TRAUMATIQUE
X.., (Salle St-Louis n* 29), châtré pour un sarcôme du testicule, éprouve des élancements très-vifs pendant deux heures après l’opération. Le soir (douleur traumatique secondaire précoce), il souffre beaucoup dans la cuisse du côté droit (1). Le cordon est endolori et très-sensible au toucher. Le lendemain survient la fièvre traumatique, mais les douleurs ont cessé. L’endolorissement du cordon persiste cependant et ne disparaît qu’au- bout de six jours.
X..., (Salle St-Augustin n" 17), opérée d’un myxome de la main et anesthésiée localement par l’anémie combinée à la réfrigérati^in, souffre à peine deux heures. Le lendemain elle ne souffre pas, mais le soir elle voit revenir ses règles etdansla nuitsouffre extrêmement: il lui semble que « les chiens la rongent. » La douleur s’irradie dans le bras qui est très-douloureux. Le lendemain matin la douleur a à peu près disparu, mais réparait le soir vers six heures, et est arrêtée immédiatement par une injéction sous-cutanée de morphine. Le surlendemain la morphine est moins active. Au bout de quelques jours la morphine, as»' sociée au sulfate de quinine, a dissipé la névralgie.
Ainsi, en dehors de toute cause pathologique, telle que l’anhémie, la congestion, la névralgie d’un nerf, la douleur est provoquée par des agents mécaniques ou chimiques qui détruisent le tissu nerveux ; mais à toutes ces causes de douleurs, il faut en ajouter une autre, encore des plus obscures. Je veux parler de la douleur musculaire, phéno-
(1) Weir Mitcbell, loc. cit., p. 149, décrit avec précision une région de la cuisse dans laquelle s’irradie constamment la douleur du testicule. C’est une sorte de synesttésie pathologique constante.
DOUi
mène dont nous ignorons à peu près absolument la cause intime. Les recherches nombreuses des physiologistes nous ont appris qu’un muscle en se contractant (1), avait une température plus élevée par suite des combustions qui s’opèrent dans l’intimité de ses tissus. Selon Ranke, il se ferait de l’acide lactique (sarcolactique), et on a pensé que c’était cet acide lactique qui produisait la sensation de fatigue musculaire en excitant directement les extrémités terminales de^ nerfs sensibles des muscles (2). On a même essayé expérimentalement de produire la sensation de fatigue en injectant de l’acide lactique dans les artères musculaires. Mais si l’on est ai’rivé à amener la parésie ou la paralysie musculaire, il me paraît impossible de savoir si on a réellement produit cette douleur spéciale qui est la conséquence de l’exercice prolongé d’un muscle. Tout récemment Preyer en faisant (3) prendre à des malades du lactate de sodium, ou en leur injectant de légères doses de ce sel dans le tissu cellulaire, a, paraît-il, produit chez eux un état analogue au sommeil naturel.
' Nous avouerons toutefois que la théorie de la douleur musculaire produite par l’accumulation de l’acide lactique est loin de nous satisfaire. Que se passe-t-il en effet quand un muscle est fatigué par suite de contractions répétées ? La contraction devient impossible, presque dou-
(1) V. Ql. Bernard. Revue scientif., 1871-72, p. 1064 et suiv.
(2) Voir Sachs. Des nerfs sensibles des muscles [Arch. für An u. Phys, de Reichert, 1875. — Volkmann. Arch. für An u. Phys. 1860, p. 705.
(3) Schlaff durch Ermüdungstoff hervorgerufen {Centralblatt, 1875, p. 377).