INTRODUCTION
convaincu qu’une bonne observation vaut une bonne expérience, dont elle n’est qu’une variété.
Pour ce qui touche mon sujet, il est plus étendu que je ne l’aurais voulu, et pourtant moins complet que je le désirais. J’avais d’abord espéré prendre isolément toutes les modifications de la sensibilité générale, et mettre à profit les nombreuses observations que j’avais recueillies dans cette intention. Mais peu à peu le cadre que j’avais choisi s’est élargi, et j’ai été forcé de me restreindre. Je n’ai pu traiter avec tous les détails nécessaires certaines questions telles que le toucher, le sens musculaire, et la sensibilité excito-motrice : je le regrette d’autant plus que ce sont des sujets fort obscurs et méritant de nouvelles recherches.
Sans doute, je me suis laissé parfois entraîner à admettre des hypothèses, mais j’en ai été aussi peu prodigue que possible, sachant combien elles sont vaines et dangereuses. D’ailleurs je ne les ai jamais présentées comme des certitudes, mais seulement comme des probabilités.
J’ai surtout insisté sur les faits qui me paraissaient obscurs. Il arrive souvent que lorsque un phénomène est inexplicable, on l’explique, et qu’on se contente de l’explication : elle devient presque une vérité à force d’être répétée et reproduite partout. Je crois qu’il est utile de réagir contre cette tendance paresseuse de l’esprit à s’accommoder d’explications hardies à la fois et embarrassées qui n’expliquent rien, qui s’appuient sur une erreur pour soutenir une vérité, et qui repassent de livre en livre sans qu’on puisse découvrir d’où elles viennent. Rien n’est plus fâcheux que de tels encombrements dans la science, et il est parfois nécessaire de faii"e des exécutions.