DE LA SANTE ACQUISE DES PARENTS QUI ENGENDRENT DES ENFANTS SCROFULEUX
Les causes d'hérédité que nous avons étudiées
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dans la section première de ce chapitre sont transmises par des parenls qui en ont eux-mêmes hérité. Les maladies scrofuleuses ainsi engendrées par ellesmêmes peuvent remonter à plusieurs générations, qui, livrées à une inexorable fatalité, sont maisonnées jusqu'à l'extinction complète de la race.
Nous passons à un autre ordre de causes héréditaires. Nous allons voir l'homme originairement bien constitué, acquérir certains états de santé qu'il transmet à ses entants sous quelques unes des formes de la scrofule, en sorte qu'il devient l'origine, la souebe d'une famille scrofuleuse qui commence à lui et qui accuse son imprévoyance.
Ces étals de santé sont tous ceux dans lesquels la faculté de reproduction est affaiblie ou dégradée; ils peuvent se développer par suite de maladies accidentelles, par le progrès de l 'âge , ou par quelque autre cause physiologique.
Ainsi des parents sypbilitiques, ceux qui abusent des plaisirs vénériens, ceux qui se marient trop jeunes ou qui ne renoncent que trop tard au célibat; ceux dont 1 âge est disproportionné, ou dont la force relative n'est pas à l'état normal des sexes, etc., ont tous cela de commun d'être dans des conditions défavorables à la reproduction de l'espèce, et de n'avoir que la triste faculté d'engendrer des enfants scrofuleux.
Ces observations générales peuvent servir de réponse aux personnes qui, ne reconnaissant point toute la portée des causes héréditaires, nous ont quelquefois demandé, insidieusement, de qui le premier homme qui a été scrofuleux tenait sa maladie. La réponse à
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cette question est bien simple : il la tenait de l'un de ses parents qui était dans un ou plusieurs des états accidentels de santé que nous venons d'énumérer.
Nous décrirons particulièrement ces divers états de santé ; mais nous ne saurions donner la nomenclature de tous ceux qui peuvent survenir chez un homme originairement bien constitué et dégrader sa postérité. La génération doit souffrir des atteintes profondes dans une foule de conditions de la vie privée, qui ne sont pas toujours sujettes à notre observation. Nous traiterons de ces diverses conditions dans un chapitre sur l'hérédité , dans lequel nous ferons voir que les causes héréditaires nous échappent dans beaucoup de cas où cependant leur existence peutencore être démontrée parla généralité de la maladie et la mortalité qu'elle occasionne dans la famille, et, à défaut de ces deux caractères, par voie d'exclusion.
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Au nombre des états divers de santé que les parents peuvent acquérir et transmettre à leurs enfants sous quelqu'une des formes de la scrofule, nous rangerons, en premier lieu, l'état syphilitique, parce qu'il est une des causes les plus communes de scrofule héréditaire.
Plusieurs maladies scrofuleuses ont une grande ressemblance avec des maladies syphilitiques. C'est surtout d'après cette ressemblance extérieure que les
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observateurs ont été mis sur la voie des relations de parenté que ces deux maladies peuvent avoir; car il est généralement fort difficile, et souvent impossible, d'établir leur filiation héréditaire sur des faits particuliers bien avérés : un malade peut savoir que son père a été affecté de tubercules , de la goutte , de la gravelle, de rhumatisme, etc.; mais il ignore le plus souvent si l'un de ses parents ascendants a eu des maladies vénériennes. Quelquefois cependant les parents eux-mêmes nous font des aveux secrets, nous confient des chagrins domestiques dont la cause indique l'origine syphilitique de la scrofule qui moissonne certaines familles. J'ai connu des enfants scrofuleux dont les parents ont été syphilitiques ou l'étaient même à l'époque où leurs enfants ont été conçus. J'ai à cet égard une certitude morale qui équivaut presque à une certitude absolue.
Nous avons eu à l'hôpital Saint-Louis le nommé Guillon, malade scrofuleux, atteint de tubercules et de caries; il était né d'un père qui avait été plusieurs fois syphilitique, et qui avait de fréquents maux de gorge.
Le jeune Dasailly avait une exostose scrofuleuse du tibia gauche, et sa mère offrait la même espèce de maladie occupant le même siège.
Dans un autre cas, nous avons vu, à la consultation de l'hôpital , un enfant de dix ans scrofuleux tuberfuleux : sa mère nous avoua qu'elle avait eu des symptômes primitifs de syphilis, et qu'elle était présentement affectée d'exostoses et d'ulcères vénériens.
L'origine syphilitique de la scrofule est encore
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plus marquée dans l'exemple suivant : c'est celui d'une famille de trois enfants dont les deux aînés étaient bien portants et le troisième scrofuleux. Celui-ci avait dix-huit ans, et n'était pas plus développé qu'un enfant de douze ans, son accroissement ayant été retardé par la scrofule.
La différence qui existait entre la santé de notre malade et celle de son frère et de sa sœur est très digne de remarque : le père de ces trois enfants en avait eu deux sains et vigoureux lorsqu'il menait une vie régulière et qu'il jouissait d'une bonne santé ; mais quelques années plus tard il contracta des habitudes de désordre; c'est alors qu'épuisé et syphilitique, ayant aussi infecté la santé de sa femme, il eut un troisième enfant , qui naquit scrofuleux , et dont la vie n'a été qu'une succession de souffrances non interrompues, auxquelles il a succombé, à l'âge de dix-huit ans, dans le dernier degré de marasme.
Quoique les rapports de cause entre la syphilis et la scrofule soient très cornmuus, Astruc leur a néanmoins donné une trop grande extension quand il a avancé qu'on doit regarder comme née de la syphilis dégénérée la scrofule qui survient chez des enfants dont aucun des parents ascendants n'est écrouelleux ni rachitique; car, selon cette proposition, la scrofule ne naîtrait que d'elle-même ou de la maladie vénérienne; proposition évidemment erronée, comme nous le verrons plus bas , en étudiant les autres sources, encore assez nombreuses, d'où la scrofule peut provenir.
La doctrine de l'illustre professeur du Collège de
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Fiance a été cependant adoptée et même étendue par les praticiens les plus célèbres de la seconde moitié du dernier siècle, qui regardaient trop souvent la scrofule comme issue de la syphilis, et qui traitaient ces deux maladies à peu près de même par des préparations mercurielles.
Cette pratique est recommandée par Portai , qui rapporte à l'appui l'histoire dune sorte d'épidémie scrofuleuse qui régna à Montmorency parmi les enfants qui étaient en nourrice dans ce pays. Le mal y devint si grand que le gouvernement y envoya deux membres de l'Académie des sciences, Moraud et Lassonne, pour en trouver la cause et le remède. Les commissaires de cette compagnie savante reconnurent que les nourrices de ce pays étaient pour la plupart syphilitiques.
D'après ce diagnostic, ils furent d'avis de traiter les nourrices par les mercuriaux , en leur laissant leurs nourrissons. Parmi ces derniers, il ne mourut que ceux chez lesquels la maladie avait fait trop de progrès.
Cet exemple ne me paraît pas prouver, comme on l'a cru, l'origine syphilitique de la scrofule; je doute que ces enfants qu'on a guéris en faisant suivre un traitement mercuriel à leurs nourrices fussent réellement scrofuleux : ils n'étaient que syphilitiques comme leurs nourrices.
Nous avons souvent occasion d'observer des cas d'infection de ce genre à la consultation de l'hôpital Saint-Louis; je les regarde tous comme syphilitiques et non pas comme scrofuleux. Lorsqu'une nourrice
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est affectée de maladie vénérienne, elle la communique ordinairement à son nourrisson en quelques semaines: aussi rien n'est plus ordinaire que de voir la nourrice et son nourrisson affectés ensemble de syphilis. Dans ces cas, nous suivons l'exemple donné par Morand et Lassonne : nous traitons la nourrice parles préparations mercuriellcs, en lui laissant son nourrisson , et ce traitement guérit les deux malades ensemble.
Pour la scrofule, cette infeclion n'a jamais lieu d'une manière aussi rapide; une nourrice scrofuleuse ne rend pas son nourrisson actuellement scrofuleux; elle ne lui inocule que la prédisposition, qui se développe plus tard. (Appendice aux causes héréditaires de la scrofule par la nourrice. )
Une erreur de diagnostic comme celle que je viens de signaler se conçoit facilement en voyant la ressemblance des ulcères, des opbthalmies, des exostoses, des caries, des tumeurs blanches, etc., produites par la scrofule avec les mêmes maladies occasionnées par la syphilis.
Cette ressemblance est si forte dans certains cas, qu'on ne peut prononcer avant d'avoir consulté les antécédents, et qu'on reste encore quelquefois dans le doute après les avoir consultés. Le meilleur moyen de diagnostic dans ces occasions est le traitement , qui guérit toujours plus vite ou plus radicalement dans la syphilis que dans la scrofule.
Cette communauté des signes extérieurs de ces deux maladies a souvent son principe dans l'origine syphilitique des maladies scrofuleuses.
Mais quelle que puisse être la ressemblance de plusieurs symptômes de ces deux maladies , elles sont néanmoins bien distinctes : la syphilis est contagieuse ; la scrofule ne l'est point : la scrofule peut naître de la syphilis; celle-ci ne naît jamais de la scrofule : l'homme le mieux portant peut de? venir syphilitique en quelques instants, et être guéri en quelques semaines, au lieu que la scrofule est ordinairement le signe d'une prédisposition organique à laquelle on ne peut remédier que par un traitement qui est toujours de longue durée.
Indépendamment de ces différences, qui sont essentielles , fondamentales , il y a beaucoup d'autres raisons qui ne permettent pas d'admettre la génération exclusive de la scrofule par la syphilis , alors que la scrofule n'existe point dans la famille.
Non seulement la présomption de cette espèce d'hérédité manque souvent, mais encore il est des cas dans lesquels elle ne saurait avoir lieu.
Bordeu a même fait à cet égard une remarque générale qui doit ici trouver sa place, savoir : que la scrofule existait clans des localités où la maladie vénérienne était fort rare , et dans plusieurs autres où elle était encore inconnue du temps de cet ingénieux physiologiste.
Il est encore incontestable que la scrofule est plus ancienne en Europe que la syphilis ; il l'est , du moins, qu'elle y était vulgaire dans les temps les plus reculés, tandis que la syphilis ne l'est devenue que depuis son importation par l'armée de Christophe Colomb.
Enfin , à toutes ces comparaisons négatives , il faut ajouter l'histoire même des causes de la scrofule , lesquelles sont nombreuses et peuvent produire cette maladie en l'absence de toute espèce d'affection vénérienne.
Il ne reste plus qu'à savoir si , dans les cas de scrofule transmise par des parents syphilitiques , la condition de cette transmission n'est point un état consécutif, constitutionnel, de la syphilis; si ce n'est pas, en d'autres termes, la cachexie syphilitique qui peut seule donner naissance à la maladie scrofuleuse. Nous avons déjà répondu affirmativement à cette question. La syphilis primitive ne peut engendrer que la syphilis, tandis que la cachexie syphilitique, qui, le plus ordinairement, n'est plus contagieuse par le coït, peut être transmise à l'état scrofuleux, ou même sous forme d autres espèces pathologiques par la voie de la génération.
Nous aurons occasion de revenir sur l'origine syphilitique de la scrofule lorsque nous traiterons de l'endémie scrofuleuse par importai ion , et de la manière dont cette endémie a pu naître plus particulièrement en Espagne depuis que la syphilis y est devenue très commune.
Nous donnerons quelques développements sur le même sujet dans un chapitre où nous aurons à considérer le traitement antiphlogistique de la syphilis comme cause de scrofule héréditaire, et, par suite, de scrofule endémique.
lia scrofule et la syphilis ont plusieurs autres rapports très intéressants à connaître; mais, pour nous
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renfermer dans les limites de cet article, la transmission de la scrofule par des parents ascendants entachés de syphilis , nous passerons actuellement sous silence les autres rapports de ces deux maladies, qui seront mieux à leur place quand nous aurons à traiter des causes pathologiques de la scrofule et du diagnostic comparatif de cette dernière avec la syphilis.
A HT. El. — WJ'abns fies nlaisirs vénériens tlonne naissance « fies ntrogéntltires serafttleuses.
La sécrétion du sperme, comme celle de tons les autres produits de l'économie animale, est soumise à des lois hors desquelles elle est imparfaite et de mauvaise nature.
La liqueur spermatique , sécrétée par les testicules, est conduite dans les vésicules séminales, où elle doit séjourner, pendant un certain temps, pour y achever son élaboration.
Le sperme ainsi élaboré est L'excitant naturel de la copulation, et il en fait naître le besoin; la copulation est alors virile et puissante, et les enfants qui en proviennent sont vigoureux en raison de la force et de l'âge des parents ascendants.
Mais si l'acte de la copulation commence par des excitations extérieures ; si la liqueur séminale est sécrétée immédiatement avant son éjaculation ; si elle ne fait que traverser les réservoirs dans lesquels elle devrait séjourner, et qu'elle en soit expulsée
avant que ses. molécules intégrantes se soient unies dune manière intime et homogène, ce n'est plus alors qu'une semence encore imparfaite, qui n'a point de maturité, qui manque de qualités prolifiques, et dont les rejetons ne peuvent avoir ni force ni durée; il ne peut eu éclore que des embryons entachés d'une faiblesse originaire, qui rend laborieuses et maladives toutes les phases de leur développement.
Les exemples à l'appui de ce que nous avançons ne sont pas rares; on les observe plus particulièrement dans les hautes classes de la société , où l'abus des plaisirs faciles tue l'avenir des jeunes gens qui s'y livrent avec emportement.
Au mois de décembre 1822, je fus consulté pour une jeune fille de deux ans qui avait dans la région sous-maxillaire gauche un abcès froid, du volume d'une grosse noix. La peau contignë était d'un rouge violet, imprégnée de pus et décollée dans une étendue d'un pouce au moins. Cette enfant était fort pâle; elle avait la bouche très grande, les dents gâtées et l'haleine fétide, et cette altération précoce du système dentaire me fit présages celle plus profonde du système osseux, qui, en effet, a eu lieu depuis à un très haut degré.
Peu de temps après, ayant vu cette jeune fille chez ses parents, je ne fus pas peu surpris de voir que le père et la mère jouissaient de toutes les apparences d'une belle santé. Ma surprise ne put que redoubler quand je vis que la famille était nombreuse, et (pie la santé des mitres enfants avait plus
ou moins de rapports avec celle de la jeune fille pour laquelle j'étais consulté.
D'où pouvait provenir la scrofule dans une famille nombreuse issue de parents qui offraient les attributs dune bonne organisation ? Il n'y avait pas à chercher des influences extérieures nuisibles d'aucune espèce dans la position où vivait cette enfant ; il fallait donc que son état, et celui plus ou moins semblable de ses frères et sœurs, fût d'origine héréditaire. Je ne tardai guère à acquérir cette conviction et à trouver la cause générale des hémoptysies , des ophthalmies, du rachitisme, de l'embonpoint scrofuleux, des tubercules pulmonaires , des vers intestinaux , des arrêts de développement au physique et an moral que j'ai observés dans cette famille composée de sept enfants : l'origine de ces nombreuses maladies de même nature était dans les habitudes du père, qui, depuis sa première jeunesse , avait toujours vécu dans l'intempérance dont je parle, et par suite de laquelle il est resté mélancolique, pendant plusieurs années, avant de finir, prématurément, sa camées à cinquante-deux ans.
J'ai rappelé sommairement cet exemple, parce qu'il est l'analogue de beaucoup d'autres dans lesquels on ne trouve point, au premier examen, de cause héréditaire, et parce qu'il prouve la nécessité d'étudier patiemment les causes des maladies pour arriver à reconnaître celles qui peuvent exister contre les plus fortes apparences.
ART. MME. — Etes maritiges trop précoces aux tleuœ extrémités ae V échelle sociale sont cause tle scrofule hérétlitaire.
Dans les classes les plus élevées de la société, les hommes se marient jeunes pour des raisons que nous n'examinerons pas ici. Cet usage, qui est contraire aux lois organiques de l'accroissement du corps, ne peut être par cela même que fort nuisible à la bonne propagation de l'espèce. Il faut que l'homme soit arrivé à une certaine distance de l'âge de puberté pour jouir pleinement du besoin et des moyens d'engendrer des enfants bien constitués; il faut qu'il ait acquis lui-même toute sa force , tout son développement, pour donner de la force et de bons éléments d'organisation à sa progéniture; il ne peut guère offrir ces conditions réunies qu'à vingt-cinq ans accomplis ; tous les mariages contractes avaut cette époque de la vie doivent être regardés comme trop précoces , et par conséquent sujets à donner une progéniture faible.
