ou qui existent présentement dans la famille.

Le temps n'est pas éloigné, je pense, où la relation de ces maladies sera généralement reconnue, et hors de toute controverse. Nous venons de voir que la scrofule a le plus souvent une origine tuberculeuse, que les familles scrofuleuses perdent beaucoup d'enfants de la poitrine. Nous allons voir maintenant que les malades scrofuleux eux-mêmes sont tuberculeuxpulmonaires , comme ceux de leurs frères chez lesquels la scrofule ne s'est montrée que sur les organes de la respiration.

3° Les scrofuleux sont tuberculeux- pulmonaires. — Les enfants scrofuleux, comme ou l'entend généralement, ceux qu'on regarde comme scrofuleux et nonjpas comme tuberculeux-pulmonaires, le sontnéanmoins aussi bien que ceux chez lesquels la scrofule tuberculeuse débute sur les poumons, et se concentre sur ces organes. La mort naturelle des scrofuleux a lieu par la poitrine ; on peut même avancer qu'elle n'a pas lieu autrement. Les tubercules sous-cutanés, les ophthahnies, les ulcères de la peau, les caries des os, les maladies scrofuleuses en général, ne se terminent d'une manière funeste qu'après la tuberculisation des poumons.

Belon, dont nous parlions un peu plus haut comme ayant des tumeurs tuberculeuses dans les régions cervicales, était pour nous un tuberculeux pulmonaire, aussi bien que celle de ses sœurs qui avait déjà succombé à cette maladie; aussi bien que celle qui en éprouvait déjà des symptômes assez avancés. Ces trois enfants avaient une même santé; ils étaient atteints du même genre de maladie; il n'y avait aucune différence de nature; il y en avait seulement dans la forme actuelle et dans le degré de la maladie.

Belon n'avait peut-être pas encore de tubercules pulmonaires; maisil en avait la prédisposition, parce qu'il avait déjà des tumeurs tuberculeuses au cou; parce qu'il avait déjà perdu une sœur de tubercules pulmonaires; parce qu'il en avait une seconde qui était déjà atteinte de la même maladie; parce qu'enfin ces trois enfants étaient nés d'une mère morte de la poitrine.

Ce que je viens de dire de Belon est commun à tous les scrofuleux : ils sont tous tuberculeux-pulmonaires.

Domergue, dont je parlais plus liant, était presque guéri de caries profondes qu'il afrait eues aux deux pieds. Il a travaillé à la cuisine de l'hôpital pendant six ans, au bout desquels il est mort tuberculeux-pulmonaire.

Les scrofuleux meurent ordinairement delà poitrine soit pendant la durée des autres maladies scrofuleuses dont ils sont atteints, soit à une époque plus ou moins éloignée de la guérison de ces maladies.

Les scrofuleux , atteints de tubercules sous-cuta-

gG SANTK DKS PARKNTS.

nés, d'abcès froids, de tumeurs blanches, etc., dont nous avons fait J'autopsie à l'hôpital Saint-Louis, nous ont tous offert, à peu d'exceptions près, des tubercules pulmonaires.

De même parmi les scrofuleux que nous avons guéris depuis quinze ans, plusieurs sont morts, et tous, ou presque tous, avaient des tubercules clans les poumons.

Les cas fort rares dans lesquels nous n'en avons point trouvé ne sont pas |>our cela des cas exceptionnels; ce sont des faits semblables à d'autres faits déjà connus dans la science , de l'invasion des tubercules pulmonaires à un âge avancé et quelquefois même dans la vieillesse , chez des individus qui étaient nés cependant avec la prédisposition héréditaire à cette maladie. Ainsi , à l'ouverture des corps, on voit par les divers états dans lesquels on trouve les tubercules, qu'il y a eu des générations successives de ces productions. A cet égard , les sujets tuberculeux présentent des différences immenses en descendant du plus haut degré de tuberculisation qu'ils peuvent offrir jusqu'à celui où l'on ne constate que l'existence de quelques tubercules. Les cas où ceux-ci manquent, la prédisposition existant, sont ceux où leur époque d'invasion n'était pas encore arrivée.

