EX PÉRI EX G ES N OU VE LL ES
Fig. 12. — Modifications de la circulation artérielle (pression et vitesse ) sous l’ influence d'injections successives dans le sang , de chloroforme et de formiote de soude (synthèse du chloral) (’),
O L 1'. 1", lignes d’absr isse et secondes; 2, 2', 2", tracés de la vitesse du cours du
MuDE D’ACTION DTJ CHLORAL
observe môme un dicrotismc de parez fig. 12, 3, 3', 3").
vitesscassez marqué (com-
Kn résumé, les lignes qui représenteraient l’ensemble des modifications de la vitesse et delà pression artérielles
se îappiocheraient un instant, puis s’éloigneraient l’une de 1 autre sous 1 influence du chloroforme, et enfin, se rapprocheraient de plus en plus après l’introduction du
foi miate de soude, c est-à-dire que là encore le formiate
est venu imprimer à la circulation modifiée par le chloroforme un cachet qui rappelle singulièrement le
cldoral.
Si 1 on cherche 1 influence de ces injections successives sur les contractions du muscle cardiaque, on observe que le chloroforme produit d’abord une légère augmentation du nombre des contractions, puis une légère diminution. L introduction du formiate fait baisser encore
davantage le chiffre des pulsations (6 environ par minute), mais bientôt ce chiffre se relève et ne tarde pas à présenter une augmentation de 18 pulsations par minute.
Autrement dit, l’arrivée du formiate a changé le tableau de la circulation et lui a donné rapidement les caractères qui appartiennent à la chloralisation.
Il résulte nettement, pour nous, de la synthèse que nous avons voulu faire, que l’addition du formiate de soude au chloroforme reproduit dans ses traits principaux les modifications circulatoires qui accompagnent l’introduction du chloral dans l’organisme ; par conséquent il
sang dans la carotide d i cheval ; 3, 3', 3", tracés de la pression et des pulsations dans la carotide.
1, 2, 3, état normal; 1', 2', 3', modifications après l’injection du chloroforme; 1", 2", 3", modifications après l’addition du formiate de soude ;0, 0, 0, ligne du zéro vitesse.
EXPÉRIENCES NOUVEL! ES
est logique d’admettre que le chloral se dédouble bien en formiate et chloroforme dans le torrent circulatoire.
Ce n’était pas assez d’avoir transformé les effets du chloroforme en ceux du chloral par l’adjonction du formiate de soude, nous avons voulu démontrer l’existence du dédoublement en ajoutant les effets du chloral à ceux du formiate de soude. Il est clair que si 1 on obtient les troubles circulatoires qui appartiennent aux fortes doses de chloral en injectant une faible dose de cette substance dans les veines d’un chien qui a reçu déjà une assez grande quantité de formiate, on n’aura fait qu additionner deux effets de même sens. Autrement dit, la petite dose de chloral ajoutée aux doses fortes de formiate sera comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase et qui fait apparaître immédiatement les effets presque toxiques du chloral. C’est ce que nous avons cherché et obtenu dans l’expérience suivante :
Un chien avait reçu déjà, en plusieurs injections, 12 grammes de formiate de soude, lorsqu on se décide à pousser dans sa jugulaire, avec une assez grande rapidité, 2 g r. 1/2 de chloral en solution dans 10 grammes d’eau.
Quinze secondes après l’injection, la pression artérielle s’abaisse brusquement, le cœur s’arrête pendant un quart de minute, puis récupère ses battements. Ceux-ci étaient au nombre de 72 par minute avant l’introduction du chloral; on n’en compte plus que 5 2 par minute quand la contractilité du cœur se rétablit; mais bientôt (30" les pulsations se précipitent; on en compte 120, puis 180 et même 200 par minute; elles deviennent de plus en plus petites, irrégulières, tumultueuses; la pression so
U‘ié\e, tout on restant constamment au-dessous du niveau qu’elle occupait avant la chloralisation.