Cette loi est la même pour tous les êtres organinisés : la première année qu'un arbre porte des fruits, ils sont en petit nombre et de qualité médiocre; ce n'est que deux ou trois ans plus tard , quand ses racines sont plus profondément implantées en terre, et que son tronc a acquis plus de force , que ses fruits sont abondants , et qu'ils ont le volume et la saveur de leur espèce.
La plupart des animaux ne recherchent la copulation que lorsque leur accroissement est presque
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achevé; s'il en est autrement dans l'espèce humaine, c'est que l'homme rapporte à lui-même une faculté qui, chez les animaux, n'est qu'instinctive, et ne se rapporte qu'a la propagation de l'espèce.
Les suites inévitables de ces mariages prématurés sont encore plus à craindre lorsque les hommes qui se marient trop jeunes ont mené, antérieurement, une vie dissipée, et qu'ils ont déjà vécu plus d'un demi-siècle , alors que leur quatrième lustre est à peine accompli. Ces deux causes sont d'autant plus à redouter, qu'elles existent rarement sans une troisième qui leur donne plus d'intensité et une plus mauvaise nature. Je veux parler des maladies spéciales qui sont les suites ordinaires d'une vie déréglée.
C'est à ces causes réunies, et à ce que le croisement des races ne s'opère point sur une base assez large , qu'il faut rapporter une remarque générale qu'on a faite depuis longtemps, savoir : que les grandes familles sont désolées par la scrofule et qu'elles s'éteignent parles progrès héréditaires de cette maladie, principalement en Espagne , en Italie, en Angleterre, en Russie, et probablement parmi les classes privilégiées de tous les pays.
A l'autre extrémité de l'échelle sociale, on voit souvent des mariages précoces pour des raisons bien contraires. Les artisans , daus les villes , se marient trop jeunes, non par des raisons vaniteuses, mais pour la possession d'uue femme. Outre qu'ils sont réellement trop jeunes, ils n'ont pas même toujours acquis la force de leur âge; leur physique estleplnsordinai rement retardé parce qu'ils ont mené une vie trop
laborieuse, trop dure, et que leur régime alimentaire n'a pas été assez substantiel. Il n'est pas possible que des jeunes gens qui ont vécu dans de pareilles conditions , et qui n'en acquièrent point de meilleures en se mariant, engendrent une progéniture vigoureuse.
J'ai eu à l'hôpital Saint-Louis , en 1 82g , un enfant de quatorze ans nommé Villeneuve ; il était affecté de tumeur blanche à l'épaule droite, et de tubercules cervicaux du côté gauche. Il avait une sœur âgée de seize ans , d'une haute stature , qui était valétudinaire. Ces deux enfants étaient nés de parents qui avaient à peine atteint leur vingtième année.
Ils avaient un frère âgé de sept ans et une sœur qui en avait cinq ; ces derniers étaient nés leurs parents ayant acquis un âge raisonnable, et ils jouissaient d'une bonne santé.
Les mêmes observations peuvent être faites sur les gens de la campagne. On se trompe généralement sur leur genre d'existence et sur leur constitution ; ils sont loin d'être heureux et de posséder les attributs de force qu'on leur prête d'une manière si large. On peut vanter sur parole le bien-être et la santé vigoureuse dont ils sont censés jouir, mais depuis dix ans que j'habite la campagne plus de la moitié de l'année, j'ai fait des observations si nombreuses, si constamment les mêmes, que je puis assurer, contre l'opinion reçue, que la population des campagnes n'est point d'une belle venue, et qu'elle vieillit avant l'âge. Pourrait-il en être autrement? La nourriture, les vêtements, les habitations, la vie, pour tout dire,
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sont réduits au plus strict nécessaire. L'alimentation y est trop faible d'un tiers au moins; les travaux , au contraire, y sont portés chaque jour plus d'un tiers au-delà de la force moyenne d'un homme. Cette disproportion entre le travail et l'alimentation est commune aux gens de la campagne et aux ouvriers de presque toutes les industries qui encombrent les villes manufacturières, ils la subissent dès les premières années de la vie : les enfants travaillent beaucoup trop et ne sont pas assez nourris; ils ne reçoivent en outre aucune éducation morale. Sous l'influence de ce régime abrutissant de privations et de fatigues corporelles auquel se joignent, trop souvent, de funestes habitudes qui ajoutent encore à leur abrutissement, il est impossible que ces enfants deviennent des homjnes robustes et forment de belles populations.
A MIT. IV. — MMe la scrofule par îles parents trop âffés.
Nous venons de voir que la puissance de reproduction manque de vigueur chez les parents trop jeunes, dont l'organisation n'est pas encore assez avancée, assez adulte; nous verrons dans cet article que des progénitures scrofuleuses naissent encore plus souvent de parents trop âgés; qu'aussitôt le décrementum commencé, ils ne peuvent plus avoir des enfants forts; qu'à mesure que le décrementum fait des progrès, ils n'ont plus que des enfants faibles et malades, et que, par la succession naturelle des années, leur fécondité diminue et s'éteint au point qu'ils n'engendrent plus que des embryons abortifs.
Il y a d'ailleurs une différence très grande à faire entre la faiblesse des organes générateurs qui tient à un âge trop tendre, ou même à des abus prématurés, et celle qui résulte du progrès naturel de l'âge : dans le premier cas, le temps et la tempérance peuvent remédier à cette faiblesse, tandis que dans le second elle est radicale et absolue. Les parents ne peuvent pas donner la force qu'ils n'ont plus et qui est passée sans retour; leur progéniture doit être faible, et elle l'est effectivement avec des caractères extérieurs si prononcés, si frappants, que tout le monde reconnaît à la première vue des enfants nés de parents trop âgés.
I^a décroissance des facultés de reproduction commence à quarante-cinq ans environ ; d'abord peu marquée, elle l'est davantage quelques années plus tard. Ainsi la durée des jours commence il diminuera l'époque du solstice d'été; niais dfette diminution n'est bien sensible qu'à la fin du mois de juillet. La marche de cette décroissance, de cette espèce d'à;;e de retour que l'Iiomme éprouvé, peut être remarquée cbez les célibataires qui se marient trop tard, conservant néanmoins encore assez de virilité pour que leurs premiers enfants soient bien constitués : leur progéniture décroît à mesure quille se multiplie.
C'est à cinquante-deux ans environ que la faculté génératrice de l'homme est déjà trop affaiblie pour donner de bons rejetons ; à cet âge , l'homme n'est plus dans les conditions physiologiques nécessaires pour créer un être dont le premier besoin est de croître, et dont l'accroissement le plus rapide doit
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avoir lieu immédiatement après sa conception. A cinquante-deux ans, l'homme sage doit d'autant plus s'abstenir que, d'après son état de santé et selon la durée moyenne de la vie, il ne peut se promettre de diriger ses enfants dans aucune carrière, et qu'il n'a dans l'avenir que la triste perspective de les léguer mineurs et infirmes à la justice des hommes.
Malheureusement pour eux et pour leur postérité, on ne voit que trop souvent des hommes qui ont longtemps gardé le célibat, y renoncer tardivement pour contracter une alliance d'âge disproportionné : les sollicitudes et les chagrins qu'ils se préparent ne sont à considérer ici que relativement à notre sujet: leur progéniture naît faible et sujette à beaucoup de souffrances jusqu'à sa mort prématurée ; en naissant, leurs enfanls meurent, la plupart, des difficultés qu'ils ont à se mettre en rapport avec les agents extérieurs; dès leur bas âge , ils offrent des signes d'une précocité de mauvais augure, puisqu'elle annonce une vieillesse hâtive, une vie qui n'aura ni jeunesse ni âge adulte , qui s'éteindra sans avoir acquis son développement, faute de bons éléments d'organisation et d'une impulsion native assez énergifjue.
Les mêmes considérations sont applicables au côté malernel : lorsque la femme approche de l'âge critique, sa fécondité, qui va bientôt cesser, est déjà très affaiblie, et les fruits qu'elle porte sur son déclin renferment rarement les germes d'une robuste santé et d'une longue vie.
L'âge de retour commence à quarante ans chez la femme, et s'effectue en quelques années; après
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cet âge, la fécondité des mères n'est le plus souvent qu'une illusion passagère dont elles ne sont que trop cruellement détrompées ; leurs enfants périssent avantdenaître,oupeu de joursaprèsleur naissance, et ceux qu'elles peuvent élever restent toujours entachés d'une faiblesse originaire qui revêt de bonne heure quelques uns des caractères de la scrofule. J'ai connu des mères, jouissant de tous les attributs d'une bonne constitution, dont toutes les habitudes étaient continentes, et qui n'ont pu cependant se soustraire à cette loi de la génération , qui en exclut les femmes après l'âge de quarante ans. Les observalions suivantes que nous allons donner par extraits fournissent la preuve de ce que nous avançons.
Catherine Roth, âgée de dix-sept ans, ayant des tubercules de chaque côté du col, offrait, en outre, la plupart des signes de la constitution strumeiise : elle était de petite taille; elle avait le ventre gros, le cou gros et court, la tête trop forte, les angles de la mâchoire inférieure trop écartés, trop saillants, les dents jaunes, gâtées et quatre de moins; elle avait la peau grasse ; elle éprouvait des lassitudes dans les membres, et surtout dans les reins, par la moindre fatigue; ses facultés intellectuelles étaient frappées de lenteur et de faiblesse; cette fille n'offrait aucun signe de nubilité; elle était née dune mère âgée de quarante-huit aus qui, d'ailleurs, se portait bien.
Marguerite Pochon, âgée de dix-neuf ans, était issue d'une mère qui avait atteint sa quarante-sixième année. Son enfance avait été délicate et maladive comme c'est ordinaire aux enfants issus de pa-
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rents trop âgés, elle avait une tumeur tuberculeuse du volume du poing au côlé droit et postérieur du col depuis cinq mois environ ; toutes ses dents étaient cariées et les gencives étaient boursouflée autour des alvéoles; la menstruation était assez régulière depuis l'âge de quinze ans.
Angélique Freville, âgée de seize ans , portait , de chaque côté du col, derrière le grand angle de la mâchoire inférieure, des tumeurs tuberculeuses plus grosses à droite qua gauche; leur commencement remontait aux premières années de la vie. Elle avait en outre une ophthalmie double qui existait depuis cinq ans. Cette fille était née d'une mère âgée de quarante-trois ans.
Cette exclusion n'est pas moins prononcée lorsqu'après cet âge la femme est fécondée par un homme plus jeune qu'elle ; peut-être même est-elle encore plus absolue lorsque la disproportion d'âge est très forte; par exemple, lorsqu'une femme sur son retour est rendue mère par un jeune homme.
Dans les premiers jours du mois d'octobre i83i , une dame du département de la Marne me présenta un garçon atteint de tumeur blanche de l'épaule droite , percée de cinq fistules profondes par lesquelles il était sorti plusieurs esquilles. Cet enfant était pâle ; il avait les dents fort mauvaises; il ressemblait beaucoup à la dame qui me consultait pour lui , et qu'à cause de son âge avancé j'avais prise pour sa grand'mère. Elle avait, en effet, cinquante-neuf ans, et je ne pouvais présumer quelle fût la mère d un enfant de onze ans : elle l'avait conçu à qua-
rante-sept ans, son mari n'en ayant que trente-trois.
Cet enfant était le quatrième né d'une alliance pareille , contractée par la mère à quarante-deux ans. Deux filles étaient mortes : l'une, deux semaines après être sortie du sein maternel à l'aide du forceps ; la seconde, à quatre mois, l'accouchement ayant eu lieu, cette fois, parles pieds, après des manœuvres très laborieuses.
Notre jeune malade avait une sœur de dix-sept ans, qui offrait la plupart des signes de la complexion scrofuleuse : les os spongieux et le système cellulaire étaient déjà dans un état d'hypertrophie très marquée ; les règles n'étaient pas encore bien établies, etc.
Tels étaient les produits d'une union dont les âges étaient aussi mal assortis : deux enfants morts presqu'en naissant; deux autres scrofuleux au plus haut degré.
Il y a encore des faits d'une autre espèce qui prouvent que l'âge seul des parents peut être cause de scrofule : ce sont toutes ces naissances tardives qui arrivent dans les familles où l'on avait perdu tout espoir d'avoir des enfants. Ces enfants, qu'on a ainsi longtemps attendus, viennent au monde, le plus ordinairement, avec le cachet d'une faiblesse originelle, qui est trop souvent le principe de maladies scrofuleuses auxquelles ils succombent dans leurs premières années.
Les naissances qui surviennent longtemps après qu'on avait cru que le nombre des enfants ne pouvait plus augmenter, offrent encore les mêmes déceptions.
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J'ai connu une famille de sept enfants, dont un seul était scrofuleux : c'était le septième né d'une mère qui avait eu six enfants bien constitués de vingt à trente ans, et qui était accouchée à quarantedeux ans d'un garçon scrofuleux.
Cet enfant était né très petit et très faible, il s'était toujours mal nourri. A dix ans il se forma des pustules de scrofule cutanée esthiomène sur la partie interne et supérieure des cuisses ; il parut successivement des tubercules cervicaux en grand nombre, une carie avec hypertrophie du tiers supérieur du sternum, et plusieurs abcès consécutifs sur la poitrine.
Cet enfant qui, pendant deux ans, avait reçu les soins les plus éclairés, sans aucun succès, a guéri, plus tard, par les préparations iodurées administrées , à plusieurs reprises, dans le cours de deux ans. Il a présentement vingt-et-uu ans et jouit d'une assez bonne santé.
Le nommé Coulomb, le plus jeune d'une famille de cinq enfants, avait quatre frères ou soeurs, engendrés dans la force d'âge de leurs parents, qui jouissaient d'une bonne santé. Notre malade était né le cinquième, sa mère ayant quarante-deux ans et son père quarante-huit: il était le seul scrofuleux de sa famille.
J'ai été consulté pour un lycéen âgé de dix-huit ans qui était affecté de tumeur blanche du genou gauche. Quelques jours après je me trouvai en relation avec le frère aîné de ce jeune malade ; c'était un homme brun, de belle taille, fortement constitué. Ce fait, qu'on aurait cru d'abord bien contraire à la loi
SANTÉ DflS PAIlliNTS. 1 3?
de la généralité de la maladie dans la famille, ne faisait pourtant pas exception à cette loi. En effet, je remarquai bientôt qu'il existait entre les deux frères une grande différence d'âge, c'est aussi par elle que je commençai mes investigations de cause; il y avait entre eux dix-sept ans de différence : le frère aîné avait été conçu son père ayant trente-neuf ans, et le frère plus jeune à cinquante-six ans. Leur santé respective était bien conforme à l'âge de leur père au moment de leur conception.
ART. V. — WStige *Ii*i>rni>orti»titté des parents est cnwse de scrofule héréditaire.
L'homme doit avoir quelques années de plus que sa femme pour que leurs âges soient assortis; celte différence est nécessaire pour qu'ilssoient également forts chacun dans son espèce. Cet âge respectif doit être rigoureusement observé dans le mariage, car il est une condition essentielle d'une puissante génération; essentielle à ce point que les père et mère ne sauraient y manquer à aucune époque de leur fécondité sans que leur postérité en soit affaiblie.
Cette cause est tellement dans la nature, son existence est si réelle , qu'on l'observe encore quand les parents sont de même âge , et qu'elle ne disparaît complètement que lorsque leur âge respectif est selon les lois de développement de leur sexe.
J'ai vu beaucoup de cas de scrofule dans lesquels je n'ai pas reconnu d'autre cause que l'âge disproportionné des parents, le père étant plus jeune que la mère. Narcisse Décalogne, âgé de vingt-deux ans,
1 38 SANTÉ DES PARFNTS.
portait, dans laine droite, une tumeur tuberculeuse grosse comme le poing, ulce'réedepuis un mois quelle avait été ouverte avec le bistouri, à l'Hôtel-Dieu. Ce malade était né d'une mère plus âgée que son mari. Il avait perdu deux frères et une sœur en bas âge.
Cette cause est assez commune pour que j'aie appris à la reconnaître avec facilité. Il y a douze ans environ, un habitant de la Charente m'amena son fils aîné âgé de dix-huit ans ; il était atteiut de carie scrofuleuse des trois phalanges du doigt annulaire de la main droite, et d'une tumeur blanche de l'articulation radio-carpienne gauche. Ce jeune homme avait éprouvé, à différentes reprises , quelques légères hémoptysies. La première question de diagnostic que j'adressai au père fut relative à l'âge de sa femme : elle avait onze ans de plus que lui.
De même à la consultation de Saint-Louis je reconnais souvent cette cause à la première vue du père ou de la mère des enfants scrofuleux qu'on y amène, et cette espèce de diagnostic ne cause pas peu de surprise aux élèves qui sont nouvellement avec moi.
