ÉTUDE EXPÉRIMENTALE
Dès 1876, nous avons entrepris avec M. Léon Tripier des expériences comparatives avec le chloroforme et Péther sur de jeunes chats dans le but de vérifier la géiié-
ÉTHER ET CHLOROFORME
ralito du lait que la clinique avait révélé accidentelle ment. Les produits que nous avons employés étaient exempts d impuretés; ils ont été examinés par notre collègue M. Péteaux, professeur de chimie à l’École vétérinaire de Lyon.
Expérience I. — Chat dgè de trois semaines . On administre 10 à 15 grammes d’éther au moyen de l’éponge et du bonnet, comme chez l’homme. Période d’excitation très courte. Au bout d’une minute environ les mouvements respiratoires s’arrêtent, le cœur se ralentit. On enlève l’éther; la respiration se rétablit, le cœur bat plus fréquemment et plus régulièrement. Quelques secondes plus tard, on réadministre l’étlier: nouvel arrêt des mouvements respiratoires. Suspension, puis reprise de l’éthérisation : arrêt de la respiration et du cœur ; les réflexes consécutifs à l’excitation de la cornée ont disparu.
On essaye de réveiller les mouvements respiratoires par tous les moyens employés en pareil cas. Le cœur reprend ses battements; la respiration spontanée apparaît à son tour; elle est brusque, un peu forcée dans l’expiration ; le cœur bat ensuite avec une telle violence qu’il soulève la paroi thoracique. Les réflexes cornéens reparaissent à leur tour, et bientôt tout est fini, sauf l’ivresse anesthésique.
Expérience II. — Chat , frère du précèdent. On lui administre environ 8 grammes de chloroforme sur une compresse. La période d’excitation survient seulement 1 minute 1/2 après le début de l’administration. Au bout de 3 min les, la résolution musculaire est complète; on pince énergiquement la peau sans provoquer de réaction; plus de réflexes cornéens. La respiration et la circulation vont en s'accélérant de plus en plus ; nous n observons pas d,' arrêt comme sur le sujet qui a été soumis à V ac ■ tion de V éther .
On cesse la chloroformisation : les mouvements respiratoires se ralentissent; le cœur bat moins fréquemment ; les mouvements réflexes reparaissent (ablutions d'eau froide sur la tète); 1 animal se met sur ses pattes et marche en titubant.
Expérience III. — Chat âgé de deux jours. On lui tait respi-
DIFFÉRENCES SUR LES JEUNES SUJE'IS lo3
rer de l’éther à l’aide du bonnet. D’abord, le petit animal ne respire pas; mais la respiration s’établit, le sujet s’agite, et en moins cl'une minute le thorax s'immobilise.
On retire l’éther et, au bout de 20 secondes, la respiration se rétablit, irrégulière d’abord, puis de plus en plus uniforme.
Expérience IV. — Chat, frère du précèdent. Ce très jeune animal est endormi au moyen de la compresse imprégnée de chloroforme. Il commence par crier; la respiration est irrégulière, mais on ne constate pas d’arrêt à proprement parler. Cinq minutes environ après le début des inhalations, ce chat est dans la resolution musculaire complète.
Voilà quatre animaux, jeunes, absolument indifférents aux dangers qu’ils allaient courir, qui ont réalisé très nettement les prévisions de notre collaborateur. La respiration s’est arrêtée avant le cœur sur les deux sujets de même âge et de même espèce soumis à l’action de l’ether.
Pour s’assurer que les phénomènes que nous avons ob servés sur le sujet de l’expérience I ne tiennent pas à des conditions accidentelles passagères, on le reprend quatre jours plus tard, on le soumet de nouveau, à jeun, à l’action de l’éther.
Expérience V. — Chat âgé de trois semaines et demie. Administration de 8 à 10 grammes d’éther avec le bonnet. Comme dans l’expérience I, la période d’excitation survient au début. Au bout del' 1/2, la respiration devient irrégulière; elle s'arrête de temps en temps, en inspiration; le cœur bat violemment. Trois minutes après le commencement des inhalations, les mouvements respiratoires sont rares et on note une discordance entre le flanc et les côtes : le flanc se soulève d’abord, les côtes ensuite. A la quatrième minute, la respiration se suspend complètement; les battements du cœur deviennent très irréguliers. On éloigne l’éther ; on se met en devoir de rétablir la respiration. Celle-ci de
ETHER ET CHLOROFORME
vient spontanée après une minute de manœuvres; le sujet revient peu a peu a l’état normal. J ient
L impressionnabilité de cet animal pour l’éther ne tenait donc pas à une prédisposition journalière.
