‹ Recherches et observations sur les causes des maladies scrofuleusesChapitre 30 sur 36 · DES CAUSES EXTÉRIEURES OCCASIONNELLES DE LA SCROFULE · texte numérisé non relu

DES CAUSES EXTÉRIEURES OCCASIONNELLES DE LA SCROFULE

La doctrine selon laquelle certaines causes extérieures occasionnelles peuvent être productrices de

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la scrofule a déjà été combattue d'une manière implicite par les notions que nous avons exposées sur l'hérédité et sur l'endémie.

On ne peut s'attendre à trouver dans un travail de recherches l'énumération fort longue des causes occasionnelles que les auteurs ont copiées les uns après les autres, sans s'informer jamais si l'existence de ces causes reposait sur l'expérience. La plupart de ces causes sont controuvées ; ceux quHes ont admises n'ont fait que propager des erreurs sur la nature des maladies scrofuleuses ; ces erreurs ont poussé des racines si profondes dans le champ de la science qu'il est maintenant fort difficile , sinon impossible , de les faire disparaître de l'enseignement. Il serait cependant bien à désirer que les causes occasionnelles fussent estimées à leur juste valeur, et qu'on reconnût enfin que , fussent-elles toutes réunies, elles ne pourraient rendre scrofuleux un homme originairement sain. Dans cette vue, nous allons nous livrer à l'analyse des principales causes extérieures dont tous les auteurs font mention.

ART. M. — Mj'iàtvasian «le la scrofule est le t>luH ordinairement spontanée.

Pour peu qu'on ait étudié les maladies scrofuleuses , on sait qu'elles se montrent dès la première enfance, et qu'elles changent plusieurs fois de forme et de siège jusqu'à la puberté, qui décide de la fin prochaine des scrofuleux , ou d'une meilleure santé pour l'avenir.

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Cette marche est la plus ordinaire, quelle que soit d'ailleurs la classe de la société à laquelle les malades appartiennent. Ceci posé, il en découle un fait général que nous nous empressons de noter : c'est que, dans le plus grand nombre des cas, chez les artisans, la scrofule paraîtavant que les enfants aient fait aucun apprentissage, avant que les causes extérieuresauxquellesils ne seront que trop exposés par la suite aient pu les rendre malades. D'un autre côté, les enfants nés dans les classes fortunées de la société ne sont presque jamais sujets aux causes occasionnelles des auteurs; et cependant on compte parmi eux beaucoup plus de sujets scrofuleux que dans aucune classe d'artisans.

L'invasion des maladies scrofuleuses , une fois commencée , ces maladies se développent en l'absence de toute cause extérieure , et quelquefois alors même que les scrofuleux vivent sous les lois hygiéniques les plus salutaires , parce que l'hygiène seule ne guérit point des maladies qui ont des racines aussi profondes dans l'économie.

Certainement la scrofule est très commune , elle l'est beaucoup plus qu'on ne le pense généralement, parce qu'on ne regarde comme scrofuleux que les malades qui en offrent les signes les plus ordinaires Mais qui ne voit que l'espèce humaine serait presque tout entière passée à l'état scrofuleux , si l'humidité, une mauvaise alimentation, des habitations mal aérées, privées d'air, de lumière, des ateliers malsains , etc., pouvaient rendre les hommes scrofuleux? De tout temps , en tout lieu , les ouvriers,

artisans de toutes les industries , ont été soumis à des influences nuisibles , sans avoir de compensation dans les qualités de leur régime alimentaire, encore moins dans l'observance des autres règles de l'hygiène; et il faut que notre espèce soit douée de fortes puissances de réaction pour ne pas dégénérer plus vite qu'elle ne le fait, son immense majorité par la fatigue, les privations et les excès ; un petit nombre par l'habitude des besoins immodérés qu'elle assouvit incessamment.

A HT. II. — De la vaccine relativement à la scrofule

Les parents accusent souvent la vaccine d'être la cause des maladies scrofuleuses de leurs enfants; je n'ai cependant jamais pu établir aucune relation de cause entre la vaccine et l'apparition de la scrofule. On ne voit point que les maladies scrofuleuses soient devenues plus communes depuis la belle et glorieuse découverte de Jenner , et cette remarque générale me paraît une objection péremptoire contre toute opinion qui tendrait à regarder la scrofule comme pouvant provenir de la vaccine.

Le nombre est grand , néanmoins, des personnes qui croient le contraire; j'en ai connu qui attribuaient à la vaccine les maladies scrofuleuses de leurs enfants, et qui m'ont répété, malgré mes observations , que s'ils avaient d'autres enfants , ils ne consentiraient jamais à les laisser vacciner; mais c'était sans aucune raison , car dans la plupart des cas il existait des causes patentes d'hérédité. Il faut espérer

que le temps détruira peu à peu ces résistances aveugles aux bienfaits de la vaccine.

A.KT. III. — lie l'onanisme relativement ù lu scrofule.

L'onanisme a été regardé par tous les pathologistes comme une des causes de la scrofule. Je n'ai jamais pu établir de relation de cause entre cette funeste habitude et l'existence dune maladie scrofuleuse..

Les observations que j'ai faites sur les jeunes gens, et surtout chez les adultes qui sont enclins à la masturbation, me font regarder cette funeste habitude plu tôt comme un sigue de scrofule que comme une cause de cette maladie : les sujets faibles y sont plus portés que ceux qui sont forts. Les auteurs Tout déjà remarqué chez les sujets tuberculeux-pulmonaires , et je peux appuyer cette remarque de quelques observations générales.

Lorsqu'un enfant originairement bien constitué se livre passionnément à l'onanisme , sa constitution en souffre toujours , et peut en souffrir au point que cet enfant succombe dans le dernier degré d'épuisement. Dans ce cas l'enfant meurt d'étisie et non point de scrofule ; l'autopsie cadavérique ne fait découvrir de tubercules dans aucun des organes. Les faits de ce genre prouvent jusqu'à la dernière évidence que l'onanisme ne fait point dégénérer les sujets bien constitués à l'état scrofuleux.

On voit aussi des jeunes gens qui tombent dans le marasme par cette cause, et qui guérissent néan-

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moins, pourvu qu'ils fassent, divorce avec l'onanisme. L'éloignement de la cause peut en faire cesser les effets, quelque désastreux qu'ils puissent être, quand il y a d'ailleurs de bons éléments d'organisation ; tandis qu'un sujet tuberculeux qui est arrivé à un certain degré de consomption , par cette même cause, n'offre plus aucune chance de guérison. La terminaison si différente qui survient dans les deux cas est une suite de la prédisposition.

