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DES HYPERESTHÉSIES DU SYMPATHIQUE

qui servent aux opérations, le sang est presque dépourvu dé fibriné comme le sang des animaux surmenés. Quant aux dyspepsies et aux troubles des fonctions digestives qu’entraîne une douleur prolongée, c’est un phénomène plus psychique que physiologique, et la douleur agit comme le chagrin et les privations.

Le grand sympathique peut aussi être le siège d’une hypéresthésie plus ou moins vive. Colin (1) dit que les ganglions du grand sympathique sont tous sensibles, surtout le ganglion semi-lunaire et les ganglions thoraciques. Le pincement est de toutes les excitations celle qui paraît agir le plus efficacement. Les irritations faibles semblent n’agir qu'au bout d’un long temps. Enfin, les nerfs ganglionnaires sont moins sensibles que les ganglions, et la sensibilité s’affaiblit à mesure que les nerfs et les plexus deviennent plus petits. Les petits nerfs n’ont presque pas de sensibilité; mais de tous les nerfs du grand sympathique, les plus sensibles seraient ceux qui unissent les ganglions au système cérébro-spinal (rami communicantes). Selon Cl. Bernard (2), l’excision du grand sympathique produirait de l’hypéresthésie dans la région où il se distribue (3).

Nous ne savons guère comment expliquer ce fait que dans l’état normal la sensibilité du grand sympathique est nulle, mais qu’elle s’exagère démesurément par la maladie.

(1) Comptes-rendus de VAcad. des sciences, 1861, 1®*^ sem., p. 969.

(2) Comptes-rendus de la Soc. de biol., 1851, p. 184.

(3) Pour ce qui a trait à la pathologie et aux hypéresthésies du sympathique, lire la revue critique d’Euleuburg et Guttmanu {Arch. für Psychiatrie, U II, p. 153 et 176).

DES ANALGÉSIES.

Piégu (1) suppose que c’est une hypertrophie du névrilème» et Reil (2) admet que ces ganglions sont des demi-conducteurs qui arrêtent les impressions faibles et ne laissent passer que les excitations intenses.

§ III. Des analgésies de cause centrale provoquées.

Le chloroforme, qu’on peut regarder à juste titre comme le type des agents anesthésiques, supprime la douleur des opérations. Si on pousse très-loin la chloroformisation, il arrivera un moment où tous les membres de la vie animale et tous les réflexes de la vie organique seront supprimés. Le malade est plongé dans un état de sommeil absolu et de résolution complète. Il n’est guère probable qu’il perçoive de la douleur à ce moment; mais si l’intoxication est moins profonde, il se débat, s’agite, se plaint comme s il souffrait; une fois réveillé, il n’a conservé aucun souvenir de ce qui s’est passé. Est-ce ou non de la douleur?

Pour moi, il me semble évident que toutes les fois que le malade se plaint et se débat, il y a douleur, douleur moins vive peut-être, et surtout plus passagère; mais le fait de la douleur n’en est pas moins positif, et nous n’avons pas d’autre moyen pour le juger que de nous en rapporter aux gémissements plaintifs des malades. C est là le seul signe extérieur, et, si nous l’avons, il doit nous suffire : cependant cette douleur a un caractère spécial, c’est sa rapidité et sa facilité à disparaître de la mémoire. Souvent, pendant le chloroforme, on voit un cri de douleur se

(1) Th. inaug. Paris, 1846.

(21 Reils Archiv, t. VIII, p. 189,

Richet.

EFFETS

terminer par un chant joyeux graduellement transformé ; comme si, dans le cerveau empoisonné, les impressions passaient sans laisser de trace. A vrai dire, cette douleur, si rapide qu’on n’en conserve pas le souvenir, n’est rien, et c’est un moment presque mathématique dont il n’y a guère à tenir compte. Ce qui fait la cruauté de la douleur, c’est moins la douleur elle-même, si intense qu’elle soit,que son souvenir et le retentissement pénible qu’elle laisse après elle. Une douleur aiguë qui dure une seconde, et qu’une seconde après on ne se rappelle plus avoir existé, n’est pas une vraie douleur, et les gens qui souffrent ainsi ne méritent pas qu’on les plaigne.

Souvent le chloroforme agit d’une autre manière ; il est analgésique et laisse persister les autres sensibilités. Mon père raconte (d) que s’étant fait chloroformer pour l’extirpation d’une dent, il sentit le contact de l’instrument, entendit tout ce qui se passait et cependant n’éprouva aucune douleur. Je pourrais en multiplier les exemples tant personnels qu’empruntés aux divers auteurs : X...,

opérée de fissure à l’anus avec fistule, respire à peine 6 grammes de chloroforme; on lui fait quatre incisions dans sa fistule. Elle sent le contact des ciseaux et distingue bien qu’on lui fait quatre incisions, mais ne peut pas parler, ni exprimer ce qu’elle sent, et ne souffre en rien de l’opération qu’on lui fait. X..., âgée de 41 ans, est opérée par M. Verneuil au moyen de l’excision combinée avec la cautérisation au therma-cautère pour des fistules multiples à l’anus. Pendant qu’on l’opère, je lui demande : Quel âge avez-vous?Elle me répond : J’ai 41 ans.

11(1) Anat. méd. chir., 5® édit., p. 316.

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