‹ Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibilitéChapitre 44 sur 132 · DES DIFFÉRENTES CAUSES · texte numérisé non relu

DES DIFFÉRENTES CAUSES

l’opération , comme Fescliare était tombée "et que les matières fécales, n’étant plus retenues par le sphincter divisé, se répandaient sur la plaie, la malade fut prise de douleurs très-vives qui l’empêchaient de dormir et la maintenaient dans un état perpétuel d’agâtation et d’anxiété. Des cautérisations avec la solution de nitrate d’argent modifièrent heureusement l’hyperesthésie de la plaie. C’est là, je crois, le meilleur traitement qu’on puisse suivre en pareil cas.

11 est encore d’autres circonstances qui, en dehors de l’accès de l’air, des substances irritantes et de l’inflammation, rendent les plaies très-douloureuses.

Ainsi les gerçures du sein ont le fâcheux privilège de causer des souffrances extrêmes, et il en est de même pour les fissures à l’anus ; c’est que, par suite de la disposition anatomique de ces organes, la plaie se complique de la contracture, soit du sphincter anal, soit des fibres lisses du mamelon, et ce spasme des muscles qui bordent une plaie vive est atrocement douleureux.

Quant aux autres plaies douloureuses, nous n’en savons presque rien de positif. Nous ne parlons pas des cas de diphthérie, de pourriture d’hôpital et de phlegmon. Dans ces cas, l’inflammation suffit pour expliquer le surcroît de sensibilité. Nous ne parlons pas non plus de l’hypéresthésie des plaies d’amputation vers le trentième ou quarantième jour, hyperesthésie qu’il est rationnel d’attribuer à une névrite. Mais il est des ulcères ou des plaies simples qui tout à coup, sans qu’on puisse en expliquer la cause, deviennent extrêmement douloureux. Cette névralgie traumatique que peu d’auteurs avaient signalée, a été étudiée avec beaucoup de soin par M. Verneuil dans

DE douleur dans LES PLAIES. 95

un mémoire inséré dans les Archîvvs de médecine. Nous reviendrons plus tard sur la symptomatologie de ces névralgies. Mais pour ce qui touche à leur étiologie, nous n’en savons presque rien de positif. Ainsi parfois (1) des ulcères deviennent sans cause appréciable extrêmement douloureux.

J’en ai observé un cas chez un homme assez âgé, atteint d’ulcère variqueux sous-malléolaire. Cet ulcère était devenu tellement sensible qu’en l’effleurant rien qu’avec une plume on faisait pousser au malade des cris de douleur. En somme, cette sensibilité des plaies ou, si l’on veut, cette névralgie essentielle des plaies est assez rare. Le traitement a une influence très-heureuse. On pourrait mettre en usage la cautérisation de la plaie avec le chlorure de zinc ou le nitrate d’argent, et y joindre un traitement général par les narcotiques, associés au sulfate de quinine.

Quant à l’inflammation douloureuse, on peut la ranger en deux ordres différents.

Dans un cas, il s’agit d’inflammation franche, aiguë, phlegmoneuse. Le type de cette inflammation est l’arthrite ou le panari.

Dans l’autre cas, la plaie est à peine enflammée ; elle est modifiée cependant à sa surface. Sans que ce soit de la diphthérie proprement dite, on voit de petites plaques blanchâtres se dessiner par places sur le fond granuleux et rouge de la membrane bourgeonnante. Il se fait évidemment là un travail irritatif qui altère les extrémités du

(1) Swan (TVeatise on diseases and injuries ofthe nerves. Londres, 1834) rapporte un cas dans lequel il fit la section du nerf sciatique poplité externe pour un ulcère douloureux rebelle à tout traitement.

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nerf. C’est un cas tout différent de l’hyperesthésie simple dans laquelle il n’y ani névrite, ni phlegmon, ni substances irritantes, et qui paraît due, par suite de notre ignorance des fonctions nerveuses, à une maladie sine materiâ.

Pour résumer cette discussion nous dirons que dans les plaies simples il y a trois causes à la douleur :

±0 Le contact de l’air ;

2» La rétention des liquides ;

3“. L’inflammation.

Et que dans les plaies compliquées il peut survenir comme accidents augmentant la sensibilité et provoquent la douleur :

1® Le spasme des muscles de la plaie ;

2“ Le contact avec des excrétions irritantes ;

3° Un état névralgique de la plaie.

Revenons maintenant à l’influence de l’air sur les tissus.

A vrai dire, la question est moins simple qu’elle ne le semble au premier abord. En effet ce n’est pas seulement dans le traitement des plaies qu’il est avantageux d’écarter l’action de l’oxygène, c’est encore dans le traitement des inflammations sous-cutanées. Quelque étrange que paraisse cette affirmation, il est facile de la prouver par un grand nombre de faits qui viennent à l’appui.

En effet les douches locales d’acide carbonique ont, dans un certain nombre de cas où il n’y avait pas de plaie (Mojon, Maisonneuve), amené une sédation de la douleur et une sorte d’anesthésie locale. Il en serait de même de l’oxyde de carbone, d’après Coze,

Tous les chirurgiens savent que pour soulager une inflammation vive (phlegmon, anthrax, furoncle), il suffit de

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