J'ai vu aussi des cas dans lesquels cette cause me paraissait avoir donné plus de force à d'autres causes d'hérédité. Adolphe Quesnot, âgé de vingt ans, jeune homme pâle,émacié, faible, hémoptoïque, portait deux tumeurs ulcérées , une de chaque côté du col; une troisième tumeur de même nature, grosse comme les deux poings, sous l'aisselle gauche ; la moitié antérieure de cette dernière tumeur était assise sur la poitrine; le bras était roide, immobile; le moindre mouvement de ce membre était très douloureux. Cette tu-
SANTÉ DES PARENTS 1 3q
meur s'ouvrit le troisième jour de l'entrée du malade dans notre hôpital; il en sortit plus d'un demi-litre de pus tuberculeux. Le père de Quesnot, âgé de trenteneuf ans, toussait, habituellement depuis sa jeunesse ; la mère, âgée de quarante-cinq ans, jouissait d'une bonuesanté. L'hérédité provient, dans ce cas, de trois sources: t° de la santé du père qui nous paraît tuberculeux ; 2° de l'âge disproportionné de la mère qui a six ans de plus que son mari ; 3° d'une troisième cause qui va faire le sujet de l'article suivant.
ART. Y M. — MSIiontute qui tt'« gtnint ta foê-ce cotttttuvtUive «le sait sexe eugemlre «les enfants semfuleux.
L'étude des rapports de l'homme et de la femme nous montre que la force est, à tous égards, du côté de l'homme: cette loi est commune à toutes les classes d'animaux; le mâle est toujours plus fort que la femelle.
Cet état comparatif des forces commence avec la vie; on le reconnaît dès les premiers moments de la naissance; il est très remarquable quelques années plus tard. Quand on considère dans une promenade publique un grand nombre d'enfants jouant ensemble, on est bientôt frappé des préférences et des rapprochements qui s'opèrent entre les filles et les garçons; de la promptitude avec laquelle se décèlent les caractères respectils des sexes dans la contenance de ces petits individus. Mais ces caractères deviennent encore plus manifestes par l'essor quils prennent à l'âge de puberté ; car alors Us désignent quels seront
l40 SANTÉ DES PARFNTS.
dans l'avenir les attributs de l'homme et de la femme, et l'autorité passe décidément au plus fort.
Cette supériorité relative de l'homme doit être la loi fondamentale du mariage, l'état normal de la santé des parents; elle est le principe nécessaire du bonheur domestique; elle l'est aussi de la moralité du mariage , car l'adultère est presque inévitable dans toutes les associations dont elle est absente.
Je n'insisterai pas sur le côté moral d'une position tellement fausse qu'elle a été ridiculisée dans tous les temps; je n'ai à m'en occuper que relativement à la génération. Or, toutes les fois que la force comparative des sexes n'existe point, et qu'au contraire l'homme est relativement plus faible, il ne perd pas seulement l'ascendant moral qui lui est naturellement dévolu , mais encore ses facultés de reproduction en sont profondément affaiblies. Je crois même avoir poussé , en certains cas , mes investigations sur ce point, jusqu'à reconnaître que l'homme peut être impuissant par suite de cet état d'infériorité relative portée à un haut degré ; et si cet aperçu est vrai, on conçoit qu'avant ce degré d'impuissance il y en a plusieurs autres moins avancés dans lesquels la faculté de reproduction est déjà profondément dégradée.
J'ai constaté bien des fois l'existence de la scrofule par la cause dont nous parlons. Je ferai cependant observer qu'elle est rarement unique dans la production de cette maladie, mais le plus ordinairement associée à quelqu'une de celles dont nous avons déjà traité ; car, en général , un homme dont la force
SANTÉ DES PARENTS. l4l
n'égale pas celle d'une femme est dans un des états valétudinaires que nous avons fait connaître dans les chapitres précédents.
Il en était ainsi dans l'exemple suivant : une dame jeune, fortement constituée, m'a souvent consulté, il y a une quinzaine d'années, pour ses deux enfauts, un garçon et une fille, tous deux scrofuleux. Le père avait eu une enfance valétudinaire; son accroissement avait été fort lent et incomplet; à quarante ans, sa complexion était médiocre et accusait les souffrances qu'il avait éprouvées dans sa jeunesse; il n'a pu en cet état féconder puissamment sa femme , et ses enfants sont venus faibles et tuberculeux. Ils ont hérité de la faiblesse organique de leur père et non pas de la très belle santé de leur mère.
Un propriétaire du département de l'Orne vint me consulter, au mois de mai 1 8 3 3 , pour sa fille âgée de quatre ans, qui présentait les symptômes suivants: ophthalmie scrofuleuse double qui durait depuis dix-huit mois, coryza habituel de même nature ; hypertrophie de la seconde phalange du doigt indicateur de la main gauche, qui avait commencé trois mois auparavant et qui faisait de rapides progrèsdepuis trois à quatre semaines; la malléole interne du pied gauche était notablement gonflée; les yeux étaient moins malades depuis que la scrofule avait atteint le système osseux ; la dentition était de fort mauvaise nature.
Le père de cette jeune fille était un homme âgé de trente-deux ans. Resté seul de six enfants qu'avaient eus ses parents, il avait été d'une santé valétudinaire
l42 SANTÉ DES PARENTS.
jusqu'à l'âge de trente ans, qu'il s'était marié. Sa fille était le produit d'une alliance par laquelle , sous le rapport de la santé, on avait cru réparer l'infériorité que le père pouvait offrir. On aurait effectivement obtenu ce résultat s'il eût été possible de compenser la mauvaise sauté du père par la bonne constitution de la mère ; mais il ne nous appartient pas d'interpréter ainsi les lois de la nature. Le père étant de complexion scrofuleuse, a transmis cette complexion à sa fille, sans que l'heureuse organisation de la mère ait pu l'empêcher.
Les deux observations que je viens de rapporter auraient pu faire suite à celles qui nousontservi à connaître la transmission directe de la scrofule par des parents scroluleux ; mais j'ai préféré les présenter ici sous un autre point de vue, parce que c'est à l'occasion du premier de ces faits, et plus tard du second, que j'ai réfléchi sur la transposition des forces respectives qui dérange les rapports des sexes et détériore lacomplexion desenfants. La compensation qu'on peut désirer en pareil cas n'ayant pas eu lieu dans les deux faits que je viens de citer, doit être, à mon avis , regardée comme impossible.
L'exemple suivant rentre plus strictement dans le sujet de cet article : c'est celui d'un père qui n'offrait aucun signe de scrofule, qui était seulement de modeste complexion, et dont la faiblesse était moins réelle que relative à l'organisation riche, abondante, énergique de sa femme.
[Il y a plusieurs années, je fus consulté par une jeune demoiselle du département de l'Aisne qui, à
la suite d'une fièvre muqueuse, était restée sujette à des ophthalmies, à des coryzas, à des bronchites ; elle offrait au col des tubercules ulcérés que Ion avait regardés , ainsi que les autres symptômes que nous venons d'énumérer, comme des suites de la fièvre muqueuse, théorie d'après laquelle une jeune personne deviendrait scrofuleuse à la suite d'une autre maladie, sans aucune prédisposition héréditaire à le devenir; ce qui est contraire à l'observation, comme nous l'avons déjà dit, et comme nous aurons occasion de le démontrer plus amplement dans la seconde partie de cet ouvrage.
Je n'ai pu rapporter ce fait à aucune autre origine qu'à la constitution de sa mère, qui estbeaucoup trop forte relativement à celle du père ; quant à des causes occasionnelles, il ne pouvait y en avoir, cette famille vivant à la campagne et dans l'aisance.
Plus on réfléchira sur cette cause , plus on la trouvera simple , évidente , et devant avoir nécessairement les effets que nous lui avons attribués. Il fallait la mettre en évidence parce qu'elle n'a pas été signalée , et qu'il existe , à cet égard , une opinion selon laquelle un homme de faible complexion doit chercher à compenser celte faiblesse par un mariage avec une femme d'une robuste santé. Je puis assurer que cette opinion n'est point vraie d'une manière absolue, et qu'il est des limites qu'on ne doit pas dépasser, car un homme ne fécondera jamais vigoureusement une femme qui est beaucoup plus forte que lui.
Les observations qui précèdent sont encore impli-
l44 SANTIÎ DES PARENTS.
citement confirmées par un autre ordre de faits , qui n'est pas moins intéressant à étudier. On voit quelquefois un homme d'une bonne santé avoir des enfants sains d'une femme de faible complexion. Ceci n'est pas vrai généralement , mais se rencontre assez souvent pour avoir un principe : c'est probablement parce que le degré de force originaire des enfants vient plutôt du père que de la mère. Il n'est même pas douteux que telle est la loi, si chacun des sexes apporte dans la copulation un degré d'action relatif à sa force propre ; et telle aussi la pratique des éleveurs, qui, dans l'accouplement des animaux, attachent toujours plus de prix aux qualités du mâle qu'à celles de la femelle.
ART. VIF. — De la scrofule héréditaire par tles parent» paralytiques , épileptiques , aliénés, etc., etc.
J'ai observé plusieurs cas de scrofule héréditaire chez des enfants dont l'un des parents ascendants était paralytique.
Le nommé Noblot était père de cinq enfants qui se portaient bien; il en avait un sixième qui était scrofuleux; il en avait perdu six autres qui, tous, étaient nés après celui-ci et dont l'existence moyenne n'avait pas été d'une année. Nous n'avons vu qu'une raison de la mortalité qui a frappé les six derniers enfants de cette famille, et de l'état scrofuleux que présentait celui que nous avons eu à l'hôpital Saint-Louis, c'est que le père avait eu une première attaque d'à-
SANTÉ DES PAHENTS. 1 45
poplexie suivie de paralysie, il en était guéri, mais depuis lors il ne pouvait plus engender que des enfants dont la vie était d'avance avortée. Cette circonstance ne surprendra personne ; on sera, au contraire, très étonné qu'après une première attaque de paralysie , cet homme ai t pu encore avoir sept enfants.
Elisabeth Liard, âgée de vingt-trois ans, tuberculeuse et oplitlialmique , était, en outre, sujette à des hémoptysies légères : elle était née d'un père paralytique qui était mort à trente-trois ans.
J'ai eu dans mes salles plusieurs enfants scrofuleux dont l'un des parents ascendants était épileptique. Louis Guillaud, âgé de dix-neuf ans, dont l'histoire est l'une des plus curieuses que j'aie publiées dans mon troisième mémoire sur l'emploi de l'iode dans les maladies scrofuleuses, était né d'un père épileptique; lui-même avait été aliéné trois fois depuis l'âge de treize ans, et chaque fois le retour de l'aliénation mentale avait eu lieu en été.
L'aliénation mentale n'est pas rare chez les parents ascendants des scrofuleux.
En i83a, une dame dont l'intelligence lente et faible me frappa tout d'abord, me consulta, plusieurs fois, pour sa fille âgée de dix ans qui avait de gros tubercules dans les régions cervicales. Quelque temps après, elle m'amena son fils qui était affecté d'une hypertrophie du calcanéum et de la malléole interne du pied gauche. Cet enfant avait alors huit ans; les os spongieux étaient généralement trop développés chez lui.
La mère de ces deux enfants avait été, pendant
j46 santé des parents.
deux ans, sous la direction de notre honorable confrère le docteur Esquirol.
Deux ans plus tard, j'eus occasion d'observer un garçon de neuf ans, atteint de tubercules cervicaux et d'impétigo du cuir chevelu. Cet enfant était fils unique d'une dame veuve dont le mari était mort aliéné. J'ai donné des soins à une jeune demoiselle qui était tuberculeuse et qui avait eu trois oncles paternels, dont deux étaient morts aliénés.
Cette relation des névroses cérébrales avec la scrofule m'étonne d'autant moins, que l'hydrocéphale aigu est très commun chez les enfants scrofulcux, et que, dans ma conviction intime, ceux qui meurent de cette maladie, ne recouvreraient point leur intelligence dans toute sa plénitude , s'ils étaient rappelés à la vie. Ma présomption à cet égard est fondée sur ce qui arrive à la suite de l'hydrocéphale chronique : cette maladie frappe constamment de lenteur et de faiblesse les facultés intellectuelles des enfants. Je n'ai jamais vu un jeune homme, qui a été atteint d'hydrocéphale chronique dans sou enfance, devenir un sujet distingué ; non seulement j'ai observé le contraire dans un grand nombre de cas, mais encore j'ai eu occasion de remarquer le danger qu'il y a à soumettre ces enfants à la discipline des écoles et à vouloir leur donner plus d'instruction qu'ils ne sont aptes à en recevoir. La réaction du moral sur le physique peut être assez forte pour que leur croissance soit sensiblement arrêtée.
Lesquirrhe, le cancer, deux degrés de la même maladie, ont aussi des rapports de cause avec la scrofule. Peut-être même la description du squirrhe
doit-elle faite partie de l'histoire du tubercule. Je traiterai cette question d'une manière particulière dans un autre ouvrage, afin de mettre eu évidence la relation de parenté qui , selon moi , existe entre le squirrhe à tous les degrés et le tubercule.
CHAP1TKE TROISIÈME.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES ÉTATS PARTICU- LIERS DE SANTÉ DES PARENTS ASCENDANTS.
Après avoir étudié les états particuliers do santé des parents qui engendrent des enfants scrofuleiix , nous allons nous livrer à quelques considérations sur ces divers états envisagés d'une manière générale. Afin de mettre de l'ordre dans ce chapitre , nous le diviserons en cinq articles principaux. Dans le premier, nous disserterons sur les cas dans lesquels l'origine héréditaire de la scrofule n'est pas assez exprimée dans la santé des parents ascendants. Le deuxième contiendra des observations relatives aux parents qui n'offrent de symptômes de scrofule qu'après avoir engendré des enfants scrofuleux, ou même qu'après les avoir perdus de maladies de ce genre. Dans le troisième, nous chercherons à prouver que l'hérédité des maladies scrofuleuses ne saute pas une génération. Nous nous occuperons dans un quatrième article des complications que les causes de la scrofule peuvent offrir entre elles , ou avec d'autres causes de
l48 ÉTATS PARTICULIERS DE SANTÉ
maladie. Nous consacrerons enfin un cinquième et dernier article à quelques vues médicales sur le mariage, considéré comme la cause la plus ordinaire de la propagation des maladies scrofuleuses.
Ait T. M. — Be la scrofule hérétlilaire tlont In cause n'est mas «$sse» exprimée tlans ta santé originaire oh acattise fies parents ascentlan ts.
Ce chapitre doit servir de complément à ceux qui précèdent; il devra disparaître de l'histoire des causes des maladies scrofuleuses, lorsque ces causes seront mieux connues, lorsque nous saurons déterminer la limite qui sépare l'état de santé de l'état de maladie.
Les résultats que nous avons exposés dans le premier et le second chapitre de cet ouvrage ne permettent plus de conserver aucun doute sur l'origine le plus souvent héréditaire des maladies scrofuleuses, et sur les sources nombreuses d'hérédité qui peuvent découler de la santé originaire ou acquise des parents ascendants.
Dans la troisième partie, lorsque nous étudierons les causes occasionnelles, accumulées toutes, ou presque toutes, dans certains ateliers de travail, nous ferons voir que l'hérédité joue encore dans ces circonstances un rôle fort important, et que peut-être même son concours est nécessaire à la production des maladies scrofuleuses.
Mais au milieu des faits très nombreux dans lesquels l'hérédité est facile à constater, il en est quelques uns qui paraissent réfractaires à celle classifica-
tion. Nous ne comprenons pas dans les cas de cette espèce ceux dans lesquels les patents ont été scrofuleux dans leur jeunesse, ni ceux dans lesquels la scrofule, n'étant apparente sur aucun des parents ascendants , existe néanmoins dans une autre branche de la famille. Ces faits seront désormais faciles à classer d'après les développements clans lesquels nous sommes entré aux articles m et iv du chapitre II.
Nous voulons signaler ici une autre catégorie de faits de scrofule dont l'origine échappe à notre première investigation; des faits dont on ne reconnaît point d'abord la cause formelle dans la santé des parents, et que l'on ne peut pas davantage rapporter à des causes extérieures occasionnelles, la position des malades n'en comportant d'aucune espèce.
Dans ces cas, l'hérédité me paraît suffisamment démontrée si la scrofule est générale parmi les cnfants, et si elle y occasionne une grande mortalité. Ces deux caractères ne peuvent naître de causes extérieures occasionnelles; à plus forte raison n'en sont-ils pas un effet lorsque ces causes n'existent pas.
