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l’incision étant finie, la douleur va en diminuant à partirde ce moment.
Pflûger en étudiant le courant nerveux moteur a vu que le nerf semblait par son action propre renforcer le courant. D’après lui le courant nerveux agit comme une avalanche, se renforçant à mesure qu’il chemine dans le nerf. Il est probable qu’il en est ainsi pour le nerf sensitif. Le courant nerveux gagne en intensité, à mesure qu'il s’avance dans le nert
Ces trois caractères de la douleur vont tous concourir à nous montrer quelle est la cause même de la douleur. Si l’on excepte les nerfs sensoriels des 1% 2", 8® paires crâniennes, tous les nerfs sensitifs sont aptes à produire de xa douleur. Il faut pour cela, et il suffit que l’excitation soit très-forte. Au point de vue physiologique, la douleur n’est pas autre chose que la perception d’une excitation forte. Par suite d’une disposition particulière de l’organisme, cette perception a un caractère pénible, désagréable, douloureux. Le sens musculaire. Je sens de la température, les
sensibilités tactiles, les sensibilités viscéralesdugrand sympathique, peuvent toutes en s’exagérant devenir des sensibilités à la douleur. La même excitation qui tout à l’heure^ donnait une sensation simple donnera, si elle s’exagère, une sensation douloureuse : en sorte qu’à un certain degré d’acuité toutes les sensibilités se confondent en une seule, qui retentit avec force et ébranle la conscience.
Il semble que, dans tous les cas, il y ait dans l’encéphale un centre de la douleur, centre dont le siège est encore mal déterminé, mais dont on connait les aboutissants. Ce sont les fibres qui vont à la partie postérieure de la capsule interne (Charcot. Türck), en sorte que cette partie étant lé-
DE LA DOULEUR
sée, il n’y a plus de conduction, des excitations périphériques.Ces fibres sont à la fois les conducteurs des impressions sensitives, tactiles, thermiques, musculaires et des impressions douloureuses. Au delà, peut-être dans les lobes occipitaux, il y aurait des centres distincts pour chaque sensibilité spéciale. Le centre de la douleur serait profondément placé, et opposerait une grande résistance à l’excitation, à l’exemple de certain^ muscles ne se contractant que sous l’influence d’excitations fortes ou répétées.
Est il besoin d’ajouter que nous n’attachons pas à cette dernière hypothèse plus de valeur qu’ellen’en mérite, tant qu’elle ne sera pas confirmée par des faits expérimentaux?
L’irradiation semble être une des conditions de la douleur. Une douleur très-forte ne reste j amais localisée, et, retentissant sur l’organisme tout entier, semble augmenter en étendue à mesure qu’elle augmente en intensité.
C’est avec l’excitation électrique qu’on en donne la démonstration la plus claire. Si on électrise la peau avec des rhéophores terminés en pointe, il semblera qu’autour de chaque pointe il y ait un cercle douloureux : à mesure qu’on augmentera 1 a force des courants, ce cercle paraîtra aller en augmentant. De même, si on électrise par l’eau, les cou • rants faibles paraîtront rester exactement localisés aux surfaces excitées; mais pour peu qu’ils soient forts, l’ébranlement est rapporté à une bien plus grande étendue, et on croit que l’excitation dépasse ses limites réelles, par exemple va jusque au milieu du bras, si on n’excite que la main.
Pour les douleurs consécutives à des irritations trauma- Richet. 3 g
298 l’irradiation.
tiques, le fait est tout aussi évident : Weir Mitchell (1) dit que dans trois cas de névrite aiguë, il y eut en même temps agravation en intensité et en étendue jusque à ce que la douleur, au lieu d’occuper seulement le nerf primitivement atteint, ’se fut propagée à toutes les branches duplexas correspondant. C..., blessé au bras, eut une névrite traumatique, et dès le second jour la douleur était venue retentir sur la cinquième paire du même côté. Les muscles de la nuque étaient raidis et douloureux. Dans les metrites chroniques, la douleur lombaire est la règle, et non seulement la douleur lombaire, mais encore les névralgies sciatiques et crurales de toutes formes. Dans la colique hépatique, c’est la douleur de l’épaule droite, dans la colique néphrétique, la douleur du scrotum, dans les ulcères et les cancers de l’estomac, la douleur dorsale, et dans bien d’autres circonstances, une douleur plus ou moins irradiée qui retentit dans toute la sphère du nerf irrité. Axenfeld (2) a remarqué qu’il existait entre un viscere enflammé et la peau qui le recouvre une sympathie cons^ ante, et en effet c’est surtout dans les blessures des viscères innervés par le grand sympathique, que cette irradiation de la douleur est le plus manifeste. Le malade dont le péritoine était blessé, et dont nous parlions plus haut (3),
ressentait une douleur atroce dans la région péritonéale.