Ces deux grammes de chloral eussent été incapables de produire d’emblée de semblables effets sur un chien du poids de 18 kilog. environ, car les effets que nous \enons de décrire appartiennent à l'intoxication chloralique. Al. Troquart dit très explicitement dans sa thèse sur le chloral, « qu après la période de ralentissement, les battements du cœur peuvent devenir très fréquents, tumultueux, difficilement perceptibles. Ce sont de véritables palpitations Ges troubles ne se produisent que
quand la chloralisation a été poussée assez loin pour que 1 excitabilité directe ou réflexe des pneumo— gastriques ait disparu
De pareils résultats n’auraient pas été obtenus, si les modifications circulatoires produites par cette dose relativement faible de chloral n’étaient pas venues s’ajouter à des modifications de même nature. Les effets des deux corps se sont additionnés, et il y a lieu d’en déduire que le chloral se décompose en chloroforme et en formiate alcalin dans l’organisme vivant.
Tels sont les arguments nouveaux, tirés de l’étude de 1 influence des agents anesthésiques sur la circulation, que nous voulions produire à l’appui de la théorie du dédoublement.
Examinons maintenant le parti que l’on peut tirer des réactifs physiologiques végétaux.
§ II. Expériences faites sur les végétaux. — En nous adressant aux végétaux, notre but était de tirer parti de toutes les réactions des êtres vivants capables de nous renseigner sur le mode d’action du chloral.
EXPÉRIENCES NOUVELLES
Notre cadre expérimental était calqué sur le précédent. Mais pour saisir comparativement les effets du chloroforme et du cldoral sur les plantes, il était nécessaire de s’adresser* à des espèces douées de sensibilité et de mouvements provoqués. Nous avons naturellement songé à la sensitive, ce végétal à sang chaud , comme l’a appelée M. P. Bert. C’est sur cette plante que nous avons principalement expérimenté, espérant que, grâce à son exquise sensibilité, elle pourrait nous donner des résultats intéressants s'il était possible d’en obtenir en suivant cette voie.
Plusieurs physiologistes avaient déjà étudié 1 influence anesthésique de l’éther et du chloroforme sur la sensitive. Ils avaient aboli 1 irritabilité de cette priante en la plongeant dans une atmosphère limitée chargée des vapeurs de ces deux agents.
Devions-nous, dans nos recherches comparatives sur le chloroforme et le chloral, persister dans ce mode d’administration ?
On sait qu’il est difficile d’endormir de petits animaux avec les vapeurs qui se dégagent de l’hydrate de chloral ; de sorte que les tentatives de ce genre que nous aurions faites sur les végétaux étaient probablement appelées à échouer. Cependant il importait que nous fissions pénétrer sûrement le chloral et le chloroforme dans les tissus de la sensitive. C’est en présence de cette difficulté que nous nous sommes décidé à essayer de l’absorption par les racines intactes.
Nous croyons être le premier à tenter ce mode d’introduction des anesthésiques ; aussi convient-il que nous indiquions avec quelque détail le procédé que nous avons suivi.
Los solutions de chloral avec lesquelles nous arrosions nos sensitives étaient à 1, 2 ou 3 centièmes. Nous avons î emarq ne que 1 eau chloroformée, telle que la préparait M. Cl. Bernard, c est-à-dire l’eau chargée du chloroforme qu’elle peut dissoudre, est insuffisante. Le chloroforme pur produit des effets lents et incertains ; quand ils sont positifs, la plante est perdue. Nous avons recouru, pour administrer le chloroforme, au mélange suivant qui nous a toujours donné des résultats excellents :
Chloi oforme 3 centim. cubes.
Eau 60 — —
Ce mélange était fortement agité, de manière à diviser le chloroforme autant que possible, jusqu’au moment où il était versé sur la terre dans laquelle végétait la sensitive.
Lorsque la plante paraissait peu excitable ou lorsqu’elle était un peu volumineuse, la dose de chloroforme était portée à 5 centimètres cubes.
Rapportons brièvement les résultats que nous avons obtenus.
Quand on arrose la terre où végète une sensitive (nous supposons la sensitive en pot) avec 3 ou 5 centimètres cubes de chloroforme mélangés à (30 ou 100 grammes d’eau, on observe deux effets distincts : 1° des mouvements provoqués par l’action excitante du chloroforme sur le tissu des bourrelets situés à la base des pétioles communs et des pétioles secondaires; 2° une diminution ou une abolition pa sagère de l’irritabilité.