Tous les praticiens savent, par leur expérience propre, qu'en médecine on ne peut pas toujours rendre compte de ses impressions; qu'à la seule vue des malades on porte quelquefois un diagnostic dont l'analyse n'est guère possible. Les mêmes difficultés se présentent dans l'étude des maladies scrofuleuses; j'en ai rencontré auxquelles je n'aurais pu reconnaître aucune des causes héréditaires que j'ai spécifiées; mais à voir les parents, à juger de leur santé par leur habitude générale, j'étais porté à penser qu'il
l5o ÉTATS PARTICULIERS DE SANTE
n'avait pu provenir de leur rapprochement que des êtres imparfaits; et quoiqu'on ne puisse pas dire précisément de ces individus qu'ils soient tuberculeux, qu'ils soient trop âgés, syphilitiques, etc., à les voir seulement on comprend qu'ils ne peuvent pas engendrer de beaux enfants.
Lorsqu'on nous présente un enfant tuberculeux , et que l'origine de sa maladie ne paraît pas devoir être rapportée à la santé de ses parents, nous nous assurons aussitôt des causes occasionnelles auxquelles il a pu être sujet, et, l'absence de ces causes une fois constatée, nous admettons l'hérédité. Il faut alors effectivement qu'il arrive de deux choses l'une : ou que la scrofule soit héréditaire, ou qu'elle soit un effet sans cause.
Nous disons qu'elle est héréditaire, et cela est vrai pour les classes supérieure et moyenne de la société, qui sont sujettes aux causes d'hérédité, mais qui n'ont pas à supporter des influences extérieures qui puissent rendre les individus scrofuleux; cela est encore vrai pour le plus grand nombre des artisans établis, dont le travail fortifie la santé alors surtout qu'il leur procure un peu d'aisance.
L'hérédité doit encore être admise dans les cas de ce genre, pour une autre raison, c'est qu'il est très possible que l'un des parents ascendants soit dans un état physiologique nuisible à la génération, qui n'est cependant pas assez exprimé pour que nous puissions le reconnaître, tandis qu'une cause occasionnelle assez intense pour faire dégénérer notre espèce à l'état scrofuleux, n'a pu passer inaperçue si
DES PAREMTS ASCENDANTS. I 5 1
elle a existé, et ne pourrait rester cachée si elle agissait présentement.
Eugénie Nanche, âgée de quatorze ans, avait une ophthalmie de l'œil gauche qui durait depuis l'âge de cinq ans, et qui était continue depuis un an; de plus, elle était sourde de l'oreille gauche, et très sujette à une céphalalgie qui était plus forte de la moitié gauche que de la moitié droite du crâne. Chez cette fille , il y avait absence de causes occasionnelles, et l'hérédité n'était pas non plus manifestement indiquée ; j'ai pensé, nonobstant, que son état provenait de la santé de ses parents. Pourquoi ce diagnostic? parce qu'elle avait eu une sœur qui était morte tuberculeuse-pulmonaire à l'âge de vingtquatre ans ; parce qu'une seconde avait succombé à dix-sept ans , n'étant point réglée et ayant encore le physique d'un enfant; parce qu'une troisième était morte à quinze ans , et que son développement corporel avait été retardé comme celui de la précédente; parce qu'enfin il lui restait une quatrième sœur dont la menstruation était fort difficile. De pareils phénomènes ne sont point des effets de causes extérieures : l'aînée des trois sœurs est morte manifestement tuberculeuse-pulmonaire ; les deux plus jeunes, qui sont mortes à quinze ans et à dix-sept ans, sans être réglées, sans offrir aucun signe de nubilité, dont toutes les fonctions étaient frappées d'arrêt de développement, étaient tuberculeuses comme leur sœur aînée, comme leur sœur la plus jeune, celle dont nous avons recueilli l'observation au pavillon Gabrielle, en 1829. Ces quatre sœurs avaient le même
.tempérament, le tempérament tuberculeux. Les causes occasionnelles ne sauraient, dans aucun cas, produire des effets aussi uniformes sur quatre personnes.
Si nous insistons comme nous le faisons sur l'hérédité des maladies scrofuleuses, c'est à cause des indications thérapeutiques qui en découlent ; c'est que nous aurons, par la suite, à combattre les méthodes locales de traitement qui sont nées des causes locales qu'on a admises sur la moindre apparence. Nous aurons alors d'autant plus de facilité à faire exclure ces méthodes que nous aurons mieux fait comprendre l'origine héréditaire des maladies tuberculeuses, et la nécessité de leur opposer un traitement interne.
Dans beaucoup d'occasions , ce n'est pas assez d'interroger la santé des parents ; il faut encore les envisager sous le rapport moral; il faut pénétrer le secret de la vie privée, qui cache souvent bien des causes de maladie.
A Paris surtout, où les familles en général vivent d'efforts et de mécomptes, où il est si difficile non seulement de se créer une position , mais encore de s'assurer l'existence de chaque jour, les hommes passent par des épreuves qui doivent porter atteinte aux fonctions de reproduction. Cette vie de labeur, qui est le sort du plus grand nombre, a pour contraste l'existence des hommes nés dans la richesse et le superflu; et ceux-là sont peut-être les plus à plaindre, car la plupart arrivent avec une vitesse extrême à la satiété et à l'impuissance, triste corn-
DF.S PARENTS ASCEN DANTS. X 53
pcnsation de l'avantage qu'ils ont d'élre faits hommes du monde dès les premières années de leur adolescence.
Les fortunes acquises ne le sont que trop souvent au détriment de la santé; la fortune d'un homme, quelque brillante qu'elle doive devenir à la fin de sa carrière , n'arrive le plus ordinairement qu'avec une excessive lenteur, ou par des alternatives brusques qui lui font éprouver presqu'en même temps la crainte de la détresse, celle du déshonneur et l'enivrement de la position la plus opulente. C'est ce qu'on apprend , chaque jour, en causant avec les artisans de ces carrières brillantes, à la fin desquelles quelques hommes rares, exceptionnels, sortent victorieux de leurs spéculations, et franchissent la distance qui sépare une origine pauvre d'un âge mûr opulent.
On comprend aisément qu'il n'y a plus de mesure, qu'il n'y a plus rien de normal chez des hommes livrés à une vie aussi agitée, et que chez eux les fonctions génératrices doivent partager le trouble, l'anxiété qu'éprouvent incessamment toutes les autres fonctions de l'économie.
Il est aussi des classes fort nombreuses de la société dans lesquelles l'existeuce des femmes est remplie d'affaires et de soins qui ne laissent plus aucun loisir pour la vie de reproduction : ce sont toutes les femmes auxquelles le commerce impose des habitudes en quelque sorte automatiques, qui se meuvent chaque jour, à la même heure, de la même manière, dans les limites étroites d'une boutique
souvent privée d'air et de lumière, et le plus ordinairement humide. Les femmes qui vivent dans cette atmosphère n'ont le plus souvent, pour se garantir du froid humide, que le secours trompeur d'une chaufferette; la vapeur qui s'en exhale vicie l'air qu'elles respirent au point de les faire quelquefois trouver mal; son usage amollit et déprave la sensibilité spéciale des organes génitaux ; il amène, à la longue, la stase du sang veineux dans les parties inférieures, de là les marbrures de la peau, les varices , les engorgements utérins, lés flueurs blanches et les pertes de sang qui affligent la plupart d'entre elles. L'état physiologique des femmes qui vivent sous ce régime ne peut être que fort contraire à la bonne propagation de l'espèce. Qu'on se figure dans quelles dispositions doit approcher du lit conjugal une femme qui a porté le joug du travail et du souci des affaires depuis plus de seize heures qu'elle est levée. Il n'est pas possible que les femmes qui passent ainsi les plus belles années de leur vie deviennent mères de beaux enfants.
Il est encore une foule d'habitudes privées qui, en singularisant trop certains individus, les éloignent de tonte affection. Ces goûts trop personnels rendent la vie domesiique insupportable, et font naître des antipathies invincibles ; alors il ne peut y avoir qu'un simulacre de copulation et qu'une ébauche imparfaite de la génération. Croit-on qu'une femme puisse être fécondée pleinement par un homme dont elle craint les approches , et qui lui est souvent antipathique?
Toutes ces particularités de la vie domestique, sur lesquelles j'aurais moins abrégé les réflexions auxquelles je viens de me livrer, si je n'avais craint qu'on leur trouvât un air trop étrange dans cette dissertation, éteignent l'amour conjugal, et ont l'influence la plus nuisible sur la constitution originaire des enfants. Nous ne pouvions donc pas les passer entièrement sous silence, dans un travail qui a pour but spécial la recherche des causes de touie espèce qui peuvent affaiblir les fonctions génératrices, et détériorer la constitution originaire des enfants.
ART. MM. — Des gavent» peuvent #*'©/yWr île»
sffsitjili'mii-s tle scrofule t/n '<*//*•/•»■ <iro «V «•«f/etulré *les etêfattls scrofitlettae.
Nous avons vu que des parents peuvent transmettre à leurs enfants des maladies dont ils ont été atteints dans leur jeunesse, et dont ils paraissent guéris; que cette transmission peut avoir lieu aussi par des parents qu'on aurait crus exempts de scrofule, quoiqu'ils eussent des frères et sœurs serofuleux; nous verrons dans cet article que des parents peuvent n'offrir de signes de scrofule qu'après avoir engendré des enfants serofuleux, qu'après même avoir perdu leurs enfants de maladies scrofuleuses.
Lalouette l'apporte un cas de ce genre fort remarquable , qu'il n'a pas considéré comme nous ferons ici, et qu'il n'a vu que sous le rapport des époques de la vie auxquelles l'invasion de la scrofule peut avoir lieu. Une demoiselle est atteinte de scrofule à vingt-six ans ; une de ses sœurs éprouve la
1 56 ETATS PARTICULIlillS DIC SANTÉ
même maladie à seize ans ; une troisième à quatorze ans, avec complication de chlorose. Le père de ces trois demoiselles, qui avait joui d'une bonne santé jusqu'à soixante-six ans, eut, à cet âge, des tubercules à la nuque, sous le menton, le long du col des deux côtés , sous les aisselles et dans les jarrets. Ces tubercules devinrent fort durs et acquirent, en très peu de temps , un si gros volume , ceux du col principalement devinrent si considérables, que le malade en fut suffoqué pendant la nuit.
Au mois d'octobre 1S27, nous avions à l'hôpital Saint- Louis le nommé Eglem, âgé de dix-huit ans, affecté de tubercules cervicaux, d'ophthalmie, de coryza, etc. Ce jeune homme était resté seul d'une famille de huit enfants ; sept frères ou sœurs étaient morts-nés, ou morts en bas âge. Le père de cette progéniture si généralement, si profondément scrofuleuse, ne paraissait pas tNtejcrofuleux; la maladie ne s'est montrée chez lur^pia cinquante-huit ans, sous la forme d'un vaste ulcère scrofuleux survenu au côté droit du col , et dont il est mort au bout de dix-huit mois de souffrances.
Je connais quatre sœurs tuberculeuses; deux sont stériles et les deux autres ont des enfants tuberculeux. L'origine de ces deux générations scrofuleuses était restée longtemps inconnue, et l'on désespérait de la trouver jamais lorsque la grand'mère maternelle ayant élevé ses enfants et ses petits-enfants, mourut tuberculeuse pulmonaire à l'âge de soixante-six ans et quelques mois.
La cause originaire du tempérament strumeux
de ces quatre sœurs, jusqu'alors ignorée, a été enfin reconnue dans l'espèce de maladie à laquelle leur mère a succombé.
Tout récemment , j'ai été consulté par une daine du département d'Eure-et-Loir , qui est âgée de cinquante ans, jouissant d'une bonne santé, ayant encore ses règles , qui depuis quelques mois seulement retardent un peu.
Cette dame porte dans le sein droit une glande du volume d'une noix , dont le commencement remonte à dix ans, et laquelle est parfois un peu douloureuse.
Dans le courant du mois de mars de cette année, il a paru une tumeur tuberculeuse, grosse comme un œuf de poule, derrière et au-dessous du grand angle gauche de la mâchoire inférieure; cette tumeur a été nlcérée pendant quatre mois , au bout desquels l'ulcère a été cicatrisé; la cicatrice est restée fermée pendant deux mois, et depuis trois semaines elle s'est rouverte, avec tous les caractères d'un ulcère tuberculeux; la suppuration est fort abondante.
Cette dame a eu d'abord deux fausses couches , puis une fille qui est âgée présentement de «vingttrois ans, et qui est tuberculeuse dans les régions cervicales depuis environ sa dixième année. Aucun de ces tubercules, qui sont fort gros et fort nombreux , n'a jamais été ulcéré. Cette jeune femme est mariée depuis deux ans; elle est mère d'une fille qu'elle a eue après un an de mariage.
Voilà encore un fait dans lequel la transmission héréditaire a eu lieu très longtemps avant que sa ausc ait été manifestée du cAté maternel.
Les observateurs qui nous ont précédé ont rapporté des exemples de tubercules pulmonaires survenus chez des parents qui avaient perdu antérieurement leurs enfants de cette maladie. Portai , qui a fort bien résumé ces observations, rapporte que parmi les phthisiques qu'il avait regardés comme atteints de phtliisie par accident et qui sont morts ayant leurs père et mère en bonne santé , il en a vu dont le père ou la mère sont morts longtemps après de la même maladie , ce qui augmente de plus en plus le nombre des phthisiques de naissance*
Quanta moi, je suis chaque jour plus porté à penser qu'on ne voit guère que des phthisiques de naissance. Je ne connais aucun fait bien avéré de phtliisie tuberculeuse pulmonaire, survenue chez un homme exempt de toute prédisposition héréditaire à celte funeste maladie. Je développerai cette question importante dans mon ouvrage sur le tubercule.
Nous terminerons cet article par l'exemple suivant, celui d'un père devenu goitreux après avoir engendré huit enfants qui l'étaient.
Au mois d'octobre i84o, j'ai traité un négociant de Rouen, âgé de trente - neuf ans, affecté d'un goitre. Cette maladie avait commencé à l'âge de trente et un ans; elle était restée stationnaire jusqu'à trente-huit, mais elle avait pris alors un développement très rapide, et quand je l'observai, «un an plus tard, elle occupait toute la région moyenne antérieure du col ; elle était un peu plus prononcée du côté droit que du côté gauche.
DES PARENTS ASCENDANTS. l5g
J'ai eu chez moi cinq filles de ce malade, toutes affectées de goitre. Outre ces cinq enfants , il a eu cinq autres filles et un garçon qui sont morts.
Avant que le goitre se fût manifesté chez lui, il avait eu huit enfants affectés de cette maladie.
Les cas de cette espèce sont beaucoup plus communs qu'on ne pense. N'est-il pas évident que cet homme a eu huit enfants goitreux parce qu'il l'était lui-même avant de le paraître?
Nous n'aurions pas eu besoin d'attendre cotte révélation tardive de la cause héréditaire; nous aurions supposé l'existence de l'hérédité d'après la généralité delà maladie dans la famille, ce dernier caractère ne pouvant provenir que de la santé des parents ascendants.
Nous aurons occasion de revenir sur le développement des maladies scrofuleuses chez des parents qui ont eu des enfants scrofuleux , quand nous traiterons de la scrofule qui peut se montrer, pour la première fois, par des avortements spontanés, ou à la suite d'un accouchement laborieux, quelquefois aussi à la suite d'un accouchement ordinaire. (Deuxième partie, Clauses dites pathologiques, art. II.)
ART. III. — Ij hérédité ttes maladies scrofuleuses ne saute //«* une génération.
Cette proposition n'a«rien qui doive nous étonner au point où nous sommes arrivé de nos recherches sur l'hérédité des maladies scrofuleuses ; elle découle naturellement des idées que nous avons émises dans
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lesarticlesprécédents. L'opinion que les maladies scrofuleuses peuvent sauter une génération est tout-à-fait, gratuite : un père qui est né de parents scrofuleux, et qui a des enfants qui le sont, l'est lui-même. La preuve en est dans sa progéniture; autrement, c'est avancer qu'un homme peut donner ce qu'il n'a pas, c'est-à-dire qu'il y a des effets sans cause. C'est, au reste, une opinion comme nous en avons beaucoup d'autres en médecine et plus particulièrement sur la maladie scrofuleuse, à l'usage de ceux qui veulent expliquer les phénomènes dont ils n'ont pas étudié les lois, mais à laquelle on doit refuser l'entrée dans le domaine de la science.
Les faits d'après lesquels on a cru que l'hérédité avait sauté une génération ne sont que des faits mal observés ; ce sont surtout des faits pareils à ceux dont nous avons parlé au sujet de la scrofule transmise par des parents qui paraissent guéris de cette maladie, et de celle qui provient de parents qu'on croit n'être pas scrofuleux , quoiqu'ils aient des frères et sœurs qui le sont ( chap. II , art. m et iv).