ART. IV. — Mi<> la menstruation relativement à Itt scrofule-

On a prétendu que les enfants conçus pendant la menstruation naissaient scrofuleux. J'ai analysé rigoureusement tous les cas de ce genre que l'on m'a présentés, et je n'ai pu en rapporter aucun à l'origine que les parents se plaisent à leur donner ; je m'en suis toujours rendu compte d'une manière plus satisfaisante par quelqu'une des causes dont j'ai traité en parliculier.

Je dis donc que je n ar point observé de faits de scrofuleprovenantde la copulation pendant l'écoulement des règles, et je termine en disant que les parents invoquent le plus souvent cette cause parce qu'elle blesse moins l'amour-propre que d'autres qui sont très communes.

ART. F. — De la Qualité contagieuse attribuée aux malatlies scrofuleuses.

On a dit sans aucune raison que les maladies scrofuleuses étaient contagieuses. Cette qualité leur

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a été attribuée par un arrêt du Parlement de Paris, qui va jusqu'à prescrire des mesures préventives. Cet arrêt avait été rendu sur une réponse affirmative de la Faculté de médecine à une question que lui avait adressée sur ce point le Parlement.

Quant à nous, quoique depuis vingt-cinq ans nous ayons observé la scrofule sous toutes ses formes et sur un grand nombre de malades, il nous a été impossible de reconnaître un seul cas de contagion.

A l'hôpital Saint-Louis, les malades scrofuleux n'ont point de salles particulières ; ils sont traités en commun avec d'autres malades affectés de toute espèce de dermatoses ; ils ont un promenoir commun, et nous n'avons jamais observé aucun fait de contagion de l'un à l'autre.

Eu ville, nous n'avons jamais vu un mari communiquer la scrofule à sa femme , et réciproquement une femme à son mari. Les relations conjugales les plus intimes ne produisent point l'inoculation de la maladie, alors que l'un des époux en est atteint au degré le plus avancé ; cela est surtout très commun pour les tuberculeux-pulmonaires.

Cette observation, que nous avons faite dans notre hôpital et en ville, nous semble assez générale pour résoudre négativement la question. L'opinion que la scrofule est contagieuse est pourtant répandue dans la société; on' nous demande souvent s'il n'y a point de danger à laisser jouer un enfant scrofuleux avec ses frères et sœurs. Ces craintes viennent de quelques observations superficielles et erronées qu'où fait sur le tempérament de famille , et sur

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la géuéralUé des maladies héréditaires parmi les enfants. On a vu que clans une nombreuse famille les enfants étaient affectés l'un après l'autre de maladies scrofuleuses , et au lieu de remonter à la cause héréditaire qui relie toutes ces maladies à une origine commune, on a cru qu'il y avait contagion ; en d'autres termes, que les enfants qui étaient affectés les seconds tenaient la maladie de ceux chez lesquels elle s'était montrée en premier lien.

Mais, si la scrofule était contagieuse elle franchirait les limites de la famille, et elle se propagerait par les relations de société. Un écolier scrofuleux pourrait importer sa maladie dans un collège , comme cela arrive assez souvent pour la variole, pour la rougeole, la coqueluche , etc. ; mais on n'a jamais rien vu de semblable , eu sorte que la contagion n'est qu'un préjugé, qui , à vrai dire , n'exii te plus dans la science , et qui, probablement , n'aura plus qu'une courte durée dans le monde.

AMtV. Y S. — Be V inoculation ttu pus Sd'of ni en-an.

Nous n'ignorons pas que plusieurs médecins ont inoculé du pus provenant d'abcès scrofuleux à des chiens , et que les mêmes expériences ont été faites sur l'homme, afin de s'assurer si la maladie serait inoculée à un sujet sain. On sait que toutes ces expériences ont été négatives , et qu'elles ont prouvé que le pus scrofuleux n'est point transmissible. Je n'ai pas cru devoir répéter ces expériences: chacun travaille à sa manière aux progrès delà science. Pour

DF. LA SCROFlLli. 333

moi , je l'avouerai , il me répugne d'employer chez les personnes qui me sont confiées, ou qui se confient à mes soins, des moyens capables de compromettre leur sauté. Je ne me reconnais pas, et je ne reconnais à aucun médecin le droit d'inoculer une affection aussi grave que la scrofule à une personne bien portante.

Réflexions critiques sur î inoculation des virus morbides.

Les inoculations des virus morbides, si l'on eu excepte toutefois celle du vaccin , n'ont eu jusqu'à ce jour aucun bon résultat; elles ont, au contraire, amené, dans plusieurs circonstances, des résultats déplorables.

Les maladies virulentes, lorsqu'elles sont contractées par les voies ordinaires, sont bénignes , si on les compare à celles qui proviennent de l'inoculation : celles-ci affectent une marche des plus violentes, des plus redoutables. Les exemples ne manquent pas à l'appui de ce que nous avançons.

Tout le monde sait que feu Michel Ciillerier et un ancien élève interne de l'hôpital des Vénériens ont eu leur existence gravement compromise, et qu'ils oui perdu l'un et l'autre un oeil pour y avoir porté par mégarde du pus provenant d'un bubon syphilitique.

Qui ne se rappelle avec douleur la mort déplorable , arrivée il y a vingt ans, de ces jeunes élèves internes qui, mus par un zèle inconsidéré, ont tenté sur eux-mêmes des expériences qui ont produit des

résultats tout autres que ceux qu'ils attendaient? une triste déception , le découragement , le désespoir , le suicide , ont mis fin à ces fatales expériences.

Tout récemment, notre jeune et infortuné collègue , le docteur Hourmanu, médecin de l'hôpital de Lourcine , a succombé , après de longues et cruelles souffrances, pour s'être inoculé la syphilis au moyen d'une excoriation qu'il portait à la' main.

Certes voilà des faits qui sont plus éloquents que les raisonnements les mieux déduits en apparence; il suffira , je crois , de les l'appeler seulement , pour détourner tout homme raisonnable d'une voie d'expérimentation qui est sans utilité , et qui peut faire courir des dangers réels à ceux qu'on serait tenté d'y soumettre.

AMtT. VIE- — Mie l'numitlité et tfe plusieurs autres causes occasionnelles consitlérées relativement à la prottuction tles tnalatlies scrofuleuses.

