‹ Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibilitéChapitre 106 sur 132 · HYSTÉRIQUE · texte numérisé non relu

HYSTÉRIQUE

marquer que souvent la peau seule était atteinte et que, même dans la peau, ce n’était que la face externe, la face interne restant sensible à ia piqûre de l’épingle. N’est-il pas intéressant de voir que l’anesthésie hystérique suit les lois physiologiques del’anesthésie par les centres? En effet, ainsi que Claude Bernard l’a démontré, le nerf sensitif meurt par son extrémité périphérique, aussi bien par celle qui est le plus éloignée de la moelle, que par celle qui est le plus loin de l’axe du membre.

On a accordé une certaine importance à l’anhémie et l’oligohémie qu’on trouve parfois dans les régions anesthésiques (1), et on l’a rattachée aux analgésies qu’on a signalées dans la chlorose, mais cette anhémie n’est peutêtre pas assez constante pour qu’on puisse la regarder autrement que comme un épiphénomène de l’anesthésie. C’est d’ailleurs un point qui mériterait encore d’être éclairé par de nouvelles études.

En même temps que leur soudaineté, leur variabilité et leur périphérisme, un autre caractère des anesthésies hys ténques est leur extrême indolence. La plupart du temps les malades n’accusent pas ces douleurs prémonitoires qui sont comme la caractéristique des analgésies périphériques. Rien n’est plus rare en effet que lesffourmillements les névralgies, et la période d’hypéresthésie que nous signalions dans la premièrepartie de ce travailpour les analgésies dépendant de lésions nerveuses. La paralysie du sentiment survient chez les hystériques sans fracas, et, maigre 1 excitation de leur sensibilité générale et morale, elles n’éprouvent aucun avertissement qui leur annonce

(1) Liégeois, ioc. cit., p. 274. Charcot Hystérie du Dict. deméd. et de chir., t.

. Loc. cit., p. 303. Bemiitz. Art.

XVIII, p. 235.

hémianesthésie

les points devant être frappés d'anestliésie. Aussi est un symptôme qu’il.faut chercher et qui serait sans douïe beaucoup plus fréquemment noté, si on y attachait plus d’importance.

L’hémianesthésie hytérique a acquis une très-grande importance dans ces dernières années par suite des recherches anatomo-pathologiques et expérimentales (1). Ces recherches ont à peu près démontré qu’une destruc^ tion experimentale de la partie postérieure et externe des corps opto-striés (capsule interne, couronne rayonnante de Reil) entraînait la perte de la sensibilité de tout un côté du corps, que les hémorrhagies cérébrales accompagnées d’hémianesthésie avaient leur siège dans cette région, et que les symptômes de l’hémianesthésie hystérique étaient analogues aux symptômes de l’hémianesthésie hémorrhagique,'

Peut-être une étude plus complète de ces hémianesthésies consécutives à des hémorrhagies en foyers de l’encéphale rendra-t-elle l’assimilation absolumentpossible avec

l’hémianesthésie hystérique ; peut-être aussi fera-t-on des autopsies d’hystériques hémianesthésiques et trouvera-ton des lésions centrales, mais on peut admettre maintenant que l’hémianesthésie hystérique est une névrose et

que rien ne prouve qu’il y ait une destruction de la partie supérieure et épanouie des pédoncules cérébraux (2).

(1) Turek. üeher die. Beziehwig garnisses krankheitskeràe des grossen

‘i- --«s de VienJ, "m

(2) (Ma fait réeemment, à la Salpétrière, l’autopsie deL..., qui a «ô lan^ temps hémianestliésique. On u’a rien trouvé dans le cerveau à l’autopsl TW

autre autopsieaétéfaiteaiUeure,parait-ü.et ua donnéaueaiattomÜ

HYST3ÉRIQÜE 279

Au contraire, plusieurs faits semblent plaider contre l’hypothèse d’une lésion des corps opto-striés; c’est d’abord l’immunité absolue du système nerveux moteur, en second la mobilité des phénomènes, en troisième lieu la persistance de certaines sensibilités, l’analgésie étant presque toujours le principal, sinon le seul symptôme.

L’année dernière, grâce à la bienveillance de M. le professeur Charcot, j’ai pu observer dans son service de la Salpêtrière quelques cas fort intéressants d’hémianesthésie hystérique, et l’exploration de la sensibilité électrique de ces malades m’a donné des résultats qui peuvent, je crois, servir à éclairer cette question (1).

En effet sur les malades L**, M**, B** et G**, hémi-anesthésiques de tout un côté du corps, l’excitation électrique était parfaitement perçue, et il ir’y avait aucune différence entre le côté sain et le côté malade, quels que fussent les points où je mettais les rhéophores.

Discutons les conditions de l’expérience. Il est impossible d admettre qu’il s’agissait de courants dérivés, car, en électrisant la peau de la main, tandis que les rhéophores ne sont distants que de quelques centimètres, il n’y a pas de dérivation possible allant jusqu’à la moelle.

Il n est pas non plus exact de dire que l’électricité a fait reparaître la sensibilité, car, après l’expérience,

1 analgésie était tout aussi complète qu’auparavant, et les excitations électriques étaient perçues dès le début, aussi bien qu’à la fin.

Enfin la sensibilité profonde était tout aussi abolie que la sensibilité périphérique, la très-forte pression, et des

(1) J’ai publié une note sur ce sujet dans les Bulletins de la Soc. de bioloq 1876. Oats. méd. 1876, n" 9. ^

280 HÉMIANESTHÉSIE

aiguilles chauffées introduites dans le derme, ne provoquant absolument aucune réaction douloureuse.