Nous n'en avons pas fini de la scrofule et des tubercules pulmonaires. Ce sujet offre plusieurs autres rapports fort intéressants, qui ne tiennent pas assez directement aux causes des maladies scrofuleuses pour trouver ici leur place. Nous y reviendrons dans un travail particulier, dans lequel nous ferons voir

SANTÉ DES PARENTS. g*

que le tubercule est une production de même nature dans tous les organes, et que la plupart des organes, mais surtout les poumons, sont tuberculeux chez les individus qui succombent à des maladies scrofuleuses (i).

ART. I II. — Oea parent» fiant Ma jeunesse a été scrofuleuse , tnais gtti Jouissent , présentement , tl'une assez bonne santé , engenttrent souvent fies enfants scrofuleuac.

Le plus grand nombre des sujets scrofuleux meurent dans les premières années de la vie, et ceux dont la constitution peut réagir assez longtemps contre les atteintes continues ou incessamment renouvelées delà scrofule, arrivent, très affaiblis, à l'âge de puberté, qui ne les relève point de leur état de faiblesse originaire et qui leur est même souvent funeste.

La puberté n'a pourtant pas toujours une influence aussi fâcheuse; elle donne, au contraire, en certains cas une impulsion assez favorable au tempérament pour produire une rémission profonde, ou même une solution apparente des maladies antérieures.

Mais , quelle qu<; soit cette rémission , quelle que puisse être l'amélioration que le physique éprouve alors, la vie n'est pas pour cela retrempée au même degré de force que celle d'un homme originaire-

(1) Recherches et observations sur le tubercule considéré comme une production de même nature dans tous les organes et comme le caractère commun des maladies scrofuleuses. Pour paraître au mois de mars prochain.

g8 SANTjJ DES PARENTS.

ment bien constitué. Quoique restauré, quoique dans un état relativement beaucoup meilleur, l'individu est néanmoins encore scrofuleux et dans le cas d'avoir une progéniture scrofuleuse.

Cette origine de la scrofule est plus commune qu'on ne pense ; elle existe dans une proportion presque égale au nombre des sujets scrofuleux guéris par les évolutions salutaires de la puberté. Gesguérisons spontanées qui surviennent au printemps de la vie, ne subsistent guère qu'au bénéfice de l'individu et ne lui donnent que rarement la faculté d'engendrer une belle race (chapitre III, art. v). Dans les cas les plus heureux, dans ceux où l'on pourrait croire aune solution complète des maladies antérieures à la puberté, il peut y avoir encore transmission héréditaire de la scrofule; ce n'est qu'après plusieurs générations et des alliances heureuses que le génie scrofuleux cesse de se perpétuer dans les familles.

En général , les parents gardent le silence sur les antécédents que je viens signaler, et ce silence est une cause d'erreur relativement à l'origine de beaucoup de maladies scrofuleuses. On cherche des causes occasionnelles là où il n'y en a point, et où la maladie a son principe dans la santé de l'un des parents ascendants.

Je vais présenter quelques exemples pour servir de guide dans l'investigation des faits de ce genre.

J'ai donné des soins à une demoiselle âgée de treize ans qui, depuis sa quaLrième année, était ophtlialmique et tuberculeuse au plus haut degré. Le père et la mère jouissaient d'une bonne santé. La mère était

SANTÉ' DES PARENTS. gg

d'un physique agréable, qui ne laissait naître d'abord aucun doute sur sa santé antérieure.

Au premier examen, je n'appris donc rien des causes de la maladie. La jeune malade jouissait de toutes les commodités de la vie, par conséquent point de causes dans les agents extérieurs ; le père et la mère étaient tous deux jeunes et bien portants quand leur fille était née, par conséquent point de cause héréditaire apparente ; de sorte que c'était une maladie fort grave qui n'avait de causes d'aucune espèce.

Plus tard, j'appris de la mère elle-même qu'elle avait eu une enfauce très maladive; que sou développement avait été très laborieux, 1res retardé; quelle n'avait été réglée qu'à dix-neuf ans, et qu'elle n'avait pas causé peu de surprise à sa famille d'avoir acquis la bonne santé dont elle jouissait depuis son mariage.

Cette dame a eu quatre enfants : l'un est la jeune fille tuberculeuse à laquelle j'ai donné mes soins; les trois autres sont tous trois faiblement organisés.

Le fait que je viens de citer est le premier de cette espèce que j'ai reconnu : c'était au mois d'avril i83o; j'en ai rencontré depuis plusieurs autres exemples; j'en rapporterai trois à la suite desquels je me livrerai à quelques considérations sur l'hérédité.