11 est peu de causes extérieures que les auteurs aient signalées plus fréquemment que l'humidité, cet agent physique dont l'action dissolvante détériore incessamment les corps inorganiques et tend à produire leur destruction. Les corps organisés n'ont pas moins à souffrir de ses atteintes, et elle est particulièrement très nuisible à notre espèce ; c'est une des causes les plus puissantes de maladie, elle est génératrice des fièvres muqueuses et rhumatismales , de la dysenterie, du scorbut , des fièvres putrides, de la fièvre jaune. Partout où elle existe seule , ou associée à la

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chaleur, à des émanations putrides, végétales ou animales, elle imprime un caractère de malignité aux maladies en général. Les populations qui vivent sous son influence sont faibles, peu vivaces; elles sont même dégradées jusqu'au crétinisme; mais elle règne dans beaucoup de lieux où la scrofule n'est pas commune , où cette maladie n'est pas même désignée par les observateurs ; elle agit avec force sur des populations qui sont sujettes à certaines maladies, au nombre desquelles on ne compte point, la scrofule.

En Angleterre , les moutons élevés dans des endroits humides sont tous atteints de cachexie aqueuse, vers lâge de quatre ans; cette maladie, qui est produite par l'humidité , ne présente point de tubercules ; on ne voit que de l'eau dans tous les tissus.

Mais quoique l'humidité ne soit point pleinement génératrice de la scrofule , nous l'étudierons avec un soin particulier, car elle est fort nuisible aux sujets scrofuleux. Nous l'étudierons en même temps que la plupart des autres causes occasionnelles avec lesquelles elle coexiste le plus habituellement, et nous examinerons l'influence de ces causes réunies: i°dans quelques cas particuliers ; 2° dans plusieurs faits généraux ; de la sorte nous connaîtrons l'espèce et le degré d'influence qu'elle peut avoir dans la production des maladies scrofuleuses.

l° Faits particuliers.

On rencontre dans la pratique médicale des cas de

scrofule qui de prime abord paraissent avoir été occasionnés par ["influence de l'humidité, ce que l'on ne peut plus admettre quand on étudie plus à fond les causes de la maladie : je vais rapporter un cas de ce genre , un des premiers qui m'ont ouvert la voie des recherches qui étaient à faire sur les causes des maladies scrofuleuses.

Au mois de septembre 1827 , il y avait à l'hôpital Saint-Louis un sabotier nommé Gloria , qui portait de chaque côté du col de grosses tumeurs tuberculeuses; c'était un jeune homme de vingt-deux ans , qui ne fournissait guère de renseignements sur sa famille, et chez lequel on ne pouvait admettre de cause formelle d'hérédité. Cet homme sortait de la prison de Poissy, où il avait passé deux ans, après être resté trois mois d'hiver dans les prisons de Paris , pendant l'instruction de son procès ; à Poissy il avait travaillé au coton dans des ateliers qui sont tous situés au rez-de-chaussée et très humides.

Qui ne pense déjà que ce malade , n'accusant aucune cause héréditaire , n'ayant pas été scrofuleux. dans son enfance , le devenant à Poissy, où il avait travaillé dans un lieu humide , devait être regardé comme ayant acquis sa maladie dans le milieu où il avait vécu pendant deux ans ?

Voici néanmoins des investigations ultérieures qui durent changer mon premier jugement , et sur lesquelles je crois utile d'appeler l'attention, car je rapporte présentement un des premiers faits dans lesquels j'ai trouvé les idées que j'ai acquises sur les causes occasionnelles, idées qui sont fort contraires

aux opinions généralement adoptées sur l'influence des agents extérieurs dans la production des maladies scrofuleuses.

Je demandai à ce jeune homme combien ils étaient d'ouvriers dans l'atelier où l'on travaillait le coton ; ils étaient ordinairement cent cinquante à cent soixante. Je désirai savoir si parmi eux il y avait beaucoup de scrofuleux ; je fis remarquer au malade que , par scrofuleux , je n'entendais pas seulement des tuberculeux comme lui , mais des malades semblables à ceux qu'il voyait dans mes salles et qui étaient scrofuleux , quoiqu'ils ne le fussent pas de la même manière que lui. Il me répondit n'en avoir vu aucun autre que lui.

Je lui demandai s'il eu existait dans les autres ateliers du premier et du second étage, qui étaient occupés par des ouvriers serruriers , ébénistes , bijoutiers , filateurs , tailleurs, etc., travaillant dans des lieux plus élevés , plus aérés , exempts d'humidité ; il me répondit qu'il se souvenait d'y avoir vu cinq ou six scrofuleux sur cinq ou six cents détenus. 11 résulte de ces observations que l'atelier de coton réunissant ordinairement au-delà de cent cinquante ouvriers travaillant dans un lieu humide, fournissait à peine un malade scrofuleux sur ce nombre, tandis que les autres ateliers, plus sains, en donnaient un pour cent.

Depuis que j'ai recueilli cette observation , je l'ai communiquée à un fabricant qui emploie un grand nombre d'ouvriers détenus à la prison de Poissy ; il

m'a confirmé tout ce que j'avais appris du malade dont je viens de raconter la maladie.

L'exemple du sabotier m'a paru fort à sa place en tête des réflexions auxquelles nous allons nous livrer , parce qu'il prouve déjà que l'humidité ne produit pas nécessairement la scrofule.

L'observation suivante offre également un exemple de la production de la scrofule sous l'influence de l'humidité ; mais dans ce cas il est de toute évidence que la cause extérieure n'a fait que développer une prédisposition originaire.

En 1 832 nous avions à l'hôpital Saint-Louis un sapeurpompier qui portait des tumeurs tuberculeuses duplus gros volume de chaque côté du col ; il nous dit avoir vu plusieurs malades de son espèce dans son corps , où l'on regardait la scrofule comme un effet de l'humidité, à l'influence de laquelle les pompiers sout presque journellement exposés. En effet, ces militaires sont de garde tous les deux jours dans les théâtres de Paris, depuis cinq heures après midi jusqu'à une heure après minuit; pendant la durée de leur service, ils ont souvent les pieds dans l'eau, et séjournent dans une atmosphère des plus humides, privés de lumière et même d'air. Cet homme est sorti de l'hôpital nous ayant fait parlager jusqu'à un certain point l'opinion que sa maladie était née des influences de son état.

Mais quelques mois après sa sortie, il nous amena sa sœur, et nous fournit sur sa famille de nouveaux renseignements qui se rapportaient fort bien aux observations que nous avions déjà faites un grand nombre de fois.