De là cette douleur allait en montant, disait-il, jusque au sternum et gagnait l’épaule droite. Dans toutes les inflammations k péritoine ou de l’intestin, la douleurn’estjamais localisée, elle est rapportée par les patients àtout le ventre.
(1) Loc. cit., p. 65.
(2) Traité des névroses.
(3) Voy. p. 296.
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Dans les nerfs sensitifs de la vie animale et dans les névralgies, cette irradiation de la douleur semble être aussi la règle. Valleix (1) qui décrit cette forme sous le nom de névralgie propagée par voie de continuité, raconte qu’un malade, à la suite d’une contusion du trijumeau, eutune névralgie occipitale, puis cervico-brachiale, puis des nerfs thoraciques. Un autre malade à la suite d’une névralgie dutrijumeau eutune névralgie du plexus cervical, puis desnerfs lombaires. Souvent ces propagations se font à distance. Persons a publié deux cas de névralgie du bras consécutive à une névralgie dentaire,' et Castle a vu un cas analogue. L’extraction delà dent cariée a guéri la douleur du bras. Gairdner et Brown-Séquard (2) ont vu une névralgie du bras à la suite d’une blessure de la main qui s’est étendue à d’autres parties du corps. Graves (3) cite un cas dans lequel une piqûre de l’annulaire amena quelques jours après l’anesthésie du petit doigt. Evidemment cette anesthésie était la conséquence d’une névrite par irradiation.'
Les phénomènes les plus intéressants de l’irradiation sont ces phénomènes sensitifs bizarres qu’on a appelés avec raison synesthésies, et qui ne sont autres que des irradiations à distance. Parmi les synesthésies, il en est qui sont normales, il en est d’autres qui sont pathologiques, et dont la cause semble due aune hyperesthésie de la moelle.
Parmi les synesthésies normales (4) une des plus vul-
. (1) Loc. cit. et Leclercq, Th. inaug. Paris, p. 35.
(2) Leçons sur les vaso-moteurs.
(3) Clinical medîcine, t. I, p. 504,
(4) Voir R. Wagner. Neurologische untersuchungen. Gôttingen, 1854, p. 181. — Bergmann et Leuckart. Anat, comparée, p. 506. — Brown Séquard. Leçons sur les nerfs vaso-moteurs, trad. franç. — Jensen. Des perceptions doubles {Arch. fur Psychiatrie, t. IV, p. 547). — Gubler. Bull, de la Soc. de biol. 1877, et Gaz. mêdic. 1877, n® 3.
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gaires est cette sensation douloureuse qu’on éprouve dans les dents, par l’audition d’un son strident et aigu. C’est encore cette sensation de constriction dans les tempes par le contact de la glace avec la langue : chez les malheureux, à qui, pour une tumeur linguale, on est forcé de faire la section d’une portion de la langue avec l’écraseur, comme on ne les chloroforme pas, ils éprouvent des douleurs terribles qu’ils rapportent toujours à la région temporale. Deux fois j’ai été témoin de ce fait. Une troisième fois, j’ai vu, dans une staphylorrhaphie, le décollement du voile du palais causer des douleurs atroces dans cette même région temporale. Il est chez quelques personnes des points de la peau qui étant touchés provoquent une sensation tactile en un point très-éloigné. Le contact du voile du palais produit une sensation de nausée et d’anxiété au creux épigastrique. La titillation du conduit auditif externe amène une sensation de chatouillement dans la gorge et provoque la toux. La lumière vive cause une démangeaison dans les narines et l’éternument. etc.
Quant aux synesthésies pathologiques (1), elles sont plus fréquentes et plus explicables. Chez les ataxiques,le fait est, sinon fréquent, au moins quelquefois observé. M. Brodie (2) a vu un rétrécissement de l’urèthre accompagné de claudication et de douleurs dans les pieds, phénomènes qui disparurent apres la dilatation de l’urèthre. Weir Mitchell (3) a vu le bâillement provoquer une douleur très-vive dans le moignon du bras gauche d’un amputé. Chez certains amputés de la cuisse, les efforts de
(1) Vulpian. Art. Moelle du Dict. encyclop,, t. VIII, p. 519.
(2) Cité par Brovrii-Séquard. Loc. cit.
(3) Loc. cit.