‹ Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibilitéChapitre 121 sur 132 · TRAUMATIQUE · texte numérisé non relu

TRAUMATIQUE

vons guère expliquer d’une manière satisfaisante. Une malade de M. Verneuil, opérée â plusieurs reprises d’une tumeur récidivante de l’aine, chaque fois qu’elle est opérée, éprouve des douleurs très-vives vers le troisième ou le quatrième jour. M. Verneuil en parle dans son mémoire de 1874 (Obs. ii). Je l’ai revue cette année à la Pitié : elle a été opérée de nouveau et a eu encore une névralgie secondaire.

Comme toutes les autres douleurs, ces douleurs sont intermittentes et spécialement nocturnes. A quoi faut-il attribuer cette prédilection des douleurs, -quelle qu’en soit la cause, pour les dernières heures delà nuit? Tous les médecins ont reconnu, et cherché sans succès à l’expliquer, que la douleur apparaissait en général vers onze heures ou minuit et disparaissait aux premières lueurs de l’aube.

Une malade (Salle St-Augustin n” 7), amputée à la partie inférieure de la jambe,fut mise dans le pansement ouaté. Le premier jour elle souffrit peu, mais cinq jours après l’opération, elle fut prise de douleurs très-vives, d’élance,, ments qui l’auraient fait crier, si elle ne s’était retenue, et qui revenaient toutes les nuits à la même heure. Pourtant elle n’avait ni tubercules, ni fièvres intermittentes, ni syphilis.

Nous nous sommes déjà expliqué sur le phénomène de l’intermittence : quant à la nocturnité des douleurs, peutêtre est-il rationnel de l’attribuer à l’absence de causes de distraction, à la solitude, et au silence, qui font que le malade a tout loisir pour songer à son mal et y tourner toute sa sensibilité.

Enfin, je mentionnerai un dernier point très-important; c’est que la fièvre traumatique simple, si elle n’est com-

DE LA DOULEUR

pliquée ni d’érysipèle, ni de lymphangite, n’amène pas de retentissement douloureux dans la plaie.

Au contraire, la pyohémie grave est accompagnée quelque fois de vives douleurs. Toutefois il faut faire une restriction très-importante. Les septicémies aiguës, rapidement infectieuses, abolissent complètement la sensibilité, et jettent promptement le malade dans une sorte de prostration typhique, qui le rend insensible à toutes les irritations extérieures. De même les alcooliques n’ont pas de douleurs après W traumatisme. Ils sont dans une sorte de béatitude bête, disant toujours que tout va bien, en dépit des complications, phlegmons, érysipèles, abcès qui surviennent dans leurs blessures. Aussi dans des cas semblables importe-t-il de réserver toujours le pronostic, et de se méfier de l’absence complète de douleurs et de la satisfaction exagérée du malade.

D’ailleurs, pour bien comprendre la douleur traumatique simple, rien ne ■^aut la lecture des observations d’opérations. Presque toujours, quand l’observation est complète, la douleur se trouve mentionnée et décrite. Je vais me contenter de résumer deux ou trois observations qu’on peut considérer comme des types.

R..., (Salle St-Augustin n®3), amputée du sein pour une tumeur cancéreuse, après le chloroforme, a des douleurs très-vives, des élancements et une sensation douloureuse qu’elle compare à de l’eau bouillante. Cette douleur disparaît au bout de trois heures, et cesse à peu près complètement. Le lendemain elle a une température de 38.4 ; le surlendemain de 39,2; mais n’éprouve aucune autre douleur, que des picotements pendant le pansement à l’acide phénique.

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