J'ai été consulté, à la même époque, pour une tumeur blanche fistuleuse de l'épaule gauche que portait un lycéen de treize ans, dont les parents, jeunes et d'assez bonne santé, jouissaient d'une position des plus heureuses ; de sorte que, dans ce cas encore, il

n'y avait ni hérédité ni causes extérieures; mais en étudiant mieux les antécédents , nous avons dû rapporter ce cas particulier à 1 espèce d'hérédité dont nous nous occupons.

La grand'mère du coté paternel est morte tuberculeuse-pulmonaire. Le père, de constitution faible, âgé de quarante-huit ans,jouissait présentement d'une assez bonne santé; mais son enfance avait été maladive; il avait été atteint de coqueluches rebelles, de bronchites, de fièvres éruptives de mauvaise nature ; à l'âge de puberté, on croyait qu il succomberait à la phthisie tuberculeuse comme sa mère, à cause de la fréquence des rhumes qu'il éprouvait alors; mais cet âge, qui aurait pu être, effectivement, un âge d'invasion tuberculeuse du poumon , a été, au contraire, une époque critique depuis laquelle sa santé s'est généralement soutenue sans jamais acquérir, néanmoins, beaucoup de force, quoique, de bonne heure, la vie ait été réglée de la manière la mieux entendue.

Voici un troisième exemple qui n'offre pas moins d'intérêt que les précédents : j'ai traité , il y a une quinzaine d'années , une demoiselle de seize ans de tumeurs tuberculeuses ulcérées de chaque côté du cou : elle avait une sœur , âgée de vingt et un ans , qui était tuberculeuse-pulmonaire avec hypertrophie du cœur et déviation de la taille, et qui , soit dit en passant, n'était pas regardée comme scrofuleuse.

Lorsque la mère me consulta pour l'une de ses filles, elle était alors elle-même assez bien portante;

mais comme elle offrait le faciès amabilis phthisicorum, je fus aussitôt sur la voie des questions de cause que j'avais à lui adresser. Voici donc les antécédents : le père de cette dame est mort de tubercules pulmonaires ; elle a perdu un frère, à vingt-huit ans, de cette maladie ; elle en a été menacée plusieurs fois dans sa jeunesse; elle a eu une fièvre de croissance, c'est-à-dire que son développement a été fort laborieux depuis l'âge de neuf ans jusqu'à dix-sept, qu'elle a été réglée après bien des difficultés.

Aujourd'hui l'âge critique arrive hâtivement à quarante-deux ans. et avec lui coïncident des rhumes qui se succèdent sans cesse ; l'embonpoint et les forces diminuent avec rapidité. Il y a recrudescence évidente des tubercules pulmonaires à l'occasion de l'âge critique. Je dis recrudescence, car les rhumes actuels sont de même nature que ceux qui ont tourmenté l'adolescence de cette dame et qu'elle a transmis à sa postérité dans le temps même où elle en éprouvait une rémission profonde qu'on a pu regarder, par erreur, comme une guérison complète.

Quoique ces idées soient surabondamment exposées dans les trois exemples qui précèdent , je citerai encore le suivant , le plus curieux de cette espèce que j'aie observé. C'est un fait dans lequel il y a eu terminaison spontanée de la scrofule à l'âge de puberté; passage à un état de santé des plus robustes, et, néanmoins, progéniture scrofuleuse.

Au mois d'octobre 1 8 >4 , j'ai commencé le traitement d'une demoiselle âgée de dix ans qui était affectée de caries profondes des os du carpe et du nu-

tacarpe des deux mains ; de tumeur blanche fistuleuse du coude gauche et de nécrose du tibia droit. Cette jeune personne avait ses secondes dents qui étaient fort mauvaises; elle était émaciée au plus haut degré et ne prenait que fort peu d'aliments, faute d'appétit; le bras et lavant-bras au-dessus et au-dessous de la tumeur blanche du coude n étaient guère plus gros que le doigt indicateur d'un adulte.

Le père de cette enfant est un homme grand , très fortement constitué, très viril à cinquante ans, ayant mené une vie des plus actives, des plus laborieuses, sans se ménager sous aucun rapport.