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La sœur de ce pompier était une femme de trentedeux ans, chargée d'un fort embonpoint, prématurément affaissée; elle avait été ophtbalmique dans son enfance , ce dont il était facile déjuger parle gonflement du tarse des paupières, par un peu de rougeur de la conjonctive , par la rareté des cils, qui manquaient, en grande partie, sur le bord libre des paupières inférieures , et par un peu de malpropreté locale qui accusait une altération chronique de la sécrétion sébacée des glandes de Méibomius, très commune chez les sujets scrofuleux.

Cette femme avait une fille qui était affectée de scrofule. cutanée de la face , et dont elle était traitée à la même époqne à l'hôpital Saint-Louis; de sorte que ce pompier, que nous avions d'abord regardé (d'après son dire) comme le seul scrofuleux de sa famille , avait une sœur scrofuleuse qui engendrait des enfants scrofuleux. Nous avions donc raison de dire en commençant que l'humidité à laquelle notre malade avait été exposé n'était que la cause occasionnelle du développement des tubercules dont il portait la prédisposition.

Le i8 janvier 1829, entra à l'hôpital Saint-Louis le nommé Tessier, âgé de trente-huit ans, menuisier, affecté, depuis dix-huit mois seulement, de tubercules ulcérés de chaque côté du col; il avait une ophthalmie de l'œil droit, et un coryza du même côté. Cet homme était bien constitué; il était natif de Saint-.ïean-sur-Vilaine, et nous dit que son pays était très humide; qu'il avait longtemps travaillé et couché au rez-de-chaussée ; qu'il avait été militaire

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pendant deux ans , et qu'il avait couché souvent sur la dure avec ses habits tout mouillés : il lui manquait le doigt de la main gauche, qu'il avait perdu à la catastrophe du MontSaint-Jeau.

Le père était mort à cinquante-cinq ans, après avoir été malade pendant deux ans , à la suite d'une scène de §3; la mère était morte subitement.

Nous remarquerons dans cette observation :

i° l'invasion tardive de la maladie à trente-cinq ans ; 2° l'action de plusieurs causes occasionnelles, et plus particulièrement celle de l'humidité; 3° l'absence de causes dans la santé des parents, circonstances toutes négatives qui pourraient faire supposer que cet homme avait gagné sa maladie sans avoir aucune prédisposition héréditaire.

Mais voici d'autres éléments qui prouveraient, ce me semble, l'existence de cette prédisposition: Tessier avait perdu deux frères, dont un tuberculeuxpulmonaire à dix-huit ans; une soeur était moite en bas âge, il avait une autre sœur qui était mariée et qui avait perdu tous ses enfants. Avec de pareils antécédents dans la famille de Teisser, peut-on croire que c'est par l'influence seule des agents extérieurs qu'il soit devenu scrofuleux? Nous sommes plutôt porté à penser que cet homme , n'ayant présenté des phénomènes de scrofules qu'à un âge avancé , en avait la prédisposition à un plus laible degré que ses frères et sœurs , et que les causes occasionnelles , dont nous ne prétendons point contester l'action , ont fait éclore cette prédisposilion ; que celle-ci aurait eu des effets moins intenses, ou même aurait

pu s'éteindre si cet homme eût vécu dans de bonnes conditions hygiéniques : mais il ne pouvait résister à l'influence réunie de la prédisposition et des causes occasionnelles.

Quand on étudie les maladies scrofuleuses clans un hôpital, le plus grand nombre des sujets appartiennent aux classes inférieures de la société, de sorte que tous, ou du moins la plupart d'entre eux, ont été et sont encore exposés à beaucoup de causes de maladie. Les apprentis dé tous les métiers sont généralement privés d'air et de lumière; ils travaillent souvent dans l'humidité; ils sont généralement mal nourris, et ou les fait travailler beaucoup trop.

Le régime des apprentis est, sous tous les rapports, contraire au développement physique; mais, pour apprécier son influence relativement à la production des maladies scrofuleuses, il faut aussi analyser avec soin la vie médicale des malades, afin de connaître les rapports que peut avoir la santé antérieure avec l'état actuel de maladie.

Ainsi un cordonnier, un tailleur, un menuisier, un tisserand, un fileur, etc., etc., deviennent scrofulcux pendant leur apprentissage ; il leur survient des tubercules cervicaux, une tumeur blanche, etc. Dans la recherche des causes , on s'arrête le plus ordinairement aux causes actuelles qu'on peut eu accuser, et l'on ne va pas plus loin; mais si l'on remonte aux antécédents, on apprend que ces jeunes gens ont eu dans leur enfance des opbthalmies rebelles, des abcès froids, qui sont restés longtemps fistuleux. Ils ont été sujets aux engelures, aux poux,

aux vers intestinaux, etc., etc. ; et enfin les tubercules qui sont nés dans les régions cervicales grossissent et se multiplient chaque année, au printemps, quelque amélioration que le régime puisse avoir éprouvée. Cela vient de ce que ces tubercules ont les relations les plus intimes avec les maladies antérieures , avec lesquelles ils forment une seule espèce de maladie qui offre plusieurs états successifs et qui suit sa marche, indépendamment des conditions dans lesquelles se trouvent les sujets. Ces considérations, prises dans la vie médicale des individus, acquièrent encore plus de valeur quand on interroge le tempérament de la famille.

Nous avons vu à l'hôpital Saint-Louis beaucoup déjeunes gens dont les maladies scrofuleuses avaient pris naissance dans des ateliers; nous les avons toujours questionnés avec soin sur le nombre d'ouvriers tailleurs, cordonniers, tisserands menuisiers, etc., qui travaillaient ensemble dans le même atelier, et sur le nombre des ouvriers qui étaient devenus scrofuleux : le plus ordinairement, le malade que nous interrogions avait été seul affecté de scrofule sur trois ou quatre, et jusqu'à dix, douze ouvriers travaillant dans le même local.

On nous présente souvent, à la consultation de l'hôpital Saint-Louis, des enfants scrofulenx qui vivent . dans des lieux humides, privés d'air el de lumière, comme le sonf, par exemple, la plupart des loges de portier à Paris. Mais quand on remonte au commencement de la maladie, on apprend qu'elle avait fait invasion avant que l'enfant vînt habiter avec sa fa-

mille le local insalubre où il vit présentement; la scrofule a paru chez cet enfant alors que ses parents étaient établis, et avant que des revers de fortune les eussent réduits à la condition de portiers.

J'ai souvent interrogé les malades pour savoir si on avait vu un certain nombre d'ouvriers travaillant ensemble devenir tous scrofuleux par une influence commune.' Aucun fait de ce genre n'est venu à ma connaissance.

