SUR LES INFLAMMATIONS
recouvrir les parties d’un cataplasme.Comment agit ce cataplasme? Ce n’est pas par la température ; car souvent il est appliqué très-chaud, et d’ailleurs en peu de temps il arrive à la même température que les parties enflammées. Ce n’est pas non plus par l’activité des substances qu’il contient, mucilagineuses ou féculentes, fort inoffensives, telles que la graine de lin, la fécule ou la mie de pain : c’est parce que l’humidité empêche le contact de l’air .
Aussi plusieurs chirurgiens ont-ils obtenu quelques succès par l’application, soit de l’ouate, soit de la poudre d’amidon, soit du collodion dans les inflammations phlegmoneuscs. S’ils n’ont pas toujours réussi, c’est que souvent ces inflammations étaient graves, et marchaient progressivement, et ensuite c’est qu’il est très-difficile d’appliquer soit l’ouate, soit le collodion, de manière àempêcher le contact de l’air sans produire une eertaine compression, laquelle peut avoir des conséquences fâcheuses.
Sur un furoncle qui n’est pas ouvert, le contact d’un morceau de diachylum empêche la douleur de s’exaspérer, et il est impossible d’attribuer cette analgésie relative à autre chose qu’à l’absence d’irritation par l’oxygène de l’air.
Tout récemment, désireux de juger cette question, j’ai prié une malade atteinte de tumeur blanche du genou, et dont la cuisse et la jambe étaient immobilisées dans un appareil silicaté avec une fenêtre pour le genou, de laisser à l’air le genou malade, ordinairement recouvert d’ouate. Il n’y avait pas de plaie à l’extérieur, et aucune des conditions de l’appareil n’était changée que l’exposition à l’air de la partie malade. Au bout de quelques heures elle souffrait tellement, et son genou était devenu tellement chaud, Richet. ,j3
98 ACTION DE l’air
qu’elle fut forcée de remettre l’ouate, ne pouvant endurer le contact de l’air sur la région enflammée.
C’est pourquoi il ne convient d’ajouter qu’une confiance très-médiocre aux explications des succès obtenus pour calmer la douleur par tous les onguents plus ou moins compliqués employés par les empiriques ou les médecins. L’axonge est la base qui sert de véhicule à toutes les substances médicamenteuses ; et en réalité, c’est elle qui, empêchant l’abord d’un air irritant, rend plus tolérables les vives douleurs d’un phlegmon ou d’une orchite.
Si réellement c’était à l’humidité des cataplasmes ou à l’activité des substances médicamenteuses contenues dans les pommades, qu’était due la sédation des douleurs par les cataplasmes et les pommades, une substance sèche et inactive n’aurait aucun effet sur la douleur. 11 est cependant avéré que le collodion calme la douleur de 1 érysipèle (1), et que, pour l’orchite (2), s’il n’abrège pas la maladie, au moins il est puissant pour apaiser la douleur, A vrai dire, l’application de l’éther sur le scrotum est tellement douloureuse au début, que la plupart des cliniciens y ont à peu près renoncé.
Il ne faut pas ajouter une grande foi aux théories, et particulièrement à celles qui sont en complet désaccord avec les doctrines classiques. Aussi ne sommes-nous point disposés à soutéhir les idées de M. de Robert de Latour sur a cause de l’inflammation (3) et de la chaleur animale ;
(1) Christen. Viertelsjahrschrîft fûr prakt. Heîlk., 1852, t. IV.—Rouget. Du collodion dans le traitement de l'érysipèle. Th. Strasbourg, 1854.
(2) Dechange. Arch. belges de méd, milit., 1852. — Bormafont. Bull, de VAcad. de méd., 1854, p. 584.
(3) Union méd., 1859, 1863. Traitement de la phlegmatia alba dolens,
SUR LES tissus!
idées fort bizarres et fort peu scientifiques au moins dans leur ensemble. Toutefois les cas de guérisons qu’il rapporte sont bien authentiques, et |il est probable qu’il y a là une donnée inconnue qu’il faut essayer d’éclaircir.