Quoique sa femme fût d'une constitution beaucoup moins forte, ce fut, néanmoins, par lui que je commençai mes investigations de cause , parce qu'il avait les cils rares, surtout ceux de la paupière inférieure, et qu'il clignotait des yeux comme le font les personnes qui ont eu des ophthalmies rebelles dans leur enfance; il en avait eu effectivement pendant plusieurs années, et n'en avait été guéri qu'à la suite d'un abcès tuberculeux qui lui survint au côté droit du cou, à l'âge de quinze ans, et qui resta ouvert pendant cinq à six mois. Vers l'âge de vingt ans, la santé prit le plus bel essor , et cet homme devint capable de supporter les plus grandes fatigues corporelles.

Par la suite, ses maladies n'ont été cependant que des rhumes qui sont devenus toujours plus fréquents et plus intenses, et qui ont souvent duré tout l'hiver. 11 y a même quelques années qu'il maigrit beaucoup à la suite d'un de ces rhumes , et qu'il fut regardé

SANTÉ DES PAKENTS. 1 o3

comme tuberculeux. Je suis fort éloigné de penser que l'on se soit trompé, et voici pourquoi :

Parce qu'il a eu un frère atteint de carie des os du pied chez lequel cette affection a guéri, à quinze ans, après avoir duré pendant plusieurs années, et qui est mortdetuberculespulmonaires, à quarante-deux ans; Parce qu'il a perdu une sœur de la même maladie à l'âge de quarante-cinq ans;

Parce qu'ils ont été dix-neuf enfants; qu'il en est mort treize en bas âge, non compris les deux dont je viens de parler.

Remarquons d'abord la nature similaire des ophtlialmies et des caries que les deux frères ont éprouvées dans leur enfance, et qui ont fini chez tous deux à 1 âge de quinze ans ; la mort de l'un à quarante-deux ans de tubercules du poumon ; le second menacé de la même fin, si l'on considère que toutes ses maladies ont été des rhumes depuis qu'il n'a plus d'ophthalmies.

Reprenons l'histoire de la famille de ce dernier. Nous avons parlé de la jeune fille qui a eu le système osseux presque généralement affecté de scrofule, et dont elle n'a guéri que par quatre traitements faits, quatre ans de suite,pendant le printemps et l'été.

Elle a une sœur plus âgée qu'elle de dix-huit mois, qui est gaie, vive, intelligente, bien développée pour son âge , mais qui a des orgelets sur les paupières et souvent des ophthalmies, une petite tumeur tuberculeuse dans la région sous-maxillaire droite et de mauvaises dents.

Outre ces deux enfants scrofulenx , le père en a eu

1 04 SANTÉ DTS PARENTS.

deux autres, un garçon et une fille, qu'il a perdus peu de temps après leur naissance.

Voilà donc un homme qui a présenté dans son enfance des signes de scrofule qui ont disparu, spontanément, à l'âge de puberté. Non seulement il paraît guéri , mais il acquiert une force physique plus qu'ordinaire. Voyez néanmoins sa postérité : elle est de quatre enfants dont deux meurent en bas âge , et les deux qu'il a conservés sont tous deux scrofuleux,etc. Aucun de ces enfants n'a encore atteiut l'âge de puberté. Peut-être cette époque sera-t-elle critique pour eux, comme elle l'a été chez le père et chez uu oncle paternel.

Remarquons aussi la fin particulière dont le père est menacé. Il a été tuberculeux à quinze ans, et cette prédisposition n'a jamais été tout-à-fait éteinte chez lui, car il a toujours été sujet à des rhumes de longue durée, et plusieurs praticiens l'ont déjà regardé comme tuberculeux-pulmonaire , il y a quelques années.

Je ne connais aucun autre fait qui prouve autant que celui-ci à quel point le tempérament de naissance reste radicalement le même , quelques améliorations qu'il puisse éprouver par l'influence salutaire de la puberté, et à quel point nous perpétuons notre racé selon la santé que nous avions en naissant.

L'objet particulier de cet article (ainsi que l'indique son titre) est d'introduire ces idées générales dans la science; nous avons voulu établir que la re-

SANTÉ DES PARENTS. i û5

production de la scrofule peut avoir lieu par la voie de la génération, lors même que les parents semblent être guéris des maladies scrofuleuses dont ils ont souffert dans leur enfance, et nous pensons que toutes ces idées découlent naturellement des faits dont nous venons de nous occuper.