Ces réflexions embrassent la plupart des causes occasionnelles des auteurs ; car elles coïncident, pour le plus grand nombre , dans les ateliers. Ainsi les ouvriers qui travaillent dans des lieux humides ne sont pas exposés seulement à l'influence de l'humidité ; ils souffrent encore de beaucoup d'autres causes de maladie, mais surtout de trop de fatigue, d'un régime alimentaire qui n'est pas assez substantiel, et de l'intempérance qui est l'alternative inévitable des privations. Nous venons de voir cependant qu'au milieu de ces causes réunies , la scrofule n'est pas commune, et que c'est par une prédisposition nalive et individuelle que les effets de ces causes sont quelquefois spécialisés à l'état scrofuleux.

Si de l'hôpital Saint-Louis nous passons à la pratique de la ville, le tableau change complètement : ici les causes occasionnelles sont absentes généralement, et le plus souvent il n'y a même pas lieu à rechercher leur existence, les malades jouissant, plus ou moins, des commodités de la vie, et pouvant éloigner la plupart des causes débilitantes.

.Je me suis mis souvent en observation au milieu

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de ma sphère spéciale d'activité , considérant alternativement les malades de mon hôpital et ceux de la ville. J'ai toujours été frappé de la similitude des maladies scrofuleuses dans toutes les classes de la société , et je me suis demandé si des infirmités qui sont toujours les mêmes, qui ont des caractères communs si tranchés, pouvaient avoir une origine aussi différente que de provenir, les unes de causes extérieures occasionnelles, et les autres d'une prédisposition héréditaire.

Ce qu'il y a de hien certain , c'est que la moitié au moins des scrofuleux le sont spontanément et sans qu'on puisse en accuser aucune cause extérieure. La seconde moitié supporte, il est vrai, presque toutes les causes de maladie; mais ces causes ne produisent des affections scrofuleuses que lorsqu'il existe pour cela quelque raison organique dans le tempérament individuel : c'est ce que nous allons faire voir par quelques exemples particuliers.

Le nommé Chambry, âgé de dix-huit ans, avait joui d'une bonne santé jusqu'à treize, bien nourri, bien logé chez son père, qui était aubergiste. A l'âge de treize ans, il prit le métier de tisserand; il travailla dans des caves, et au bout de trois ans environ, la scrofule se manifesta sur le coude gauche, et successivement sur le carpe, le métarcape du même côté et sur le coude droit. Dès le début de ces diverses tumeurs blanches, Chambry quitta sou étal, afin d'empêcher le progrès de la carie, comme cela serait certainement arrivé si la scrofule eût sévi sur le système osseux par la seule influence occasion-

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nelle de l'humidité. Mais sa maladie n'était pas née sous l'influence exclusive de cet agent physique; elle provenait d'une autre cause plus puissante, l'hérédité. Effectivement Chamhry avait déjà perdu de maladies scrofuleuses un frère et une sœur qui n'avaient point éprouvé l'action de l'humidité.

Noire malade avait, en outre, plusieurs cousins germains issus de deux frères de sa mère, qui étaient scrofuleux comme lui , quoiqu'ils n'eussent jamais éprouvé l'influence d'aucune cause capable d'altérer à ce point leur santé.

Antoine Fritsch, âgé de quinze ans, entra à l'hôpital Saint-Louis le 29 juin 182g. Il avait la peau hlanche et très fine, les lèvres et les ailes du nez un peu hypertrophiées; il avait les cheveux rouges; il était petit pour son âge, mais d'une figure assez vive et animée. Cet enfant portait une tumeur tuberculeuse du volume d'un œuf de poule, allongée de haut eu bas, assez proéminente dans son milieu, mobile sous la peau, qui avait conservé son aspect naturel. Autour de celte tumeur, nous reconnûmes de petits tubercules sous-culauésqui, eu grossissant, se seraient agrégés à elle, et en auraient ainsi augmenté le volume.

Cet enfant était apprenti fabricant de boutons; il couchait au rez-de-chaussée, qui était très humide, dans une soupente où il y avait à peine l'air nécessaire à la respiration. Ils étaient jusqu'à six apprentis, coucliés, deux à deux, dans cette soupente , qui était si basse que ces enfants ne pouvaient s'habiller qu'à genoux sur leur matelas , qui était parterre. Notre

jeune malade était très souvent incommodé dans cette atmosphère , et il attribuait sa maladie à l'air vicié et humide qu'il respirait toute la nuit, depuis dix-huit mois.

Mais on va voir, par la vie médicale de cet enfant, que les influences fort nuisibles auxquelles il a été sujet ne pouvaient être génératrices de sa maladie, qui était d'une date beaucoup plus ancienne, et dont la marche n'avait pas même été sensiblement hâtée par les circonstances défavorables dans lesquelles il avait vécu, depuis dix-huit mois qu'il était en apprentissage ; circonstances dans lesquelles, remarquons-le, il n'avait pas souffert seulement de l'humidité et du défaut d'air, mais encore de trop de travail, et d'une alimentation de mauvaise nature et distribuée avec trop de parcimonie.

Toutes ces causes réunies avaient pu contribuer à arrêter la croissance; mais quant à la scrofule tuberculeuse dont cet enfant était affecté, son invasion remontait à une époque antérieure à celle où il avait été mis en apprentissage. Effectivement, cette tumeur tuberculeuse avait commencé à l'âge de douze ans par des tubercules disséminés dans le côté gauche du col , qu'on avait remarqués à la suite d'une fièvre de quelques jours. On avait regardé ces tubercules comme des glandes de croissance. D'abord isolés et de petit volume, ils avaient grossi individuellement, avaient envahi l'espace qui les séparait, et formé de cette manière une tumeur tuberculeuse , dont le commencement avait précédé d'un an et demi l'époque où ce jeune apprenti avait

été soumis à l'épreuve des causes occasionnelles. Cette tumeur tuberculeuse n'était même pas le premier signe que la scrofule eût donné de son existence chez le jeune Frilsch. A l'âge de huit ans, il avait eu une première ophthalmie qui avait été très intense pendant deux mois; le boursouflement des paupières avait été porté au point que l'enfant ne voyait plus à se conduire. Depuis cette ophthalmie, le malade avait eu habituellement les yeux rouges, éprouvant chaque année une recrudescence de sa maladie , eu été; depuis qu'il avait paru des tubercules au col, cette recrudescence avait manqué, et les yeux n'étaient plus ophthalmiques; ainsi l'histoire médicale de ce jeune scrofuleux nous montre que le commencement de sa maladie est antérieur de plus de six ans à l'époque où il a couché dans un lieu humide et malsain, et éprouvé, en même temps, lniflueneede presque toutes les autres causes débilitantes.