Les mouvements consistent en un abaissement brusque des pétioles communs et dans l’application des folioles
expériences NOUVELLES
opposées les unes contre les autres. La chute des pétioles communs arrive successivement de la base vers le sommet de la tige, c’est-à-dire au fur et à mesure que le chloroforme absorbé par les racines parvient à l’insertion des feuilles. (Nous nous sommes assuré que le chloroforme était bien parvenu à la base des feuilles au moment où elles s’abaissaient, et que leur déplacement n’était pas dû à l’action du chloroforme sur les radicelles) . Souvent au bout d’une demi -heure ou d’une heure, les pétioles communs se redressent graduellement, les folioles s’ouvrent ; ce phénomène marche du sommet vers la base de la tige ; mais la plante n’a pas pour cela recouvré son excitabilité. On peut toucher le bourrelet inférieur des feuilles sans provoquer de mouvement. 11 faut souvent une heure et demie ou deux heures pour voir réapparaître la sensibilité; et quand la plante a été chloroformée plusieurs fois de suite, l’irritabilité est encore incomplètement revenue au bout de trois, quatre ou cinq jours. Dans ce cas, les feuilles des sensitives conservent un bel aspect, mais les pétioles communs sont inexcitables, et les folioles irritées ne se ferment qu'incomplètement et avec une grande lenteur.
Pour mieux faire comprendre la marche de ces phénomènes, nous allons transcrire deux expériences, telles que nous les trouvons rédigées dans notre registre de notes.
27 septembre 1878. — L’expérience se fait dans une serre dont la température est de 21°. Au dehors, le ciel est nuageux et ensoleillé.
Je prends un pied de sensitive vigoureux et je le place à l’avance sur une tablette de la serre exposée au soleil.
MODE D'ACTION Df CHI ORAL
A 1 li. JO, je 1 arrose avec la solution suivante :
Chloroforme, 5 centimètres cubes,
Eau, 100 grammes.
U S0luti0n est rfitenue tout entière dans la terre ; il ,,’en sort pas ni. e goutte par l’orifice inférieur du vase.
Un quart d’heure après l’arrosage, j’observe que le pétiole commun de la feuille inférieure s’incline brusquement: quelques secondes plus tard, ses folioles se relèvent et s’appliquent les unes contre es autres. Ces mouvements se propagent régulièrement de as en haut, a toutes les feuilles, excepté la dernière (la sixième) q.u persiste dans sa position; il s’écoule de 1 à 3 minutes entre i abaissement de chaque feuille.
A 1 heure 50, je constate que les pétioles communs se sont un peu relevés; ils sont absolument inexcitables; je ne provoque aucun mouvement en touchant la face inférieure de la base.
3 heures, folioles toujours exactement fermées; les pétioles communs se sont redressés; ils ont repris une partie de leur excitabilité; en touchant leur face inférieure ils s’inclinent, mais avec plus de lenteur qu’à l’état normal.
Cette expérience démontre bien que le premier effet de l'introduction du chloroforme dans la sensitive est une excitation qui met en jeu les organes moteurs de cette plante, et l’effet secondaire consiste dans l’anéantissement momentané de l’irritabilité de ces organes.
Voici une deuxième expérience :
5 octobre 1878. — Température de la serre 33°. Ciel superbe; le soleil vient de quitter l’horizon.
Un vase présente trois sensitives inégalement développées. A 1 heure 30', la terre du vase est arrosée avec 5 centimètres cubes de chloroforme associés à 60 grammes d’eau.
Toutes les feuilles de la plus petite des sensitives sont fermées 6' 15" après l’arrosage; celles de la sensitive moyenne, au bout de 25' 44"; enfin, les quatre premières feuilles du pied le plus fort, au bout de 13' 34"; la dernière feuille de cette plante ne s’abaisse pas.
A 5 heures 1/2 du soir, je constate que toutes les folioles sont
EXPÉRIENCES NOUVELLES
encore fermées sur toutes les feuilles, et que malgré cela les pétioles communs ont repris à peu près toute leur excitabilité.
Les G et 7 octobre, les trois plantes vont bien ; les feuilles des extrémités sont très excitables; celles du bas le sont beaucoup moins.
Voilà encore trois sensitives qui,- après avoir perdu leur irritabilité sous l’influence de l’absorption radicellairedu chloroforme, ont récupéré leur excitabilité et sont même parvenues, en peu de jours, à éliminer l’anesthésique qu’elles avaient absorbé.