Il est certain qu’en présence d’un fait qui paraît étrange on est disposé a le nier, ce qui n’est pas scientifique, ou à l’expliquer par des raisonnements alambiqués et à se payer de mots. C’est pourtant ce qu’il faut bien se garder de faire, car on passe ainsi à côté d’une découverte, et en se contentant de mauvaises raisons, on recule la question au lieu de l’avancer. Il en est ainsi pour ce sujet de l’excitation de la peau par l’air. Tout ce qu’on a dit pour expliquer les phénomènes bizarres consécutifs au vernissage des animaux est plus ou moins dénué de sens. En somme, on ne sait pas ce qui en est; jet mieux vaut avouer notre ignorance que d’émettre des hypothèses contradictoires et invraisemblables sur fia respiration de la peau, la congestion viscérale, l’apnée, etc.
Aussi au point de jvue physiologique comme au point de vue médico-chirurgical, la question de l’action de 1 air sur la peau nous paraît devoir être étudiée à nouveau et posée sur de nouvelles bases. Nous n’avons pas pu faire des expériences sur ce sujet. Mais il nous a semblé nécessaire de rappeler qu’il y a là quelque chose à chercher, et
p. 477, et Traitement de la métropéritonite [par le collodion, ibid., 18684, p. 233. Voir aussi du même auteur, dans la Tribune médicale, 1873, Lettres d'un médecin gui finit à un médecin qui commence.
(1) Voir la thèse récente de Michaut. Paris, 1876. Du collodion en thétapeutique, où se trouvent rapportés plusieurs cas de phiegmasies profondes, guéries par le collodion.
100 DE l’anesthésie
qu’il ne faut pas se contenter des doctrines négatives professées aujourd’hui sur ce sujet (1).
Cette insuffisance des doctrines classiques au sujet des fonctions de la peau n’est pas moindre pour ce qui a trait à l’absorption et à l’action locale des substances dites anesthésiques.
Ainsi ces substances, telles que le chloroforme, le bichlorure de méthylène, l’éther, qui, absorbées par les poumons, produisent l’anesthésie des centres nerveux, appliquées localement, agissent-elles sur la périphérie? Nous possédons sur ce sujet un certain nombre de faits assez précis. Ainsi, mon père, qui a le premier (2)songé à appliquer l’anesthésie localisée à la chirurgie, a fait sur ce sujet une expérience qui peut paraître décisive. Ën plongeant pendant dix minutes son doigt dans l’éther, il obtint une analgésie de quelques instants. Il est vrai qu’il avait fait autour du doigt une ligature avec une bande : et que, dans la discussion qui eut lieu à la Société de chirurgie, et plus tard, dans d’autres ouvrages (3), c’est à la compression du doigt qu’a été attribuée l’anesthésie : et selon la plupart des auteurs, dans l’anesthésie locale obtenue par l’évapo-
(1) Becquerel et Breschet. Comptes-rendus de VAcad. des sciences, 1841, t. XIII. — Fourcault. Ibid., 1843, t. XVI, 1844, t. XVIII. — Bouley. Recueil de médec. vêtérin., 1850, p. 5 et 805. — Balbiani. Th. inaug. Paris, 1854. — Edenmâsen. Zeitschr. fur rationn. medizin., t. XXII. — Socoloff. Centralblatt, 1872, p. 689. — Cl. Bernard. Leçons sur les anesthésiques, p. 368. — Castel, Th. inaug. Paris, 1876. — Senator. Centralblatt, 1874, p. 254. — Laschke-witsch. Centralblatt, 1868, p. 325.
(2) Mém. sur Vanesthésie localisée, lu à la Soc. de chir. (Bull, de la Soc., 1854, et Gaz. des hôp., 17 mai 1854).
(3) Murelle. Th. inaug. Paris, 1855, p. 29. —Marc. Th. inaug. Paris,