La santé de ses parents nous donnera mieux la raison pour laquelle il était scrofuleux. En effet, la mère du jeune Fritsch était de faible complexion , et avait toujours mené une vie languissante ; elle avait craché du sang pendant longtemps, et avait succombé aux progrès d'une phthisie tuberculeuse pulmonaire à l'âge de vingt-quatre ans.

Le père, âgé de trente-cinq ans, de constitution assez forte, était souvent ophthalmique, mais n'avait pas encore offert d'autre signe pathognomonique de la scrofule.

Notre malade était donc manifestement tuberculeux avant d'avoir été mis en apprentissage et d'avoir

éprouvé l'influence de l'humidité, du mau vais air, etc.; par conséquent, ce n'est pas à cette influence que son état peut être attribué. Mais la scrofule aurait paru sous cette influence qu'avec des précédents comme ceux que présentait la santé de ses parents, je l'aurais regardée comme d'origine héréditaire.

Siméon Ansénius , fileur de laine, âgé de vingtdeux ans, entra à l'hôpital Saint-Louis le 20 juin 1 835. Il avait des tubercules au côté droit du col ; ils étaient détachés et ne formant pas encore de grosse tumeur. Ce jeune homme était né d'une mère plus âgée que son mari de six ans.

Il avait eu des vers , des engelures, des tubercules cervicaux dès l'âge de huit à neuf ans. Los tubercules étaient restés rares et statiounaires jusqu'à l'âge de dix-sept ans, quoique ce jeune homme travaillât depuis sept à huit ans dans une filature de laine dont le local était très humide , et leur "développement spontané avait en lieu le malade travaillant dans un atelier beaucoup plus sain.

Voilà donc un fait dans lequel la scrofule reste stationuaire, malgré l'influence de l'humidité. Dans le fait suivant, nous allons voir cette maladie guérir spontanément sous cette même influence , et présenter, quelques années plus tard, une recrudescence spontanée, bien que le malade travaillât depuis trois ans, à Paris, dans un atelier qui n'était pas humide.

Bergtold , tuberculeux depuis l'âge de neuf aus, ayant des tubercules cervicaux ulcérés depuis l'âge de douze ans, vit ses ulcères tuberculeux se fermer spontanément à lage de quinze ans, en été, pendant

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qu'il travaillait, à Rouen, dans un atelier fort humide. A l'âge de vingt-deux ans, au commencement du printemps, ce malade, travaillant à Paris dans un atelier qui n'était pas humide, a éprouvé une nouvelle invasion de tubercules au col. Deux ans plus tard, il a succombé dans notre hôpital à la consomption tuberculeuse-pulmonaire.

D'après les idées que nous venons d'émettre sur les ateliers de travail , par rapport à la production de la scrofule, on ne saurait révoquer en doute qu'ils ont une influence générale, permanente, qui arrête l'accroissement des apprentis, et qui les affaiblit beaucoup sans les rendre scrofuleux quand ils n'ont aucune prédisposition à le devenir; il est, dès lors, facile de prévoir notre opinion sur certaines causes accidentelles auxquelles on ne rapporte que trop souvent des maladies scrofuleuses qui sont manifestement d'origine héréditaire. Nous citerons néanmoins quelques exemples particuliers pour prouver toute la vanité de ces causes.

Le nommé Olivier, âgé de vingt-six ans et demi , entra à l'hôpital Saint-Louis le 17 du mois de septembre 1827. Il offrait à noter : i° une tumeur blanche de l'épaule droite, percée de trois orifices fistuleux ; 2" un abcès froid au niveau et à gauche des dernières vertèbres lombaires; 3° une ophthalmie palpébrale double des plus intenses. Les paupières inférieures étaient dégarnies de cils, les pupilles habituellement dilatées, et les conjonctives un peu rouges. Les phénomènes de la fièvre de consomption étaient déjà très prononcés : il y avait ano-

35û CAUSES EXTÉRIEURES

rexie , débilité, étiolement , émaciation , insomnie.

Ces diverses maladies avaient commencé depuis quatre ans, à la suite dune marche à pied de quatre heures par un temps pluvieux , et c'est à cette circonstance qu'on avait rapporté leur origine. Mais était-ce bien là la cause d'un état pathologique aussi grave? Que deviendrait l'humanité si un jeune homme de vingt-trois ans, bien constitué, exempt de toute prédisposition héréditaire , devenait tuberculeux pour avoir fait quatre lieues à pied par un temps de pluie?

Cette cause occasionnelle n'a eu, dans ce cas, des suites d'abord très fâcheuses, et plus tard funestes, que parce que ce jeune homme était originairement tuberculeux par sa mère, qui est morte de consomption tuberculeuse du poumon à l'âge de trente-sept ans.

Olivier, ayant été guéri par un traitement ioduré de onze mois, cessa tout traitement le ao septembre 1828. Un mois après, il entra au service de l'hôpital comme garçon de bains. 11 était obligé de veiller à peu près toute la nuit, ce qui élait très fatigant. Il garda pourtant son emploi pendant près de sept ans sans interruption ; mais, à la fin de ce laps de temps, les organes respiratoires furent envahis par la tuberculisation , et en quelques mois Olivier succomba, dans le dernier degré de marasme, à la même maladie que sa mère, le 27 décembre i835, à l'âge de trente-quatre ans.

Beaucoup de malades accusent un coup, une chute, un choc quelconque, de l'invasion de tumeurs blan-

ches scrofuleuses , et par malheur le traitement ne se ressent que trop de cette théorie.

Un jeune homme, âgé de seize ans, entra à l'hôpital Saint-Louis dans le mois de décembre i83i. Il était affecté dune tumeur blanche du coude droit, percée de quatre fistules au fond desquelles on sentait les os dénudés; ce jeune homme rapportait sa maladie à une chute qu'il avait faite sur cette articulation dix-huit mois auparavant. C'était précisément l'époque à laquelle nous avions admis son frère dans la salle Saint-Jean pour la même espèce de scrofule, qui était survenue spontanément sur la même articulation.

Les causes locales sont le plus ordinairement innocentes. C'est pour cela que dans un collège, où tous les enfants donnent et reçoivent des coups en jouant entre eux aux heures de récréation, il n'en est pas un sur cent chez lequel, à la suite d'un choc sur une articulation, il survienne une tumeur blanche. Comment une cause aussi commune parmi les écoliers a-t-elle des suites aussi rares? C'est parce qu'elle n'a point d'effet nécessaire, et qu'elle ne fait apparaître la scrofule que chez les enfants qui y sont prédisposés. Je pourrais citer un grand nombre d'exemples à l'appui de cette proposition.

