INJECTIONS D'ÉTHER
est dépasse la pression initiale; cette rnodificationcst proportionnellement mieux marquée dans l’oreillette que dans le ventricule. On observe les signes d’une assez vive excitation; la respiration s’accélère, le sujet exécute quelques mouvements de défense ; le nombre des révolutions cardiaques passe de GO à 150 par minute; les systoles sont plus énergiques et plus brèves; le levier qui correspond au ventricule, s’élève très brusquement au début de chaque systole, la force des systoles est à son maximum 4 minutes après l’introduction de la deuxième dose de chloroforme; elle diminue ensuite graduellement, tout en restant plus grande qu’elle l’était au début de l’expérience. Pendant le quart d'heure suivant, tout baisse , pression intracardiaque, force des systoles, nombre des battements ; ce dernier tombe à 66 par minute ; la force est moins grande qu’à l’état normal. L’expérience se prolonge avec ces caractères encore plus de 30 minutes.
En résumé, cet animal a admirablement dormi pendant plus de quarante minutes ; on l’a sacrifié avant qu’il fût réveillé. Durant cette période, le cœur s’est fait remarquer : 1° par l’accélération de ses battements; 2° par l’augmentation de la pression intra auriculaire et intraventriculaire; 3° par une augmentation de l’énergie et de la brièveté des systoles; 4° par un affaiblissement de la force des systoles dans la période la plus avancée de l’anesthésie.
§ 111. Éther, — Pour amener l’anesthésie chez les grands animaux, il faut introduire dans les vaisseaux une grande quantité d’éther fortement dilué. Si cette substance n’est pas en suspension dans un grand volume d’eau > elle
entraîne une vive excitation pendant laquelle l’animal se débat violemment, hennit, expire bruyamment, pendant laquelle aussi les yeux pirouettent dans les orbites ou se convulsent en dedans. Si l'éther est dilué et injecté à doses fractionnées, on n’observe qu’une faible excitation après chaque injection et l’on n’assiste pas à un spectacle qui vous fait craindre immédiatement pour la vie du sujet.
Un cheval reçoit dans ces conditions 110 centimètres cubes d’éther. On l’a tenu une heure environ sous l’iniluence de cet anesthésique, néanmoins la sensibilité n’a jamais été complètement abolie.
Les tracés cardiographiques recueillis dans ce laps de temps ont offert les modifications suivantes :
A partir de la première injection, la pression baisse constamment dans le cœur droit; il faut excepter les courts instants qui suivent chaque injection ; l’abaissement est proportionnellement plus considérable dans l’oreillette que dans le ventricule ; la force des systoles augmente très légèrement, surtout pendant les périodes d’excitation qui accompagnent l’introduction des doses d’éther, mais les systoles s’ allongent ; enfin le nombre des battements , qui passe graduellement de 42 à 66 pendant la première moitié de l’expérience, revient insensiblement de 66 à 48 pendant la seconde moitié.
Gomme on peut le voir, le chloral, le chloroforme et l’éther modifient le muscle cardiaque chacun d’une manière différente. Si tous les trois entraînent une accélération, ils le font avec des variantes qui leur donnent une physionomie particulière. Le chloral commence par un
ïu
INJECTIONS D’ÉTIIER
ralentissement, le chloroforme amène rapidement au maximum ; l’éther produit cet effet prog ressivement ; enfin, il est juste de dire que le chloroforme est celui qui provoque l’accélération la plus considérable. Si le chloral et l’éther produisent, pendant l’anesthésie, une diminution de la pression dans les cavités du cœur droit et un ralentissement dans la contraction de la fibre musculaire cardiaque, le premier affaiblit la systole, tandis que le secona augmente son énergie. Le chloroforme, de son côté, se fait remarquer par une augmentation de la pression dans le cœur droit et une augmentation dans la force et la brusquerie des systoles.
11 est donc impossible, sous ce rapport, d’assimiler nos trois principaux anesthésiques, et l’on voit que, dans le cas où l’on aurait à redouter l’engouement du cœur, il faudrait recourir de préférence au chloroforme.
Nous ne voulons pas quitter ces tracés cardiographiques avant d’en avoir tiré des renseignements sur l’état de la circulation pulmonaire pendant l'anesthésie chloroformique, chloralique et éthérique.
Les cavités du cœur droit poussent le sang dans le réseau pulmonaire ; si les résistances diminuent au-devant d'elles, la pression baissera à leur intérieur, et réciproquement, si les résistances augmentent. Or, pendant la chloralisation et l'éthérisation, la pression baisse dans le cœur droit, tandis qu elle augmente pendant la chloioformisation. 11 faut donc en conclure que dans les deux premiers cas, les résistances diminuent en avant du cœur, tandis qu’elles augmentent dans le troisième. La diminution ou l'augmentation des résistances sont ducs a
EFFETS IMMÉDIATS 1 état de dilatation ou de resserrement du réseau capillaire du poumon. En conséquence, la circulation pulmonaire sera rapide et abondante pendant l’action du chloral et de l’éther ; elle sera ralentie pendant Faction du chloroforme.
ARTICLE 1
COMPARAISON DES EFFETS IMMEDIATS DES INHALATIONS DE CHLOROFORME ET d’ÉTHER SUR LE CŒUR
Le chloroforme et l’éther donnés en inhalation exercent sur le cœur des effets immédiats très utiles à comparer au point de vue pratique.
Tous les médecins ont observé au début de 1 administration des anesthésiques une période d’excitation pendant laquelle le cœur et la respiration s’accélèrent violemment. Quelquefois la mort survient brusquement au début ou dans le cours de cette période.
M. Bert1 a démontré, en la supprimant à l’aide d'inhalations trachéales, que cette période était due à l’action irritante exercée par les vapeurs anesthésiques sur les nerfs sensitifs des premières voies respiratoires. Dogiel, Holmgreen et Grade, Hering et Kratschmer, Krishaber, Franck2, ont constaté expérimentalement que les syncopes souvent mortelles qui surviennt à ce moment reconnaissent la même cause.
Mais on a noté, outre le phénomène signalé par ces
1 Sur faction élémentaire des anesthésiques et sur la période dite d'exci* tation qui accompagne leur administration. Acad, des Sc. 1867.
- Travaux du laboratoire de M. Marey. 1876, p. 231.