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ont employé, de sorte qu il est difficile de reproduire ces phénomènes d'une manière exactement semblable.
C’est sans doute la raison qui fait, qu’expérimentant sur hous-rnêmes, nous n’avons pas pu constater tout à fait les mêmes symptômes.
Nous nous sommes servis d’une bande élastique en caoutchouc qui comprimait fortement le membre duquel d’ailleurs le sang avait été chassé, mais incomplètement, par une légère compression ; et nos résultats concordent avec ceux qui ont été donnés par différents auteurs et notamment par Soulié (1), Krishaber (2), Laborde (3).
En somme, dans ces conditions, surtout si on a soin de laisser une certaine quantité de sang dans le membre, ce n’est pas à l’anhémie qu’il faut attribuer les troubles de la sensibilité, mais à la compression même du nerf; car l’expérimentation montre que les phénomènes nerveux de l’anhémie sans compression ne surviennent que trentecinq à quarante minutes après la suppression *du sang.
Si l’on emploie une très-forte compression, on peut obtenir l’anesthésie. D’après les expériences de Laborde et Morel, on voit survenir différentes périodes : une première période d’anesthésie qui est très-courte et ne dure guère que trois minutes; une deuxième période de retour à l’état normal, plus passagère encore; une troisième période d’hypéresthésie, et enfin une quatrième qui est l’anesthésie.
Si l’on veut constater sur soi-même les effets de la
(1) Th. inaug. Contribution à l'application de l'appareil d’Eamarch. Paris, 1874, p. 21 et suiv.
(2) Bull, de la Soc. de chirurgie, mai 1874.
(3) Bull, de la Soc. de biologie, 1874, p. 210 et 2!4.
des nerfs.
bande élastique, on ne peut se servir d’une compression aussi forte qui est très-douloureuse, et c’est sans doute à cette différence dans le degré de compression qu il faut attribuer la divergence entre mes observations et celles de Laborde et Morel. D’ailleurs il est des phénomènes et des ■ sensations subjectives que les expériences sur des animaux ne peuvent guère éclairer.
Il est assez difficile de classer les phénomènes en périodes bien nettes, car ils s’enchevêtrent pour ainsi dire ; il est donc nécessaire de prendre pour classer ces périodes le symptôme dominant, qui n’est pas toujours facile à dégager clairement.
La première période est caractérisée par une sensation générale dans le membre comprimé d’engourdissement, auquel se mêlent des bouffées de froid ou de chaleur. Elle
est plus ou moins longue selon.le degré de compression.
La seconde période est caractérisée par des fourmillements. Ces fourmillements, ainsi que nous l’avons dit plus haut, ne sont en somme qu’un phénomène d’hypêresthésie. Ils portent surtout sur l’extrémité d«s orteils ; dès qu’on touche le mollet ou le genou, ils s accentuent, non pas dans la partie touchée, mais dans les orteils.
La troisième période est l’hypèresthésie tactile et 1 hypéresthésie à la température, ou thermohyperesthésie; peu à peu, l'hypéresthésie tactile disparaîtpour faire place à l’anesthésie, tandis que la thermohypéresthésie continue à augmenter. Le moindre contact produit une sensation de brûlure ; la pression produit le même effet. Un corps très-froid produit la sensation de froid ; mais cette sensation est très-pénible. Il m’a semblé qu’elle était retardee.
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Cependant le fait aurait peut-être besoin d’être encore vérifié.
D’ailleurs cette troisième période est tout à fait identique à celle que Vulpian a constatée, et Soulié l’a aussi retrouvée.
La quatrième période est caractérisée par l’anesthésie complète des parties superficielles; ni le contact, ni la chaleur ne sont perçus. Mais la sensibilité à la douleur des parties profondes persiste encore, et une épingle qu’on ne sent pas si on la promène sur la peau, cause une sensation douloureuse dès qu’on l’enfonce au-delà du derme. Le sens musculaire est aussi à peu près complètement aboli.
Cette classification ne diffère que peu de la classification adoptée par Vulpian et Bastien. Mais pour la période de déclin, les résultats sont plus différents. Il nous a semblé qu’il n’y avait qu’une seule période, celle de sensation de froid très-intense, et de fourmillements beaucoup plus marqués que dans la période d’augraent.
Les rechei’ches de Waller (1) et celles de Weir Mitchell i;2) ne sont pas plus explicites, et les faits nouveaux apportés par eux ne sont que des faits de détail ayant trait surtout à la durée relative des périodes. Toutefois je mentionnerai l’expérience de Weir Mitchell qui, quoique faite sur le nerf moteur, n’en est pas moins digne d’intérêt. Il prend un sciatique de lapin qu’il excite à des intervalles réguliers. Chaque fois que le nerf est excité, il y a une contraction dans le muscle. Le nerf est
(1) pToceed, London Royal society, mai 1862, p. 80.
(2) Des Usions des nerfs, trad. franç., 1874, p. 116.
plongé lüi-même dans un’petit ballon rempli de mercure, et en passant d’une paroi à l’autre du ballon le nerf traverse le mercure. Si on augmente la charge du mercure, le nerf sera graduellement et en croissant comprimé. Une compression par la pression de 50 centimètres de mercure, pendant dix secondes de durée, interrompt la conduction nerveuse. Mais si on cesse de maintenir la pression, e
nerf au bout d’une demi-minute reprenait ses propriétés
normales.
Pour résumer, nous dirons que dans la compression des nerfs les faits les plus intéressants sont ;
L’hypéresthésie précédant l’anesthésie ;
Les différentes sensibilités s’exaltant ou se paralysant isolément;
La progression, tant de l’hypéresthésie que de 1 anesthésie, allant des extrémités du membre à sa racine et de la surface cutanée aux parties profondes;
Le retour rapide des fonctions après la suppression de la cause qui a amené leur paralysie,
La persistance et l’intensité de la thermohyperesthesie.
Nous aurons d’ailleurs à revenir plus tard avec detail sur la signification d’un certain nombre de ces faits. — Notons seulement encore ce phénomène étrange de l’anxiété et de l’agitation générales qui -surviennent pendant une compression nerveuse énergique, et l’insensibilite des parties superficielles de la peau précédant de beaucoup 1 insensibilité des parties profondes.
Dans la pathologie des nerfs, la compression joue un rôle qu’on a peut-être exagéré, si on veut nettement la séparer de la contusion. En somme, par compression, nous entendons qu’il n’y a pas d’altération matérielle du nerf.
Richet.