Nous pouvons ajouter qu'elles découlent implicitement d'un autre ordre de faits, de ceux où l'on voit des tuberculeux qu'on a crus guéris, mourir néanmoins de tubercules , à une époque plus ou moins éloignée de celle de leur guérison apparente.

Beaucoup de praticiens ont vu comme nous (ce qui arrive quelquefois) la phthisie tuberculeuse, menaçante à lâge de puberté, amendée par le traitement, rester cachée pendant plusieurs années , pour reparaître soit à l'âge critique , soit avant cette époque, d'une manière spontanée, ou à l'occasion de quelque influence extérieure, telle que des écarts de régime, des chagrins, etc. La même chose arrive pour les maladies scrofuleuses en général.

Je ne présume point qu'aucun praticien estime que, dans les cas de cette espèce, il y ait eu d'abord guérison complète, et, par la suite, rénovation de la maladie par des causes extérieures. Il n'y a eu dans l'intervalle qu'un mieux soutenu; ce sont les bons éléments d'organisatiou qui ont dominé la prédisposition morbifique jusqu'à ce que celle-ci ait repris le dessus, soit spontanément, soit par quelque cause occasionnelle, ou par le seul progrès des années, qui affaiblit toujours la constitution.

Cela est si vrai, que la plupart des personnes qui

se trouvent dans ce cas sont sujettes à des maladies spéciales : elles s'enrhument facilement; elles ont des maux de gorge, de fausses fluxions de poitrine, elles manquent d'énergie; elles sont assujetties à un régime particulier et très tempérant; elles ont besoin de modérer leurs passions , et ne manquent jamais d'avertissements sinistres s'il leur arrive de leur donner trop d'essor. Quel que soit enfin le mieuxêtre qu'elles acquièrent par un bon régime de vie, elles finissent, le plus ordinairement, par succomber à la phthisie tuberculeuse-pulmonaire.

C'est précisément cette prédisposition congéniale, ce tempérament originaire, modifié, amendé par le traitement , mais non pas régénéré , quelque favorables que puissent être les apparences, qui est transmissible aux enfants, comme nous venons de le voir dans plusieurs familles, et comme on peut en observer tous les jours de nouveaux exemples. La survivance de cette fatale prédisposition aux maladies scrofuleuses n'est donc pas contestable. Elle est trop clairement exprimée dans les faits que nous avons rapportés pour souffrir aucune controverse raisonnable.

Voyez la mère de ces deux jeunes filles qui font le sujet de la troisième observation. On la croyait guérie; elle-même avait oublié les maladies de son enfance; à peine a-t-elle compris l'intérêt que je mettais à les connaître; nous avons vu pourtant survenir chez elle , à quarante-deux ans , les premiers symptômes de la recrudescence des maladies de la puberté.

SANTÉ DES PAREHTS. 10^

Ces symptômes ont eu leur marche ordinaire, et cette dame a succombé, au bout de trois ans, aux progrès de la phthisie tuberculeuse du poumon. Sa fille aînée, celle dont elle ne m'a parlé qu'occasionnellement, l'avait précédée de dix-huit mois, et la plus jeune , ma malade , a eu la même fin , peu de temps après avoir perdu sa mère.

Dans l'observation sur laquelle nous venons de faire quelques réflexions , la mère offrait certains signes de la complexion scrofuleuse , puisqu'au premier examen ce fut dans sa santé que je cherchai les causes de la maladie de ses enfants.

Dans la quatrième observation, je vis de même, au premier aperçu, que c'était parle père que je devais commencer la recherche des causes héréditaires ; mais qu'on me permette de faire remarquer l'expérience particulière qu'il fallait avoir de ce genre de diagnostic, pour reconnaître des signes de la complexion scrofuleuse chez un homme fortement constitué , et auquel son passé donnait même une certaine vanité de santé.

Mais son bien-être actuel, celui dont il avait joui depuis l'âge de vingt ans, les fatigues de toute espèce qu'il avait été capable de supporter, n'ont pas empêché qu'il n'ait eu des enfants scrofuleux, comme il I avait été lui-même dans sa jeunesse.

