‹ Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibilitéChapitre 100 sur 132 · CHLOROFORME · texte numérisé non relu

CHLOROFORME

Elle ne se plaint pas du tout. Une fois réveillée, elle ne sent rien, ni la blessure, ni la brûlure; pendant une demiheure, elle croit qu’elle n’est pas opérée et se lamente, s’imaginant qu’on l’a négligée. X... est chloroformée pour une fistule vésicale ; pendant l’opération je lui dis : Comment cela va-t-il? Elle répond : Cela ne va pas mal. A ce moment je la pince très-fortement et elle ne sent rien. X... est opéré d’une tumeur du testicule; pendant qu’on l’opère, il ne respire plus bien. Je lui introduis fortement dans la bouche une pince pour lui prendre la langue. Otezmoi donc cette cigarette, dit-il aussitôt. Réveillé, il ne conserve aucun souvenir. X... est chloroformé pour une amputation du pied; pendant qu’on lui lie les grosses artères, temps très-douloureux de l’opération, je lui passe une barbe de plume sons le nez. Ne me chatouillez donc pas les narines, dit-il. J’ai cité (1) le fait d’un jeune homme qui, étant chloroformé, pendant qu’on lui liait le cordon spermatique, entendit sonner la demie, et il dit tranquillement : Voici onze heures et demie. Au réveil, il n’eut aucun souvenir de ce fait. Un malade chloroformé pour une résection partielle du pied prétendit avoir été mal endormi et cependant n’avoir pas souffert. Je sentais tout ce qu’on me faisait, disait-il, mais c’était comme sur une jambe de bois. D’autres malades mal endormis accusent une sensation de pression et de pesanteur dans la région qui est incisée. Peut-être faudrait-il rapprocher ce fait de cette sensation de pesanteur et de pression que Robin et Béraud (2) ont dit être éprouvée par les malades à qui on fait subir une violente cautérisation.

(1) Journ. de Vanat. et de la physiol., 1875, t. XI, p. 374.

(2) Elém. de physiol., t. I, p. 140.

260 EFFETS

Chez les enfants l’analgésie est presque instantanée (1)., Dès les premières bouffées ils deviennent insensibles à la douleur. Il semble qu’il en soit de même pour les hystériques chez qui la sensibilité, si vive en apparence, est si fragile pourtant et toujours sur le point de disparaître. Récemment j’ai observé une fille de 14 ans (salle Saint-Augustin, n® 28), hystérique, quoique non réglée encore, et atteinte de contracture des muscles de la région externe de la jambe. On la chloroforma pour redresser sa jambe et la mettre dans un appareil inamovible. Dès les premières inspirations de chloroforme, la contracture avait disparu et l’insensibilité était complète. Cependant la malade avait conservé toute son intelligence et répondait très-nettement à toutes mes questions. Elle avait les yeux ouverts, et sans l’insensibilité qui était complète, on n’aurait pas vu qu’elle était chloroformée.

Lacassagne, qui a étudié avec soin (2) les phénomènes psychologiques du chloroforme, admet que l’action de cette substance porte d’abord sur la sensibilité, ensuite sur la sensitivité. La sensibilité est excitée, émoussée, faussée ; peu à peu elle disparaît. Ce n’est que plus tard que les fonctions intellectuelles se troublent et produisent alors des sensations subjectives de toutes sortes. Quelquefois, il y a une sorte de catalepsie cérébrale, le malade reprenant la conservation au point où il l’avait laissée. Un fait analogue se rencontre assez souvent dans certains cas d’épilepsie, d’hystéro-épilepsie, et même dans le tic douloureux de la face.

(1) Bergeron. Th. inaug. Paris, 1875. Bit chloroforme chez les enfants.

(2) Mém. de l’Acad. de mêd., 1868.

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