J'ai donné des soins à trois collégiens qui avaient été atteints de tumeur blanche dans trois institutions différentes : l'un à l'épaule gauche, l'autre à l'articulation huméro -cubitale du même côté, le troisième au genou droit , avec dégénérescence encéphaloïde de la moitié supérieure du tibia. Ce der-

nier cas, beaucoup plus récent que les deux autres, a eu une terminaison rapidement mortelle; l'enfant sur lequel je l'ai observé était aussi celui des trois qui offrait la complexion scrofuleuse au plus baut degré.

Dans ces différents cas, on rapportait la cause de la maladie à des chocs que les enfants avaient reçus en jouant avec leurs camarades ; mais leur passé, mais la santé particulière de leurs parents rendaient bien mieux raison de leur état pathologique que les causes locales accidentelles que l'on se complaisait à en accuser.

Dans la première partie, en traitant de la complexion de famille , nous avons rapporté l'histoire d'un jeune homme âgé de vingt-trois ans, affecté de carie fistuleuse de l'articulation métacarpo-phalangienne du doigt indicateur de la main gauche.

Ce jeuue homme faisait remonter le début de sa maladie à quinze mois, époque à laquelle, jouant avec ses amis, il s'était tordu le doigt indicateur dans l'anneau du collier de son chien. On a vu comment, malgré la complexion assez bonne du malade, nous avons cependant reconnu chez lui des cicatrices tuberculeuses, et comment, malgré ses assertions relativement à la santé de ses parents et à celle de ses frères et sœurs , nous avons établi l'origine héréditaire de sa maladie et sa généralité dans la famille. ( Prem. part., chap. I, de l'hérédité des maladies scrofuleiises. )

Je termine par un dernier exemple dans lequel

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j'analyserai la valeur respective des causes occasionnelles et de l'hérédité.

Louis Tourbier, âgé de vingt ans et demi, commissionnaire de profession, entra dans mes salles le 24 mai 1 83 t .

Depuis l'âge de quatorze ans, ce jeune homme avait eu plusieurs abcès dans la région iliaque externe, à la face postérieure externe de la cuisse gauche, et dans l'aine du même côlé. Lorsque je le vis pour la première fois , ces divers abcès fournissaient du pus et communiquaient entre eux; il y avait un décollement très considérable de la peau, car on y injectait plus de trois cents grammes à la fois de solution iodurée. Tourbier nous dit que ces abcès étaient tous survenus à la suite de chutes, ou de marches forcées en portant des fardeaux; qu'ils avaient fini par guérir après être restés longtemps fîstuleux, mais que depuis ils s'étaient rouverts spontanément.

Il serait difficile de citer un fait dans lequel l'action des causes occasionnelles paraisse plus manifeste que dans celui-ci. Il est pourtant présumable qu'elles n'ont eu des suites aussi fâcheuses qu'à raison de la prédisposition héréditaire du sujet que nous avons déduite des circonstances suivantes.

Tourbier était issu d'un père qui avait fini ses jours à l'âge de trente-sept ans, atteint d'aliéuation mentale. Sa mère, d'une complexion belle en apparence, était morte dans le dernier degré d'émaciation, trois mois après sa neuvième couche, à l'âge de trente-sept ans. Il est fort à présumer qu'elle a succombé à une phthisic pulmonaire survenue à la suite de sa der-

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nière grossesse, comme c'est très commun. Enfin, de neuf enfants qu'avaient eus ses parents , notre malade, qui était l'aîné, était resté seul vivant.

Abstraction faite de la santé des parents, comment admettre qu'un jeune homme de vingt ans, qui a perdu huit frères ou sœurs en bas âge, puisse, lui seul, être né avec de bons éléments d'organisation ? Il est par trop évident qu'une exception de cette espèce dans une famille nombreuse est hors des lois naturelles.

e i a Faits généraux.

Les faits particuliers que nous venons de présenter se sont accomplis sous l'influence de certaines causes occasionnelles, et on les aurait regardés comme des effets de ces causes en ne les étudiant que sommairement; mais une analyse plus approfondie nous a mis à même de leur reconnaître une origine héréditaire.

Quoique ces faits particuliers, compris comme nous venons de le dire, puissent paraître suffisants pour élucider le sujet qui nous occupe, nous continuerons cependant l'étude des causes occasionnelles dans certains faits généraux qui passent assez fréquemment sous nos yeux; et nous examinerons, au point de vue de nos recherches, le régime des prisons, celui des camps, celui des vaisseaux, qui comprennent la plupart des causes que les auteurs mentionnent comme occasionnelles des maladies scrofuleuses.

A. Régime des prisons.

On sait que les maisons de détention sont généralement très humides; que, de plus, elles réunissent, sinon toutes, du moins le plus grand nombre, des causes que l'on a regardées comme occasionnelles de la scrofule : la misère sous toutes ses formes, la privation d'air, la privation de lumière , la privation d'exercice, l'influence du chaud et du froid humide, une nourriture des plus grossières et en trop petite quantité, des vêtements sales et trop légers en hiver, un mauvais grabat pour le coucher, enfin la démoralisation la plus profonde.

La réunion de ces causes occasionne de nombreuses maladies dans les prisons. On y observe la gale, le prurigo, des dysenteries, des entérites chroniques, des fièvres putrides , la fièvre dite des prisons, tout autant de maladies particulières aux prisonniers; mais on ne doit point ajouter la scrofule à cette liste, car non seulement elle n'est pas endémique dans les maisons de détention; mais, comme nous avons déjà eu l'occasion de le faire remarquer, à peine en observe-ton quelques cas isolés dans les ateliers les plus humides et les plus malsains.

La fréquence des maladies que nous venons d'énumérer parmi les prisonniers est, sans nul doute, un des effets ordinaires des causes auxquelles ils sont soumis; cela est si vrai que ces maladies sont devenues beaucoup plus rares et moins graves depuis quelques années qu'on s'est occupé d'améliorer le régime des prisons.

B. Régime des camps.

Les militaires sont sujets à beaucoup de causes débilitantes , surtout en campagne.

Pendant le cours des guerres de la révolution, les causes de mortalité étaient trop nombreuses, trop actives; la mort moissonnait trop rapidement dans les hôpitaux les hommes qui ne l'avaient pas trouvée sur le champ de bataille ; la population se renouvelait trop souvent pour que les causes les plus puissantes, les plus directes eussent le temps de produire l'élément scrofuleux.