Ajoutons qu'il est menacé de finir par la tubercu- Iisation des poumons, comme cela a eu lieu dans le cas précédent; car, nous l'avons déjà dit, il a été tuberculeux dans sa jeunesse: il a eu plusieurs rhumes opiniâtres, dont quelques uns ont été accompagnés

103 SANTÉ DKS PARENTS.

de diminution des forces et de l'embonpoint ; il a perdu un frère à l'âge de quarante-deux ans ; une soeur, à quarante-cinq, de tubercules pulmonaires, et treize autres frères ou sœurs qui sont morts en bas âge.

AMtT. MV. Des parents Qui ne paraissent pas être scrofuteuae , mais Qui ont tfes frères et sœurs Qui te sont, ont très souvent, euac-mêtnes, une postérité serofnteuse.

Lorsque la scrofule existe dans une famille , elle n'en atteint pas tous les enfants au même degré; ses caractères extérieurs, très prononcés sur le plus grand nombre, peuvent l'être beaucoup moins, ou même manquer sur quelques uns.

Quand un homme ne paraît pas scrofuleux, ses frères et sœurs l'étant, il est certain qu'il jouit d'un état de santé relativement meilleur; de bonnes règles d hygiène peuvent fortifier encore davantage sa santé et le rendre propre à engendrer des enfants sains. Mais, dans les cas de ce genre, les plus avantageux que l'on puisse observer , il est néanmoins à craindre que les enfants ne soient scrofuleux; ce phénomène est même trop commun pour être seulement indiqué; nous lui devons un examen particulier à cause de sa fréquence, et parce que nous avons pris à tâche d'étudier l'hérédité sous tous ses rapports.

Nous ferons cependant observer qu'un homme qui paraît être exempt de scrofule, quand ses frères et sœurs sont atteints de cette maladie , jouit rarement d'une bonne santé ; l'apparence n'est même pas

trompeuse; il y a ordinairement certains signes extérieurs qui mettent sur la voie du diagnostic; les individus offrent quelques uns des signes de la complexion scrofuleuse et quelquefois des signes plus positifs de scrofule , qui passent inaperçus parce qu'ils sont peu prononcés.

Cet état particulier de santé serait mieux apprécié si les praticiens avaient une plus grande habitude d'étudier lesmaladies de famille; mais on ne s'enenquiert pas le plus souvent, et foute de ce renseignement, on considère cet état incomplet d'organisation comme un état normal de santé qui ne diffère d'un meilleur que du plusau moins, mais, d'ailleurs, comme étranger à la scrofule. Les individus qui le présentent sont cependant scrofuleux comme les autres membres de leur famille; ils le sont moins seulement que ces derniers ; mais on ne peut nier que la plupart ne le soient, puisque beaucoup d'entre eux engendrent des enfants qui le sont.

Les deux frères Boule , tous deux tuberculeux et atteints de tumeur blanche, nous dirent que leurs père et mère jouissaient d'une bonne santé; et plus tard nous apprîmes qu'une sœur de leur mère était morte tuberculeuse pulmonaire, et qu'un de ses enfantsavait été malade scrofuleux àlhôpitalSaint-Louis.

J'ai été consulté pour une jeune fille de quatre ans et demi qui avait des abcès froids dans la fosse susépineuse droite et sur l'extrémité acromiale de la clavicule du même côté ; les os propres du nez étaient hypertrophiés depuis deux mois. La mère de cette enfant paraissait jouir d'une bonne sauté, mais elle

avait une sœur rachitique , mère de deux filles qui l'étaient également.

Un habitant de la Manche m'a amené sa fille âgée de onze ans , scrofuleuse depuis sa plus tendre enfance par des ophthalmies , des coryzas, des pustules aux commissures des lèvres; l'hypertrophie du tissu cellulaire ; le ventre gros ; un arrêt très marqué de développement; une carie profonde et presque générale des os du tarse et du métatarse du pied gauche.

Le père et la mère de cette jeune malade ne sont point scrofuleux; mais le père a eu un frère qui est mort jeune de carie du sacrum et d'abcès froids.

Le nommé Servit était père de six enfants scrofuleux, desquels nous en avons eu deux en même temps dans notre hôpital. Cet homme ne paraissait pas être scrofuleux , mais il avait deux sœurs qui l'étaient profondément. Il était d'ailleurs d'une santé précaire : la scrofule se traduisait chez lui par un état général de mal-être sans phénomènes locaux particuliers à aucune maladie de ce genre.

