‹ Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibilitéChapitre 28 sur 132 · EXCITATIONS PATHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

EXCITATIONS PATHOLOGIQUES

ne faut les considérer que comme des procédés de description, et non comme des classes naturelles.

L’étude de ces sensations quelquefois négligée par les pathologistes aurait de grands avantages. D’abord elle nous renseignerait sur un point de physiologie que les vivisections ne sauraient éclairer, en second lieu, elle fournirait, pour le diagnostic et le pronostic des maladies, des notions souvent précieuses.

On a en effet l’occasion de les étudier dans un grand nombre de cas, et presque toujours les malades les décrivent complaisamment, leur maladie étant l’objet de toute leur attention. Ceux qui ont des tumeurs voisines des nerfs, fibromes, sarcomes, fibronévrômes, etc., des névralgies, des affections de la moelle sont dans ce cas et les descriptions pathologiques s’accorderaient sans doute avec les faits de la physiologie.

Chez les ataxiques, les douleurs fulgurantes, les traits de feu, les fourmillements sont les conséquences de la myélite postérieure qui produit des sensations analogues à celles que provoque l’excitation directe d’un nerf. Il en est ainsi des autres myélites. J’ai vu à la Pit?é, un malade (salle St-Louis, n° 36), qui à la suite d'une fracture de la colonne vertébrale, éprouva pendant cinq semaines des élancements qu’il comparait à des coups d'électricité et qui durèrent sans relâche pendant tout ce temps. Un autre malade, atteint de lympho-sarcôme du coUj ne ressentait rien quand ilj-estait immobile. Mais dès qu’il remuait la tête, immédiatement des douleurs fulgurantes lui traversaient le cou. Ces douleurs étaient telles que pour les éviter, il essayait de ne pas dormir; les mouvements involontaires qu’il faisait pendant le sommeil lui causant une douleur

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atroce. Un autre malade, atteint de névrôme du creux poplité ne souffrait pas quand il était couché , mais dès qu’il était levé, la tumeur comprimée par l’aponévrose sous laquelle elle était située, pressait le nerf et produisait un sentiment d’engourdissement et de fatigue générale. Si on pressait sur la tumeur, c’était disait-il, comme un ■ coup d'électricité ; et cela lui donnait des frémis dans le pied. Cependant la sensation tactile était très-confuse, et il distinguait mal les pointes de l’esthésiomètre.

J’ai trouvé une observation remarquable de Brachet (1), prise sur lui-même et qui décrit bien ces phénomènes.

A la suite d’une plaie du poignet qui avait coupé le nerf cubital, il eut d’abord de l’anesthésie, puis des fourmillements incommodes, puis la partie interne delà main devint

douloureuse au toucher; le moindre contact était comme celui d’un fer rouge, ou semblable à ce qu’on éprouve sur la surface fraîchement dénudée d’un vésicatoire, et cependant les doigts conservaient de l’engourdissement. Au bout de quelque temps, la sensation devint moins vive, il lui semblaittoujours qu’on touchaitla surface vive d’un vésicatoire, mais recouverte d’un léger parchemin. A la paume de la main, la percussion de l’éminence hypothénar produisait une sensation semblable à une secousse électrique.

Il est inutile d’ajouter que l’içtensité de ces sensations n’est pas seulement en rapport avec l’intensité de l’excitaf tion, mais que l’état physiologique du nerf joue un rôle prépondérant, dont il faut tenir grand compte.. S’il y a hypéresthéste, la moindre excitation provoquera une sen-

(1) Traité de Vhypochondrie, p. 310.

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