Beaucoup de personnes ne se rappellent plus d'avoir été maladives dans leur enfance; d'autres nous laissent souvent ignorer l'existence de la scrofule dans leur famille ; ajcutous qu'un grand nombre de médecins négligent de s'en informer: trois circonstances qui nous induisent en erreur sur l'origine de la maladie.
Ces erreurs sont encore excusables lorsque les parents offrent les apparences d'une bonne santé; mais il est des cas dans lesquels on ne tient pas
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compte do certains signes auxquels cependant l'existence du vice scrofuleux est très reconnaissable. Entre plusieurs exemples, je choisirai le suivant , dans lequel on a pensé que l'hérédité avait sauté une génération , parce qu'on a cru à tort que lanière était entièrement exempte de la maladie qu'elle a transmise à son enfant.
C'est celui d'une jeune fille de cinq ans, qui est nouée et plus petite qu'un entantde trois ans bien portant; elle ne se nourrit point, elle ne marche pas encore, elle parle à peine, et son intelligence est très tardive. Lagrand'mère de cette enfant est rachitique et de très petite taille. Sa mère passe pour n'offrir aucun signe de rachitisme; elle a néanmoins les os courts et les extrémités des os longs beaucoup trop volumineux ; elle offre une disproportion notable entre le développement des parties molles et celui du système osseux. L'enfance de cette dame a été très maladive et ses couches ont été fort laborieuses. J'attribue cette dernière circonstance au volume pathologique des os spongieux du bassin et à un défaut général de tonicité.
On regarderait, à tort, ce cas comme un de ceux dans lesquels la maladie a sauté une génération. Ou pourrait penser que cette jeune fille tient de sagraud'mère, ce qui est vrai sans doute ; mais il est également vrai qu'elle tient de sa mère, chez qui la prédominance du tissu spongieux des os doit être regardée comme pathologique. Ce fait fournit, en outre, un exemple de trois générations scroluleuses, et il est à remarquer (pie chez toutes les trois le vice niorbihque a fixé son siège principal sur le squelette.
Ces faits de trausmission héréditaire, inexplicables au premier aperçu, sur lesquels il était nécessaire de rappeler l'attention des observateurs, prouvent ce que l'on ne saurait assez répéter, que l'élément des maladies héréditaires, au degré le moins apparent, alors même qu'on le croit éteint, est encore transmissible aux enfants. On en sera bientôt convaincu en étudiant avec plus de soin qu'on ne le fait généralement la vie médicale des malades et celle de leurs parents.
A HT. M T. — Complications fies causes héréditaires entre elfes et avec tl 'autres causes tle tnalatlies.
La scrofule héréditaire ne naît pas seulement d'une cause provenant soit du père, soit de la mère; dans beaucoup de cas, au contraire, l'hérédité tire son principe des deux côtés à la fois.
Ainsi le père est scrofuleux, et la mère est trop jeune ; celui-ci jouit présentement d'une assez bonne santé, quoiqu'il ait été scrofuleux dans sa jeunesse, et sa femme est plus âgée que lui ; celui-là est tuberculeux , et sa femme, qui ne paraît pas l'être , compte pourtant des tuberculeux dans sa famille; un autre est scrofuleux , et sa femme est prédisposée à un cancer des mamelles; un homme, enfin, originairement bien constitué , peut être accablé de chagrins par les souffrances que sa femme et ses enfants éprouvent avant de succomber aux atteintes de la scrofule, et cet état moral complique beaucoup les causes d'hérédité qui proviennent du côté maternel.
UES PARENTS ASCKJNDA.NTS. i G3
Je ne fais ici qu'indiquer le sujet, et cela doit suffire après les développements dans lesquels nous sommes entré sur les divers états de santé des parents ascendants év dent qu'une cause héréditaire
existant d- Qêl, les effets en seront plus
fâcheux si la mè ouit pas non plus d'une bonne
santé ; il ne l'est us moins que lorsqu'il y a uue cause formelle d'hérédité du côté maternel , les effets de celle cause seront d'autant plus marqués, d'autant plus intense, qu'il y aura, pour cela, des coïncidences dans la santé du père.
Le nommé Mourlon, âgé de trente-deux ans, était marié avec une femme qui en avait quarante-six ; il mourut à l'hôpital Saint-Louis, en décembre r832, dans la salle Saint-.Iean, de caries scrofuleuses aux deux pieds, laissant une fille âgée de six ans et demi, qui était rachitique depuis un an.
Dans le mois de mai 1837, la veuve Mourlon nous a présenté, à la consultation de l'hôpital, sa fille âgée de onze ans; elle était rachitique, de très petite taille, et présentait des tubercules ulcérés au côté droit du cou.
11 y a dans ce fait des causes de trois ordres qui se compliquent et combinent leurs effets : i° le père estscrofuleux , 2° la mère est trop âgée , 3° le père est beaucoup plus jeune que la mère. C'est pour toutes ces raisons que cette enfant ne prend point de croissance, arrêtée qu'elle est dans son développement physique par le vice scrofuleux qui fait des progrès au détriment de toutes les fonctions organiques , et sévit avec d'autant plus cl intensité qu'il provient de
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trois sources susceptibles chacune de le produire isolément.
La conscription avait fait naître une réunion nombreuse de causes héréditaires de la scrofule : aussi avait-elle produit une dégradation très sensible de la race humaine. On en jugera par un court aperçu médical que nous allous présenter sur ce mode de recrutement des armées, considéré du point de vue de nos recherches.
Aperçu médical sur la conscription considérée comme une complication de causes héréditaires des maladies scrofuleuses.
Nous ne sommes pas fort éloignés d'une époque où notre pays a e'té exposé aux influences réunies d'un grand nombre de causes qui ont fait dégénérer notre espèce avec une effrayante rapidité.
A peine notre première révolution eut-elle éclaté, que toutes les puissances se coalisèrent et se levèrent ensemble contre la France, qui se trouva dans la nécessité de les combattre toutes à la fois. Cet état de guerre, une fois commencé, a duré près d'un quart de siècle. Pendant ce laps de temps , la France avait sur pied de nombreuses armées, qu'elle ne pouvait entretenir que par un recrutement d'hommes à peu près permanent; on y procédait avec une extrême rigueur, surtout pendant les dernières années de l'empire. Dans ce temps-là , on en était venu au point de ne pouvoir effectuer les contingents demandés qu'en enlevant de leurs foyers tous les hommes en état de porteries armes, et même un grand nombre
de ceux qui présentaient des motifs raisonnables d'exemption. On n'y laissait que les infirmes, les malades, on ceux qui s'étaient mariés hâtivement, afin d'échapper an sort inexorable qui les attendait à l'âge de dix-neuf ans, et même avant cet âge.
Durant cette période, les populations ont donc été renouvelées, en très grande partie, par les hommes les moins propres à engendrer des enfants sains et vigoureux. Les chefs de famille offraient généralement l'assemblage des conditions les plus favorables à la propagation des maladies scrofuleuses, savoir : i° une organisation originairement faible , ï" un état de maladie pinson moins manifeste, 3° ou bien une constitution qui n'avait pas encore pris toute sa croissance. Nous n'hésitons pas â ranger cette dernière condition parmi celles qui ont exercé une des plus fâcheuses influences sur la génération ; car, si dans tous les temps, celte condition e>t des plus nuisibles, comme nous l'avons établi (chap. Il, sect. 3 e , art. ni ), elle l'était encore davantage dans l'espèce, parce epic le père se trouvait le plus ordinairement dans lune des deux premières catégories dont nous venons de parler, et que souvent il les présentait réunies. Ajoutons qu'il était très commun qu'il eût épousé une femme d'un âge disproportionné.
Telles sont les causes incontestables de la dégradation que tous les observateurs ont remarquée. Le nombre des hommes, leur force, leur taille, avaient singulièrement baissé. On l'a constaté par des documents officiels recueillis aux départements de la guerre et de l'intérieur.
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Sous la restauration, on pouvait à peine trouver deux mille cinq cents hommes pour former les corps d'élite sur une levée de quatre-vingt mille hommes. Il est même arrivé que , pour compléter ce léger contingent, on a été obligé de baisser la taille, primitivement exigée à un mètre soixante-dix centimètres.
Depuis neuf ans, on commence à ressentir les bienfaits d'une paix durable; la race s'améliore d'une manière sensible. Les conscrits sont plus nombreux; ils sont généralement de meilleure complexion et de plus belle taille que les années précédentes ; la race est plus forte, parce que les hommes appelés au service militaire, dans les neuf dernières années, sont nés depuis la paix de 18 14, qui a rendu leurs pères à la famille (1). Les populations des villes et des campagnes ne sont plus épuisées d'hommes sains et vigoureux par la conscription ; les infirmes et les malades ne forment plus la souche commune de ces populations, comme cela avait lieu dans un moment où l'esprit de conquête avait fait mettre les hommes valides en coupe réglée. Les mariages précoces sont devenus plus rares : aussi est-il raisonnable d'espérer que, dans un avenir prochain, les jeunes gens présenteront généralement de bonnes conditions de santé qu'ils mettront librement au service de l'agriculture et de l'industrie, où ils trouveront parle travail le bien-être, la force et la moralité.
(I) Il faut excepter la classe de 1836, qui présentait beaucoup de sujets de faible complexion. Il ne pouvait guère en être différemment; on doit se rappeler, en effet, que les hommes de cette levée ont été engendrés pendant le cours de l'année 1 8 1 G , année de disette durant laquelle les neuf dixièmes de la population ont souffert toutes sortes de privations.
lit'/'. V. — Dm ntariage consiaéré comme ■une *les vawses ies i>fns ordinaires tle la t**fti*tifffiiittn fies nutlaMes scrofuleuaes.
L'homme se marie pour posséder une femme et procréer des enfants sainement organisés; le but du mariage , sou but physique et moral , est le bonheur domestique par la famille.
Ce double but est manqué, de toute nécessité, lorsque l'un des époux apporte dans la communauté le germe des maladies héréditaires.
A voir la sollicitude avec laquelle la loi a pris en main les intérêts des enfants, car c'est surtout eu vue des enfants que le Gode civil prononce l'indissolubilité du mariage, on ne saurait comprendre comment elle ne s'est pas occupée, avant toutes choses, de leur assurer le premier des biens, c'est-à-dire la santé.
Le mariage n'est interdit que dans un seul cas, le cas de démence, et cela, uniquement, parce que le cousentement n'est pas libre.
On a multiplié les formalités administratives qui précèdent l'accomplissement du mariage ; mais la loi ne s'est réservé aucun droit de s'enquérir si les individus qui se marient sont dans un état de santé qui leur permette de procréer des enfants bien portants, capables de rendre des services à l'Etat, et qui, dans tous les cas, ne retombent pas à sa charge, comme cela n'est que trop commun dans les classes indigentes. Nous voyons journellement accomplir sous mis yeux des mariages qui portent le {ferme de toutes
les infirmités que peut produire la scrofule; des mariages qui troubleront certainement toute l'existence des époux par des maladies héréditaires et la mortalité que celles-ci occasionneront parmi les enfants. Est-il un avenir plus redoutable?
La société devrait cependant veiller sur les enfants avec la sollicitude d'un père de famille. Cette sollicitude devrait s'exercer des deux paris : la société est tutrice des enfants, comme l'homme est tuteur des siens propres. Ces idées sont d'une telle simplicité, qu'elles devraient être reconnues de tout le monde; elles ne sont cependant ni dans nos mœurs ni dans nos lois écrites. Nous allons voir tous les maux qui résultent de leur oubli.
Il faut convenir cependant que le législateur a pu être découragé par un premier essai bien malheureux, celui relatif à l'impuissance. Ce cas d'empêchement et de nullité du mariage n'a donné lieu qu'à des débats interminables et à des scènes scandaleuses en présence de la justice. Il faut convenir aussi qu'il est très difficile de définir les espèces assez clairement pour atteindre tous les cas d'interdiction et n'atteindre que ceux-là. Mais la difficulté de porter remède aux vices de notre législation n'est pas une raison de laisser la société désarmée contre la propagation des maladies héréditaires,
La législation de l'ancienne Sparte n'était probablement pas moins tolérante que la nôtre à propos du mariage; mais on se rappelle qu'elle ordonnait le sacrifice des enfants nés trop faibles pour devenir jamais des citoyens utiles à la défense de la patrie.
Cette coutume qui nous révolte épargnait du moins aux nouveaux-nés les infirmités attachées à une existence souffrante, et elle avait, en outre, l'avantage d'empêcher ces individus de se reproduire et de donner le jour à des enfants dont le sort devait être encore plus malheureux que le leur; c'était enfin le moyen de n'avoir de mariages qu'entre personnes offrant les attributs d'une bonne santé.
Mais au lieu de sacrifier impitoyablement les enfants qui, au moment de leur naissance, ne paraissent pas réunir les qualités requises pour devenir par la suite des citoyens robustes, il est bien plus simple, il est bien plus humain, il est bien plus digne d'une civilisation avancée d'arrêter le mal à sa source en interdisant les mariages qui produisent de semblables progénitures.
C'est à la science qu'il appartient de préparer les voies d'une législation sur l'importante question de l'hérédité des maladies dans les familles. lies résultats des recherches auxquelles nous nous sommes livré depuis de longues années constatent les origines nombreuses des maladies scrofuleuses par la voie de lagénération. La propagation de ces maladies parle mariage ressort si souvent et avec tant d'évidence des faits que nous avons analysés dans cette dissertation , qu'on ne peut nier qu'utrdes grands intérêts de la société ne soit de régler le mariage à des conditions qui éloignent les causes héréditaires, celles surtout qu'une expérience constante nous apprend être transinissihles des parents à leurs descendants.
C'est 'de ce point de vue que nous allons entrer
plus avant dans la question du mariage des sujets scrofuleux. Nous citerons des exemples afin de n'avancer qu'à l'aide de l'expérience, et pour que le lecteur puisse juger par lui-même de la validité de notre opinion sur cette question.
Un jeune homme âgé de vingt et un ans, habitant le département de la Somme , vint me consulter à Paris, dans la première semaine du mois de septembre i833.
Il était d'une faible complexion ; il avait le ^ isage pâle, la peau blanche, les cheveux blonds; sa croissance avait été très lente et n'était pas complètement achevée, ce qui lui donnait un air plus jeune encore que ne le comportait son âge.
Il avait été affecté pour la première fois, entre six et sept ans, dans les régions cervicales, de tubercules qui étaient restés stationnaires depuis cette époque jusqu'à celle de son mariage, quil avait contracté à l'âge de vingt ans. On va voir qu'il ne lui avait pas été favorable , car trois mois après il fut pris d'une fièvre catarrhale qui dura six semaines, et laissa après elle del'émaciationetunegrandefaiblesse; en même temps les tubercules du col, dont le commencement remontait, avons-nous dit, à l'âge de six à sept ans, prirent une marche des plus rapides; il se forma incessamment de nouvelles tumeurs tuberculeuses, et lorsque je vis le malade, quelques mois plus tard, leur ensemble présentait un volume très considérable; elles remplissaient les régions latérales et postérieures du col, et se prolongeaient sur la région antérieure et supérieure de la poitrine et jusque dans les aisselles.
Les progrès rapides que la tuberculisation avait faits dans les régions sous-cutanées et les grands espaces celluleux ne nous permettaient pas de limiter qu'elle n'eût déjà atteint les organes respiratoires ; cette présomption était fortement corroborée par le souvenir de la fièvre catarrbale, avec faiblesse et émaciation, qui avait précédé et accompagné la recrudescence delà tuberculisation extérieure.
Traité par les préparations iodurées pendant deux ans, ce malade a acquis de la force et de l'embonpoint; son teint est devenu plus animé; les tumeurs tuberculeuses ont marché vers la résolu tion, etc.; sa santé s'est fortifiée à ce point que, depuis huit ans, il a pu continuer, sans interruption, la surveillance d'une grande exploitation rurale à laquelle il a joint dernièrement l'administration municipale de la ville qui l'a vu naître.
Voilà certainement un beau succès qu'on n'aurait pu obtenir par aucune autre méthode de traitement. Mais nous allons voir que ce succès, très important, sans doute, pour un homme qu'il a rappelé à la vie et auquel il a donné la force de conduire ses affaires de famille, que ce succès, dis-je, n'a cependant pas été assez complet , n'a pas régénéré assez profondément la constitution pour donner à cet homme la faculté d'engendrer des enfants sains et robustes; c'est au reste ce que nous allons voir plus bas.