Oudin, le scrofuleux, était bègue; sou père ne l'était pas , mais il avait deux oncles paternels qui l'étaient.

J'ai donné des soins à un collégien de dix-sept ans qui avait des tumeurs tuberculeuses au cou, plus volumineuses du côté droit que du côté gauche : il avait perdu deux frères et une sœur en bas âge ; son père était mort tuberculeux-pulmouaire à trentesept ans; cet enfant avait un oncle paternel qui paraissait être bien portant, et qui, néanmoins, n'avait qu'un fils qui était rachitique et de petite taille.

SANTÉ DES PAKENTS. 1 1 1

Au mois de février i83s, une mère de famille nous présenta à la consultation de l'hôpital Saint- Louis un garçon atteint de plusieurs tumeurs blanches. Cette femme avait eu sept enfants, et n'avait plus que celui pour lequel elle me demandait des conseils. Le père, âgé de trente-deux ans, passait pour être seulement d'une santé délicate; mais il avait perdu un frère, âgé de trente-cinq ans, de carie scrofuleuse des côtes.

Le nommé Solignat,âgé de seize ans et demi, était fils unique dune mère qui avait eu quatre ou cinq fausses couches. Cette femme ne paraissait pas cire scrofuleuse, quoiqu'elle eût perdu douze frères et sœurs, et qu'il ne lui restât qu'un frère qui n'était pas vigoureux.

Les parents de cette femme avaient donc perdu douze enfants sur quatorze , et celle-ci perdait les siens avant qu'ils eussent vu le jour, et n'en avait amené qu'un seul à terme qui était scrofuleux.Qui pourrait dire que cette femme n'était point scrofuleuse, quand on considère la mortalité qui a régné dans sa famille , et l'impuissance de création dont elle était frappée? Elle passait pourtant pour ne l'être pas.

Au mois de décembre i83ô, un homme brun, assez fortement constitué , conduisit à la consultation de l'hôpital Saint-Louis un de ses enfants profondément scrofuleux. Cet homme nous dit que sa femme jouissait comme lui d'uue bonne santé. Je fis remarquer aux élèves que cet enfant était trop malade pour être ué de père et mère bien portants, et

que malgré la déclaration du père, relativement à la santé de sa femme, je persistais à regarder celle-ci comme la cause de la maladie que nous avions sous les yeux ; c'est pourquoi j'engageai cet homme à nous amener sa femme lorsqu'il viendrait nous consulter de nouveau. Les observations qu'il m'entendait faire aux élèves le mirent sur la voie, et il nous dit que sa femme paraissait effectivement jouir d'une assez bonne santé, mais qu'elle avait des frères et des sœurs qui se mouraient de la poitrine.

Nous n'avons pas vu cette femme, probablement à cause que son enfant sera mort peu de temps après qu'on nous la présenté ; mais je garantis , sans l'avoir vue, qu'elle est tuberculeuse, et que c'est par elle que son mari a des enfants scrofuleux. Elle mourrait de tubercules longtemps après que ses enfants seront morts scrofuleux, qu'il n'y aurait pas à s'en étonner, car les auteurs ont déjà fait des observations semblables, et j'en ai recueilli aussi que je donnerai dans un des articles suivants (chapitre III, art. m).

Dans le cas précédent nous avons rapporté l'origine delà scrofule au côté maternel de la famille , le père étant d'une bonne santé, et la mère ayant des frères etdessœurs tuberculeux-pulmonaires. J'ai porté le même diagnostic dans l'exemple suivant, quoique, au premier examen, on eût pu rechercher l'origine de la scrofule du côté paternel.

J'ai connu une demoiselle de quinze ans dont la taille était déviée et qui est morte tuberculeuse. Le père de cette enfant vivait dans un état habituel dedébilité, par suite de travaux de cabinet; il était, en

outre, dune constitution peu forte; il avait la peau blanche, les cheveux très blonds, la tête d'un gros volume, et sa taille était à peine de cinq pieds.

La mère, qni était très blonde, très blanche, avait d'ailleurs la taille fort droite et jouissait d'une assez belle santé.