Le chloral est loin de se comporter de la même manière.
Ce corps est offert aux racines de la sensitive à dose faible ou à dose forte. La différence entre ces doses n'est pas grande, car à 1 gramme la dose est faible, et à 2 grammes elle est souvent toxique; à 3 et 4 grammes, le chloral tue la plante à bref délai.
Si le chloral est administré à dose faible, la plante survit toujours; elle parvient à éliminer le- corps qu’elle a absorbé;mais elle ne présente aucun mouvement insolite et son irritabilité n’est en rien modifiée. On en jugera par l’expérience suivante :
l°r octobre 1878. — Ciel beau; soleil brillant; température de la serre 25°.
A 8 h. 30' du matin, on arrose une sensitive avec un 1 gramme d’hydrate de chloral dissous dans GO grammes d’eau.
10 heures. — Sensibilité intacte ; une feuille qui s’était inclinée à la suite d’une excitation mécanique est complètement redressée à 11 h. 15'.
2 h. ; 3 h. ; 4 li. ; 5 h. 1/2 ; les pétioles communs sont toujours très irritables.
G heures. — Toutes les feuilles commencent à opérer leur mou-
vement nocturne; on ne remarque pas rie différence entre elles et les feuilles des sensitives voisines qui sont intactes.
Le lendemain matin, réveil parfait.
3 octobre. — La plante ne parait pas avoir souffert de son arrosage.
8 octobre. — La plante se porte toujours aussi bien que possible.
Si la plante absorbe 2 grammes de cliloral, tantôt elle survit en présentant des signes d’un trouble profond dans sa nutrition, tantôt elle meurt au bout de trois à quatre jours ; voici des exemples :
30 septembre 1878. — Ciel beau ; température 26°.
9 h. 10 du matin; j’arrose une sensitive avec 2 gr. de chloral dans 100 gr. d’eau.
Jusqu’à 10 heures, pas le moindre changement dans l’état de la plante.
12 h. Ij2, feuilles tombantes, folioles fermées ; pétioles communs légèrement excitables.
De 2 h. 1/2 à 6 h. du soir, même état.
1er, 2 et 3 octobre. — Folioles étalées; les feuilles inférieures jaunissent un peu, mais les pétioles communs et les folioles sont encore excitables.
Il est certain que cette plante n’a jamais présenté les véritables signes de l’anesthésie ; mais elle a souffert de l’absorption du chloral. Dans le cas suivant la plante en est morte.
20 août 1878. — Ciel couvert. Température de la serre 22°.
Un vase contenant une sensitive est arrosé, h 9 heures du matin, avec 100 gr. d’eau tenant en solution 2 gr. de chloral.
9 h. 40. — La feuille supérieure se ferme spontanément devant moi ; il est vrai qu’un nuage vient de cacher le soleil. Par des excitations mécaniques, je fais fermer toutes les feuilles.
10 h. 5. __ Toutes les feuilles ont repris leur port habituel.
EXPK R I ENCES NOUVELLES
3 h. — Les folioles sont légèrement fermées; les pétioles communs sont horizontaux et leur irritabilité a disparu.
7 h. Les pétioles communs s’inclinent de plus en plus.
Le 21 août, 7 h. du matin. — Toutes les sensitives intactes sont parfaitement réveillées ; les folioles de la sensitive chloralisée sont fermées, les pétioles communs sont de plus en plus flasques et de plus en plus infléchis.
22 août. — La sensitive présente tous les signes de la mort.
Avec des doses de 3 et 4 grammes, la mortification arrive encore plus vite. Dans aucun cas, nous n’avons obtenu les mouvements et l'inexcitabilité passagère qui caractérisent l’absorption du chloroforme. Le cliloral ab sorbé se fixe dans la plante et, lorsqu’il s'y fixe en quantité assez considérable, il la tue.
Ges expériences ne paraissent pas favorables à la théorie qui admet que les effets anesthésiques du chloral sont dus au chloroforme que ce corps abandonne dans l’organisme. En effet, puisque le chloroforme anesthésie animaux et plantes, pourquoi le chloral n’agit-il pas de la même manière dans les deux règnes ?
Si, au lieu de se borner à constater cette différence, on en cherchait la cause, peut-être trouverait-on en ellemême un argument sérieux en faveur de la théorie qu’elle semble combattre au premier abord.
