CAPILLAIRES
On a beaucoup écrit sur l’état des vaisseaux capillai res dans l’anesthésie, et malgré les moyens relativement grossiers que l’on a employés pour préjuger cette question (examen des téguments pendant l’action de ces substances , examen des organes après la mort), on est arrivé généralement à des conclusions exactes. 11 est possible , pourtant , de relever quelques contradictions, surtout à propos du chloral.
§ I. Chloral. — Si presque tous les expérimentateurs s’entendent à reconnaître que le chloral amène une dilatation vasculaire considérable, caractérisée par la rou geur des téguments interne et externe et la congestion des organes parenchymateux (Manning , Cl. Bernard, Vulpian , Labbé et Goujon, Demarquay, Van lair, Horand et Peuch, Crichton Browne, Troquart, Charbonnel, etc.), quelques-uns signalent la contraction des artérioles (Anstie, Burdon-Sanderson). La dilatation vas culaire a été interprétée différemment par les personnes qui l’admettent : tandis que Troquart et Franck laissent comprendre que le sang afflue dans les capillaires dilatés pour passer ensuite rapidement dans les veines,
CHLORAL
la plupart, croient à une stase sanguine dans les réseaux capillaires des téguments, des muscles et des parenchymes. On a même attribué à cette stase certains cas de nécioses des parties périphériques (Virnicchi).
Revenons sur ces deux points :
Les capillaires sont-ils contractés ou dilatés dans la chloralisation ? Ils passent successivement par ces deux états. En prenant de longs tracés de la pression sanguine et de la vitesse de la circulation, on saisit toutes les modifications et l’on constate, comme nous l’avons dit plus haut :
1 Qu au début, la pression artérielle monte, tandis que la vitesse générale de la circulation diminue ;
2° Qu’un peu plus tard, la pression baisse, pendant que la vitesse s’accroît d’une manière considérable.
Oi , 1 augmentation de la pression associée à la diminution de la vitesse de la circulation dans les artères, à un instant où le cœur se contracte faiblement, ne peut être due qu’au resserrement des vaisseaux capillaires. Au contraire, les modifications ultérieures caractérisent une dilatation des voies d’écoulement périphériques.
Quant à la stase sanguine dans les vaisseaux capillaires, elle n’est possible que dans la dernière période de 1 empoisonnement chloralique. Elle ne peut être admise, en dehors de cette période, étant donnés les tracés de la vitesse de la circulation dans les artères, de la pression dans les artères et les veines. L’augmentation constante de la vitesse, l’élévation de la tension dans les veines, sont deux phénomènes qui démontrent victorieusement que le sang traverse le réseau capillaire avec une grande rapidité, Nous avons dit ailleurs, que le sang rencontre
si peu d’obstacle à traverser certains réseaux que la pulsation artérielle se fait admirablement sentir dans le bout périphérique des veines.
§ IL Chloroforme. — Les chirurgiens ont observé qu'à la seconde période de la chloroformisation, les lèvres et la peau se décolorent. Schiff admet que le sang stagne dans les capillaires et les remplit de plus en plus.; il fait même jouer à la stase sanguine un rôle important dans le mécanisme de la mort, puisqu’il pense que le cœur s’arrête parce qu’il ne reçoit plus son excitant non-, mal, le sang.
Nous ferons remarquer que cette dernière opinion peut être vraie dans l’intoxication chloroformique, lorsque la mort survient lentement, mais qu’elle n’est pas exacte en dehors de ces conditions.
En effet, si nous nous reportons à nos tracés de la vitesse de la circulation artérielle dans la chloroformisation, nous, observons que, peu de temps après l’introduction des premières doses de chloroforme, la vitesse générale diminue, alors que la vitesse systolique augmente, tandis que plus tard, clans la période d’insensibilité, la vitesse générale se relève un peu. Ce qui revient à dire que la rapidité du cours du sang dans le réseau capillaire diminue rapidement au début de l’imprégnation des éléments par le chloroforme, et que, ultérieurement, quand les effets anesthésiques sont dans tout leur dévéloppement, l’écoulement du sang des artérioles dans les veines devient graduellement plus considérable, bien qu’il atteigne rarement la rapidité qu’il présentait à l’état physiologique. De sorte que, si l’on pousse plus loin encore les effets du chloroforme, le sang s’attardera dans les capillaires non parce