ACTION ANESTHÉSIQUE
dans la somnolence qui suit les inhalations chloroformiques. Le soir, elle souffrait si peu qu’elle ne voulait pas se croire opérée. Jusque au moment de sa guérison, elle ne souffrit pas un instant, et m’assurait n’avoir jamais ressenti la petite cuisson qui suit les incisions de la peau. Cependant elle n’était pas hystérique, et n’avait d anesthésie en aucun point du corps, non plus que sur les bords de la plaie.
Sur la peau intacte, l’acide phénique paraît avoir une action particulière. Andrew Smith (1) aurait obtenu une anesthésie complète par la pulvérisation de cette substance. Ni le contact, ni la douleur n’auraient été perçus; il est vrai que la solution était concentrée (8S/100), ce qui suppose que le dissolvant n’était pas de l’eau pure, mais un mélange d’eau et d’alcool.
Évidemment le degré de concentration doit jouer un grand rôle dans cette production de l’anesthésie. En effet, avec des solutions à B^lOO, on n’obtient pas d’anesthésie proprement dite. On ne ressent que les premiers effets de l’anesthésie, c’est-à-dire une excitation nerveuse au premier degré, des fourmillements, une sensation d’engourdissement, et comme des bouffées de chaleur et de froid.' Il en est de ces fourmillements comme de ceux que produit la compression d’un nerf. Ils ne sont pas spontanés, mais ils succèdent à une excitation sensible même très-légère. Ainsi il suffit de remuer la main pour qu’immédiatement on ressente des fourmillements. En touchant, un point quelconque de la peau, on perçoit une excitation qui va s’irradiant, et dépasse de beaucoup le point de la peau
(1) Loc. cit., p. 337.
dk l’acide phéniqüe. 413
touché primitivement. En somme, cette sensation irradiée est analogue à celle qu’on perçoit par l’excitation électrique de courants induits fréquemment interrompus, appliqués sur un tronc nerveux. C’est le premier effet de 1 excitation faible d’un nerf ou des extrémités nerveuses.
Cette action dé l’acide phénique est véritablement caustique, car la peau ainsi irritée subit une sorte de désorganisation qui, pour ne pas aller jusque à l’eschare, n en est pas moins bien évidente. En effet l’épiderme se dissocie, et au-dessous de lui le derme se fissure. Sur des plaies vives le contact de l’acide phénique fait apparaître des plaques blanchâtres qui sont comme le premier indice de la cautérisation.
J’ai vdulu chercher si cette action anesthésique de l’acide phénique était réelle, comme le pense Andrew H. Smith. Pour cela, j’ai pris une solution concentrée d’acide phénique, selon cette formule :
Acide phénique. 25
Eau.. • • 100
Alcool. 50
Cette solution, étant projetée par une fine pulvérisation sur un point de la peau, a rendu ce point anesthésique et analgésique en très-peu de temps, sans qu’on puisse invoquer le refroidissement, qui était presque nul, contrairement à ce qu’on observe dans les pulvérisations d’éther. L’analgésie a été complète, mais elle tenait à une action réellement caustique. Pendant quelques heures j’eus, aux points touchés par l’acide phénique, une rougeur très-vive avec une sensation de brûlure assez désagréable pour que
Richet.