Le chloral rencontre-il dans le tissu de la sensitive l’alcali indispensable à la production du chloroforme? En essayant avec le papier de tournesol, le liquide filtré qui s’écoule de tiges feuillées et vertes de sensitives préalablement réduites en pulpe, on obtient une réaction franchememt acide. Par conséquent, le chloral ne rencontre pas dans le tissu do la sensitive les conditions qui
président à la formation du chloroforme. Il n’est donc pas étonnant qu’il 11e produise pas d’effets anesthésiques sur cette plante.
Nous avons tenté de fournir la contre -épreuve du fait que nous venons d’avancer, par une pratique téméraire. Nous nous sommes demandé s'il ne serait pas possible de faire app'raître les effets anesthésiques du chloral, en le faisant absorber par une sensitive dont le tissu aurait été alcalinisé préalablement.
C’est dans cet ordre d’idées que nous nous sommes livré aux deux tentatives suivantes :
1° 9 octobre 1878. — Je fais absorber à une sensitive 2 grammes de potasse dissous dans 40 grammes d’eau. Au bout d’un quart d'heure, j’arrose la terre dans laquelle végète la plante avec 3 grammes de chloral dissous dans 30 grammes d’eau. J’observe cette sensitive pendant deux heures : je ne constate aucun changement ni dans la position ni dans l’excitabilité des feuilles.
2° Même jour. — J’arrose un autre pied desensitive avec 20 centimètres cubes d’ammoniaque du commerce additionnés de 40 gr. d’eau. 15 minutes après, j’arrose avec une solution de chloral. Pas de changement dans l’excitabilité de la plante.
Dans la même journée, nous avons enlevé un ramuscule à chaque plante, nous l’avons réduit en pulpe, et nous en avons extr^L un suc franchement acide. Malgré les alcalis que nous avions offerts aux racines, nous n’avions pu changer la réaction des tissus de la sensitive.
Néanmoins le résultat de nos premières expériences subsiste en entier. La sensitive ayant une réaction acide, le chloral 11’y rencontre pas la condition nécessaire à la production du chloroforme. Par conséquent, les résultats négatifs que nous avons obtenus dans la chloralisation de
EXPÉRIENCES NOUVELLES la sensitive parlent plutôt en faveur de la théorie du dédoublement. Autrement on ne pourait expliquer que le chloral perdit ses propriétés en passant des auimaux dans la sensitive, qui est si sensible à l’action des autres anesthésiques.
Nous conclurons donc en faveur de la théorie du dédoublement.
Toutefois, en regardant le dédoublement du chloral comme certain, nous ne prétendons pas que les effets de la chloralisation soient identiques à ceux de la chloroformisation. Nous avons démontré, au contraire, ce que n’avaient pas fait nos devanciers, que les modifications circulatoires de la chloralisation étaient la résultante de l’action du chloroforme et duformiate de soude sur les parties centrale et périphérique du système circulatoire sanguin. Nous avons même ajouté que les effets de ces deux substances devaient être associés à certains autres propres au chloral, attendu que ce corps ne se dédoublait pas instantanément et complètement à son arrivée dans la circulât on. La lenteur avec laquelle le chloroforme est mis à nu explique même pourquoi la chloralisation ne donne pas lieu à une période d’excitation vive, comme celle qui accompagne l’introduction dans les vaisseaux d’une certaine quantité de chloroforme peu diluée.
Les nouvelles preuves que nous avons fournies à l’appui du dédoublement ne nous dispensent pas d’examiner si la théorie de Liebreich est soutenable dans tous ses points, c’est-à-dire si le chloral doit réellement et exclusivement ses propriétés anesthésiques au chloroforme qu’il engendre à l’intérieur de l’organisme.
M. Byasson croit que les effets anesthésiques du chloral
MoDE D'ACTION DU CULORAU sont dus à 1 action combinée du chloroforme à l’état naissant et de l’acide formique. Cet acide se transformerait finalement en acide carbonique et ajouterait ainsi à 1 eifet du chloroforme son action anesthésique ou asphyxique.
