DES ANESTHÉSIQUES
pensant qu’au rétrécissement cicatriciel se joint un certain degré de spasme musculaire empêchant le passage des sondes œsophagiennes même de petit calibre, lui fait prendre en trois heures 7 grammes de chloral en lavement; le moyen réussit complètement, et pendant que le patient est plongé dans une sorte de résolution complète, on réussit à faire franchir à la sonde le rétrécissement de l’œsophage. A ce moment le malade pousse un cri, puis gémit et se plaint pendant quelques minutes. On lui fait une piqûre pour lui injecter 1 centigramme de morphine. Un sommeil prolongé s’ensuit. En sortant de ce sommeil, le petit malade déclare ne rien se rappeler, et n’avoir pas du tout souffert. Il a cependant conservé le souvenir de la piqûre, mais quant au passage de la sonde, qui avait provoqué ses gémissements et ses lamentations, il ne s’en souvient en rien. Ainsi le chloral, qui, à faible dose, est un agent précieux pour calmer la douleur, peut faire disparaître la sensibilité complètement lorsqu’on emploie de fortes doses, et il n’est pas besoin d’obtenir la résolution musculaire.
Certainement ce petit malade a souffert, mais cette souffrance a été très-vague, puisqu’il ne s’en souvient pas, et on peut se demander si c’est de la vraie douleur, et si, pour une vraie douleur, l’intégrité de l’intelligence et de la mémoire ne sont pas nécessaires.
Quelques chirurgiens et surtout Oré ont employé d’ailleurs le chloral en injections intra-veineuses pour faire disparaître la douleur des opérations (1).
(1) Oré. Comptes-rendus de VAcad. des sciences, août 1874 {Joum. de thérap., 1874, 1, p. 787); Comptes-rendus de VAcad. des sciences, 1876, 1« sem., p. 1272. Linhart. Comptes-rendus de VAcad. dès sciences, 1376* 12® sem., p. 85.