Si nous considérons le mariage contracté par ce jeune homme, de notre point de vue, et si nous reprenons les choses d'un peu plus haut, nous verrons que, rigoureusement parlant, il aurait dû garder le
l'ja ETATS PARTICULIERS T)V. SAUTE
célibat, parce qu'il était tuberculeux, et. qu'en tout cas il aurait, dû au moins attendre que sa croissance fût plus avancée. S'il eût ajourné son mariage, comme il aurait dû le faire, il est prcsumable que les tubercules cervicaux, qui étaient restés slalionnaires depuis l'enfance, auraient éprouvé un mouvement résolutif sous l'influence du travail de la puberté, secondé par un traitement approprié.
La disparition de ces tubercules aurait été la preuve d'une amélioration notable dans la santé, surtout si elle eût coïncidé avec le développement simultané du corps et des forces. ,
Loin de suivre cette ligne de conduite, que commandait impérieusement sa constitution débile, ce jeune homme se marie avant même que sou physique ait acquis tout le développement que peut comporter son organisation primordiale. Les conséquences de cette faute ne se font pas longtemps attendre : examinons-les d'abord relativement au père, puis nous les envisagerons par rapport à sa progéniture.
Quatreinoisaprès son mariage, ce jeune homme est pris d'une fièvre catarrhaleqni épuise ses forces et le jette dans un état de langueur et d'émaciation ; à la suite de cette fièvre, la tuberculisation prend un essor des plus rapides et des plus alarmants qui inspire des craintes sérieuses sur l'état de la poitrine.
Quant à la progéniture de ce jeune homme, elle a été ce qu'elle devait être. Antérieurement à nos relations, il avait eu un premier enfant , et depuis hnitans,ilenaeu trois autres. L'un d'entre eux,l'avantdernier, qui a quatre à cinq ans, tousse d'une ma-
J)tS PARENTS ASCENDANTS. 1^3
nière inquiétante: c'est un garçon de faible coinplexion; il a probablement des tuberculespulmonaires et mésentériques ; cette probabilité est presque une certitude, puisque les parents ne s'abusent pas à cet égard, et qu'ils portent eux-mêmes ce jugement; les trois autres enfants sont trois garçons qui n'ont encore offert aucun signe de tuberculisation , ils sont cependant tous trois de faible complexion ; mais leur santé pourra être restaurée comme l'a été celle de leur père, mieux encore que la sienne, ces enfants étant élevés à la campagne , et leur régime ayant été bien réglé sous tous les rapports depuis leur naissance.
Dans l'exemple que nous venons de rapporter, le mariage a imprimé un mouvement progressif des plus effrayants à la tuberculisaliou, qui était restée stationnai re depuis 1 âge de sept ans qu'elle avait commencé. Mais dans ce cas, le traitement par les préparations iodurées a remédié aux effets morbides produits par le mariage.
L'exemple suivant nous offre ces mêmes effets, arrivés à un tel degré d'intensité qu'il n'a pas été possible de conserver l'espoir d'y porter remède.
Dans le printemps et l'été de l'année 1828, j'ai donné mes soins à un enfant du département de Seine-el-Oise, âgé de treize ans et demi, qui était affecté d'une double ophtbalmie et d'un coryza chroniques, avec des ulcérations danslesfosses nasales.
Cet enfant fut guéri par un traitement ioduré de six mois; depuis, je l'ai perdu de vue pendant quinze ans et ne l'ai plus revu qu'au mois de mars 1843,
qu'il est venu me consulter : c'était alors un jeune homme de vingt-huit ans. Lorsqu'il m'eut rappelé mes anciennes relations avec sa famille, au sujet des maladie» de son enfance, je l'interrogeai avec beaucoup d'intérêt sur son passé.
Ce jeune homme était délicat; il avait peu de barbe; il avait la face pâle et la peau généralement décolorée; ses membres étaient glabres et arrondis comme ceux d'une femme; ses muscles étaient peu développés ; il avait le caractère doux et affectueux ; il était doué d'une certaine sagacité, mais son physique n'avait jamais secondé son intelligence; sa santé originaire paralysait ses meilleures résolutions : telle était sacomplexion depuis plusieurs années ; il n'avait cependant encore éprouvé aucun retour de la maladie scrofuleuse pour lacpielle je lui avais donné une première fois mes soins, lorsqu'il s'est marié à l'âge de vingt-deux ans et demi, afin d'être plus sûrement secondé dans la surveillance d'un établissement qu'il voulait fonder à Paris.
Quoique sa vie n'eût cessé d'être régulière et très modérée depuis son mariage, et qu'il n'eût combattu d'aucune manière la nonchalance de ses appétits vénériens, il vit cependant, peu de temps après, de nombreuses générations de tubercules apparaître dans les régions cervicales; ces générations se sont multipliées chaque année au printemps, et elles ont fini, en moins de six ans, par acquérir les dimensions qu'elles présentaient lors de leur examen.
Elles formaient alors un collier qui n'était ouvert qu'en arrière. Sa plus grande épaisseur correspondait
aux parties latérales du col ; elle était portée au point que le diamètre transversal dépassait de beaucoup le diamètre antéro-postérieur; les tumeurs sur ce point, mais principalement celles du côté gauche, étaient des plus considérables , elles envahissaient la base de la mâchoire , s'étendaient dans l'espace compris entre le conduit auditif, l'apophyse mastoïde et le bord postérieur de l'os maxillaire inférieur; elles avaient une dureté squirrheuse, pénétraient profondément dans les parties molles, et faisaient corps avec les amygdales, qui étaient très tuméfiées et se touchaient presque; elles comprimaient les artères carotides, les veines jugulaires, les voies aériennes, le pharynx et le commencement de l'œsophage ; aucune de ces tumeurs ne s'est fait jour au-dehors; la peau qui les recouvrait, quoique très tendue et sensiblement amincie, n'avait cependant éprouvé aucun changement de couleur; il existait d'autres tumeurs dans les régions axillaires. Je notai quelques vestiges de rougeur ophtnalmique de l'œil droit; la voix était très faible, gutturale; il y avait de la. toux, surtout pendant la nuit, la respiration était devenue très difficile et s'accompagnait de menaces de suffocation ; les forces avaient beaucoup diminué depuis plusieurs mois; cependant l'appétit s'était conservé, les voies excrémentitielles exerçaient régulièrement leurs fonctions. Il y avait de temps à autre de la somnolence; cette somnolence était devenue insurmontable dans les derniers temps de la vie (1).
(l)Uans mon traité du tuberculo, je parlerai particulièremeot de
17b ETATS PARTI CU LIE ItS DE SANTE
Il n'est pas nécessaire de dire que je fus obligé de porter un pronostic des plus sinistres. Ce jeune homme était l'aîné de trois enfants qu'avaient eus ses parents, et il a succombé le dernier à la consomption qui avait déjà enlevé ses deux frères. 11 est mort tuberculeux-pulmonaire flans l'état de somnolence dont nous venons de parler et qui, depuis plusieurs jours, n'offrait plus que de très courtes rémissions provoquées par les interpellations des assistants. Il présentait aussi des phénomènes d'une asphyxie lente. Il est mort après six ans et demi de mariage, laissant un enfant de trois ans et une femme enceinte de sept mois; sa veuve est accouchée d'une fille.
De ce fait, il ressort évidemment que le mariage a été des plus funestes à un jeune homme originairement scrofuleux, dont la maladie, qui paraissait enrayée, s'est montrée de ce moment sous un aspect nouveau et a pris un tel développement qu'elle a ameué la mort prématurée du malade. L'avenir des enfants qui en sont provenus est, en outre, des plus inquiétants: l'aîné, qui n'a que trois ans, présente déjà une grosse tumeur tuberculeuse au côté gauche du col; il a les yeux bleus, saillanls, cernés, les pupilles dilatés; les paupières, mais surtout leurs bords libres, gonflés et un peu rouges. Cet enfant est lent, il ne se nourrit point, et ne parle pas encore.
Le second enfant qui vient de naître, qui a été conçu et qui a reçu le jour dans les circonstances
celte somnolence par laquelle Unissent les phénomènes de la tuberculisii ion sur un grand nombre de malades.
bF.S PAKENTS ASONDA.NT.S. l'JJ
les plus défavorables , ne peut tarder à souffrir aussi des conséquences de son vice originel.
On voit dans ce fait des tumeurs tuberculeuses survenir peu de temps après le mariage, se multiplier au printemps pendant six ans, et entraîner alors la mort du père par la consomption scrofuleuse. Ce cas est, en outre, un exemple rie la fatalité avec laquelle le cachet de l'hérédité pèse sur la progéniture des hommes scrofuleux.
Un dernier fait de scrofule par lequel cette famille doit s'éteindre entièrement est au moment de s'accomplir.
La mère de notre malade, âgée de soixante-trois ans, qui a vu mourir ses trois fils, l'un après l'autre, de la même maladie, et qui , plusieurs fois, nous a dit qu'elle ne pouvait deviner de qui ses enfants tenaient leur funeste maladie, cette dame se meurt, elle aussi, de tubercules pulmonaires. La mort de son troisième fils a probablement précipité la sienne. {Considérations générales, art. II).
Ajoutons que le père est mort, il y a uu an, inconsolable de la perte de son second fils, beau jeune homme enlevé, à l'âge de dix-neuf ans, en moins de trois mois, par nue phthisie tuberculeuse aiguë du poumon, et nous. aurons un tableau de famille bien autrement douloureux à contempler qu'aucun de ceux que l'on pourrait imaginer.
L'exemple suivant est celui d'une dame qui après avoir été guérie, avant son mariage, de scrofule tuberculeuse et cutanée esthiomeiie, est morte en couches.
Pendant le cours des années i83o et 1 83 1 , j'ai
donné des soins à une demoiselle , âgée de viiigt-deux ans, qui, dès sa plus tendre enfance, avait souffert de maladies scrofuleuses : elle avait, depuis lage de sept ans, une qphthalmie double dont elle éprouvait une recrudescence annuelle au printemps; elle était sujette à des engelures rebelles qui revenaient périodiquement à l'entrée de l'hiver et qui avaient laissé des traces sur les phalanges des doigts.
Lorsque je la vis pour la première fois, au mois de mai i83o,elle portait, de chaque côté du col, une tumeur tuberculeuse plus grosse qu'une orange, et plusieurs autres petites tumeurs de même pâture autour des tumeurs principales. Il existait aussi une scrofule cutanée esthiomène, de forme ovalaire, sur la joue droite , au-devant de l'oreille.
Nous avons fait deux traitements iodurés , à quatre mois d'intervalle : le premier de cinq mois, le second de quatre. Ces deux traitements ont été suivis de la résolution des tubercules existants et de la cicatrisation de l'ulcère de la joue.
Deux ans après sa guérison, cette demoiselle fut mariée. Elle mourut en couches de son premier enfant , et dans l'opinion de sa famille sa mort ne serait qu'un accident de son accouchement; c'est dans ce sens qu'on me l'a annoncée dans la société. Je suis fort éloigné de partager cette manière de voir; je regarde plutôt cette terminaison mortelle comme l'effet de quelque levain de la scrofule existant encore dans l'organisme et ranimé par l'état puerpéral. Cette jeune dame est morte en couches parce que sa complexion originelle n'avait pas été retrempée assez for-
DKS PARENTS ASCENDANTS. 1 "JQ
tement pour qu'elle pût supporter, sans danger, le labeur de l'enfantement.
A la même époque, je dirigeais le traitement d'une autre demoiselle âgée de seize ans qui avait également souffert toute sa vie de maladies scrofuleuses, plus particulièrement de maux d'yeux, et qiu avait de nombreuses tumeurs tuberculeuses dans les régions cervicales. Même succès du traitement ioduré. Mariée à vingt ans, elle est devenue enceinte ; sa première grossesse a été fort laborieuse, et a donné le signal de la récidive des ophthalmies, et plus tard aussi de la recrudescence des tubercules. Cette jeune femme a eu quatre enfants dans le cours des cinq premières années de son mariage: l'un d'eux, le second, est mort à dix-huit mois; les trois qui restent sont tous trois de faible complexiou et très retardés sous tous les rapports. Le second, notamment , qui est un garçon, a déjà éprouvé des ophlbalmies avec coïncidence de coryza et de pustules de niélitagre au pourtour de l'orifice extérieur des narines. Sa mère rn,e l'a amené un jour dans cet état; elle avait ellemême une violente opbthalmie et une diarrhée qui, selon moi, étaient de même nature. Elle présentait aussi des croûtes de niélitagre semblables à celles qu'offrait sou enfant ; elles occupaient le même siège, mais elles étaient plus nombreuses et plus épaisses,; elle en avait, en outre , sur les oreilles.
Mais portons notre attention sur des faits de guérison plus radicale, à la suite de laquelle le mariage a été consommé, sans occasionner jusqu'à présent aucune récidive de la maladie scrofuleuse, et a eu pour résultat une assez belle progéniture.
lSo KTATS PARTICULIERS DE SANTÉ
Une jeune demoiselle de Saint -Germain-en-Laye fut conduite à ma consultation dans le mois de juin 1 835. Elle avait quatorze ans; elle était très pâle; elle portait au côté gauche du col un orifice fistuleux dont le conduit allait aboutir à la corne de l'os hyoïde , qui était de'nudée.
A l'âge de quatre ans, cette enfant avait eu sur ce point un premier abcès, un peu plus gros qu'une noisette; on l'avait ponctionné, au bout de deux mois, et il était resté ouvert pendant cinq à six semaines. Un an après, nouvel abcès surle même point; il offrit la même marche que la première fois. Troisième recrudescence l'année suivante. Quatrième recrudescence six mois après. Enfin une cinquième se manifesta trois mois après la précédente.
A la suite de celle-ci, on ne compta plus. Quand on me présenta cette enfant , l'orifice fistuleux était ouvert, cette fois, depuis plus de six mois; la jeune fille était sujette à des maux de tête ; elle était faible, nonchalante, et se fatiguait au moindre exercice.
Ses parents ajoutaient qu'elle avait été très maladive en nourrice, et que cet état de santé avait persisté jusqu'à sa quatrième année , à la suite de laquelle avait commencé cette série d'abcès qui étaient survenus au col pendant plusieurs années. Elle avait eu de fréquentes affections catarrbales des voies aériennes, accompagnées de beaucoup de gêne pour respirer, et quelquefois même de menaces de suffocation.
Deux praticiens consultés avant moi avaient reconnu la carie de l'os hyoïde, et proposé de mettre à nu le siège du mal afin d'y porter le feu. Ce n'était
DES PARENTS ASCENDANTS. l8l
pas la première fois que j'entendais faire une semblable proposition, et cependant cette méthode barbare de traiter la carie ne compte que peu ou point de cas deguérison et elle entraîne souvent des suites funestes.
Ajoutons que cette jeune malade aurait été scrofuleuse après comme avant l'opération , de sorte qu'il aurait toujours fallu avoir recours à un traitement intérieur par lequel je fus d'avis de commencer; c'est aussi ce qu'on fit avec un plein succès. L'opération devint inutile , et la jeune personne a été complètement guérie par l'usage des préparations iodurées , sans la disgrâce d'une cicatrice que la cautérisation avec le fer rouge aurait certainement laissée après elle.
Au mois de juin i833, une jeune demoiselle du département du Nord , âgée de onze ans et demi , fut mise au traitement ioduré dans l'état suivant : tumeur blanche du genou droit, percée de deux orifices fistuleux aboutissant au fémur; cet os était nécrosé et très gonflé dans son quart inférieur; la jambe était fléchie sur la cuisse, et la jeune malade ne pouvait plus exécuter complètement les mouvements d'extension et ceux de flexion. Ce membre était très amaigri et le physique très retardé sous tous les rapports. Cette maladie remontait à l'âge de deux ans et demi.
Un des premiers effets sensibles du traitement ioduré fut le développement du corps. Ce développement ne pouvait être trompeur, car il était général, proportionnel ; le membre malade était
lSa ÉTATS PARTICULIERS DE SANTÉ
nourri presque aussi bien que celui dû côté Opposé ; aucune région du corps ne paraissait rester en retard.
Quant à la tumeur blanche , ce ne fut qu'après un ah de traitement qu'elle entra manifestement en voie de guérison. A cette époque les orifices fistuleiix n'offraient plus d'indurations circonvoisiries (ce qui est toujours de bon augure). Les parties molles étaient saines; l'hypertrophie du fémur et celle des extrémités du tibia avaient beaucoup diminué; la rotule se détachait presque aussi bien que celle du côté gauche.
L'adhérence des parois des trajets fistuleux se fit attendre longtemps encore après que les parties ambiantes n'offraient plus aucune induration. Mais nous considérions que ces trajets étant organisés depuis neuf ans, cette ancienneté devait rendre leur occlusion plus difficile et plus lente ; nous pensions aussi qu'ils pouvaient rester ouverts pour donner issue à quelques fragments du fémur nécrosé; niais notre présomption à cet égard ne s'est pas réalisée, car il n'est sorti aucune esquille de l'os de la cuisse par ces trajets.