La rôle attribué à l’acide formique, dans les conditions expérimentales où s’est placé M. Bvasson, est une simple vue de 1 esprit, car il n’a jamais expérimenté le formiate isolé de toute action étrangère; en outre, rien ne démontre que l’anesthésie soit comparable à l’asphyxie. Dans les nombreuses injections de formiate de soude que nous avons faites, nous n’avons observé une diminution de la sensibilité qu’après l’administration de doses toxiques.
Partisan du dédoublement, nous pensons que les fortifiâtes alcalins contribuent à l’anesthésie en portant le chloroforme plus rapidement et en plus grande abondance aux centres nerveux et à la terminaison des nerfs sensitifs, grâce à l’action vaso dilatatrice qu’ils exercent. Ce qui revient à dire que nous attribuons essentiellement l’anesthésie au chloroforme.
Nous avons rappelé plus haut que M. Vulpian, qui accepte le dédoublement, ne croit pas que l'anesthésie soit explicable par cette théorie.
Quand on admet le dédoublement, nous comprenons difficilement que l’on se refuse à accorder au chloroforme qui est mis à nu les propriétés anesthésiques du chloral; car il est impossible que ce chloroforme circule dans les vaisseaux sans produire ses effets spéciaux. MM. Labbé et Goujon sont plus explicites que M. Vulpian; ils ne peuvent accepter la transformation. Nous ne devons pas reculer devant l’examen de leur principale objection, « Coin-
EXPÉRIENCES NOUVELLES
ment comprendre, dit M. Labbé, l’action brusque, subite, rapide de l’hydrate de chloral, cet agent qui, à la dose de 1 gramme, peut faire dormir au bout d'un quart d’heure? La proportion du chloroforme qui en dériverait n’est pas plus de 0 gr. 76. Est-il admissible qu’une dose aussi minime soit apte à faire dormir d'un sommeil profond et prolongé? Assurément non. »
Il est évident que ces auteurs ont comparé involontairement les doses de chloroforme administrées par inhalation avec ce que donnent théoriquement les doses usuelles de chloral, au lieu de comparer les quantités de chloroforme qui, dans l’un et l’autre cas, pénètrent réellement dans l’arbre circulatoire. Il n’est pas besoin d'insister pour démontrer que dans l’inhalation, une proportion considérable de chloroforme, après avoir été mélangée un instant à l’air du poumon, est rejetée définitivement dans l’atmosphère ambiante en pure perte. Ce n’est donc pas entre des termes dont l’un est extrêmement variable, qu’il faut établir une comparaison; on doit la faire entre les quantités de chloroforme introduites dans le sang.
Dans ces conditions, on s’assure expérimentalement que la quantité de chloroforme nécessaire pour endormir un animal est toujours inférieure à celle que fournirait
une dose anesthésique de chloral. Ainsi, avec 8 à 10 centim. cub. (5gr. 57 à 6 gr. 5) de chloroforme très-étendus injectés graduellement et lentement dans les veines, nous avons endormi admirablement de grands solipèdes; pour obtenir le même degré d’insensibilité avec le chloral nous étions obligé d’en injecter 30 à 40 grammes. Or l’hydrate de chloral donnant 72,2 0/0 de chloroforme, en
présence des alcalis, la quantité nécessaire pour endormir un cheval en fournira de 22 à 30 grammes, c’est-àdire environ 5 fois plus qu’il n'en faut à l’état libre pour obtenir le même résultat. En tenant compte delà lenteur avec laquelle se fera le dédoublement, on voit que le sang renfermera pendant un laps de temps 5 à 6 fois plus long que le sommeil chloroformique, une dose de chloroforme à l’état naissant suffisante pour entretenir l’anesthésie.
Conclusions. — Nous résumerons dans les conclusions suivantes les résultats de nos expériences :
1° Le chloral se dédouble dans le torrent circulatoire en chloroforme et formiates alcalins.
2° Les effets du chloral sur les fonctions autres que la sensibilité ne sont pas semblables à ceux du chloroforme.
3° Les modifications circulatoires que produit le chloral expriment une résultante des modifications propres au chloroforme et au formiate.
4° On peut en dire autant des modifications des principales fonctions, respiration, calorification.
5° Les effets anesthésiques du chloral sont dus entièrement au chloroforme qu’il fournit dans l’organisme.
6° Le formiate alcalin favorise mécaniquement l’anes-
thésie en facilitant le transport du chloroforme au contact des éléments nerveux.