HYSTÉRIQUES
réciproquement. Brown-Séquard a développé en maint endroit, avec une ingéniosité remarquable et une grande force de dialectique, la théorie des paralysies par irritation (1). Il serait donc possible qu’il y eût là un phénomène du même ordre, surtout si on considère que l’ovaire est très-souvent hypéresthésié, et semble par l’excitation permanente qu il envoie à la moelle le point de départ de la maladie.
Il serait possible encore qu’il y eût des centres de perception sensitive, tenant sous leur dépendance les différents nerfs sensibles de l’économie, et pouvant se paralyser isolément, leur paralysie ne s’accusant que par des zones d’anesthésie plus ou moins étendues. L’hémianesthésie serait la paralysie de tout un hémisphère sensitif du cerveau.
Quoi qu’il en soit, l’altération n’est pas une lésion dans le sens anatomique du mot. Le nerf n’est pas mort ; les centres sensitifs d’où dépend ce nerf ne sont pas morts. C’est une sorte de sommeil, d’engourdissement, qu’une excitation appropriée, l’électricité surtout qui est l’excitant le plus énergique de la force nerveuse, dissipe momentanément ou définitivement : toute autre affirmation ne serait qu’une hypothèse prématurée.
Est-il possible par l’examen précis des symptômes de déterminer si la cause de l’anesthésie est centrale ou périphérique ? Ce point serait d’une extrême importance en pathologie et je ne crois pas que ce soit une question insoluble.
Dans les anesthésies de cause périphérique, nous voyons (1) Leçons sur le diagnostic et le traitement des paralysies, passim.
DES ANESTHÉSIES
qu’il y a au début une diminution dans la sensibilité tactile superficielle, puis dans la sensibilité tactile profonde, puis dans le sens musculaire, puis dans la sensibilité à la douleur, puis dans la thermoesthésie qui persiste à peu près en dernier lieu En même temps l’anesthésie est toujours précédée d’une période d’hypéresthésie et de douleurs,laquelle estconstante, quoique de durée variable. Au contraire, dans les anesthésies de cause centrale, la sensibilité au contact persiste, alors que* la sensibilité à la douleur est abolie. La conservation du toucher qu’on observe fréquemment chez leshystériques,soitanesthésiques par places, soit hémianesthésiques, est une preuve évidente que la conduction nerveuse n’est pas abolie dans les nerfs, et que c’est l’organe de la réception à la douleur qui est altéré dans ses fonctions.
L’exploration électrique peut aussi donner des renseignements précieux : si la sensibilité électrique est conservée, toutes les autres sensibilités étant atteintes, ce n’est pas le nerf, c’est l’encéphale qui est lésé.
Aussi pouvons-nous regarder comme vraie dans la généralité des cas, intoxications du système nerveux central, analgésie hystérique, etc., la loi suivante :
Lorsqu’il y a conservation des sensibilités tactiles, avec analgésie complète, la lésion est centrale.
Si nous établissons qu’au point de vue des impressions sensitives, la moelle épinière est un conducteur, et qu’elle fonctionne à la manière d’un organe périphérique, la réciproque sera vraie et nous pourrons dire :
S’il y a altération des sensibilités tactiles, avec conservation plus ou moins complète de la sensibilité à la douleur, la lésion est périphérique.