Il a fallu revenir plusieurs fois au traitement iôduré; combiner ce traitement avec d'autres moyens succédanés. Nous avons lutté pendant plus de quatre ans, au bout desquels cependant nous avons obtenu la guérison de cette tumeur blanche qui, pendant neuf ans, avait résisté à toutes les autres méthodes de traitement, quoique ces méthodes eussent toujours été appliquées par des praticiens de haute renommée.
Dubois et Larrey avaient proposé l'amputation de
DES PAItENTS ASCtNDAMTS. 1 83
la cuisse; mais Dupuytren ne tut point de cet avis, pensant qu'il était trop tard , et que l'état général de la jeune malade n'offrait plus assez de chances de succès. C'est dans ces circonstances que je proposai un traitement par les préparations iodnrées.
Quelques aunées après sa guérison cette demoiselle a été mariée, à dix neuf ans et demi. Elle a perdu son mari, de tubercules pulmonaires, quatorze mois après son mariage.
Elle n'a pas eu d'enfants, ni de fausses couches, ni aucune apparence de grossesse. Depuis son veuvage, les chagrins lui ont occasionné des crampes d'estomac dont elle souffre beaucoup ; mais on n'a vu reparaître aucun symptôme de scrofule. Le membre anciennement malade continue d'être presque aussi fort que celui du côté opposé.
La santé générale de ces deux jeunes femmes a été si heureusement amendée, nous avons obtenu un état Comparatif tellement avantageux, qu'on a pu raisonnablement les marier sans craindre que le mariage leur fût nuisible, et avec l'espoir qu'elles mettraient an monde des enfants bien constitués.
Nos prévisions ont commencé à se réaliser. La première dont nous avons rapporté l'obsenation est mère de deux enfants qu'elle a portés jusqu'au terme de la grossesse sans en éprouver aucun accident ; et ses enfants , dont l'ainé a aujourd'hui trois ans , n'ont encore souffert d'aucune maladie scrofuleuse.
La seconde n'a pas eu d'enfants , mais son mari est tombé malade presque aussitôt après son mariage; elle a eu le malheur de ie perdre, elle en a éprouvé
l8<i ÉTATS PARTI! ULIERS DE SANTK
un violent chagrin qui a occasionné de la cardialgie, mais aucune récidive de la scrofule.
Au printemps de l'année 1 835 , j'ai commencé le traitement d'un jeune homme âgé de vingt-deux aus, pour une carie fistuleuse de l'os maxillaire inférieur et des tubercules qui occupaient tout le côté gauche du col ; plusieurs étaient ulcérés avec altération coïncidente de la peau. Il existait , en outre , plusieurs orifices fistuleux dont le trajet aboutissait à l'os carié, et une fistule salivaire par le conduit de Sténon.
Le commencement de cette maladie remontait très haut; ce jeune homme était faible; il avait la face pâle et la peau généralement décolorée ; son faciès exprimait les souffrances qu il avait éprouvées depuis son enfance qui avait été, presque constamment, maladive ;sa taille était un peu au-dessus de la moyenne, quoique le tronc fût un peu court, surtout la poitrine qui contenait probablement des productions tuberculeuses, soit dans le parenchyme pulmonaire, soit même dans les médiastins.
Nous avons obtenu la guérison de cette maladie par deux traitements iodurés de cinq mois chacun ; les trois années suivantes, il a paru de nouveaux tubercules et des rhumes que je n'hésite pas à regardercomme significatifs de la présence de tubercules pulmonaires; les fistules se sont rouvertes de temps en temps. lia fallu, chaque année, revenir aux préparations iodurées que j'ai continuées pendant trois mois d'été. Dans les intervalles, j'ai souvent purgé le malade; il a aussi fait usage, à plusieurs reprises, pendant les mois d'hiver, du sirop antiscorbutique et des bains sulfurés.
DKS PARENTS ASCEJVDANIS. 1 85
Ce malade a guéri, et d'apathique et d'indolent qu'il était, il est devenu très vif; il a acquis un goût très prononcé pour les exercices corporels; il est actuellement capable de marcher cinq à six heures dans un jour; il monte souveutà cheval; les voies digestives offrent la meilleure tenue ; les digestions sont bonnes et la nutrition a repris la plus favorable activité.
Ce jeune homme a atteint sa trentième année; il est marié depuis un au ; il m'a consulté avant de prendre ce parti. En lui en accordant, si je puis dire, l'autorisation , je lui ai donné le conseil de rester neuf mois de l'année à la campagne; d'y vivre la plus grande partie du jour, en plein air, livré entièrement à l'exploitation de son bien; défaire, de temps en temps, un voyage pour changer d'air; de suivre un bon régime alimentaire, un régime simple, mais substantiel; de ne commettre d'excès d'aucune espèce ; de cultiver les douces affections de la famille, et de mener enfin la vie patriarcale.
En se soumettant à ce régime de vie, notre malade jouira, autant que possible, d'une existence exempte de maladie ; il sera aussi heureux qu'il peut l'être. Il travaillera sur lui-même à la régénération de sa race; la complexion de ses enfants, originairement meilleure, n'en sera que plus propre à recevoir l'influence salutaire des conditions hygiéniques au milieu desquelles ils seront élevés.
Nous passerons sous silence plusieurs autres faits semblables à ceux dont nous venons de nous entretenir, c'est-à-dire qui offrent jusqu'à prêtent des résultats assez avantageux auxquels il manque cepen-
l86 ÉTATS PARTICULIERS bE SANTÉ
darlt la sanctiou dii teiîl[>s, sans laquelle on ne peut mesurer là portée des observations que nous avons fait connaître.
Terminons par un fait qui a déjà reçu la sanction d'une assez longue série d'années, et qiii est le plus ancien de Ceux que m'a fournis mon expérience personnelle.
Au mois de février 1 83 1 , un étranger, de stature moyenne, ayant les cheveux noirs et le teint brun, âgé de vingt-neuf ans* fut mis en traitement pour des tumeurs tuberculeuses du plus grand volume qu'il portait dans les régions cervicales et inguinales.
Il offrait une tumeur des plus considérables dans les réglons latérale droite, et postérieure du col; elle s'étendait jusque derrière le pavillon de l'oreille. Là peau qui recouvrait cette tumeur était déjà profondément altérée et menaçait d'un travail prochain de destruction.
Dans l'aine du même côté, existait une tumeur plus grosse que le poing, sillonnée transversalement par Une cicatrice de la plus mauvaise nature; la peau y était plus profondément altérée que sur la tumeur Cervicale ; elle était même décollée sur plusieurs points au-dessous desquels on sentait un peu de pus.
Là même affection existait au côté gauche du col et dans l'aine correspondante, mais à uu degré beaucoup moins avancé que du côté droit ( \).
Les symptômes généraux étaient des plus graves :
(1) C'est ainsi que lorsque les deux poumons sont envahis presque entièrement par la tuberculisatiun , il y en a toujours un dans lequel elle est Vho^ns générale et moins àvanrée que 'd'ans ceini du fc'ôfë opposé.
plus d'appétit, plus de sommeil, plus de forces; le malade était arrivé à un degré de faiblesse et de marasme tellement avancé qu'il pouvait à peine sortir de chez lui en voiture pour prendre l'air.
Le diagnostic offrait beaucoup de difficultés: la constitution du malade était bonne , il n'y avait point de tuberculeux -pulmonaires dans sa famille; luimême n'àVait jamais eti qu'une maladie vénérienne à l'âge de dix-huit ans; il naval! été soUmis à aucune des caUses qui , selon beaucoup d'auteurs, peuveiit être productrices des malàdips scrofuleuses.
Ce malade a guéri par un traitement ioduré de trois mois. J'ai raconté son histoire encore incomplète dans mon troisième mémoire, observation 28'.
Une guérison aussi rapide m'avait fait penser que j'avais eu à traiter une maladie vénérienne; j'en étais d'autailt plus persuadé , qu'alors je croyais qu'il n'y avait point de tuberculeux dans la famille.
Je suis l'esté, pendant plusieurs années, dailslapersuasioil qUe je n'avais guéri dans Ce cas qu'Une cachexie de ttature syphilitique. 11 est, en effet, très rare qu'une maladie s'crofuleuse guérisse ainsi par un seul traitement, etsurtotttpar un traitement d'aussi courte durée, tandis qU'oU obtient, communément, ce résultat contre une maladie vénérienne constitutionnelle.
Mais depuis j'ai appris de source certaine, et plus tard dit hialade lui-même, qu'uUe de ses s'œûrs avait succombé à la phthisie tuberculeuse pulmonaire antérieurement à nos relations , et que postérieurement il avait perdu deux autres sœurs de la même maladie.
1 88 ETATS PAUTICUL1F.RS DE S\ftTlî
De sorte que le diagnostic des tubercules qu'il a eus dans les régions cervicales et inguinales n'est plus douteux pour moi : c'étaient bien des tubercules scrofuleux.
Cependant la guéiison se soutient depuis douze ans et demi ; le malade a été constamment bien portant; il m'a souvent répété qu'il n'avait jamais joui d'une aussi bonne santé avant son traitement.
Il y a huit ans environ, il a pris le parti de se marier, ayant alors trente-trois ans. Le mariage n'a aucunement dérangé sa santé; il paraîtrait plutôt lui avoir été favorable. Sa progéniture, composée d'une fille et d'un garçon , paraît être jusqu'à présent exempte du vice scrofuleux.
Au point où ce fait est présentement arrivé, il ne laisse rien à désirer. Mais il est à propos de faire observer qu'il n'est pas encore accompli, l'aîné de ces enfants ayant à peine sept ans, et le second n'en ayant que cinq. Quelles que soient, en effet, les apparences actuelles , elles ne sont cependant pas suffisantes à nos yeux pour que nous puissions regarder ces enfants comme réellement exempts de la prédisposition scrofuleu.se qui s'est manifestée chez leur père à 1 âge de trente ans seulement, mais avec un degré d'intensité peu ordinaire.
Je connais plusieurs jeunes collégiens dont l'enfance a été éprouvée par des maladies scrofuleuses; ils en sont guéris et ont pu reprendre le cours de leurs études que j'avais fait interrompre pendant le traitement; il est probable qu'en observant les règles d'hygièue que réclamait leur état, leur guéiison se
DES PAHENTS ASCENDANTS. 1 89
maintiendra, et qu'ils traverseront sans écueil lepoque critique de la puberté.
.le conserve des relations avec d'anciens malades qui ont recouvré la santé et qui pensent à s'établir. S'il ne s'agissait pour eux que d'être seulement moins heureux que les personnes qui jouissent pleinement d'une bonne santé , j'entrerais volontiers dans leurs vues, en leur faisant les recommandations indiquées par la prudence. Mais un tuberculeux n'est pas seulement un sujet faible par rapporta un homme d'une forte santé; alors même qu'il n'est point actuellement souffrant, il est raisonnable de craindrequele mariage ne provoque en lui la recrudescence des maladies antérieures. C'est de la possibilité de cette recrudescence, dont les exemples ne sont pas raies, que dépend l'avenir de l'homme (uberculeux qui se marie. Nous prévoyons bien que notre réserve à cet égard n'aura peut-être point l'assentiment unanime qu'elle mérite; nous n'en persisterons pas moins à conseiller la plus grande circonspection dans ces circonstances. Mais , dira-t-on, pourquoi refuser aux êtres tuberculeux la jouissance de la portion de vie qui leur est dévolue? Si petite qu'elle soit , pourquoi les empêcher d'en jouir à leur gré:' Ce langage peut flatter un moment l'amour-propre, mais il est celui de la plus cruelle indifférence sur l'avenir des tuberculeux, des personnes qui leur sont unies et des enfants qui en proviennent. L'intérêt que nous portons à nos malades nous fait un devoir de les avertir des écueils dangereux qu'ils rencontreront dans la vie du mariage. Nos paroles n'auraient-elles d'effet que sur un petit nombre
igo ETAIS PARTICULIERS DE SANTE
de personnes raisonnables, qu'elles seraient déjà utiles, et qu'elles pourraient le devenir davantage par l'empire des bons exemples.
Pourrions nous tenir un autre langage, lorsque nous avons vu un si grand nombre de |ois la maladie scrofuleuse semer la discorde dans les fanjjjles et désunir ceiix dont on avait cru l'union bien assortie : nous avons vu une simple otorrhée broudler deux époux au septième mois d MR mariage qui avait été impatiemment attendu de part et d'autre; le suicide, l'aliénation mentale avoir pour cause la santé de l'un des époux qui était un objet dedégoût permanent poyr celui qui se portait bien ; une jeune femme mourir de cette espèce de torture après sept ans de mariage ; une autre s'égarer dans des consolations qui l'ont jetée dans un abîme de remords.
INous avons eu trop souvent occasion de contempler les sollicitudes incessantes des parents qui ont établi leurs enfants en laissant ignorer quelle avait été leur santé antérieure ; nous avons écouté trop souvent les doléances tardives de ceux qui ont négligé les conseils dictés par la prudence; trop souvent enfin nous avons vu nos prédictions accomplies, pour que nous puissions nous dispenser de signaler la cause dont l'existence rend inévitables un si grand nombre de malheurs domestiques. Tous ces malheurs sont les suites de l'ignorance; comment croire, en effet, que des parents auraient niarié leurs enfants dans de pareilles conditions, s'ils avaient eu la conscience de ce qu'ils faisaient ?
Nous serons sobre de fajts à l'appui de nos ré-
DES PAKF.NTS ASCEMJANTS. 1Q1
flexions; nous ne citerons que les deux suivants, mais ils prouveront surabondamment dans quelle désolation une famU|e peut être plongée par l'existence de la scrofule.
Dans le mojs de mars 1 83g, je fus consulté pour une demoiselle ^gée de vingt et un ans , affectée de tumeur blanche au genou droit, et qui présentait déjà le rudiment de la même maladie sur le genou opposé; elle offrait des tubercules disséminés dans la région latérale gauche du col ; il existait une aménorrhée presque complète et un état de maigreur remarquable ; la taille avait au reste la hauteur et la rectitude ordinaires.
La mère de cette demoiselle avait été ra< hitique entre sept et huit ans; lors de la puberté, cjle avait grandi et pris subitement beaucoup d'embonpoint et de fraîcheur; mais dès l'âge de dix-huit ans elle avait commencé à maigrir, et depuis lors elle avait toujours été dans un état de maigreur très marqué. Le premier enfant qu'elle a eu de son mariage est mort dans son sein avant terme; le second est le sujet de cette observation ; le troisième est un jeupe homme que je n'ai pas vu , mais qui est certainement scrofuleux puisque sa mère et sa soeur le sont : ajpsi point de doute sur l'origine de l'affoction de notre jeune malade; origine qui faisait la désolatiop de sa malheureuse njère.
Le traitement ioduré fut commencé ; niais, au bout de quelques jours, il fui discontinué par suite de.-> inquiétudes qui furent inspirées aux parents sur les prétendus danger* de ce traitement.
10,2 ITATS PArtTtâlfl.lCflS DE SANTK
La méthode anîiphlogistique et dérivative fut mise en vigueur : elle était trop étrangère à la nature du mal pour ne pas précipiter la mort delà malade, qui arriva six mois après.
Mais la maladie de cette jeune personne, les incertitudes qui ont présidé à son traitement , et sa mort, ont tellement ébranlé le moral de sa mère qu'elle en a perdu la raison.
Cette dame était encore moins à plaindre , s'il est possible, qu'une autre dame que j'ai vue dans le dernier degré de désespoir dont, une mère de famille puisse être atteinte ; car elle ne redoutait plus la mort de ses enfants malades, ce qui est la niéniechose pour une mère que de la désirer.
Elle était mariée depuis six ans; son mari avait perdu un frère de tubercules pulmonaires , et il offrait lui-même plusieurs signes de cette maladie redoutable.
Elle avait eu d'abord une fausse couche, et puis deux enfants faibles et chétifs qui ne se nourrissaient point, les voies digestives n'ayant aucune force assimilatrice.
L'aîné de ces enfauts était une jeune fille âgée de deux ans et demi , qui était aveugle depuis l'âge de neuf mois; elle avait perdu la vue après une ophthalmie double de quelques jours. Le second était un garçon de onze mois, pour lequel j'ai été consulté le 5 février 1 83g. Il avait une ophthalmie de l'œil gauche depuis dix à douze jours seulement, et cependant cet organe était déjà complétementdésorganisé.
Le 26 février, l'œil droit paraissait parfaitement
DES l'ARENTS ASCENDANTS. 1 g3
sain, et l'enfant ne s'en plaignait aucunement.
