SUR LES ATROPHIES EXPÉRIMENTALES DES MEMBRES
Sommaire. — l° Atrophie musculaire en général. — Lésions histologiques. — Analogie de ces lésions dans les différents cas. — Coexistence constante de l’atrophie des muscles avec celle des os. — Raisons de ce fait. — Atrophie relative des extenseurs et des fléchisseurs. — De l’arthrite et de l’o stéite comme causes.
2 Atrophie osseuse, — Arrêt d’accroissement et atrophie. — Vérification des lois de physiologie normale. — Atrophie de l’extrémité non-intéressée. — Allongement atrophique. — Anatomie
pathologique. — Son développement sur les divers os.
Nous croyons pouvoir maintenant, jeter un coup d’œil d'ensemble sur les faits variés, mais tous tendant au même but, qui précèdent : c’est par là que nous terminerons cette première partie.
Il ressort de nos expériences que les lésions des os et des articulations, entraînent ordinairement l’atrophie du membre et que celle-ci se traduit par la diminution de volume et de poids des muscles d’une part, du squelette de l'autre.
Cette atrophie est rapide et primordiale, et ne peut pas reconnaître pour causes uniques, l’inertie fonctionnelle ou la compression, bien que, à eux seuls, ces deux agents, puissent la produire. Mais chez les animaux, pour les raisons exposées précédemment, on ne peut pas les invoquer exclusivement.
Elle ne se traduit pas, chez les animaux, par l’impotence du membre, ou du moins l’impotence est très relative et ne peut pas être appréciée avec rigueur.
L'atrophie musculaire est caractérisée macroscopiquement par une diminution de volume et de poids du muscle, une coloration plas pâle, qu'on a comparée à celle de la chair de grenouille, etc. Relativement à la consistance, nous avons rencontré deux états: tantôt le muscle atrophié est plus friable, plus mou, offre moins de cohésion, el paraît plus graisseux : tantôt — mais bien plus rarement — il est plus dur, comme lardacé, fait plus corps avec les tissus environnants, adhère plus intimément à son aponévrose d’enveloppe, tandis qu’il semble avoir subi une espèce de sclérotisation.
Pour l’examen histologique, nous avons procédé de la façon suivante : les muscles ont été tout d’abord placés dans une solution de bichromate d’ammoniaque ; puis ler durcissement a été complété par la gomme et l'alcool: on a toujours examiné comparativement les parties correspondantes des muscles sains.
Sur toutes les pièces nous n’avons trouvé aucune espèce de dégéuérescence de la fibre musculaire, graisseuse ou vitreuse, qu’elle qu’ait été la cause de l’atrophie. Les fibres, soigneusement dissociées , colorées au picro-carminate d’ammoniaque ou au carmin ne présentaient aucune altéra-
tion de la substance contractile ni des noyaux. Ceux-ci n'étaient ni plus ni moins volumineux, ni plus abondants que ceux des muscles sains, sans trace de prolifération.
La substancé contractile n'offrait en aucun point des ruptures, si ce n’est celles qui résultaient de l’action mécanique de la préparation. Nulle part de gouttelettes de graisse ni de blocs vitreux à l’intérieur du sarcolemme. Bref, la fibre musculaire avait son aspect normal, et la double striation apparaissait très nettement.
Sur des coupes perpendiculaires à l’axe des faisceaux primitifs on était tout d’abord frappé de la grande quantité de cellules adipeuses que l’on trouvait, échelonnées assez régulièrement en doubles files, dans les espaces inter-fasciculaires, au milieu des éléments du périmysium. C’est surtout au voisinage des vaisseaux que cette disposition était la plus nette : à ce niveau, en effet, on voyait les cellules adipeuses rangées de chaque côté du capillaire en une file unique, de manière à lui former comme une paroi continue le séparant des faisceaux primitifs voisins. Mais, nous le répétons, cette accumulation de graisse était, sur toutes nos préparations, limitée aux espaces inter-fasciculaires.
Quant aux fibres elles-mêmes, examinées sur les mêmes coupes perpendiculaires, elles offraient comme celles des muscles sains, des champs de Conheim parfaitement dessinés et là, pas plus que sur les fibres dissociées, on ne voyait d'altération appréciable. Mais, en faisant porter l'étude sur toutes les fibres d’un même faisceau, on pouvait noter l'extrême irrégularité de leurs diamètres : à côté de fibres larges, d’un diamètre normal, on en trouvait de très petites, dont le diamètre n’égalait pas le vingtième de celui des fibres voisines ; et tout autour d’elles, au dessous du