Mais les armées de siège qui restent longtemps soumises à l'humidité , à toutes sortes de privations, à I usage des aliments les plus malsains, à la disette, à des fatigues incessantes de jour et de nuit, au découragement, etc.; ces armées, non plus que celles qui sont dans les places, et dont le sort est à la fin beaucoup plus malheureux, ne présentent point un grand nombre de malades scrofuleux. Si le siège d'Anvers eût duré deux ans , l'armée eût été décimée par la dysenterie putride, par le scorbut, etc. , jamais par la scrofule.

G. Régime des vaisseaux.

Les marins forment une population toute spéciale qui jusqu'à nos jours a été assujettie à une vie des plus dures; l'équipage une fois mouillé, dans les voyages de long cours, ne séchait plus qu'au porc : aussi

les marins étaient-ils sujets à des maladies qui leur étaient particulières, à des maladies endémiques produites par une réunion de causes semblables, souvent même identiques à celles qu'on a regardées, à tort, comme pouvant produire les maladies scrofuleuses; car celles-ci sont loin d'être le partage des gens de mer.

Ainsi voilà trois régimes, celui des prisons, celui des camps, celui des vaisseaux, qui, jusque dans ces derniers temps, ont présenté l'assemblage de la plupart des causes extérieures que les auteurs ont rangées dans les causes occasionnelles des maladies scrofuleuses, et qui, néanmoins, réunies presque toutes à un haut degré, n'ont jamais été désignées comme causes de scrofule endémique.

Toutes les fois que ces causes ont existé , elles ont donné naissance à des épidémies de fièvres bilieuses, de fièvres putrides, de dysenteries, de choléra, de scorbut si bien décrites par Pringle et par Rouppe ; niais aucun de ces auteurs n'a mentionné la scrofule comme maladie particulière aux militaires de terre et de mer.

Réflexions finales sur les causes occasionnelles relativement à la génération de la scrofule.

Il résulte, je pense, des observations particulières et des faits généraux que nous venons d'exposer que les causes occasionnelles des auteurs n'ont pas d'effet nécessaire, et que, lorsque la scrofule se montre sous leur influence, la raison en est surtout dans la

prédisposition des individus; que, lorsque ces causes sont permanentes , elles sont toujours fort nuisibles à notre espèce, et que les populations qui les supportent ne sauraient avoir des progénitures robustes.

L'étude des causes occasionnelles appliquée aux populations spéciales qui sont à la charge du gouvernement a déjà eu d'heureuses conséquences sur le régime de ces populations. A cet égard nous sommes manifestement en progrès ; les droits de l'humanité sont respectés aujourd'hui plus que jamais dans les prisons, et les épidémies y sont devenues moins fréquentes.

La vie des marins est beaucoup moins dure ; leur nourriture est plus saine ; on a pris des mesures efficaces contre l'humidité des vêtements ; la durée du repos a été proportionnée à celle du travail : aussi avons-nous entrepris depuis vingt-cinq ans plusieurs expéditions de long cours sans qu'aucun équipage ait offert un seul exemple de ces épidémies meurtrières de scorbut, de fièvre putride, de dysenterie, de choléra , etc. , dont les annales maritimes sont remplies.

De même pour le régime des troupes de terre , le casernement, la literie, l'alimentation, la ventilation des dortoirs ont éprouvé des changements avantageux , et les épidémies deviennent incessamment plus rares dans les casernes.

Aujourd'hui, les esprits sont généralement portés aux améliorations; cette disposition a déjà produit des effets sensibles. Paris, eu particulier, a été assaini sur un grand nombre de points . on a creusé des

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égouts, multiplié les fontaines, diminué le nombre des rues étroites, éloigné les professions insalubres, et chaque année on avance la construction de cette belle ligne de quais qui, du levant au couchant , encaisse la rivière, précipite son cours, et renouvelle ainsi plus souvent l'atmosphère de cette grande cité.

Le régime alimentaire des populations , qui laisse encore beaucoup à désirer, est néanmoins plus sain depuis une vingtaine d'années ; il y a plus de bienêtre et de moralité dans la vie domestique , et certaines maladies ont à peu près disparu. Je citerai particulièrement le scorbut , dont aujourd'hui on voit à peine quelques cas à l'hôpital Saint-Louis, où cette maladie était très commune dans mes salles il n'y a pas encore vingt ans.

La diminution du nombre des maladies partout où l'on a mieux observé les règles de l'hygiène prouve toute la nocuité des causes occasionnelles que nous avons énumérées, et tout ce que les populations doivent attendre de bien-être de l'éloignement de ces causes.

La scrofule aussi serait moins commune parmi les classes ouvrières si leur régime alimentaire était plus substantiel, si elles n'étaient pas, la plupart, obligées de se livrer, en retour d un salaire insuffisant, à un travail qui excède leurs forces; si l'on pouvait assainir plusieurs professions qui tiennent les hommes dans un état habituel de débilité qui dégrade leur progéniture et la rend nécessairement scrofuleuse.

3bO CAUSES EXTÉRIEURES

Considérée de ce point de vue , l'étude des causes occasionnelles présente encore un nouvel intérêt sous le rapport thérapeutique, car il n'est point de méthode de traitement qui puisse être complètement efficace contre la scrofule, les malades continuant à vivre au milieu de ces causes.

J'ai même acquis la certitude que les lois de l'hygiène peuvent seules, en certains cas, arrêter les progrès des maladies scrofuleuses , et qu'à toutes les époques de ces maladies, les soins domestiques doivent être regardés comme partie essentielle du traitement.

Mais, quelque vérité qu'il puisse y avoir dans ces observations, dont l'origine remonte aux premières notions de la science , je ne puis m empêcher de rappeler ici que la scrofule présente une marche très rapidement mortelle dans des familles où toutes les causes extérieures sont absentes, et dans lesquelles les enfants reçoivent tous les soins qu'il est humainement possible de leur donner. 11 n'est pas un praticien qui ne connaisse quelques unes de ces familles opulentes dans lesquelles on ne peut élever des enfants. Ces familles, ordinairement très nombreuses, sont moissonnées par des convulsions, des hydrocéphales , des affections vermineuses, des tubercules mésentériques, etc., etc., tout autant d'affections d'origine scrofuleuse qui enlèvent les enfants dans les conditions les plus aisées de la vie.

On ne réfléchit pas assez aux cas de cette nature; c'est en eux que réside toute la puissance de la prédisposition , et c'est pour cela qu'ils résistent au ré-

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gime et au traitement appliqués de la manière la mieux entendue.

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