‹ Recherches Expérimentales & Cliniques sur les Atrophies des Membres dans les Affections Chirurgicales: Système Musculaire et Système OsseuxChapitre 30 sur 57 · IRRITATIONS OSSEUSES AVEC LÉSION DES NERFS PÉRIPHÉRIQUES · texte numérisé non relu

IRRITATIONS OSSEUSES AVEC LÉSION DES NERFS PÉRIPHÉRIQUES

Il était naturel de se demander la part que le système nerveux périphérique avait dans la production des atrophies que nous constations. Pour élucider entièrement la question, il eut fallu des faits nombreux, des expériences variées : en effet, si l’influence du système nerveux sur la nutrition des muscles est actuellement, tant au point de vue de la physiologie normale que de la physiologie pathologique, bien connue, il n’en est pas de même pour le système osseux. À ce point de vue, la littérature médicale est assez pauvre. Les expériences de Schiff (1) sont relatées partout ; mais il ne faut pas oublier qu'elles ont été combattues par CI. Bernard et par M. Ollier (2). Chez l'agneau jeune, et par conséquent en état de montrer mieux que l’animal adulte, les modificatious apportées à sa croissance, M. Ollier a sectionné le sciatique et constaté que, en l'absence de régénération nerveuse, les fractures de jambe se consolidaient aussi rapidement que chez l'animal sain.

Ïl a démontré aussi que la section du grand sympathique au cou ne produit jamais l’hypertrophie ni Patrophie des os du crâne : les oreilles croissent aussi vite et sont aussi longues.

Dans ces deux faits, nous trouvons la réponse aux questions relatives à l'influence nerveuse sur le système osseux à l’état physiologique et à l’état pathologique.

(1) Scmirr. — Comptes-rendus de l’Académie des sciences, 1854. (2) Occrgr. — Traité de la régénération des os, t. I p. 230.

Ua

Toutefois ce sont là des faits peu nombreux, et peutêtre incomplets: tous les nerfs du membre n'avaient pas été sectionnés. Or, si les cas de consolidation des fractures chez les hémiplégiques ou les paraplégiques ne sont pas rares, il y en a, cependant quelques-uns,où la formation du cal éprouva des retards notables ou même ne se fit pas et où l'intervention du système nerveux fut nécessaire, en l'absence de tout autre élément d'interprétation, pour expliquer le fait. Des observations de ce genre sont consignées dans la thèse de Bognaud (1).

Nous ne donnons aux deux expériences suivantes qu’une valeur restreinte.

Nous avons pratiqué, sur des animaux jeunes, des opérations aussi identiques que possible sur les deux membres du train postérieur. Seulement, d’un côté nous avions réséqué une certaine longueur du sciatique, aussi haut qu'il était possible : il s'agissait de savoir si des lésions identiques réagiraient, de la même façon, sur le système osseux au point de vue de la production de l’atrophie.

Expérience XXIX. — Resection du sciatique gauche. Plaie osseuse des tibias.

3 octobre 1881. — Chat M. de 1 mois 1/2.

L'animal endormi, on résèque, le plus haut possible 1 cm. du sciatique gauche et sur la face interne des deux tibias on fait une incision ; après avoir détaché le périoste on fait à ces os une perforation, au milieu de la diaphyse, suffisante pour permettre l’introduction d’un stylet flexible qui, enfoncé en haut et en bas,va broyer la moelle et la fait sortir sous forme d’une bouillie diffluente. On

bouche la perforation avec de la moelle de sureau qui s'oppose à l’hémorrhagie.

{1) Bognaup. — Thèse de Paris, 188.

Les tibias mesurent 79 mm., à travers la peau.

Suites très simples : 5 ou 6 jours après on ouvre des abcès souscutanés au niveau des deux plaies. L'animal est très agile et ne semble pas se ressentir de l'opération lorsque, le 1‘ décembre 1881, on le sacrifie.

Poids total 2350 gram.

Les pattes (os et muscles) sont pesées comparativement :

Cole) drone 19 gran.

= DAUCRO 17 —

On constate que le nerf sciatique s'est régénéré, malgré la résection : il présente un épaississement fusiforme de lcm de longueur, large de 3 à 4 mm.

On pèse comparativement les muscles soigneusement disséqués.

Côté droit Côté gauche

RESSICRS PR 20 cran le Tameo0 Court-abducteur de lajambe. . 4 — > — 4 — »

Long-abducteur de la jambe. . 4 — 50 — 3 — 50 RACONS OURS RD ne cle » — 26 — »

AdAUCOURS rte UV eerercaleal co JO, 7 » — 32 — » Lriceps surfe = ee. de120 — > — T — >»

Museles de la jambe . . — . 15 — > — 6 — »

Les deux fémurs mesurent tous deux 88 mm. et ont le même poids.

Les deux tibias ont tous deux 91 mm. Pesés, avec les péronés, on trouve :

COTÉRATO ET 15 gram.

RE AUCHE TN 13 — 50

Les tibias fendus, on a pu constater que la moelle s'était régénérée: les deux perforations étaient comblées, par de la substance osseuse qui, sans remplirle canal médullaire, faisait une saullie à la face interne de l’os.

Analyse chimique des os, due à l’obligeauce de M. le D’ Dufourt.

Fémur gauche Fémur droit OSSCMER EN ET. 33,48 — 33,26 Matières terreuses . . 66,52 — 66,74

Ze

Acide phosphorique pour 100 parties de cendres :

FéMUr SUCRE EN 42,12 ST TOITS SLT 42,60 Tibia gauche Tibia droit OSSCmMe TT RER 35,238 == 34,84 Matières terreuses . . 64,74 — 65,16 100,00 — 100,00 Acide phosphorique pour 100 parties de cendres. Tiblafpauché MER 39,75 = UTOI Re 40,15 ExPÉRIENCE XXX, — Résection du sciatique droit. — Destruction

partielle des cartilages de conjugaison inférieurs des deux fémurs.