Ainsi l’excitation électrique produit de la douleur là où toutes les autres excitations, chaleur, pression, piqûre, contact sont impuissantes. Il n’y a donc que deux hypothèses possibles : ou bien il existe des nerfs spécialement destinés à la transmission électrique, ceux-là étant restés intacts, et la lésion ne portant que sur les autres nerfs ; ou bien les nerfs sont intacts dans tout leur trajet, et s’ils ■paraissent insensibles, c’est par défaut d’un stimulus suffisant ou approprié.

Nous rejetons résolument la première hypothèse : on ne peut croire que la sensibilité électrique ait des conducteurs spéciaux. L’électricité met en jeu tous les nerfs, aussi bien les nerfs de sensibilité générale que les nerfs moteurs, et les nerfs de sensibilité spéciale, et par conséquent on ne peut supposer qu’il existe des nerfs spécialement destinés à transmettre une sensation électrique. Reste donc la seconde hypothèse, c’est-à-dire que, depuis leurs expansions périphériques» jusqu’au centre de la douleur, les nerfs ne sont pas interrompus.

Leur altération est réelle cependant, mais c’est une altération fonctionnelle bien différente d’une altération organique,telle qu’une rupture, une striction, ou une section, qui interrompent la continuité du nerf et ne permettent plus le passage du courant nerveux.

D’ailleurs il semble rationnel de ne pas trop séparer l’hémianesthésie hystérique des anesthésies hystériques localisées. Or ces derniers cas, où il n’y a vraisemblablement [aucune lésion centrale, ne sont guère qu’une première étape vers l’hémianesthésie, et l’on retrouve dans

hystérique, 281

elanalges.equ.l emporte sur les autres troubles de la sensibilité. L électrisation a donné à Duehenne (de Bouogne) des résultats thérapeutic|ues remarquables, imporan sa etud.er au point de vue physiologique (1. Après quelques minutes de faradisation, la, région insensible re ev.ent sensible. Il est vrai que pour que la guérison

peisiste, il faut continuer pendant plusieurs jours le traitement; il est-vrai aussi que certains cas sont absolument rebelles, mais le fait du retour immédiat de la sensibilité n en est pas moins du plus grand intérêt II semble même que l’anesthésie ne soit guérie que dans les points qui ont été en contact avec les rhéophores. Ces faits doivent être misa côté d’autres faits sera blables signalés par Gubler. L’anesthésie des saturnins et des phthisiques, locaisee en diflférentspoints, est guérie par la faradisation pendant quelques minutes appliquée aux régions insensibles Dans ces derniers temps, Burq a insisté sur l’action des métaux appliqués directement sur la peau ; on obtient ainsi, paraît-il, la guérison de toutes les anesthésies hystériques. M. Charcot a confirmé (2) l’exactitude de ces expériences. L’interprétation n’est pas, ce semble, d’une extrême difficulté. Le contact de la peau chargée de sels avec des métaux oxydables provoque un courant élec trique qui agit à la fois sur l’innervation et la circulation capillaire des régions anesthésiques.

Il ne faut pas confondre ce retour rapide de l’excitabilité nerveuse par l’électricité avec la conservation de la sensi-

J75 localisée, 3= édit.,p. 818. Vulpiaa.glr4:/i. dephysioL,

1875., p. 878. — Grasset. Ibid. 1876, p. 764.

(2) Bull, de la Soc. de biol., 1877. Gaz. mé 'dic., 1877 p 25 Richet. ,

282 DES ANESTHÉSIES

bilité électrique, qui est, ainsi que je l’ai démontré, intacte dans l’hémianesthésie. Ce sont deux faits, sans doute connexes, mais différents au point de vue physiologique, en sorte que de tout ce qui précède nous pouvons retenir ces trois conclusions sur les anesthésies centrales des hystériques :

A. Les anesthésies hystériques sont guéries par la faradisation. " , '

B. Dans les anesthésies hystériques, les nerfs et les centres demeurent excitables par l’électricité.

C. L’état de la circulation locale joue un rôle inconnu encore, mais certainement assez important.

Il nous resterait maintenant à expliquer ces différents phénomènes,et à donner la théorie des paralysies hystériques du sentiment. Quoique la question ne soit peut-être pas suffisamment mûre pour être résolue, nous pouvons tout au moins essayer de rattacher les phénomènes pathologiques aux données de la physiologie.

A Létat normal, les centres supérieurs exercent sur les centres inférieurs et sur les nerfs une sorte d’action modératrice incontestable (1). CL Bernard a montré qu’unnerf attaché à la moelle était bien moins excitable que ce même nerf détaché de la moelle (2). Lewisson et Herzen, cités par Charcot (3), ont établi que sur une grenouille décapitée, l’excitation par une pression énergique dés membres supérieurs empêchait les réflexes des membres inférieurs, et

(1) SetaohBïLoS.Hemmungsmechanismenfiir die Reflexthâkigkeit. Berlin,

Herzen et ScHff. Expêr. sur les centres modérateurs des actions réflexes. Turin, 1864.

(2) Leçons sur le syst. nerveux.

(3) Loc. vit., p. 338. —Voir aussi Freusberg. Arrêt des mouvements par les centres {Arch. de Pflüger, X, p, 174).

Page 1