Le 27 au matin, cet organe devient rouge, les paupières s'œdématient, la supérieure surtout; on ne peut les écarter l'une de l'autre; dès le soir du même jour cet œil est envahi par la suppuration, déformé, atrophié et. perdu sans retour; tel enfant est dès lors complètement aveugle , comme sa sœur (1).
Quelle déplorable existence pour une femme d'être vouée à n'avoir que des fausses couches, ou à ne mettre au monde que des enfants malades et infirmes pour toujours, dès leur naissance !
Le malheur de cette dame est si grand, que je l'ai surprise désirant plutôt la mort de ses enfants quelle ne la redoutait, et elle n'est malheureusement pas la seule que j'aie vue découragée à ce point. Cet aveu esl échappé devant moi un grand nombre de fois, et il ne m'a pas été difficile de comprendre un état moral si desespéré dans des circonstances si tristes. Ce découragement n'est point particulier aux femmes, car je l'ai rencontré chez des hommes qui étaient pourtant doués d'un admirable dévouement pour leurs enfants.
Les considérations auxquelles nous venons de nous livre»' relativement au mariage des sujets scrofuleux n'ont rapport qu'à eux-mêmes, c'est-à-dire à la re-
(I) Je compare celle aclion foudroyante de la scrofule sur les yeui à l'hydrocéphale aigué qui fait périr en quelques heures un grand nombre d'enfante scrofuliux ; à l'invasion brusque des lubcrculcs dans les régions cervicales, qui peuvent être remplies de ces productions parasites en quelques jours ; à la phlhisie tuberculeuse pulmonaire a'guë , qui enlève des sujils sirofuleui en quelques semaines, elc.
ig4 ÉTATS PARTICULIERS DE SANTÉ
crudescencedes maladies antérieures et à la marche progressive que le mariage leur imprime souvent.
La même question n'offre pas moins d'intérêt lorsqu'on l'envisage relativement aux enfants qui proviennent de ces mariages; mais nousnejugeonspasnécessaire delà traiter particulièrement sous ce dernier point de vue ; car il n'est aucun article de cet ouvrage dans lequel on ne trouve de nombreux exemples des maladies mortelles qui enlèvent les enfants issus de parents scrofuleux dans les premières années de leur vie.
Nos convictions ne nous permettent point de passer sous silence une opinion tout-à-fait contraire à la nôtre, qui est consignée dans les ouvrages de plusieurs auteurs recommandables.
Nous avons fait observer ( chapitre II, art. m) que les maladies scrofuleuses reçoivent , dans quelques cas, une influence favorable de la puberté, et qu'à cet âgeellespeuvent éprouver une rémission profonde ou même une solution apparente. Beaucoup d'auteurs, parmi lesquels on trouve le nom de Bordeu, ont regardé cette heureuse révolution comme l'effet de l'émission du sperme à cet âge. Il serait difficile de trouver, d'un des plus beaux phénomènes de notre organisme, une explication plus étragne et en même temps plus dangereuse par rapport aux indications qu'elle comporte.
Cette opinion est si absurde (qu'on me passe l'expression), qu'on a de la peine à croire qu'elle ait été partagée par un des physiologistes les plus célèbres du dernier siècle, par Bordeu, qui, après avoir com-
DES PARENTS \SCKNDANTS. I g5
battu victorieusement la doctrine mécanique du grand Boerbaave, a jeté les fondements de la doctrine des propriétés vitales, fécondée plus tard par l 'illustre Bicliat. Au lieu de repousser cette opinion, Bordeu l'adopte ; il lui donne la vie dans ses écrits ; il en admet les conséquences ; c'est au point qu'il conseille de marier les sujets scrofuleux très jeunes, pendant plusieurs générations de suite : cette précaution lui paraît le meilleur préservatif des individus, et le moyen le plus direct d'affaiblir et d'éteindre la prédisposition dans la famille.
Nous opposerons à des idées si fausses, si gratuites, qui portent avec elles des indications si dangereuses, notre expérience personnelle , et les observations qu'on a faites, dans tous les temps, sur les dangers de l'onanisme et de la connaissance prématurée des femmes. Au lieu de conseiller les mariages précoces, nous ne cesserons, au contraire, d'en olfrir tous les dangers ; nous répéterons à toute occasion que le bien le plus réel que l'on puisse faire aux jeuues gens, après les avoir guéris de maladies scrofuleuses , c'est de leur inspirer la modération sous tous les rapports, mais plus particulièrement celle des appétits vénériens.
Les divers états de santé que nous avons étudiés en particulier sont à nos yeux autant déraisons pour les sujets tuberculeux de garder le célibat. Mais ils ne sont pas tons également susceptibles d'être constatés; il en est plusieurs qui demanderaient des enquêtes impossibles à suivre avec impartialité, et qui auraient encore le grave inconvénient d'ouvrir un
lyG l : TATS PARTICULIERS l)K SANTÉ
large accès aux dissensions domestiques. Eu ce qui concerne ces derniers états de s;mté, la science doit se contenter declairer l'opinion.
Mais il en est plusieurs dont l'existence est facile à reconnaître, et à l'égard desquels il serait à souhaiter que la loi prononçât l'empêchement du mariage. Nous aurions pu formuler quelques propositions sur ces états de santé; mais nous avons jugé plus à proposdenousen abstenir, et délaisser aux praticiens leur libre arbitre dans l'application des idées que nous avons émises. Nous osons espérer que nos recherches pourront leur être de quelque utilité pour se prononcer en connaissance de cause dans les cas particuliers où ils seront appelés à donner leur avis.
En reconnaissant des cas d'empêchement , la loi atteindrait le mal à la source; elle préviendrait le progrès des maladies scrofuleuscs, qui ont déjà envahi le cinquième au moins de la population , et qui sont incessamment importées dans les familles saines par le mariage.
Il est inutile dédire que l'interdiction, n'étant prononcée qu'eu vue de l'avenir, devrait être dépourvue de toute mesure violente et respecter les droits acquis.
Lorsqu'elle sera écrite dans nos codes, lorsque tout le monde naîtra sous la même loi , la société ne tardera pas à se peupler d'hommes de meilleure complexion ; le nombre des maladies héréditaires diminuera, et elles pourront devenir très rares après trois ou quatre générations.
La société comptera moins d'aveugles , de sourdsmuets, de rachitiques, de scrofuleux de toute es-
DKS PARENTS ASCENDANTS 1 97
pèce; ou aura moins d'orphelins, d'incurables, de vieillards infirmes; les populations des hospices, qui augmentent d'une manière effrayante, au lieu d'augmenter diminueront; il y aura un plus grand nombre d'hommes robustes pour cultiver le sol, pour en défricher les parties encore incultes et pour multiplier les produits de l'industrie.
F;a plupart des objections que l'on pourra faire aux idées que nous venons d'émettre relativement au mariage des sujets tuberculeux me paraissent si peu fondées qu'il n'en est pas une seule qui, à mon sens, puisse être présentée dans trente ans.
On n'aura même pas vécu pendant ce laps de temps sous une législation empreinte de l'esprit physiologique, qu'on sera étonné que les précautions que nous conseillons contre les maladies héréditaires soient d'une date si récente, et que leur usage ne remonte pas aux premiers temps de la civilisation.
Il nous reste à faire quelques remarques à propos des maladies qui se développent après le mariage. tëlles sont relatives à une erreur très commune par suite de laquelle on accuse souvent le mariage d'être la cause de maladies qui ne sont cependant que la continuation de celles de l'enfance et delà puberté. On commet plus particulièrement cette erreur de diagnostic au sujet des maladies des femmes; c'est pourquoi je vais présenter quelques réflexions sur la santé des femmes après leur mariage.
Remarques sur la santé des femmes après leur mariage.
Beaucoup de femmes nous disent qu'elles ne sont souffrantes que depuis qu'elles sont mariées, et qu'avant leur mariage elles jouissaient d'une bonne santé. Cette assertion est, le plus ordinairement , erronée : il y a peu de maladies produites par le mariage autres que celles dénature syphilitique. Le mariage, au contraire, est l'état de nature et ne peut avoir qu'une heureuse influence sur la santé des femmes bien organisées ; mais il n'en est plus de même lorsqu'elles se marient dans un état de santé qui n'est que la rémission de maladies antérieures.
Une dame âgée de vingt-quatre ans, de petite stature, avait , depuis un an , dans la narine droite , un polype du volume d'une olive. Cette jeune daine éprouvait une leucorrhée fort abondante et despertes utérines ; elle offrait un état général d'étiolement, demaciation, de débilité qui désigne le tempérament tuberculeux. Cette dame me dit qu'elle était dans cet état depuis trois ans qu'elle était mariée.
Un an auparavant j'avais été consulté par une de ses sœurs qui rapportait sa mauvaise santé à la même origine. Elle était âgéede vingt-quatre ans; elle avait la lèvre inférieure énormément tuméfiée et indurée ; son bord libre, fortement renversé, offrait quelques croûtes très minces d'impétigo; les ailes du nez étaient aussi hypertrophiées et indurées; il existait une ophtbalmie de l'œil gauche, une leucorrhée peu abondante, mais continue ; la peau était étiolée, et la
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fibre , en général , clans un état de relâchement très marqué ; la menstruation était d'ailleurs assez régulière
Ces symptômes de scrofule faisaient suite aux maladies de l'enfance, qui, comme dans le cas précédent, avaient offert des complications interminables par suite de la prédisposition scrofuleuse qui existait dans la famille.
Quelques années avant que ces deux dames fussent venues réclamer mes conseils, j'avais soigné à Paris leur sœur aînée. Elle était affectée d'un impétigo, maladie cutanée qui n'est pas rare chez les sujets scrofu!eux(nous venons de voir que la sœur cadette en avait des symptômes sur les lèvres); elle avait un embonpoint hâtif et de mauvaise nature qui a disparu après une première couche, depuis laquelle cette jeune dame a vécu dans l'état de sauté le plus précaire.
Il y a une quatrième sœur que je n'ai pas vue. Si j'avaiseu l'occasion de décrire son état physiologique, nous aurions eu, sans doute, celui de l'enfance de ses trois sœurs aînées. L'état présent de cette enfant doit être semblable au passé de ses trois sœurs, comme l'état actuel de celles-ci indique certainement quel sera l'avenir de lapins jeune.
L'hérédité est manifeste dans ce cas, par la généralité de la maladie dans la famille. La cause en est dans la santé du père , qui n'est pas sain , qui n'a eu ses enfants qu'à un âge avancé, et qui excite ses appétits vénériens outre mesure.
Gps deux dames accusaient le mariage de leur état
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présent; elles ne revenaient point de leurcrreur, quoique je leur fisse remarquer que le mariage ayant été éloigné, pour ainsi dire, comme une cause de maladie, leur santé n'en était pas devenue meilleure; elles ne comprenaient pas mieux mes observations sur l'état de santé de leur sœur aînée et sur celui de leur plus jeune sœur.
Je ne sais rien de ce qui est arrivé dans cette famille depuis quatre ans que je l'ai perdue de vue; mais j'affirme, sans craindre de me tromper, qu'il n'y a eu que des malheurs et des chagrins domestiques.
.l'ai eu souvent sous les yeux le tableau des douleurs de toute espèce qui remplissent la vie des femmes scrofuleuses. Les maladies qu'elles éprouvent après leur mariage sont de même nature que colles qu'elles ont éprouvées antérieurement et qui ont fait craindre plus d'une fois pour leur vie. La puberté a un peu raffermi leur santé pour quelque temps; mais cette rémission, qui a rendu leur état plus supportable, ne leur a cependant pas donné la force nécessaire pour être enceintes, pour accoucher, pour nourrir des enfants, et pour supporter les antres fatigues et sollicitudes de la vie domestique. Les illusions qu'on a pu se faire sur les changements heureux qui sont survenus dans la santé ne sont pas de longue durée après le mariage.
Une femme mariée en cet état de santé sera stérile, et cette impuissance dont son amour-propre souffrira beaucoup est néanmoins la condition la plus heureuse de son sort.
Si elle est fécondée, elle a des grossesses maladives,
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des avortements spontanés, dos accouchements laborieux. Sa taille tourne à la suite de la première couche; elle a une leucorrhée habituelle et de mauvaises digestions ; elle perd rapidement son embonpoint, quelle ne recouvre plus; sa santé se détériore pour ne plus se raffermir ; la tuberculisation pulmonaire, qui existe souvent depuis longtemps sans qu'on l'ait reconnue, se montre à cette occasion, avec des symptômes de la dernière évidence. Ce n'est pas le mariage qu'il faut eu accuser, comme on ne le fait que trop souvent, mais plutôt la santé originaire qui aurait dû être un empêchement au mariage.
L'état moral est encore plus déplorable que l'état physique. Les femmes dont je parle sont fort nombreuses, et je n'hésite pas à les regarder comme les êtres les plus malheureux de l'état social ; elles sont toujours agitées et jamais contentes; elles vivent dans un état permanent de souffrance, causé par des soucis de cœur et d'amour-propre sans consolation. Heureusement pour elles les femmes scrofuleuses parcourent rarement une longue existence; après avoir été malades ou valétudinaires toute leur vie et n'avoir mis au jour qu'une progéniture infirme, elles meurent prématurément et lèguent une partie de leurs enfants à leur mari.
Il est trop facile de pressentir les malheurs d'un homme auquel échoit une pareille tutelle. Entre plusieurs exemples dont j'ai été témoin, je me contenterai de citer très sommairement le cas d'une alliance fort désirée de laquelle ne sont nés que des enfants infirmes dont la mère en mourant a légué le
soin à sou mari. Cet homme veuf a conduit l'un après l'autre cinq garçons dans le caveau de sa famille, et depuis douze ans il passe la nuit et le jour à soigner le sixième, qui n'offre aucun signe de puberté à dixneuf ans , quoiqu'il habite un de nos départements du Midi, dont il est originaire , et où la puberté se montre généralement de quatorze à quinze ans.
Lorsqu'on rencontre des familles privées de l'un de leurs parents ascendants , le plus ordinairement ce dernier est mort jeune, d'une maladie héréditaire, dont il a transmis le germe à ses enfants, qui meurent tous ou presque tous, l'un après l'autre, à mesure que le germe de cette maladie qui leur est commune se développe. On voit beaucoup de familles nombreuses s'éteindre ainsi presque en naissant. En étudiant la moralité d'une situation aussi déplorable, on est très souvent obligé de reconnaître que celui des époux auquel elle est échue ne fait que recueillir les chagrins qu'il a semés.
Par ce qui précède, on voit tout ce qu'il y a à rabattre des avantages qu'on attend du mariage d'une jeune fille dont la santé a été affaiblie par des maladies antérieures. De ces alliances formées en dehors de toutes considérations relatives à la santé, que résulte-t-il ? la mort de l'un des époux après quelques années de mariage; des enfants encore plus faibles que leurs parents et de nouveaux germes de maladies héréditaires qui contagionnent la société.
On conseille trop légèrement le mariage comme un moyen de fortifier la santé; c'est une espèce de flatterie dont le médecin ne devrait jamais encourir
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la responsabilité; sa mission, son devoir, sont, an contraire, de lutter contre l'amour-propre des parents , et de leur faire voir qu'ils sacrifient à cet amour-propre l'avenir de leurs enfants qu'ils croient aimer. C'est ce qui étaitarrivéàune jeune dame, mère de six enfants, qui en avait déjà perdu deux, et qui se di solait devant moi sur l'avenir des quatre qui lui restaient (un de ces quatre enfants est mort quelques jours après que j'eus recueilli cette note), parce quelle devinait instinctivement ce que leur santé avait de commun avec celle des enfants qu'elle avait déjà perdus. Je n'oublierai jamais les reproches douloureux qu'elle exhalait contre les sommités médicales qui avaient donné à ses parents le conseil de la marier (i). On répète souvent que la santé est le premier des biens; mais à voir le peu de cas que nous en faisons, on dirait que personne ne croit qu'elle soit un bien si précieux. Les souffrances héréditaires auxquelles sont vouées certaines familles jusqu'à leur extinction n'accusent que trop l'imprévoyance des hommes. 11 n'est que trop vrai que nous avons moins de sollicitude pour notre progéniture que pour l'accouplement des animaux domestiques. Nous mettons plus de soin à choisir un étalon qu'un chef de famille. Un des plus grands services que la science puisse rendre à la société est donc de mettre en lumière les causes héréditaires de maladie, et d'introduire la connaissance de ces causes dans l'éducation domestique. J'ai la conviction profonde que le plus grand nombre des
(1) Cette dame est morte de tubercules pulmonaires et d'ascite tuberculeuse il y a quelques mois.
mariages dont je parle n'aurait pas lieu si , d'un côté on de l'autre , on avait une idée de la voie de malheurs clans laquelle on s'engage.