3 août 1881 et 10 août 1881. — Lapin de trois semaines.

1° Les fémurs, à travers la peau, mesurent 56 mm. Anesthésie à l’éther Incision postérieure à la base de la cuisse droite : résecüon de 11 mm. du sciatique. Drain.

5 août. — Malgré sa paralysie, le lapin court dans sa cage, il paraîttrès dru. Très peu de pus parle drain. On l’enlève.

10 août. — Anesthésie. Sur la face externe de chaque genou on fait une incision : en disséquant à petits coups, on arrive à bien distinguer le cartilage de conjugaison du fémur. — On y enfonce alors profondément le bistouri à plusieurs reprises, de façon à le dilacérer, sinon dans sa totalité, au moins dans ses 3/4 externes.

Points de suture.

3 octobre — La plaie n’a suppuré que pendant trois ou quatre jours. Actuellement l’animal, qui a beaucoup grossi, est très vivace.

20 octobre. — On trouve l’animal mort. Autopsie.

Poids total : 1092 gram. — Pas de régénération nerveuse. Ecar-

tement des bouts du sciatique.

On pèse les muscles de chaque moitié du train postérieur, sauf ceux de la cavité pelvienne.

COTÉES 50 gram.

= CUTON, CA CCR 44 — Les deux fémurs sont aussi longs (86 mm.), de même forme et de

même poids.

On pèse les tibias.

Côté gauche. : . 1 .- ! 5 gram.

NON TEEN 4 — Ces deux os ont d’ailleurs la même longueur, 91 mm. Les deux pattes sont de même longueur : rien à noter aux ongles. Rien non plus aux os coxaux.

Analyse chimique comparative des os des deux côtés du corps, due à l’obligeance de notre ami le docteur E. Dufourt,

Fémur droit Fémur gauche OSSÉIMeT EEE. 32,65 — 32,09 Matières terreuses . . 67,55 — 67,41 100,00 -— 100,00 Acide phosphorique pour 100 parties de cendres. RÉMUNArOIT 41,91 NL AUChE OC 42,50

Ce qui domine, c’est la proportion d'acide phosphorique légèrement diminuée: la différence entre l’osséine et les matières ter-

reuses peut-être regardée comme insignifiante. Il en est de même

des tibias.

Tibia droit Tibia gauche OSSémeT PEER.” 34,26 — 33,68 Matières terreuses . . 65,74 — 66,32 100,00 — 100,00 Acide phosphorique pour 100 parties de cendres. JDE, CROSS 5 PS 41,92 —HEAUCRe 42,69

Nous ne nous dissimulons pas les imperfections et les desiderata de ces deux expériences. Dans toutes deux, un terme de comparaison nous manque: nous n'avons pu juger que des différences relatives. L’ostéite provoquée, et la destruction de la source principale d’ossification du fémur ont-elles amené une strophie, un arrêt de développement quelconque ? Il nous est impossible de le dire, il eut

fallu, sur des animaux différents, de même portée, pratiquer l'opération avec et sans résection nerveuse. La résection de tous les nerfs du membre est aussi indispensable. Nous ferons néanmoins remarquer que, comme on devait S'y attendre, il y a eu dans les deux cas de l’atrophie musculaire. Dans la première expérience cette atrophie a frappé particulièrement les muscles dont l’innervation dépend du sciatique. Néanmoins, les triceps cruraux présentent une très légère différence, mais bien moins grande que dans la plupart de nos cas précédents. Quant aux fémurs, ils ne semblent avoir été nullement influencés. Seuls, les tibias ont, dans les deux observations, présenté une diminution de poids du côté où avait été faite la résection nerveuse : nous croyons légitime de l’attribuer à cette opération, quoique nous ne puissions pas dire, en l’absence d’un terme de comparaison, la part qu'a pu y avoir l'opération pratiquée sur l'os. |

Ces deux expériences sont intéressantes encore à cause de l'analyse chimique qui a été faite, quoique la même faute ait été commise ; il eut fallu analyser non seulement les fémurs et tibias, mais un os long du membre antérieur, pour avoir la composition chimique du tissu osseux, en dehors de toute cause d’atrophie.

Toutefois, rapprochés, comme ils l’ont été déjà dans la thèse de notre ami le docteur Dufourt (1), d'expériences analogues, ces deux cas prennent, au point de vue de l’analyse chimique une certaine importance. Dans deux expériences de section du sciatique chez de jeunes chiens il y eut une diminution de poids, du fémur, et surtout du

(1) Dorourt. — Thèse de Lyon, 1882.

tibia. Dans ces quatre cas, il y eut augmentation de l’osséine et diminution des matières terreuses. La quantité d’acide phosphorique fut aussi constamment diminuée. Ces différences ont toujours été minimes, sauf une fois, pour l’osséine : elles méritent cependant d’être consignées. Nous nous contenterons d’ailleurs de rapporter les conclusions . de M. Dufourt, sans les commenter.

1° « La section des nerfs produit, dans les os des membres paralysés, une atrophie facilement appréciable par la pesée.

2° « L'augmentation de la graisse, dans ces cas, est un fait constant.

3° « On constate, dès les premières semaines, une diminution de la matière terreuse et une augmentation proportionnelle de l’osséine, et cela d’autant plus facilement que les animaux sont plus jeunes ; le fait est douteux pour les adultes et en tout cas, n’a pas été observé. j &° « La diminution de l’acide phosphorique n'est pas constante et paraît tenir à des conditions autres que la section nerveuse. »

CHHABPIEERE HN

Page 1