‹ Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibilitéChapitre 46 sur 132 · LOCALISÉE · texte numérisé non relu

LOCALISÉE

ration rapide de l’étlier sur la peau, c’est le froid qui est la cause unique de la perte de sensibilité.

Sur cette question de l’anesthésie locale comme sur tant d’autres, les expériences de Cl. Bernard jettent une vive lumière (1). Il se sert d’une solution de chloroforme dans l’eau à 1/100 et prend deux grenouilles préparées de manière qu’il n’y ait pas de communications entre le corps et les pattes autres que par les nerfs lombaires et la moelle. Dans ces conditions, si on plonge le corps de la première grenouille dans l’eau chloroformée, il y aura anesthésie, non-seulement du corps, mais aussi des pattes. Si, au contraire, on prend l’autre grenouille et que l’on plonge ses pattes dans l’eau chloroformée, il n’y aura anesthésie ni des pattes, ’ni du tronc de la grenouille. Ce qui signifie bien clairement que l’anesthésie par la périphérie n’existe pas, au moins pour l’éther et le chloroforme, et que, pour que la périphérie soit anesthésiée, il est nécessaire que les centres soient en contact avec les substances anesthésiantes.

Ainsi voilà deux expériences qui paraissent se contredire formellement. D’une part, l’expérience de mon père qui semble démontrer qu’il y a par l’action propre de l’éther une anesthésie locale; d’autre part, celle de Cl. Bernard, qui démontre que l’anesthésie locale n’existe pas. Mais ces expériences ne se contredisent pas. Nous ne saurions trop insister sur cette idée que deux faits sont également vrais tous les deux, et que, s’ils semblent opposés l’un à l’autre, c’est que les conditions sont différentes.

J’ai fait un certain nombre d’expériences pour essayer

(1) Leçons sur les substancesjanesthêsiques, p. 103 et sniv.

^02 expériences sur l’anesthésie

d’élucider cette question. Pour cela, j’ai préparé des grenouilles à peu près de la même manière que d’après le procédé de'ciaude Bernard. Je séparais les pattes du tronc, en sorte que le train postérieur n’était relié à la partie supérieure que par les nerfs lombaires et les^s du bassin. Une ligature cutanée réunissait les parois abdominales sectionnées, et empêchait les viscères de faire saillie au dehors. Les trains postérieurs des grenouilles ainsi préparées étaient plongés dans différents liquides, et j’explorais ensuite leur sensibilité au moyen de l’électricité. Or, dans ces conditions, la solution de chloroforme dans l’eau n’agit pas sur la périphérie, tandis^ qu’elle agit parfaitement sur les centres. Au contraire, le chloroforme appliqué pur agit très-manifestement sur la sensibilité. Non-seulement il agit sur les muscles qu’il rend rigides et dont il détruit la contractilité, mais encore il porte son action sur les nerfs. Les courants électriques les plus forts ne peuvent provoquer la moindre trace de sensibilité , lorsqu’ils sont appliqués sur les parties qui plongeaient dans le chloroforme; tandis que plus haut la peau et les troncs nerveux sont parfaitement sensibles. Afin d’éviter que la vapeur de chloroforme agisse au-dessus des parties immergées, il faut le recouvrir d’eau qui ne se mélange pas au chloroforme et le surnage.

On aurait tort de croire à une contradiction entre cette impuissance du chloroforme dilué, et cette action énergique du chloroforme pur. En effet, le chloroforme pur semble se comporter comme une substance caustique destructive des propriétés du nerf. Si on plongeait les pattes d’une grenouille dans l’acide sulfurique, il n’y aurait rien d’étonnant que l’insensibilité en fût la conséquence.

localisée. ^03

En effet la destruction du nerf doit amener la perte de ses fonctions. C’est l’anesthésie, mais c’est aussi la mort du

tissu. ^

Ce n’est donc pas tout à fait l’anesthésie telle qu on 1 entend généralement, dans laquelle les éléments anatomiques ne sont pas détruits, mais dont les fonctions sont seulement suspendues pour un temps. Il en est de la véritable anesthésie, comme de la privation de mouvement^ des cils vibratiles, lorsque on les met en contact avec la vapeur de chloroforme ou d’éther. Dès qu’on les soustrait à l’influence de ces vapeurs, le mouvement reprend. La vie n’est pas abolie, elle est seulement arrêtée (1). De même, pour qu’il y eût une anesthésie véritable, il faudrait que les éléments eussent conservé leur vie propre, et qu’ils pussent revenir à leur état primitif.

A ce compte le chloroforme pur ne serait pas un anesthésique local, car il est douteux que les parties submergées et devenues rigides puissent revenir à la vie. J’ai conservé vivantes des grenouilles dont le train postérieur avait été trempé dans du chloroforme pendant cinq minutes. Ce court espace de temps avait suffi pour détruire l’irritabilité musculaire et l’irritabilité nerveuse, en sorte que les parties plongées dans le chloroforme étaient anesthésiques; mais elles ne pouvaient plus revenir àla sensibilité. Cependant, pour nous conformer à la définition que nous avons donnée au début de ce chapitre, nous dirons que c’était bien une anesthésie, mais une anesthésie différente de l’anesthésie véritable, dans laquelle les parties

(1) Claude Bernard. Leçons sur les propriétés des tissus vivants. Paris, 1866, p. 136.

l’absorption

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