Je n'ignore point que les hommes de cabinet, que ceux-là surtout qui sont débilités par des excès de travail intellectuel et par la vie casanière que ces sortes d'excès occasionnent, sont peu propres à engendrer desenfantsvigoureux.il doit en être ainsi, à plus forte raison , quand ils ont une santé originairement peu robuste. Quoique , dans ce cas, le père offrît toutes ces conditions réunies , je n'y trouvais pas encore la raison suffisante du rachitisme et des tubercules dont sa fille était atteinte à un haut degré.

Il est, en effet, plus probable que c'était la mère qui avait transmis à son enfant le germe du ramollissement des os et celui des tubercules, car elle avait une sœur aînée qui n'avait pas quatre pieds détaille, qui était bossue par devant et par d errière, et qui est morte depuis, à l'âge critique, de tubercules pulmonaires.

On m'a consulté, cette année, pour une demoiselle âgée de quinze ans, dont l'enfance a été maladive, et qui est affectée d'une hypertrophie indurée de la lèvre supérieure, sur laquelle se forment quelquefois des pustules de inélitagre.

Ni le père ni lanière de cette jeune personne ne sont tuberculeux, mais le père a perdu une sœur de tubercules pulmonaires , en six semaines. Il a une autre sœur dont la poitrine a déjà donné dei inquiétudes,

Il4 SANTÉ DES PARENTS.

et qui , en outre , a sur le nez des pustules d'esthiomène qu'on a regardées comme des suites d'un rhume de cerveau. Dans ce cas, l'hypertrophie indurée de la lèvre supérieure est un signe à peu près certain de la prédisposition tuberculeuse.

Une demoiselle de Château-Thierry, âgée de vingt ans, avait des tubercules cervicaux, des abcès froids, au-dessus des malléoles internes et un abcès de même nature sur la face dorsale du poignet droit. Le père de cette demoiselle était âgé de quarante-huit ans; sa mère en avait quarante-deux; l'un et l'autre paraissaient jouir d'une assez bonne santé; leur âge était proportionné; ils étaient jeunes tous deux à la naissance de leur fille.

Le père était né d'une mère qui avait eu dans sa jeunesse des tubercules cervicaux ulcérés. 11 avait une sœur qui était scrofuleuse , et dont les enfants étaient chétifs, arrêtés dans leur développement physique et intellectuel; l'un d'eux était même idiot. Voilà une mère scrofuleuse qui a deux enfants : une fille scrofuleuse qui n'a qu'une postérité faible, avortée , ce qui se conçoit tout d'abord. Elle a un fils qui paraît jouir d'une bonne santé, chez lequel on n'observe aucun signe ordinaire de scrofule , et qui transmet , néanmoins , à sa fille une maladie dont il paraissait n'avoir pas hérité de sa mère. Dans ce fait, l'hérédité est pour nous évidente ; ce fait est pourtant un de ceux à l'occasion desquels on s'égare à la recherche de causes extérieures occasionnelles qui n'existent point, et que l'on admet d'après l'examen le plus superficiel. Ajoutons que, dans ce

SANTÉ DES PARENTS. Il5

cas, la position de la malade ne comportait aucune influence extérieure de la nature de celles que l'on regarde comme productrices de la scrofule.

Le nommé Thery, âgé de dix-huit ans, était d'une famille de dix enfants, dont sept étaient morts ; il était, lui, scrofuleux au plus haut degré. 11 nous parla d'un de ses frères âgé de treize ans qui avait été noué et hancal depuis 1 âge de quatre ans jusqu'à sept. Il eu avait un de sept ans. qui n'offrait rien à noter.

Pense-t-on que si ce dernier enfant se développe sans devenir scrofuleux, comme ou l'entend généralement, quoiqu'il ait déjà perdu sept frères ou sœurs, et qu'il en ait deux autres atteints de scrofule ; pense-t-ou , dis-je, qu'il soit lui-même tout-à-fait étranger au tempérament pathologique de sa famille et qu'il sera jamais dans des conditions suffisantes pour avoir une helle postérité! 1

C'est pourtant ce que l'on espère encore tous les jours dans des cas de ce genre , quoique de semblables illusions soient détruites par l'expérience, comme on peut, au reste, s'en convaincre par les exemples que nous venons de rapporter et qu'il n'est pas nécessaire de multiplier davantage, les praticiens pouvant observer très fréquemment des faits pareils , car ils sont fort communs.

Page 1