‹ Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibilitéChapitre 108 sur 132 · CENTRALES · texte numérisé non relu

CENTRALES

Tout récemment, Manouvriez(l) a distingué deux formes

de la sensibilité douloureuse: l’une, c’est l’anaZ^fésie, ou perte

delasensibilitéàladouleurimmédiate ou provoquée; l’autre , e’est l’anodynie,ou abolition de la sensibilité àladouleur pathologique, consécutive ou spontanée.Il m’a semblé que cette distinction n’était pas suffisamment motivée. En effet, d’une part des malades hystériques ont la peau complètement analgésique, tandis qu’elles éprouvent des douleurs rhumatoïdes dans les membres mêmes dont la périphérie est insensible à la douleur. Cela signifie seulement que la sensibilité tactile superficielle est abolie, tandis que la sensibilité profonde ne l’est pas. D’autre part on peut très-bien rapporter des douleurs à une partie insensible, par l’effet d’une illusion centrale, comme les amputés qui rapportent les douleurs de leur moignon au membre qui a été enlevé. Quant aux cas très-intéressants cités par Manouvrier, dans lesquels une brulûre causait de la douleur au moment de l’inflammation , quand elle n’en avait pas produit au début, je crois que l’explication donnée plus

haut de l’hypéresthésie acquise suffit pour expliquer cette bizarrerie apparente.

Aussi tout en reconnaissant l’intérêt qu’il y a à ces recherches, n’établirons-nous pas de distinction physiologique entre l’anodynie et l’analgésie.

Nous ne pouvons passer en revue tous les autres cas de pathologie externe ou interne dans lesquels la sensibilité à la douleur a disparu. Les affections de la moelle, celles du cerveau, les affections générales entraînant une modification dans la nature du liquide sanguin, sont des causes

( 1 ) Recherches sur les troubles de la sensibilité dans la contracture idiopathique des extrémités. Paris, Delahaye, 1877.

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d’analgésïe, tantôt générale, tantôt partielle et à tous les degrés.

La température interne ne semble pas exercer d action appréciable sur la douleur. J’ai vu des malades, ayant une fièvre traumatique de 40,2, et même 40,8, chez qui la douleur traumatique n’était pas plus développée que chez les opérés apyrétiques. A la vérité, à partir de 40,5 et 44. degrés, l’excès de la fièvre produit le délire, et les manifestations de la sensibilité sont par cela même singulièrement troublées. Mais à 40 degrés ou à 39,5, toutes choses égales d’ailleurs, il n’y a ni anesthésie, ni hypéresthésie. Il semble en être de même pour les températures trèsbasses. J’ai vu une femme atteinte d’urémie à la suite d un cancer de l’utérus, et qui n’avait que 30,7 (1); cependant elle sentait parfaitement, et il m’a semblé même qu elle était plutôt hypéresthésique.

Les anesthésies par les intoxications chroniques ne sont pas rares : le plomb, le sulfure de carbone (2), l’oxyde de carbone (3), l’alcool (4), le tabac (o), l’arsenic, etc.

L’influence de l’inanition sur la douleur serait assez curieuse. Claude Bernard (6) cite l’expérience intéressante de Chossat qui, ayant fait jeûner longtemps une tourterelle,

(1) C’est une des températures les plus basses qu’on ait constatée; Bourneville a trouvé une température de 27,4 chez une urémique (Comptes-rendus de la Soc. bioZogr., juin 1871),

(2) Delpech. Ann. d’hygiène, t. XIX. Huguin. Th. jn. Paris, 1874.

(3) Laroche. Des paralysies consécutives à l’empoisonnement par la vapeur de charbon. Th. in, Paris, 1875.

(4) Juif. De l’anesthésie alcoolique. Th. inaug. Paris, 1874. — Magnan. De l’alcoolisme. Paris, 1874. — Dagonet. Ann. méd. psch., 1873, t. IX, P 187.

(5) Masselon. Th. Paris, 1872.

(6) Leqons de pathol. expérim., p. 120,

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