Pour se convaincre qu’elle est due à l’âge des sujets P utot quaux prédispositions individuelles, nous reprenons les deux animaux des expériences I et II, et nous administrons le chloroforme à celui qui avait reçu l’éther
et 1 ether a celui qui avait été primitivement chloroformé.
Expérience VI. — Chat âgé de 28 jours, ayant précédemment supporté l’action du chloroforme sans présenter d’accidents. <>n lui fait respirer de l'éther avec le bonnet.
2o" aPrés le début> la respiration se ralentit et s’arrête de temps en temps en inspiration; les arrêts durent 6, 7, 8 secondes.
8' après, la résolution musculaire est complète, la respiration irrégulière.
o après, arrêt complet et définitif de la respiration et du cœur.
^ toutes les tentatives faites pour ranimer l’animal, y compris l’électricité, échouent.
Expérience 'VU. • Chat âgé de 28 jours ayant été sauvé quelques jours auparavant d’une mort imminente produite par 1 ether. Administration du chloroforme par le système de la compresse.
Au début, la respiration est un peu agitée. 5' 30" après le comlnencement des inhalations, l’an mal est endormi, les réflexes cor-néens ont disparu, et il n’a pas présenté l’arrêt des mouvements respiratoires.
On se propose alors de pousser l’administration du chloroforme jusqu à la mort. La respiration ne s’arrête qu’à la 48« minute après le début de l’anesthésie ; à ce moment, le cœur bat avec lenteur. Quelques minutes plus tard, cet organe précipite ses mouvements ; il ne s arrête définitivement qu’au bout d’une heure.
Il nous semble parfaitement établi maintenant, que les
différences sur les jeunes sujets jeunes animaux sont plus sensibles à l’action de 1 éther qu’à l’action du chloroforme.
Au surplus, nous avons observé, en expérimentant sur des animaux plus ou moins âgés, mais tous dans la première période de la vie, que l’influence fâcheuse de l’éther diminue d’intensité quand l'âge des sujets augmente.
Voici un exemple que nous prenons parmi ceux que
nous possédons :
Expérience VIII. — Chat âgé de 7 mois. Il est vigoureux et en parfaite santé. On lui administre environ 12 grammes d’éther. Presque pas d’excitation. L’animal ralentit volontairement sa respiration au début; bientôt celle-ci devient rapide, régulière, à expiration bruyante. Au bout d’une minute et demie, la cornée est insensible. Onpoursuit encore; la résolution musculaire est complèteauboutde5minutes,larespiration s’arrête, le cœur bat encore.
On éloigne l’éther; on comprime alternativement le thorax, on excite la base delà langue: respirations d’abord brusques, éloignées les unes des autres et bientôt régulières. On consigne, au moment même, sur le registre d’expériences, que ces accidents ne sont pas comparables, en gravité et en rapidité, à ceux que nous avons observés sur les très jeunes chats des expériences I et III.
Le mode d’administration n’influe pas sur les résultats. L’expérience le démontre et prouve, en outre, que les accidents causés par l’éther sur les jeunes sujets ne sont pas liés à l’excitation des filets du trijumeau par les vapeurs anesthésiques.
Expérience IX. — Chat, âgé de 15 jours. On fixe un tube de verre dans la trachée et l’on met ce tube en communication avec un flacon à deux tubulures contenant une petite quantité d’éther. La respiration s’agite aussitôt ; on remarque des séries de grands mouvements respiratoires séparées par quelques mouvements plus petits. Au bout de deux minutes, la sensibilité de la cornée a disparu.
Les mouvements respiratoires plus ou moins irréguliers durent 16 11
Mode D'action du chloral
tué au bout do °œUr ba‘ L'animal est
Nous ne transcrirons pas un plus grand nombre
expériences ; nous ferons seulement remarquer que
nous avons constate plusieurs fois les faits que nous ve -
nons de signaler ; nous avons aussi vérifié que les chats
adultes sont tues moins rapidement et moins inopinément que les jeunes.
L expérimentation a donc reproduit, dans le même ordre, sur de jeunes animaux, tous les accidents que M. L Tripier et M. Marduel ont observés en administrant 1 etker à des enfants. Elle a démontré, en outre que cette plus grande impressionnabilité des jeunes sujets pour lether est bien due à l'âge et non aux prédispositions journalières ou individuelles, et qu’elle est indépendante de l’action locale que les vapeurs anesthésiques exercent sur les premières voies respiratoires.